Lettres sur les occupations de V Académie, chapitre X
LES ORIGINES DE I.'aRT GOTHIQUE 4l7
génieuse délicatesse de ces appréciations, dans la distinction des deux termes opposés, est tout à fait digne de remarque. Il est très important pour nous de pouvoir substituer à renonciation d'un sentiment, qui paraîtrait nous être personnel, une impression aussi fine, dérobée à un écrivain nourri de la moelle de l'antiquité classique comme était Fénelon. Il est capital de pouvoir alfirmer que, pour cette âme sensible, pour cet esprit perspicace et profond, rien dans une w église bâtie à la gothique » n"a jamais pu procéder du type idéal gréco-romain familier à l'auteur de Têlémuque. Fénelon aurait pu être plus juste. Mais quand il s'agira de difTérencier les deux styles, on ne sera jamais plus clairvoyantque lui.
Historien sans préventions dogmatiques, Félibien, en 1687, n'est pas un adversaire. Il croit à la personnalité de l'art barbare ; il fixe « l'établissement de l'architecture gotique sous l'empire d'Honorius ' ». Il parle avantageusement de l'art lombard '^ : « Jay cru, ajoute-t-il, devoir dire quelque chose des différentes manières de bastir, selon l'occasion qui s'est présentée, sçavoir de la manière antique qui estoit en usage parmi les anciens Grecs et Romains et de la manière c/oliqiie qu'on prétend avoir été introduite par les Gots... Les Gots ne furent pas les seuls qui commencèrent à favoriser l'architecture dans les temps dont je viens de parler ' [ce sont les temps de Théodoric].
« A l'égard des bastimens gotiques il n'y a point d'auteurs qui en ayent donné les règles : mais on remarque deux sortes de bastimens gotiques, sçavoir d'anciens et de modernes. Les plus anciens n'ont rien de recommandable que leur solidité et leur grandeur. Pour les modernes, ils sont d'un goust si opposé à celui des anciens gotiques qu'on peut dire que ceux qui les ont faits ont passé dans un aussi grand excès de délicatesse que les autres avoient fait dans une extrême pesanteur et grossièreté, particulièrement en ce qui regarde les ornemcns. » L'auteur fait allusion ici à la division entre l'architecture antérieure aux temps romans et l'architecture pos-
1. Recueil de la vie et des oiivvafjes des pins célèbres nrchilectes. Paris, 16S7, in-i°, pi'L'face non paginée.
2. Recueil de la vie et des ouvrages des plus célèbres archilecles. Trcvi>iix. 1725. in-12, p. 182.