‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 90 sur 93 · LE M" UKROÏQIK ET ACADEMIQUE · texte numérisé non relu

LE M" UKROÏQIK ET ACADEMIQUE

sable de risquer celte invite à la Fortune. Le coup lui réussit mal. Lartiste lut autorisé à exposer le plâtre, îi titre d'essai, au centre de la place Vintimille, au j^rand déplaisir des habitants du quartier, que cette exhibition scandalisait fort. Les ladies qui s'aventuraient dans ces parages pressaient le pas et détournaient la tête avec des schoking éplorés. Lédilité parisienne lit planter autour du demidieu, pour dissimuler sa... divinité, un massil' d'arbustes, parmi lesquels se trouvait un saule rapporté du tombeau de Sainte-Hélène. Un incident ridicule renversa toutes les espérances du pauvre statuaire. Un matin de carnaval, le gardien du square — un vieux médaillé de Sainte-Hélène, — trouva la statue de son empereur badigeonnée deiiluniiiiures grossières par des loustics irrévérencieux. Le malheureux statuaire lit retirer sans bruit le héros maculé et, de dépit, brisa son œuvre dans son atelier. »

Je vous ai dit que TAcadémisme avait appliqué même aux femmes sa théorie du nu héroïque.

La princesse Borghèse Pauline Bonaparte dans son cabinet de toilette, ou dans lOlympe, sous les traits de Vénus. Costume recommandé pour reines et femmes célèbres, par l'Institut.

Statue en marbre de S. A. 1. Madame, mère de l'empereur, par Canova. « En exposant cette belle statue, aussi remarquable par la noblesse du style, par la sagesse et la simplicité de l'attitude, que par la vérité de la ressemblance et la franchise du ciseau. M. Canova vient de prouver qu'il sait varier, quand il lui plaît, le caractère de ses productions et le mode de leur exécution... Au premier aspect, on pourrait prendre la statue de Madame Mère pour une imitation de la statue antique d.Agrippine, épouse de Germanicus, mais à l'examen on reconnaît qu'elle n'en est qu'une vague réminiscence. » — O naïveté de l'éloge olliciel !

Canova lit aussi une l^lisa Bonaparte en Polymnie.

Que consacre la statue sur une place publique? La popularité. Le rôle de la statue est de maintenir un contact perpétuel entre un peuple vivant et les grands hommes ou simplement les hommes puissants, que la mort a ravis à ce peuple à travers les vicissitudes de l'histoire.

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L'ne statue c est un niemeuto historique. C'est le rappel d'une chose essentiellement concrète : uue personnalité. 11 faut donc conserver aux personnages des statues les apparences et les dehors sous lesquels ils ont apparu à Ihunianité. Sans cela on ne peut pas les reconnaître, et la statue ne devient qu'un mannequin sans signification ou un symbole indéchiffrable. Les savants ont lait fie la statue un hiéroglyphe. On dresse devant les yeux du peuple quon veut instruire une image que le peuple n'est pas en état d'interpréter.

Je ferai fies observations tlu même genre à propos de certaines statues synibolif[ues.

J'analyserai particiilièrement devant vous le type de la personnilication des forces intellectuelles qu'on appelle Les l er/w.s, en opposant au type académique celui tjuavait conçu le moyen âge.

Guillaume Durand, le bon évèque de Mentle, tlisait, au xiii^ siècle, d'accortl avec tous les artistes fie son temps : Les vertus sont représentées sous la forme fl une femme, quia miilcent et niilriunt, parce qu elles atloucissent et parce qu'elles nourrissent, parce quelles soignent et pansent, pai-ce qu'elles alimentent le cœur humain.

Tout le rôle social fie la femme est résumé en fleux mots : Mulcere elnnlrire. Toute la grâce de la femme vivante est empruntée par l'art vivant et vécu, par l'art moulant exactement en quelque sorte la société flont il émane, marchant toujours avec elle tle la même allure et fin même pas'.

De ces\'ertus sympathicjues et attirantes, flont j'évoquerai limage, je rapprocherai les \'ertus sculptées selon la formule acatlémique, inflexibles images fies parques païennes, témoins inflifFérents malgré leurs gestes fie tragéflie. Car elles affectent, sous un uniforme spécial, revêtu avec intention, pour la circonstance, d'être tl'un autre âge, fl'une autre caste, d'appartenir à une aristocratie savante, fie parler une langue qui tléflaigne tle se traduire, la langue des dieux païens, fies riches, et non pas la langue des humbles.

1. Projections, avec tles tléveloppLMiieiits oraux donl nous n'avons que des résumés.

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