LART BARBARE
Donc du VI* au ix* siècle, deux courants, d'essence orientale tous les deux; mais, quoique parfois confondus dans des pénétrations réciproques, ils peuvent se différencier et se reconnaître : le courant que je crois germanique pur, qui a trouvé son développement le plus complet dans Tart Scandinave et qui vient de Tlnde ou qui ressemble à ce qui s'est fait dans Tlnde de tout temps, et le courant également oriental, après ou avant certains contacts passifs ou actifs avec Byzance et qui vient de la Perse et de T Assyrie. L'art des fibules et de l'orfèvrerie barbare trahit l'existence de ces deux courants.
Un des caractères de l'art germanique et Scandinave, tel qu'il nous est révélé par Tart des fibules et des entrelacs, est Vahsence absolue d'éléments végétaux.
Aucune feuille, aucun arbre, aucun vestige de plante dans ce que nous avons appelé, d'après M. Worsaœ, les trois âges du fer, c'està-dire dans la période d'art qui s'écoule du i®*" siècle au xi" siècle.
Le même caractère se retrouve dans la tapisserie de Bayeux. Les arbres y sont un vague composé d'entrelacs.
On me dit : il n'y a pas de date certaine à ces monuments.
C'est une mauvaise chicane. D'abord, ils sont tous antérieurs au X® siècle et à l'époque qui prépare l'époque romane. Ensuite ils sont tous postérieurs au iv® siècle et à la prise de possession de l'Occident par les différents peuples de la famille germanique.
Du IV® au IX® siècle, notre sol était habité et foulé par des peuples qui avaient une esthétique conforme à l'esprit des dessins que nous voyons sur les fibules et sur les produits des arts industriels, les seuls, vraisemblablement, qu'ils aient pratiqués avec éclat.
Cela est incontestable.
Je veux bien qu'à côté de ces peuples il y ait eu une nation subjuguée qui protestait contre cette civilisation en s'abstenant.
Mais alors ne venez pas dire que cette culture n'était pas personnelle aux Barbares et qu'elle avait emprunté son essence à l'art romain.
Si la civilisation barbare bravait et défiait l'art romain, elle ne pouvait pas sortir de lui. Elle ne pouvait pas à la fois émaner de lui et en même temps le combattre et lui faire concurrence.
Pu VII® au xf sjèçle, il y a interrègne dans les arts pratiqués par
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les Romains et développement dans les arts pratiqués par les Barbares envahisseurs. — Preuves : Fibules, Miniatures.
Tandis qu'une profonde décadence se révèle dans tout ce qui touche à certains grands arts, à ceux qui étaient uniquement pratiqués par les Romains, une verve extraordinaire brille dans Tart industriel.
Donc il y avait dans TOccident autre chose qu'un art latin épuisé. Il y avait une autre source où TOccident puisait ses inspirations, et cette source c'était la source barbare. Gomment expliquer autrement l'incroyable développement de l'orfèvrerie Scandinave et franque du vi® au ix* siècle ? Comment expliquer l'art des Vikings, des Corsaires normands ?
L'art de l'extrême Orient a, pendant un certain temps, jeté un incontestable éclat dans l'Occident.
Ce temps a duré du iv* au x® siècle.
Les Scandinaves sont les plus indo-germaniques des Barbares, et avec eux les Saxons et les Normands.
Au XI* siècle, les mélanges étaient accomplis. La fusion se fit entre les deux courants, le courant méridional et le courant septentrional, avec une prédominance, au point de vue général, de l'élément barbare et de l'élément septentrional.
C'est ce qui permit au gothique de se dégager du roman sans retourner au romain et en marchant dans une voie parallèle à celle que suivit, de son côté, l'art arabe sorti lui aussi du byzantin, mais inclinant vers un pôle magnétique différent et se laissant diriger par le plus oriental des éléments qui le composaient.
Ce développement a été nouveau et français, mais dans le sens de l'art de l'extrême Orient.
L'enseignement des sciences philologiques veut que nous appartenions à une race aryenne et indo-germanique. Cet enseignement est absolument confirmé par l'archéologie.
Oui, nous sommes des Orientaux — par la race. — Nous sommes doublement Orientaux à la fois par notre origine celtique et par notre pénétration germanique du iv^ au x® siècle. Nous ne sommes latins et gréco-romains que par l'éducation littéraire.
Nous étionS) du vi" au ix*" siècle, bien plus orientaux que leô
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Romains dont on voudrait nous faire croire que notre civilisation est uniquement issue, tandis qu'elle est née des Invasions barbares.
Donc ils se trompent ceux qui veulent que le seul art qu'ils concèdent aux Barbares soit venu de l'antiquité classique.
Ce n'est pas la décoration en bordure des mosaïques de la décadence romaine qui a inspiré aux Barbares le dessin des entrelacs C'est le génie national.
Les Barbares ont continué de pratiquer chez nous un art qu'ils pratiquaient de temps immémorial en Orient ou dans l'est de l'Europe.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Bibliographie de la iD*' leçon
Auguste Montié, Les fouilles de Rambouillet, article paru dans le Cabinet de V amateur , en 1842.
H. Baudot, Mémoires de la Commission des Antiquaires delà Côte-d Or, tome V : Mémoires sur les sépultures des barbares de l'époque mérovingienne, découvertes en Bourgogne et particulièrement à Charnay, Détails très importants sur les mœurs et sur Tinâustrie des Barbares.
Docteur Rigollot, Recherches historiques sur les peuples de race tcutonique qui envahirent les Gaules au V» siècle et sur le caractère des armes, des boucles et des ornements recueillis dans leurs tombeaux, particulièrement en Picardie, Ce très intéressant mémoire contient de curieux documents sur les envahisseurs de la Gaule, sur leur art et sur leur mode de vie. Il a été publié dans les Mémoires de la Société des anti^ quaires de Picardie en 1850, à Amiens (Tome VII de la collection) 7 planches.