‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 84 sur 140 · Félibien, ihid., tome I, p. 1 Î3 de rédition in-i · texte numérisé non relu

Félibien, ihid., tome I, p. 1 Î3 de rédition in-i

Cot'RAJon. Leçons. 27

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lérieure qui, après avoir été romane, deviendra j^othique, dans le sens moderne et actuel du mot. Ce n'était déjà pas si mal observé.

Félibien reconnaît aussi Texistence de lécole néo-g-recque ou byzantine. « Outre les différentes manières de bastir dont on vient de parler, on pourrait encore, dit-il, en observer une autre, sçavoir celle des derniers Grecs qui n'estoit proprement qu'un mélange du goust antique et du goust arabesque. » Substituez au mot arahesqaele mol oi-ienl/ilei l'observation sera parfaitement juste.

Pas plus que pour le jugement du xvii'^ siècle, je ne prétends aucunement me porter garant de l'ensemble des opinions exprimées par les savants, les écrivains et les artistes du xvni" siècle. Je m'appliquerai seulement à constater dans leur pensée la persistance de la tradition ininterrompue, en vertu de laquelle l'architecture du moyen âge était réputée venir des Goths.

Dabord, pour le grand théoricien de la construction au xvui*^ siècle, pour Jacques-François Blondel, l'art gothique est essentiellement distinct de l'art antique; il est l'invention propre des Goths: Blondel croit donc, comme Félibien, à la personnalité barbare du style du moyen âge, et il l'explique par la nature des milieux septentrionaux dans lesquels il serait né. Donnons- lui la parole :

*< L'architecture gothique est bien différente de Li grecque el de lu romaine qui l'avoient précédée; celles-ci simples, nobles, majestueuses ; celle-là chargée d'ornements frivoles, mal entendus et déplacés, au point qu'on a vu des architectes gothiques pousser le ridicule jusqu'à mettre les chapiteaux à la place des bases, etc. Ils mettoient toute leur industrie à élever des monuments qui, quoique solides, parussent plus étonnans que soumis aux règles de l'art. C'est ainsi qu'ils ont traité la plupart des églises... dont quelquesunes sont néanmoins construites avec tant de légèreté et de hardiesse qu'on ne peut leur refuser de l'admiration. Ainsi nous distinguons deux manières de bâtir dans l'architecture que nous nommons cjolhique; l'une est celle des monumens que nous avons dit avoir été élevés au commencement du vi'' siècle et qui a duré jusque vers le xi" ; c'est cette première qu'on peut nommer (jolhique ancienne et qui conservait quelques traits de la belle architecture. Il paraît même que ceux qui l'ont mise en pratique, n'ignoraient pas absolument les proportions quoiqu'ils ne s'asscr-

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vissent pas à les observer... C'est ce qui a fait dire à quelques historiens que les Goths étoient peu touches des beautés délicates, parce qu'étant sortis des parties les plus septentrionales de la terre... et accoutumés, par la nécessité, à se précautionner contre la A'iolence des orages et des torrents, ils n'avoient pu qu'apporter dans des climats plus heureux le même goût pour l'architecture se réformant seulement un peu à la vue des modèles que leur présentoient les édifices romains.

« La seconde architecture gothique, nommée moderne, a duré environ depuis le xi*" siècle jusques vers le règne de F'rançois I*"", et elle a une origine bien différente, suivant le sentiment de quelques-uns qui l'attribuent aux Maures et aux Arabes, etc. '. »

Ici Blondel reproduit et commente l'opinion que nous avons déjà rencontrée sous la plume de Fénelon. Cette erreur venait cependant d'une observation juste en ce qu'elle constatait l'existence de certains caractères communs à l'architecture arabe et à l'architecture gothique, caractères que ces deux architectures tenaient immédiatement de leur source première, l'école néo-grecque ou byzantine.

Antérieurement, le grand Glossaire d'Antoine Furetière ^, professait la même définition, vraie dans son sens général quoique répréhensible dans certains détails de son expression particulière, quand il affirmait que l'architecture gothique, « apportée du Nord par les Goths., est celle qui est éloignée des proportions antiques, sans correction de profils ni de bon goût dans ses ornements chimériques. »

Antérieurement aussi le Dictionnaire de Trévoux ^ avait paraphrasé ou même copié simplement pour le vulgariser l'exposé historique de Félibien et le jugement de Fénelon. La grande Encyclopédie du xviii'' siècle consacra ensuite, par un article de Blondel, la doctrine contenue dans le livre du même auteur, intitulé V Architecture française^ que je viens de citer. Partout on sent naïvement et on affirme sans réticence la profonde différence qui sépare, dans

1. Jacques-Fran^dis Blondel, ArchUeclure françoise, t. I, 1752, livre I, p. 14 et 15.

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