LE SQUELETTE DANS LA SCULPTURE FUNERAIRE
aspect hideux et repoussant. Cette opinion que je vais établir par une démonstration ne m'est pas exclusivement personnelle. Elle a été déjà celle du Père Cahier, le jésuite, auteur de la Caractéristique des saints. \^ Mort.
Représentation de la Mort, peinture murale du xiv® siècle au dôme de Hildesheim, signalée par M. le D'' Frimmel. La Mort étranglant un homme (de la fin du xin* siècle ou du commencement du xiv*^), daprès un dessin de M. Frimmel. Représentation de la mort, à la fin du xn® siècle, sur deux colonnes de la porte de la salle capitulaire de Saint-Georges de Boscherville.
Une des scènes sculptées sur les voussures de la porte centrale de Notre-Dame de Paris représente une femme nue, les yeux bandés, tenant un large coutelas dans chaque main ; elle est à cheval et, derrière elle, tombe à la renverse un homme dont les intestins s'échappent par une large blessure. Voici le texte de l'apocalypse de Saint-Jean, chap. VI, verset 8 : « Et en même temps je vis paraître un cheval pâle ; et celui qui était monté dessus s'appelait la Mort et l'Enfer le suivait, et le pouvoir lui fut donné sur la quatrième partie de la terre, pour y faire mourir les hommes par 1 epée, par la famine, par la mortalité et par les bêtes sauvages ». C'est un sujet très souvient sculpté sur la porte des cathédrales.
Cette façon d'interpréter ce verset de l'apocalypse, de le traduire en sculpture, le geste de la Mort, dont les jambes étreignent fortement le cheval, le mouvement abandonné de l'homme, l'expression effarée de la tête de l'animal, la composition des lignes de ce groupe présentent un ensemble terrible. Il est difficile d'aller plus loin dans l'expression dramatique. L'exécution même a quelque chose de heurté, de rude, qui s'harmonise avec le sujet. La tête de l'animal, celle de l'homme renversé, sont des œuvres de sculpture remarquables, et dont notre projection ne peut donner qu'une idée fort incomplète.
La pensée macabre n'apparait qu'au xiv'^ siècle. Elle se développe au xvi*^ siècle et devient populaire sous la forme de la danse macabre.
Pendant le vrai moyen âge on faisait des démons hideux, mais on ne traduisait pas l'idée de la Mort par l'image d'un squelette.
Cela ne commença qu'avec l'époque où je fais commencer la
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Renaissance ou les temps modernes, avec Tépoque quej'ai étudiée de 1887 à 1890.
Le Transi d'Avignon, le cadavre du tombeau du cardinal de Lagrange, mort en 1402, et qui date des premières années du xv*^ siècle.
Le Squelette de Laon, chapelle du palais de justice. « Dans cette chapelle de l'ancien évèché, on voit le squelette sculpté d'un homme qu'on dit être un médecin de Charles \'I, Guillaume Marcigny, qui serait mort en 1393. La statue vient des Cordeliers. La tête du cadavre squelette est très réaliste ; les yeux sont maniérés et les paupières baissées. Cela a l'air d'être du commencement du xv^ siècle. » Tout est à vérifier. L'œuvre n'en est pas moins remarquable. — Tombeau avec squelette à la commanderie de Saint-Jean en risle (Seine-et-Oise), xiv'' ou xv*^ siècle. — Tombeau du chanoine Yver à Notre-Dame, en entrant à gauche. C'est un cadavre dévoré par des vers.
Voici le célèbre squelette sculpté du cimetière des Innocents (projection).
Il n'est resté dans le dossier de celle dernière leçon de l'année scolaire aucune note permettant de restituer les développements oraux par lesquels Courajod commentait chacune de ces projections.