L'^RT BARBARE
(Suite)
La leçon d'aujourd'hui et celle de mercredi prochain auront la plus grande importance. Il s'agit de vous faire connaître toute une source large et profonde de Tart roman qui a été absolument méconnue. I^s images vous expliqueront ce que vous n'avez pas saisi. Si vous parvenez à me comprendre, vous devinerez la révolution qu'il est urgent d'opérer dans les doctrines courantes.
Les fouilles des cimetières mérovingiens et carolingiens ont renouvelé la face de l'Histoire. La théorie de la genèse de l'art français est complètement à réviser.
On n'avait pas tenu compte, dans le total, de l'un des principaux coefficients de ce total. L'addition est à refaire.
1. Dans le dossier de la seizième leçon, nous n'avons trouvé que cette mention : (( La leçon s'est passée en exposition et en commentaires de photographies des Musées de Copenhague et de Mayence >•.
Voici, d'après les notes d'un auditeur du cours, le résumé de cette leçon :
C'est sur le sol Scandinave que l'art barbare s'est développé le plus complètement ; c'est là qu'il a trouve ses derniers défenseurs. Le musée de Copenhat^ue contient un ensemble de monuments du plus ^rand intérêt.
Les divisicms et classifications de Worsate ne sont pas applicables aux autres
Co!*RAJO[j. Leçons. |:J
194 L^ART BAtlBAKË
T Je VOUS ai expliqué, mercredi dernier, la haute valeur de Tart industriel des Barbares au point de vue des renseignements qu'il peut nous transmettre sur le tempérament de ces peuples.
Il s'agit de savoir si, comme l'affirme un auteur déjà cité, le style des entrelacs est d'inspiration latine ; (Je suis en mesure d'affirmer, dit cet auteur, que ce sont les Romains qui ont fait de l'entrelac l'usage le plus étendu, le plus exclusif, et que les pavements en mosaïque sont le domaine dans lequel ce motif de décoration
pays de l'Europe, et il ne faut pas attribuer un sens absolu à la dénomination d'àjçe de fer donnée par lui à la période comprise entre l'ère chrétienne et ic commencement du xi" siècle et divisée en trois époques :
!• de l'ère chrétienne à 450 environ.
2" de 450 à 700.
3" de 700 à 1030.
Ces dates ne peuvent être que très approximatives. La dernière période, du vnr au XI" siècle, est d'une importance capitale pour nous, car c'est à ce moment que les Normands ont couvert nos côtes septentrionales et occidentales : il importe de savoir ce qu'ils nous ont apporté.
Dans la V époque du fer (jusqu'à 450j, l'influence de la civilisation grecque se fait encore sentir, les formes sont belles et se rapprochent de celles trouvées à Mycènes et à Tirynthe (qui sont pourtant du viii* ou ix" siècle avant Jésus- Christ). On y remarque aussi des cléments de décoration celtique et la présence du Swaslika.
Pendant la deuxième époque (450-700), l'influence méridionale diminue et, à mesure que l'empire romain s'écroule, ie sentiment barbare s'accroît. Les formes deviennent bizarres, contournées; les têtes d'animaux fantastiques apparaissent. Les monnaies, imitées d'abord des monnaies romaines, deviennent étrangles; la forme n'est plus respectée. Le tempérament germanique et Scandinave s'exalte dans une ornementation où les formes imaginaires et enchevêtrées (serpents, vers ou rubans), les têtes fantastiques, les monstres elTroyables semblent conçues dans ie rêve ou le délire.
L'art Scandinave de la troisième période (700 à 1030 environ) devient admirable ; il a des règles et une esthétique qui ne sont pas sans rapport» avec les liligranes arabes. Une modération relative s'introduit dans renchevélrement et les enroulements des êtres fantastiques nés de l'imagination et qui ressemblent ù ceux que produit l'art chinois ou indien.
VioUet-le-Duc avait senti ces rapports de l'art Scandinave avec l'Inde.
Cet art a agi sur notre art national. Il ne faut pas oublier que dans le nord-ouest de la France on p'arlait danois aux xi« et xii' siècles.
Les pièces allemandes, comme celles du Musée de Mayence, présentent quelques dilTérences avec celles du Danemark. Elles sont ordinairement en fer ctamé ou argenté. On y voit les traces des deux courants générateurs de l'art germanique : l'un hindou venu par le Nord, Tautre persan venu par le sud. Mais l'ornementation en est plus franchement orientale qu'à Byzance même, et c'est une preuve que l'influence byzantine n'a pas été ici l'initiatrice.
La couverture du dossier de la dix-septième leçon portait cette mention : « La leçon s'est passée en projections. »
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s'est maintenu le plus longtemps et avec la faveur la plus incontestable.) ou bien s'il n'est pas, au contraire, d'inspiration orientale et indo-germanique, si ce n'est pas un instinct de race comme l'avait très bien compris M"® Marguerite Stokes.
C'est ce que nous allons étudier.
Comme je vous Tai dit dans notre dernière réunion, j'accepte provisoirement et officiellement, pour les pays Scandinaves, la classification de M. Worsaae, et je remarque que dans les fibules du moyen âge du fer, classées par M. Worsaae, on voit des entrelacs (voir fig. 11). C'est le principe de la décoration barbare. C'est le vibrion de l'ornement germanique et Scandinave. Nous l'examinerons au microscope.
L'n moulage d'une fibule du musée de Mayence, dont l'original a été trouvé à Menzigen et est conservé au musée de Garlsruhe, peut donner une idée de l'art, du tempérament que les invasions des v* et vi"" siècles ont apporté dans la Gaule, identité de cette pièce avec celles qu'on trouve en Normandie et dans l'Ile-de-France, notamment dans la vallée de l'Ourcq, dans le département de l'Aisne.
La miniature irlandaise ou anglo-saxonne a aussi, pour l'étude des origines des entrelacs, une importance considérable. On a voulu y voir une caractéristique de l'art celtique. Toute la calligraphie mérovingienne dérive des manuscrits irlandais et anglo-saxons.
La civilisation gréco-romaine disparaissant, le monde est repris par ses instincts originels. C'est la revanche des éléments aryens, du courant septentrional. Le caractère oriental reprend partout le dessus. Nous avons déjà vu cela dans le courant méridional luimême.
L'art occidental, et l'art français en particulier, est resté longtemps sous l'impression du style des enlrelacs jusqu'à un moment très avancé du xn'* siècle. Preuves dans les fontes en bronze de Bernward en Allemagne à Hildesheim. Plus tard les pieds de chandeliers, les flambeaux. Plus tard encore les petits bronzes de Limoges. Le dictionnaire du mobilier de VioUet-le-Duc en est plein.
Les entrelacs se rencontrent fréquemment dans les chapiteaux romans. On trouve également, surtout dans les églises romanes du Poitou, des pierres sculptées portant des entrelacs et enchâssées au milieu des appareils de maçonnerie. On suppose que ces pierres
ont appartenu à des édifices antérieurs el qu'elles ont été encastrées dans des édiRces nouveaux (fig. 12).
Il y eut de même contact entre l'art des barbares septentrionaux d'origine germanique et l'art goth-byiuintin, d'origines Perse et Sasianide. Gomme preuves, on peut citer la libule de Wittislingen qui porte un nom golh ou ostrogolh, Ilffila, datée du vi* siècle. Comparez aussi la fibule Kinglon pour le dessin des filigranes avec les plaques d'argent niellées de tous les musées de France et d'Allemagne. Beaucoup de fibules, de sentiment germanique comme ornementation, révèlent dans leur technique des influences perses. L'aiguière du trésor de Saint-Maurice d'Agaune (Voir l'ouvrage de M. Auberl ') est d'une même Inspiration orientale que le trésor de Miklos. C'est un travail persan, ou golh dans le sentiment persan cl oriental.
Il y cul aussi pénétration de l'art anglo-saxon par l'art celtique et communication et rapports entre ces deux arts venant d'une source commune. Hxaminez à cet égard deux fibules grevées dans Vlndaxtrie anglo-saxonne de M. de Baye, lune p. 60, lig. 13 ; l'autre pi. VIII, fig. n" 4, La première est celle de Faisford (Gloucestershire), la seconde celle de Brighampton [Oxfordshirej.
'e d'Afcaunr. décrit