‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 88 sur 93 · DIX-NEUVIÈME, VINGTIÈME ET VINGT ET UNIÈME LEÇONS · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME, VINGTIÈME ET VINGT ET UNIÈME LEÇONS

Mesdames, Messieurs,

Nous allons commencer à examiner la conception historique de la statue à travers les âges.

Je réfute la doctrine académique à l'aide de la plastique antique elle-même. Naturalisme et accent individuel des statues grecques des très hautes époques. Les plus anciennes statues grecques ne sont pas nues, mais drapées. Même les statues des dieux.

L'Ecole alexandrine et IT'xole gréco-romaine ont connu le naturalisme le plus aigu, avant d'arriver à l'impersonnalité dans l'insignifiance, avant d'aboutir au portrait passe-partout.

Voyez aussi comment les Egyptiens ont compris la statue. Statues égyptiennes de la III" dynastie. Quelques tombes de personnages importants datent de la III'' dynastie et, parmi elles, il y a lieu de citer les tombes du prince Rahotpou et de la princesse Nofrit, découvertes du temps de Mariette à Meïdoum. Les statues de ces deux personnages ont été retrouvées intactes, et elles dénotent un art déjà consommé. Celle de la femme surtout, où le corps se moule chastement sous le tissu léger de la robe, peut être considérée comme un chef-d'œuvre de la sculpture égyptienne.

La statue au moyen âge à partir des temps romans, c'est-à-dire à partir de l'émancipation complète de l'art moderne.

La statue au xn'' siècle. Gomment représentait-on un roi?

« 11 existe, dit Viollet-le-Duc, dans l'église abbatiale de Saint-Denis deux statues, transportées d'abord par Alexandre Lenoir au musée des Monuments français, et provenant de l'église Notre-Dame de Corbeil ; ces deux figures baptisées des noms de Clovis et de Glotilde, sans autorité, sont de la même époque que celle du portail occidental de Chartres. Longues comme celles-ci, exécutées avec un soin extrême, remarquables d'ailleurs comme style, très intéressantes au point de vue des vêtements, rendus avec une grande finesse, elles nous fournissent des types de têtes qui ne rappellent en rien ceux de Chartres. \ oici (figure H) celle du roi.

u Ce masque n'est pas la reproduction d'un type admis, d'un canon ; c'est, pour qui sait voir, un portrait ou plut(")t un tvpe de race, un individu par excellence. Les grands yeux, fendus comme ceux des plus belles races venues du Nord-Kst, les joues plates; le nez bien fait, droil. la bouche petite et bien coupée, la lèvre supérieure saillante, le front très large et plat, les arcades sourcilières charnues et suivant le contour du globe de l'oeil, la barbe souple et les moustaches prononcées, les cheveux abondants et longs ; tous ces traits appartiennent au caractère de physionomie donné à la race mérovingienne. Que l'on compare ce masque à celui que donne la figure 7, et l'on trouvera entre ces deux types la différence qui sépare le Mérovingien ou les dernières peuplades venues du Nord-Est, du vieux sang gaulois. Ce dernier type, celui de la figuré 8, est évidemment plus beau, plus noble que l'autre. 11 y a dans les gi^ands yeux si bien ouverts une hardiesse tenace, dans cette bouche fine quelque chose d'ingénieux, qui n'existait pas dans le masque de Chartres. Ces deux têtes mises en parallèle, on comprend que le type n° 8 domine par la hardiesse et la conscience de sa dignité le type n" 7; mais on comprend aussi que ce dernier, dans la physionomie duquel perce un certain scepticisme, finira par redevenir le maître. 11 y a dans les traits du roi et dans la bouche notamment une naïveté qui est bien éloignée de l'expression du masque de Chartres ».

XIII'' .siècle et siècles suivanls. — Le costume antique au xm*^ siècle ; linlluence de l'antique à la même époque : les sculpteurs gothiques ont connu, dans une certaine mesure, le costume des soldats romains, qu'ils ont volontairement confondu, comme les

poètes et les littérateurs, avec le costume des soldats arabes. Ils appelaient sarrazins tous les païens : Sarrazin voulait dire païen et romain.

Preuves de la communication de \'illard de Honnecourt avec l'antique

« \'illard de Honnecourt (planche X) : ■■ De telle manière fn li sepoutre d'un Sarrazin que je vi une fois. » De telle manière l'ut la sépulture d'un Sairazin que je vis une fois. Cette sépulture de sarrazin, c'est-à-diredepaïen car qui n'était pas chrétien était mahométan pour un contemporain des croisades i, laite de souvenir, rappelle beaucoup par sa disposition les diptvques du Bas-Kmpire. Mais si le dessin laisse un doute, l'inscription n'en laisse point et c'était bien une tombe ou un monument en pierre, dont V'illard de Honnecourt avait le souvenir, lorsqu'il le traça. Qu'il lait empreint dun sentiment gothique très manifeste, nous n'en disconviendrons point, car la fidélité dans la reproduction est une qualité toute moderne.

« ... Notre architecte du xnr siècle n'était donc pas plus coupable de conserver dans ses souvenirs une représentation gothisée {sic) d'un monument antique, que Montfaucon, Gori et tant d'autres ne l'ont été de donner au public des figures du temps de Louis XIV, à la place des ligures grecques, égyptiennes, byzantines, romaines ou franques qu'ils annonçaient.

« Nous croyons donc que, dans cette image, tracée avec un souvenir un peu confus, \'illard de Honnecourt aura introduit, à son insu, les formes de diptyques qu'il avait certainement vus, lui dont l'esprit inquiet s'attaque à tout. 11 est permis de penser qu'il aura voulu retracer l'image de lune des faces de ces tombeaux à deux étages, qui étaient plus particuliers aux (iallo-Romains... Seulement la statue principale est assise, avec un bâton fleuronné, comme serait Philippe-Auguste sur son trône, et les deux génies à deminus soutiennent sur la tète du personnage, une couronne qui

est à feuillages trilobés. Les bases et les chapiteaux des colonnes, les vases transformés en burettes, le ciboire plein d'hosties du fronton de la base, le fleuron qui termine ce fronton, tout est gothique, tandis que les draperies rappellent l'époque byzantine ou carolingienne.

« Quoi qu'il en soit de toutes ces transformations, ce dessin offre

un grand intérêt, car il montre que le moyen âge se préoccupait plus de l'antiquité qu'on ne le pense généralement, et que ses architectes croyaient l'imiter dans leurs constructions, comme les trouvères dans leurs poèmes. Ils l'imitaient, il est vrai, mais autrement, peut-être qu'ils ne l'entendaient, c'était en réalisant le vrai dans l'art. »

Villard de Ilonnecourt (planche L\'ll). Un homme nu, le buste seul recouvert d'une chlamyde nouée sur l'épaule droite, une calotte sur la tète. M. Duchalais considérait cette fig'ure comme étant une copie fort libre d'un antique représentant Mercure.

Comme quoi le style des plis spéciaux de certaines statues de Reims et de Bamberg^ est commenté parles dessins de X'illard de Honnecourt. Sentiment de l'antique empreint dans un certain nombre de monuments de l'art gothique allemand. Bas-relief du tombeau du pape Clément II à Bamberg. Peut-être la suprême élégance et le sentiment du nu sous les draperies furent-ils aidés, conseillés, appris par limitation de l'antique, c'est possible. Rappelez-vous les vierges sages et folles de Strasbourg. — Regardez la statue de la Synafjocjue.

Le moyen âge, en subissant l'inspiration de l'art antique, conserve son expression spéciale et particulière. Il n'abdique pas son expression personnelle et individuelle. Il reste lui-même, et amalgame seulement l'élément étranger avec sa propre substance.

C'est tout le contraire de ce que fera la Renaissance, à l'époque académique.

J'opposerai à la pénétration de l'esprit antique dans la sculpture du XIII'' siècle, la pénétration du même esprit antique au xvii^ siècle. X partir de l'.Académie de Colbert et de Louis XIV, ce n'est pas la libre consultation de l'antique qu'on recommande ; c'est la copie plaie el sans interprétation qu'on exige des malheureux artistes englobés dans l'etrroyable engrenage de l'art officiel.

(i Faites, écrivait Colbert au Directeur de ri"'cole de France à Rome, en 1680, faites travailler diligemment aux termes, vases et généralement à tout ce que je vous ai ordonné; mais prenez bien garde que les sculpteurs copient purement i antiquité^ sans y rien ajouter, n Et quelques jours après : « Prenez garde qu'il n'y ait rien de changé aux originaux, c'est-à-dire que les copies que vous

LE I'f>RTRAIT DANS LA STATlAIRi:

ferez l'aire soyent des niesmes mesures, et que les ornemenls soyent faits avec soin et amour. — Faites avancer les vases. Prenez bien garde qu'ils soient heuiix et qu'ils soient tous pareils à l antique. » Je vous ai prouvé bien des fois que la conscience française, en matière dart, avait été drac/onnée. Louis Xl\' a imposé l'esprit académique dans toutes les écoles d'art, comme il imposait partout, en matière religieuse, le jésuite et son credo.

Nous avons vu dans la leçon précédente comment les gothiques avaient l'habitude de traiter la statue des rois, leurs contemporains, des rois sous lesquels ils avaient vécu. Comment les gothiques et même les romans ont-ils compris la statue rétrospective, c'est-àdire la statue érigée après coup à un personnage mort depuis longtemps?

Pour évoquer l'idée d'un roi mort, on représentait aux yeux des vivants le portrait ou l'apparence du roi rivant, et sous le règne (lucpicl on était. (Vest la théorie de l'art grec, si bien rapj)elée à propos d Homère par Eugène Delacroix, dans son Journal, que je vous ai déjà cité. Tous les rois mérovingiens et carolingiens étaient représentés sous les habits des rois et des reines du moment, c'est-à-dire de Louis \n, d'i^léonore d'.Aquitaine, de Philippe- Auguste, ou des Plantagenets, Henri L' et Richard Cœur-de Lion. \'oip la statue de Childeberlj.

A la lin du xni'' ou dans la deuxième moitié du xni'' siècle, on lui tlonne l'apparence d'un roi du xm'' siècle, d'un contemporain, ou à peu près, de l'architecte Pierre de Montereau. Saint Louis, à la porte de 1 église des Gélestins, était représenté sous les traits de Charles \', parce que la statue avait été faite y la lin du xiv'" siècle. La statue est aujourd'hui à Saint-Denis. On lui a rendu son vrai nom, mais sous Louis-Philippe, à la fondation du Musée de \ ersailles, on croyait encore que c'était un saint Louis authentique. Il paraît que la chapelle de Saint-Louis à Tunis est remplie de faux saint Louis, sous les traits de Charles Y. Ce sont les copistes qui ont été coupables et inintelligents.

L'idée en elle-même de donner au petit-lils les traits de l'aïeul est légitime et ingénieuse. L'usage durait encore au xvn'' siècle. Dans la chapelle, dite du cardinal de Richelieu, saint Louis est (^oiiRAJOii. Li:ç(iNs III. 25

représenté sous les traits de Louis Xlll. Voir la description de la Chapelle du cardinal de Richelieu dans Tinventaire du garde-meuble, en 1791. Les hommes delà Révolution, élevés dans les idées académiques, ne comprirent rien à ce symbolisme, et accusèrent Richelieu d'avoir adoré Louis XIII vivant, et de l'avoir mis sur les autels. \'oyez les déclarations de Grégoire.

Inventaire des Diamans de la Couronne, imprimé par oi'dre de TAssemblée nationale, Paris, 1791, "i'' partie, p. 130-1 iO. « Deux ligures d'or émaillé : l'une représente la Vierge tenant reniant Jésus, dont les cheveux ainsi (pie ceux de la Vierge sont d'or ; le manteau bleu de là Vierge, ainsi que la robe de l'enfant Jésus, sont parsemés d'étoiles, formées de 1 ,*253 roses. L'autre figure debout représente Louis XIII, tenant d'une main un sceptre et, de l'autre, la main de la justice; ses cheveux sont d'or et sa couronne est ornée de diamans, ainsi que son manteau bleu parsemé de fleurs de lys. Ces figures ont onze pouces et quelques lignes de haut La ligure de Louis XIII est enrichie de diamans au nombre de Ô73. On lit sur les marches : Ludovicus XIII. Tollile me proprid ferie, nonumque referte, ordine si minuar nomine major ero. Le cardinal, comme on voit, pour faire sa cour au prince, l'assimilait à saint Louis et le plaçait sur l'autel ; estimées cinquante mille livres ». Ce texte, imprimé en 1791, par ordre de l'Assemblée nationale, est très curieux.

Le costume des rois en Occident reste français en France, ou allemanil en Allemagne.

.Au xiii*^ siècle, on élevait souvent dans les églises, sur des colonnes, les statues des fondateurs de l'édilice et des bienfaiteurs de ces établissements. Saint Louis avait été sculpté à la porte de l'hospice des Quinze-Vingt.

(( X'ers l'an 1299, sous le règne de Philippe-le-Rel, fut exécuté un monument de sculpture, digne à tous égards du souvenir de l'Histoire. Ceprince, quiréparait alors l'ancien palais des rois de France pour en faire le palais de la Justice, conçut, en le quittant, la noble pensée d"y éterniser la mémoire de tous les monarques qui l'avaient habité. — A cet ell'et, après qu'il eut orné la grande salle, suivant l'usage du temps, de peintures et de dorures, il lit élever autour

des piliers quarante-trois statues, représentant tous les rois de France, depuis Pharamond, en y comprenant la sienne. Dans les siècles qui suivirent, la statue de chaque roi régnant, jusqu'à Charles IX inclusivement, fut successivement ajoutée à celles qu'avait érigées Philippe-le-Hel. En 1618, un incendie consuma la salle : tout fut anéanti. »

En 1304, on érigeait à Paris, sur le portail du collège de Navarre, la statue de Philippe-le-Bel et celle de Jeanne de Navarre, sa femme, fondatrice de cette maison.

« En entrant dans le chœur de Notre-Dame, contre le dernier pilier de la nef, dans l'ordre que je viens de suivre et vis-à-vis la chapelle de la Vierge, est appuyée la statue équestre de Philippe-le-Bel. C'est en cet état que ce roi vint, dit-on, rendre grâce à Dieu et à la Vierge, de la victoire qu'il avait remportée sur les Flamans à Mons-en- Puelle, le 18 d'août 1304. D'autres prétendent que c'est la statue votive de ce roi, qui la ht mettre dans cette église, en actions de grâces de cette grande victoire. Il donna en même temps cent livres de rente annuelle, poiir la fondation d'une fête, qui se célèbre tous les ans, le 18 d'août, en mémoire de cet avantage signalé. Il y a néanmoins des sçavanls, parmi lesquels le révérend père de Montfaucon, qui prétendent que cette statue équestre est celle de Philippe de Valois, qui fit ériger ce monument, en mémoire d'un vœu qu'il avait fait à la Sainte-Vierge, s'étant trouvé en très grand danger à la bataille de Monl Cassel, qu'il gagna sur les Flamans le 22 d'août de l'an 1328 ».

Quand j'ai fait l'histoire du Louvre de Charles V, j'ai parlé des statues du roi et de la reine Jeanne de Bourbon, qui décoraient ce palais. Toutes étaient des statues costumées à la moderne.

Presque toutes les chapelles ou églises avaient les statues de leurs fondateurs. Exemples ; à Chartres, statues à la chapelle de \ endôme, 1416; Charles Y et Charles \T. sur le contrefort de la chapelle de la Grange à Amiens.

Rappelez-vous ce que j'ai enseigné il y a dix ans, au sujet du premier portrait d'après nature sur un tombeau : celui de Philippe-le- Hardi,

A partir au moins des Valois (Philippe VI), et certainement à par-

tir de Charles \ ', le costume des rois de France sur leur tombeau est é^■idemment lixé par létiquette. Car dans toutes les statues, le costume est manifestement uniforme.

Je l'ai prouvé dans le tome III àWlexundre Lenoi'r, son journal, etc. C'est le costume du sacre. Ce costume est décrit par un commentateur de Touvrage de Guillaume Durand : Le Balional des divins offices, traduction, tome I, p. 377. Ce commentateur est du XV'' siècle, tandis que Guillaume Durand est du xui''.

Plus tard, c'est le costume des obsèques qui jirévaudra. En tout cas, sous l'ancien régime, il y eut loujoui's beaucoup de rapports entre le costume des obsèques et le costume du sacre. In roi n'est jamais plus roi que le jour de son sacre.

Conception de la statue pendant la Renaissance, a\ant I Académie. — l']tudions la statue, pendant la période de transition entre le moyen âge et la période académique, c'est-à-dire pendant la Renaissance. La preuve que la perversion d'idées vint bien de l'Italie, c'est que la plus ancienne statue de roi en costume romain est la statue de Louis XII, par Lorenzo da Mugiano, exécutée en 1508. Je dois, à ce propos, vous citer le prétendu tombeau de François de La Rochefoucauld, mort en 1517, comme exemple, non du costume antique, mais du nu héroïque. François, comte de La Rochefaucauld, chambellan du roi François I", mort en 1517, et Anne de Polignac, femme de son fils. Acheté par Lenoir à un marbrier nommé Balleux. Je possède les preuves de cet achat.

On lit dans le Musée des Monuments fi\-inçHis, L l\' , p. !8i. n° 557 : « Bas-relief en marbre attribué à Jean Cousin, représentant dans l'atlitude d'un homme endormi. François, comte de La Rochefoucauld, mort en 1517. Il fui tour à tour chambellan des rois Charles \'III, Louis XII et François I'"'. II avait tenu ce dernier sur les fonts de baptême en 1494. Anne de Polignac, sa bru, qui lui avait fait ériger ce monument, est représentée près de lui, dans une attitude douloureuse. Les débris de ce beau monument, détruit par la vente du domaine qui le renfermait, furent vendus. Je me suis procuré ce bas-relief, la seule pièce qui en restât, d'un marbrier qui lavait acquis avec les autres débris de marbre. » (Voir le catalogue de M. Barbet de Jouy et mes notes), (iravé dans Clarac, I. Il, [)l. '23i (Galerie (rAngoulème. n'' 10).

Cet exemple peut être corroboré par d'autres exemples. Albert I'''' de Savoie, prince de Carpi, mort en 1535. Costume antique. La statue est attribuée à maître Ponce. André Blondel de Rocquencourt, contrôleur g-énéral des Finances du royaume sous Henri II, mort en 1558. Il est représenté couché et endormi, la tête reposant sur un coussin qui figure une étoffe damassée. Le torse, les bras et la jambe ^^auche sont entièrement découverts. Guillaume du Bellay, à la cathédrale du Mans, sur son tombeau, porte le costume d'un chef de légion romaine.

Cosme I''' de Médicis, par Jean Bologne, L594, date de l'exposition de la statue. Costume moderne. Statue de F'erdinand L'' à Pise, de Jean Bologne et de P. de Francheville. Costume moderne également. Le Henri IV de Jean Bologne et de Pietro Tacca. Costume moderne.

Louis XIII de la place royale. Le Louis XIII de Biard lils, sur le cheval de Daniel de Volterre, à la place Royale, était à l'antique, avec détails modernes. Sauvai s'en est moqué. La statue équestre de bronze érigée à la mémoire de Louis XIII est le premier objet de son examen. « Ce roi est vêtu d'une manière singulière. Il est coiffé d'un mufle d'animal, surmonté d'un dragon. Ses cheveux sont bouclés naturellement. Son habit est un corselet de bufle à l'antique, avec des lambrequins aux bras et aux cuisses. Par dessus est une espèce d'écharpe, qui pend devant et derrière : elle fait un fort bon effet en sculpture, quoi qu'on ne conçoive pas bien qu elle puisse tenir longtemps dans cette position. Les cuisses et les jambes sont nues. Il est difficile de deviner dans quelles occasions nos rois portaient ce vêtement, qui est militaire sans être de défense : c'était apparemment pour les revues en temps de paix. Celui-ci est à cheval, sans selle, sans étriers, sur un simple tapis, et n'a pour éperons qu'une pointe de fer ».

Le Louis XIII, l'Anne d'Autriche et le Louis XIV enfant, du Pont au Change, par Guillain, sont encore en costume moderne. Le Louis XIII n'est pas en empereur romain. Il est costumé en gentilhomme. Il a l'air d'un personnage de l'Acac^em/e équestre de Pluvinel.

VIN(;T-L)EUXIÈMK 1-:T VlNGT-TUOlSIKMt: I.EÇONS

LE NU héroïque ET ACADÉMIQUE

Mesdames, Messieurs,

l-*our simplifier la question, je traiterai séparément deux séries : le costume antique romain, avec parties nues, imposé aux statues d'hommes célèbres, notamment aux princes et rois ; et le nu héroïque proprement dit. imposé aux mêmes personnages.

Proscription du costume moderne. Le nu ou la draperie devenue obligatoire.

Le portrait était en France, un genre très florissant et remarquable, malgré Tatleinte déjà portée au costume moderne, à partir de la Renaissance.

Alors intervient la doctrine académique, qui n'a pas changé en théorie depuis I^e Brun.

Aucune difl'érence entre une statue rétrospective de Pompée, de César ou d'Annibal, et la statue d'un roi de France.

Rois de F'rance costumés en empereurs romains ; Slatue de Louis XIII par Guillaume Berthelot, provenant de Richelieu, au Musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers, signée G. B. Commandée en 16'26 par le cardinal de Richelieu, exécutée en 1B35, la statue fut payée 427) livres à Berthelot et placée au château de Richelieu. Vignier en parle dans la description de ce château. [Riillelin des antiquaires de l Ouest, 3'' et A^ trimestres 1844, p. 67, 107, et rarimestre, 1879, p. 429).

Cette statue surmontait autrefois la porte principale du château de Richelieu, (disante et mutilée au milieu des ruines, elle fut

'.i\)'2 LE ISU lIKROÏyUK ET ACADEMIQUE

acquise par la Société des antiquaires de l'Ouest, en i(S44. Louis XIII

revêtu de la cuirasse romaine, avec lambrequins ornés de

ligures allégoriques, et du grand manteau royal semé de fleurs de Ivs.

Louis XIII en Hercule.

Liste des statues élevées à Louis XIV\ dans les Mémoires de la Société de rilisfoire de Paris, t. XV, 1888 : Louis XIV, posant pour l'Hercule l'orain, il ne lui manque que ses médailles et ses décorations. Louis XIV baladin, se promenant sur les planches de son théâtre. Louis XIV mérlitant dans son cabinet de travail, après s'être déguisé en Hercule. Louis XIV et la reine Marie-Thérèse ; Louis XIV en romain et la reine en toilette de bal. On dirait, dans les coulisses d'un théâtre, un véritable pompier causant avec une actrice. Louis XIV en costume d'empereur romain, dans l'Orangerie de Versailles, par Desjardins, (^ette statue colossale avait d'abord été exécutée par Desjardins, pour le monument élevé en I68B sur la place des Victoires par le maréchal de La Feuillade; mais le projet de ce monument ayant été modifié, une autre statue du roi couronnée par la Victoire, fut exécutée en l)ronze pai- le même artiste, et le maréchal de La Feuillade donna à Louis XIV la statue de marbre. Pendant la Hé\olution cette statue fut mutilée et devint une figure de Mars. La tête de Louis XIV a été refaite, en 181 fi, par le sculpteur Lorta.

Marché de la statue de Louis XI\'. faite par Gilles (iuérin pour l'Hôtel de Vaille de Paris, '21 mars Mi5;L (Nouvelles Archires de VArl français, '1^ série, t. III, p. 8r);. (^ette statue est aujourd'hui dans la cour du petit château de Chantilly. Moulage au Musée de Versailles, près de l'entrée du Musée. Elle est gravée dans le Musée des Monuments français de Lenoir, t, V, p. 116, pi. 190, n" 476. Statue de Louis XI V^ en marbre par Jean W'arin. Statue pédestre de Louis XIV par Coyzevox à l'Hôtel de Ville, aujourd'hui à Carnavalet. Statue de Louis XIV pour la ville du Havre. Louis XH' de la place Vendôme en 1699, par Girardon.

Louis XIV devenu Marciis Ciirdus. « A l'extrémité de la pièce d'eau des Suisses, du côté du Bois de Satory, Marcus Curtius par le (Chevalier Bernin. Il est représenté à cheval et se précipitant dans les flammes. Gravé par Thomassin, n^6'2. Cette figure équestre est le dernier ouvrage du Bernin et représentait d'abord Louis XIV

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gravissant la montagne de la (jloire; elle ne fut transportée en P^'rance que cinq ans après la mort de lauleur, et fut d'abord placée dans rOrangerie, où Louis XIV' la vit, à son retour de F'ontainebleau, le 14 novembre 1685. Le roi, rapport? Dangeau, " trouva que l'homme et le cheval étaient si mal faits qu'il résolut non seulement de l'ôter de là, mais même de la faire briser. » Cependant Girardon fut chargé de la modifier; il ajouta un casque, retouchâtes traits du visage, sculpta des flammes dans la masse du rocher, et la ligure reçut le nom de Mai-cus Curtius, chevalier romain, qui se précipita tout armé dans un goulfre ouvert au milieu du Forum, pour apaiser les dieux infernaux ».

Duel en luirope entre souverains, à coup de statues équestres. L'I'^lecteur de Brandebourg, par Schlùter. Le pauvre Andréas Schlûter était empoisonné, lui aussi, par l'Italie et par l'.Académisme. Comparer la statue équestre de ri'.lecleur avec la chaire de Saint-Pierre, du Bernin.

Louis XV. — Projet fantaisiste d'une statue de Louis X\' par un décorateur (Messonnier je crois). Statue de Louis XV pour Bordeaux, par J.-B. Lemojne. Louis XV par Nicolas Coustou. Louis X\' pour Kouen par Lemoyne. Louis XV à Nancy par Guibal. Louis XV à Rennes par Lemovne. Louis X\' à Valenciennes |K(r Saly. Louis XV de Bellevue par Pigalle.

J>ouis XV pour Reims. Voir l'article de M. Chabouillet. PiçjuUe cl le Louis XV de la ville de Heims. Voltaire à D'Alembert, "il juin 1770. Œuvres complètes, t. 69, p. 60. « M. Pigal m'a fait parlant et pensant... J'ai vu le dessin du mausolée du maréchal de Saxe. Ce sera le plus grand et le plus beau morceau de sculpture qui soit peut-être en Europe. Il m'a fait l'honneur de me dire, avec sa naïveté dépouillée de tout amour-propre, qu'il avait conçu de faire les accompagnements de la statue du roy, qu'il avait faite pour Rheims, sur ces paroles qu'il avait lues dans le Siècle de Louis XIV: « C'est un ancien usage des sculpteurs de mettre des esclaves aux pieds des statues des rois; il vaudrait mieux y représenter des citoyens libres et heureux.

<< Il communiqua cette idée à M. Berlin qui, en qualité de ministre diktat et plus encore de citoyen, la saisit avec chaleur et doubla sa récompense. Ainsi c'est à lui que nous devons l'abolition

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de cette coutume barbare de sculpter l'esclavage aux pieds de la royauté. Il faut espérer du moins que cette lâcheté insultante à la nature humaine ne reparaîtra plus; il faut espérer aussi qu'en ligurant des citoyens heureux bénissant leurs maîtres, les artistes ne mentiront pas à la postérité».

Manière de traiter le buste royal: Buste de Louis XIV par Warin. 1666 {Gazette de France, année 1666, p. 9i8). Buste de Louis XIV |)ar le Bernin, 1666 >- Dans les peintures de Le Brun qui décorent la belle galerie de \'ersailles. on voit Louis XIV, représenté dans chaque tableau velu à la Bomaine, et coill'é d'une grande perruque bouclée, que l'on appelait in folio, dont les rouleaux descendent de chaque côté sur les épaules et jusqu'au bas du pectoral. On conviendra sans doute qu'il n'y a rien de plus ridicule qu'une telle bigarrurre, et qu'il n'y a qu'un flatteur qui puisse avilir son génie par une flagornerie aussi absurde. Le Brun n'est pas le seul artiste de son temps auquel on puisse faire le même reproche. La statue équestre parGirardon que Ion voyait dans la place Vendôme, celle de Coyzevox qui décorail l'Hôtel de \'ille de Paris; les basreliefs de la porte Saint-Denis, ceux de la porte Saint-Martin et les statues pédestres par Jacques Sarrazin et Anguier, que l'on voit dans ce musée ; toutes représentent Louis XIV vêtu à la romaine (voyez les n^^ •2L2, 214, 476). Bouchardon a fait la même faute dans la statue équestre de la place Louis XV. Jean-Baptiste Le Moyne est tombé dans la même erreur, en sculptant celle de marbre que l'on voit dans le musée (voyez les n''^ 'M'2 et i-544) ». Lenoir (Musée des Monuments français, t. V, p. 80.)

Soiivré. — Le tombeau de Souvré de Courtenvaux au Louvre, où le commandeur de Malte est représenté à moitié nu prouve bien que le système vient de la pensée académique. Le tombeau de Bonchamp par David d'Angers est le fils du tombeau de Souvré.

Voltaire nu par Pigalle. \'ollaire à D'Alembert. OEuvres complètes, t. 69, p. 10-2. « \'oici une autre querelle. M""' Necker me fait ses plaintes amères de ce que Pigal veut me faire absolument nu. Voici ma réponse : Décidez de mon effigie. C'est à vous que je la dois ; c'est à vous de me donner un habit si cela vous plaît. Soyez sûr que, vêtu ou non, je suis à vous jusqu'à ce que je ne sois plus rien. »

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Combien le Houdon est mieux !

Clodion aussi avait d'abord représenté Montesquieu dans Tétat (le nudité. — M'"'' de Ponipadour à demi-nue par Pi^alle, aujourd'hui à Bagatelle.

Napoléon nu d'après Canova ; statuettes du Louvre tondues par Highetta. Le Napoléon de Canova était une statue en marbre blanc, de style héroïque, c'est-à-dire nue, tenant dans la main droite une figurine de la Victoire sur le globe, la gauche appuyée sur le haut d'un sceptre; une draperie est jetée sur le bas du même côté; des armes sont appendues à un tronc de laurier placé à droite, aux pieds du héros. (Hauteur, plus de trois mètres). La statue arriva à Paris en l'année 1803; en l'an 1815, elle passa en Angleterre et devint la propriété de Wellington. Il en tut fait une reproduction en bronze qui se trouve au Musée Brera, à Milan.

Napoléon de Chaudet, exécuté en 1803 pour le Corps législatif. « Cette magnifique statue en marbre, due au ciseau de l'un des plus habiles sculpteurs de notre école, est le premier monument de ce genre élevé à la gloire du libérateur de la France. Napoléon, représenté debout, tient dans sa main droite le code des lois civiles. L'autre est cachée sous un ample manteau, noblement drapé, qui ne laisse à découvert que la jambe gauche, le bras droit et une partie delà poitrine... On aperçoit le haut du baudrier, d'où pend un glaive, dont la partie inférieure est seule visible ».

J'ignore ce qu'est devenue la statue de Chaudet, le Napoléon portant pour tout vêtement un Code. La statue a été gravée par Laugier. Elle a probablement été détruite. C'est l'opinion exprimée par M. Barbet de Jouy dans son catalogue.

Résistance du tempérament français au nu héroïque et à la ridicule doctrine académique. Cartellier avait fait pour l'I^cole de droit un Napoléon en grand costume impérial, couronné de laurier, le sceptre en main. Roland aussi. M. de Fourcaud a fait remarquer que Cartellier, le maître de Rude, n'a jamais donné dans le travers et dans le ridicule du nu héroïque. Gros non plus. — Le roi de Hollande, par Cartellier (à Versailles.)

Modèle de la statue de S. M. l'Fmpereur et Roi pour la salle des séances publiques de l'Listitut, par M. Roland. « [^'Institut ayant

.'i96 LE M" HÉROÏQUE ET ACADEMIQUE

obtenu de S. M. l'Kmpereur la permission de lui élever une statue dans la salle de ses séances publiques, on a contié l'exécution à M. Roland, l'un de ses membres les plus distin^-ués. Napoléon I^^ debout et en grand costume, tient de la main gauche le bâton impérial, surmonté dun aigle ; de la droite il distribue des couronnes et des récompenses militaires ».

Le comble du grotesque : la statue de Desaix par Dejoux. « Ce bel ouvrage d'un des professeurs les plus recommandables de l'école actuelle, doit être exécuté en bronze et orner la place des ^'icloi^es. Nous l'avons fait dessiner et graver avant la fonte de la statue, et son placement au lieu qui lui est assigné. La première opération ayant été retardée par une circonstance imprévue, nous remettons à un article prochain l'examen de ce monument colossal, dont le modèle fait beaucoup d'honneur à l'artiste. La tigure a dix-huit pieds de proportion ».

Autre comble de grotesque : la statue de Hoche au Musée de \'ersailles par Milhomme. <■ La statue de Hoche, dit ^L Frédéric Henriet, que l'on voit au palais de \'ersailles, en bas de l'escalier des ambassadeurs, montre où conduisent les formules interprétées par des artistes de second ordre, que n'anime plus la foi des novateurs. L'auteur de cette ceuvre médiocre, datée de Rome (naturellement) 1808, ^lilhomme, a planté la télé cascjuée de Hoche, tête aussi peu individualisée que possible, sous prétexte d'idéalisation, sur un corps quelconque drapé selon les rites académiques. C'est le dernier mot de ce que l'on appelle aujourd'hui « lart pompier ».

Nudité de tous les bustes, au temps de l'Empire. La Tour d'Auvergne avec un baudrier.

Continuation du jjrincipe et du système des statues nues jusqu'à nos jours. Statue de Wellington, à Hyde-Park, près de la porte qui donne dans Piccadillv, statue en bronze élevée en 18"2"2 en l'honneur du duc de ^^ ellington par souscription nationale des dames de Londres. Cette statue, coulée par M. W'eslmacott, représente Achille sous les traits de VIron cliike. Elle a près de 18 pieds de haut: le piédestal a environ .36 pieds de hauteur. Jniirnal d^ Eugène Delacroix, t. 11. p. 301 : « Qu'importe qu'Achille soit français! Et qui a vu l'Achille grec? Qui oserait,

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