V, Burckhardt, Le Cicérone, p
très bon article de M. de Montaiglon dans la Revue universelle des arts. La statue est aujourd'hui reléguée au bout de la pièce d'eau des Suisses à Versailles. Les statues équestres de haut relief du Bernin firent école. Voir la statue de Gharlemagne sous le portique du Vatican par Cornacchini.
Fontaine de la place Barberini.
Le Baldaquin de Saint-Pierre que vous avez déjà vu, à propos des sculptures de Duquesnoy ou François Flamand et du Baldaquin du Val-de-Grâce. Bappeler tout ce qui a été dit de ce monument dans le Journal du Voyage du Cavalier Bernin, par Fréart de Ghantelou. — La chaire de Saint-Pierre. Bernin a eu l'impudeur de métamorphoser la chaire de Saint-Pierre en chaise à porteurs et les Pères de l'église en portefaix. C'est une idée basse et plate, c'est un acte de grossier naturalisme. — La Gloire de la chaire de Saint-Pierre de Borne. Elle a fait école. Comparer la Gloire de l'église Saint-Sifîrein à Carpentras par Bernus, 165()-1728. « Avant de sortir de l'abside, mentionnons la gloire qui en décore le fond, imitation fidèle de celle que, dans des proportions colossales, le Bernin a placée à Saint-Pierre de Rome; cette œuvre étonnante, ce fut Jacques Bernus qui l'accomplit sans avoir vu, dit-on, celle du Bernin et sur simple étude d'une gravure qui la représentait (1694) ». Comparer également la Gloire de la chapelle du château de Crozat à Montmorency. Cette dernière Gloire était de Legros et a été décrite par Mariette.
LAUjarde (1598-1654). — L'Algarde fit école pendant plus d'un siècle en Italie au point de vue du bas-relief. Bas-relief d'Attila arrêté par saint Pierre et saint Paul et détourné de Rome, sous le pontificat de Léon-le-Grand, dans la chapelle de Léon-le-Grand à Saint-Pierre. C'est le plus grand bas-relief de . l'art moderne. « D'ailleurs, malgré leurs défauts, les œuvres d'Algardi méritent toujours un regard. Il a une certaine conscience dans le détail et, dans le sentiment qu'il a de la beauté, il a gardé un reste de naïveté. »
Trois tombeaux qui se trouvent dans Saint-Pierre de Rome font bien comprendre la progression ou plutôt le mouvement de la sculpture italienne après la mort de Michel-Ange, pendant la fin du
xvi^ siècle, pendant le xvu'' et le xviii". C'est le tombeau de Paul III par Gug-lielmo délia Porta, Télève et l'imitateur de Michel-Ange. C'est le tombeau d'Alexandre VII par le Bernin. C'est le tombeau de Benoit XIV par Bracci, seconde moitié du xvui'' siècle. Un grand geste à la Berryer. C'est la manière amenée par l'école académique.
Le premier a encore la sève puissante du xvi'' siècle. Le second a la fougue, la vigueur brutale et pesante, la pompe vaniteuse et boursouflée du xvu" siècle et du rococo italien. Le troisième représente l'académisme banal. Après l'Algarde et le Bernin, qui donnent à l'art du xvii'^ siècle le diapason, l'un du style bolonais pondéré éclectique et ennuyeux, l'autre du style colossal et maniéré, Vart italien, nous le verrons, ne sera plus pratiqué avec succès que par des Français, qui tempèrent par leur goût et par la distinction native les extravagances de l'école italienne.
Les élèves du Bernin se divisent en deux catégories : Les élèves et continuateurs qui valent quelque chose et qui continuent de faire vivre le style pompeux créé par le maître. Ces élèves sont tous des Français. C'est l'école académique de Paris qui les prépare et l'Académie de F'rance à Rome qui' leur impose définitivement la marque indélébile du classicisme et du style baroque et pompeux de l'Italie décadente. La chose est évidente quand on examine les monuments. Je vous montrerai par des textes que la volonté du gouvernement de Louis XIV et de l'administration des arts en France fut de soumettre le génie français à l'esprit italien.
La seconde catégorie des élèves et sectateurs du Bernin sont tous italiens : ils tombent dans les extravagances les plus insensées ou dans la manière et la recherche la plus stérile des plus petits effets.
Jean-Baptiste Théodon, né en 1(5..?, mort en 1713. « Français et instruit en France, il a surtout travaillé à Rome où ses ouvrages, que l'on rencontre le plus souvent rapprochés de ceux de Pierre Legros et de ceux du Bernin, ont toujours été estimés. Les principaux sont à Saint-Jean de Latran, dans l'église des Carmes, dans celle du Gesù ; à Versailles, deux termes de marbre dans le
parc ; deux statues cr'apôtres sur la balustrade de la chapelle ; à Paris, dans le jardin des Tuileries un groupe 'commencé à Rome et que Lepautre a achevé ; une statue d'un Empereur, copie d'une antique ».
Pierre Legros II™- du nom, né le 12 avril 1666, moui^ut le 3 mai 1719. Il était fils d'un sculpteur, Pierre Legros P% né à Chartres en 1628, agréé, puis reçu à l'Académie, le 16 septembre 1663 et le 30 juillet 1666, nommé professeur le 24 juillet 1702 et mort à 86 ans le 10 mai 1714. Pierre Legros II fut élève de son père et de Jean Lepautre, son parent par alliance. Arrivé à l'Académie de France à Rome le 28 juin 1690 (Lecoy delà Marche, Académie de France à Borne, p. 78), il était, dès le 25 novembre suivant, l'objet d'une mention de bon augure, formulée en ces termes par le directeur de l'Institution : Le sieur Legros continue toujours à bien faire et j'espère, de l'humeur dont il est, qu'il ne changera pas (lettre du directeur La Teulière, 25 novembre 1690 dans la Correspondance des directeurs de r Académie de France, t. I,p. 196).
On lit dans le Voyage d'un Français en Italie, 1765-1766, par Lalande, t. III, p. 460-461. « Saint-Andréa, église et noviciat des Jésuites,.. Dans les bâtiments en haut, une petite chapelle, au lieu de la cellule de Saint-Stanislas : belle figure de saint Stanislas par M. Legros. C'est un jeune jésuite de l'âge de 18 ans : on le voit mourant sur son lit, la tête appuyée sur des oreillers, tenant le crucifix et son chapelet d'une main et de l'autre un petit tableau de la Madone. La tête et les pieds du saint sont exécutés en marbre blanc ; son habit est de marbre noir et la draperie en est bien traitée, le lit et les oreillers de marbre jaune et tous les marbres bien assortis. Cette figure est bien pensée, d'une grande pureté et finesse de dessin, la tête en est très belle, les extrémités en sont rendues avec la plus grande vérité. On peut dire aussi que ce sujet est si singulier, qu'en entrant on ne peut résister au premier mouvement de la terreur qu'imprime la vue d'une personne mourante, que le contraste du marbre blanc et du marbre noir rend encore plus frappante. »
Saint-Jean de Latran. — Aux termes d'un contrat passé le 17 mars 1706, Pierre Legros s'était engagé à exécuter la statue en marbre du cardinal Casanate et à la faire placer à ses frais dans
le couvent des Dominicains de la Minerve, moyennant la somme de six cent trente écus. Le total des divers payements s'éleva à sept cent quarante-six écus quatoi'ze baïoques. Cette augmentation provient sans doute de ce que Legros a exécuté, outre la statue du Cardinal, les putti et les armoiries... qui décorent l'atrium de la bibliothèque, en face de ^'escalier. Celait devant ces piilli que se dressait autrefois la statue en pied du Cardinal, aujourd'hui placée au bout de la salle de lecture ; sur la base, on voit la signature de l'artiste : Petrus Legros sculpsit anno 1708.
« A Santa Maria deU'Appollinare il y a dans la troisième chapelle, à droite, une figure de marbre représentant saint François Xavier, par Legros. Ce saint est debout et regarde un crucifix de marbre qu'il tient des deux mains. Cette figure est sagement composée, mais les draperies fourmillent de petits plis qui ne laissent aucun repos à la vue » (Lalande, t. IV, p. 87).
« A Saint-Pierre du Vatican, en arrivant vers le rond-point de l'église (de Saint-Pierre de Rome), on voit une figure colossale de saint Dominique par Legros ; elle est bien composée ; les draperies en sont bien jetées, mais un peu maigres et trop détaillées dans les plis ; la tête est un peu froide, ce qui vient peut-être de ce que l'artiste fut assujetti au portrait qui lui avait été donné, les mains sont belles >•) (Lalande, t. III, p. 95),
Le groupe de Saint Ignace. — v( Saint-Ignace est l'église du Collège romain... La chapelle de Saint-Stanislas est aussi très riche : on y voit des colonnes de verd antique et le tombeau du pape Grégoire X\\ l'un des principaux bienfaiteurs de cette église, qui fait face aux bas-côtés de la droite : il est de la composition de Legros, mais c'est un de ses faibles ouvrages. La figure du pape est entièrement de lui : c'est ce qu'il y a de mieux dans cet ouvrage. On lui attribue également les figures de V Abondance et de la Religion ; le reste a été exécuté sur les dessins. Les deux Renommées qui sont au-dessus sont de Monnot « (Lalande, t. IV, p. 208).
La Teulière, directeur de l'Académie de France à Rome, écrivait au ministre Villacerf, le 15 novembre 1695 : « Deux heures après avoir reçu votre lettre, il (Legros) m'apprit par occasion, qu'il s'étoit engagé à faire un groupe de quatre figures, avec les pères jésuites... Je luy demandai s'yl avoit son congé et votre permission
pour faire ce qu'il venoit de faire. Il me dit que non. Sy vous me permettez, Monsieur, de faire mes réflexions sur l'avanlure, je vous dirav en premier lieu qu'elle est honorable pour ce jeune homme, à sa conduilte près. Le groupe qu'il a entrepris doit être placé dans une chapelle que les PP. Jésuiltes font dans l'église de leur maison professe, à l'honneur de saint Ignace... Plusieurs personnes ont produit des modèles pour des grouppes... Celuy du sieur Legros a esté le plus généralement approuvé, tout le monde en ignorant l'autheur, la plus part croyant que c'estoit un sculpteur génois » (Lettre de La Teulière, 15 novembre 1695).
Villacerf répond le 18 décembre 1695 : « Le Roy trouve bon que vous permettiez au sieur Legros de se retirer de l'Académie, mais S. M. ne veut pas qu'on luy paie la pension que l'on donne à ceux qui en sortent par sa permission, n'estant pas content de sa conduite. Il ne faut pas pourtant que cela lui fasse tort dans l'ouvrage qu'il a entrepris et vous me ferez plaisir de l'aider en ce que vous pourrez. »
A partir de ce jour, Pierre Legros n'a pas cessé de travailler pour les églises italiennes, pour les papes, pour les jésuites, pour un grand nombre de congrégations religieuses de Rome. Legros était considéré comme le premier sculpteur de l'Italie. Poërson, directeur de l'Académie de France à Rome, écrit à la date du 9 avril 1715, au moment du voyage de Legros à Paris : Il ne reste quasi plus à Rome que le sieur Camille Ruscone, qui triomphe à l'absence de M. Legros (Lecoy de la Marche, p. 161). On lit dans les Vite dei Pillori, Scultori ed ArchiteUi nioderni, par Leone Pascoli, Rome 1730, t. I, p. 273, à propos de Pierre Legros : « Ebbe ordine di tare il sepolcro delpadre e délia madré del Cardinale di Ronillon. » IJ faut lire sur le Mausolée du duc de Bouillon, àCluny, un mémoire de MM. H. Lex et P. Martin, inséré avec planches dans la Réunion des Sociétés des Beaux- Arts des départements, année 1890, p. 474 et suivantes.
Au commencement du siècle, les marbres du tombeau du duc de Bouillon étaient encore dans leurs caisses, où les avait laissés la volonté de Louis XIV. Voir ce que dit Alexandre Lenoir de ces caisses qu'il voulait faire transporter au Musée des monuments français (Catalogue du musée des Monuments français. Edition de l'an VIII, p. 281 à 285, n° 475).
Legros a sculpté deux des statues colossales représentant des apôtres, qui sont dans les niches de Saint-Jean de Latran. A la date du 29 juillet 1713 ^Lecoy de la Marche, Académie de France à Borne, p. 156 et 157), Poërson, directeur de l'Académie de France, proposait au roi de lui en commander une troisième et ajoutait : <( Le sieur Legros est, de Taveu de tous les Italiens, le premier sculpteur qui soit dans l'Italie, lequel en a déjà fait deux, l'une pour le roy de Portugal et l'autre pour le Cardinal Gorsini ».
« A Saint-Jacques des Incurables, on voit dans la deuxième chapelle à droite, dit Lalande [Voyage, t. IV", p. 5i), un grand bas-relief en marbre de M. Legros. Il représente saint François de Paule sur un nuage, invoquant la Vierge, dont le portrait lui est apporté par des Anges; il paraît lui demander la guérison d'une foule de malades que Ton voit en bas ».
Legros dessina la pompe funèbre célébrée à Saint-Louis des Français, à l'occasion de la mort du Dauphin. Voir une lettre de Poërson en date du 27 juin 171 1 (Lecoy de la Marche, Académie de France, p. 150).
A Rome, à la Madonna del Orto, un ange de Legros. On lit dans FilippoTiti, Descrizione,p. 457 : « Inquesta chiesa è osservabile un bel angiolo di marmo scolpito da Monsù le Gros. »
« A Turin, église Sainte-Ghristine, les statues de sainte Thérèse et de sainte Christine, dit Lalande, t. I, p., 145-146, faites par M. Legros, qui sont aujourd'hui dans l'église, étaient autrefois en dehors, au-dessus des colonnes du portail ; mais on les a jugées trop belles pour être ainsi exposées '. On en a fait faire des copies qu'on a mises à leur place ».
« Pierre Legros, dit Mariette [Ahecedario, t. III, p. 1 18 à 120), est venu à Paris pour se faire tailler en 1717 (lisez 1715). M. Grozat le reçut chez lui et ce fut alors que cet excellent sculpteur lit exécuter en stuc, sur ses dessins, ces enfants qui ornent le plafond du cabinet éclairé à l'italienne, dans le goût de la tribune de la galerie du Grand-Duc cà Florence, où M. Grozat conservait ses dessins, ses plus précieux tableaux etquantité de beaux modèles de François Flamand. Ges enfants sont presque de ronde bosse; ils sont assis aux côtés