‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 3 sur 93 · Voir Gazette des Beaiix-Arls, 1" septembre · texte numérisé non relu

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L ENSEIGNEMENT DE LOUIS COIRAJOD

s'était, sans la prévoir, préparé à cette tâche. Aux Archives nationales, où l'avait amené la documentation dun procès que les riverains du Surmelin se disposaient à soutenir contre la ville de Paris — à l'Ecole des chartes, où il était admis en 1864 et d'où il sortait en 1867, à la tète de sa promotion — à l'Ecole des hautes études enfin, il s'était initié aux méthodes de 1 érudition et de la critique historique : au Cahinet des estainj)es, où il entrait comme employé, après avoir brillamment soutenu sa thèse d'archiviste paléo<2^raphe sur les Villes neuves en France du A'/*^ au XIV' siècle^ il prenait le goût de l'histoire de l'art, à laquelle il allait désormais se consacrer tout entier. Le l'''mars 1874. son plus cher désir était réalisé; il était nommé, au Musée du Louvre, attaché à la conservation de la sculpture et des objets d'art du moyen àg-e et de la Renaissance ; il fut promu conservateur-adjoint, le 1'^' mars 1879.

Dès son entrée au Musée, il s'était mis à l'œuvre et avait pris en main avec une ardeur passionnée, les intérêts du département à la direction duquel il se trouvait associé. Recherche de l'état civil des monuments que les révolutions et les cahots de l'histoire avaient poussés comme des épaves dans les salles du Louvre ; révision des attributions traditionnelles; accroissement et enrichissement des collections, on sait de quel cœur et avec quelle efficacité il se voua à ces tâches diverses — et comment, dans les articles et mémoires publiés au cours de ces années d'activité féconde, il fit preuve, en même temps que de l'érudition la plus solidement armée et de la méthode critique la plus scrupuleuse, d'un goût de plus en plus marqué pour les idées générales. Il avait déjà, dans sa préface de V Ecole r^oyale des élèves protégés (1874), essayé une sorte de synthèse, sinon de l'histoire de l'art français, du moins de l'organisation et de l'influence de l'enseignement aux grands moments de son évolution à travers les siècles. Il devait, vingt ans plus tard, s'accuser publiquement, comme d'un péché, de quelques-unes des affirmations doctrinales qu'il avait alors hasardées !

L ENSEIGNEMENT DE LOUIS COURAJOD

Quand M. de Ronchaud, quelque temps après la fondation de l'école du Louvre, lui offrit, lui imposa presque l'enseignement de 1 histoire de la sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes, ses idées s'étaient profondément modifiées. Il était entré en contact plus direct avec l'art du moyen âge, et, principalement pour la période intermédiaire'entre le moyen âge proprement dit et la Renaissance, il avait été amené, — par la mission qu'il s'était assignée de reconstituer au Louvre, dans la mesure du possible, le musée des monuments français — à étudier de plus près, d'abord les monuments funéraires, puis la sculpture monumentale des xiv" et xv^ siècles. Il avait entrevu qu'entre « l'idéalisme » du xiii*^ siècle et celui du xvF, l'art français et l'art européen avaient passé par un état trop imparfaitement connu. A l'influence « antique » et (( italienne » considérée par quelques historiens comme l'élément essentiel et même unique de la Renaissance, il voulut opposer l'autre élément antérieur et plus actif, « le réalisme septentrional. »

C'est par là qu'il inaugura son enseignement. ...Dès qu'il eut accepté cette charge nouvelle, il s'y jeta comme dans tout ce qu'il faisait, à corps perdu. Son parti fut bientôt pris sur la méthode. Les « documents », en matière d'histoire d'art, devaient être avant tout les monuments eux-mêmes et, sur une feuille volante retrouvée dans un des dossiers de ses premières leçons, il esquissait ainsi son programme et sa règle :

« D'abord, ne pas m'attarder à de longues recherches d'archives, à de minutieuses enquêtes sur les noms, les adresses, les domiciles divers des artistes. Examiner les œuvres, étudier les tendances, les caractères des diverses écoles, en dehors et à côté de la biographie littéraire des auteui\s. Professer le cours en présence des œuvres, d'après nature. Classer et expliquer les monuments ; comment ils se confirment les uns les autres ou comment ils se contredisent. Analj'ser leur expression. Recréer les milieux d'où sont sorties les œuvres... Que m'importent les anecdotes?... »

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