‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 13 sur 124 · SIXIÈME. LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME. LEÇON

LELEMENT GALLO-ROMAIN

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Messieurs,

Nous achèverons aujourd'hui rexamen du coefficient gallo-romain.

Il y a des vérités qu'il faut avoir le courage de proclamer lors même qu'elles sont en contradiction avec le sentiment général du public et les conclusions de l'éducation antérieure. Je n'ai jamais manqué à ce devoir, quelles que puissent en être pour moi les conséquences, et je ne recule pas devant la responsabilité des doctrines que je vous ai exposées sur la décadence latine.

Cependant, pour vous donner confiance et vous faire partager mon sentiment, je suis bien aise de montrer encore par quelques courtes citations que je ne suis pas seul de mon avis. Voici ce qu'on pensait déjà, il y a une vingtaine d'années, de cette absorption complète de la Gaule et du monde occidental par Rome :

« Jusqu'à ce que le christianisme fût assez grandi pour comprendre sa puissance et sa personnalité, les arts et la littérature du monde antique ne vécurent que d'une vie d'imitations et d'emprunts. Tout est pastiche alors. Le langage, le costume, les monuments (quoique se dégradant à mesure que l'on avance) sont toujours les mêmes. Les

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hommes, toujours fascinés par Téclat du passé, n'en détournaient pas leurs regards, el s'efforçaient de rester les mêmes aussi ; mais l'humanité ol>éil à la même loi que les sphères du ciel, auxquelles Timmohilîtéest interdite* »

î>onc pour les auteurs de ces lignes très justes, très judicieuses, vis À vis de )a décadence romaine c'est le moyen âge qui représentait le progrès. Lui seul pouvait préparer Tavenir, et l'humanité ne devait pas rester stationna ire.

Vous n'avez pas oublié la page terrible que j'ai empruntée à Lactance pour vous dépeindre l'état où la fiscalité romaine avait réduit la Gaule. Cette fiscalité avait à alimenter l'administration et les travaux publics. Ces travaux n'exigeaient pas seulement l'argent des malheureux contribuables gaulois, mais encore ils entraînaient la riH]uisition du travail manuel.

Il faut dire deux mots du travail public, travail obligatoire et forcé pour toute une catégorie de citoyens. M. Ghoisy a très bien compris et parfaitement expliqué cette cause de profonde impopularité de l'administration romaine et de ses principes d'art. La plupart des monuments publics n'étaient pas seulement une injure aux sentiments de la nationalité gauloise; ils représentaient en outre le souvenir de longues exactions passées et la menace des exactions à venir.

tt Ces réquisitions, dit Mi Ghoisy {Art de bàiirchez les Romains^ p. 210), dont Lactance nous a laissé une saisissante peinture {De morlihus perseculorum^ cap. Vil), étaient si peu des mesures d'exception aux yeux des Romains, qu'on voit un de leurs historiens* adresser à Vespasien des éloges pour avoir bâti dans les provinces u sans arracher les laboureurs à leurs champs » .

Toute l'antiquité se trahit dans ce seul trait, qui devient plus caractéristique encore si l'on songe qu'il nous reporte aux siècles les plus prospères de Rome et aux meilleurs princes qui aient gouverné rKmpire.

Cette splendeur inouïe de la période gallo-romaine, que j'ai essayé de vous faire entrevoir dans notre dernier entretien, a donc

1. Bordicr et Gharton, Histoire de France, p. 101 (éd. de 1878).

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