DE L'ART SEPTENTRIONAL
Messieurs,
Je vous disais, mercredi dernier, cette f;énéalof]^ie, celte transmission ininterrompue et directe du principe familial de l'art du Nord, il nous importe beaucoup de la connaître. Ne m*accusez donc pas de vous avoir fait perdre votre temps en étudiant les préliminaires. C'est pour avoir négligé cette étude qu'on a mal compris jusqu'à présent la genèse de notre art national. L'art roman et même l'art gothique sont restés tributaires de l'art barbare, de l'art indo-germanique, et cet art barbare, cet art indo-germanique a été le plus actif des facteurs et le plus fécond des coeiïicients de l'art moderne jusqu'au xv^ siècle.
J'ajoutais que la preuve matérielle de cette vérité pouvait se faire par deux moyens principaux, par l'étude de deux éléments de décoration qui sont passés directement de l'un des deux arts à l'autre. Ces éléments sont les entrelacs dans leur courant nordique ou septentrional, et le caractère monstrueux d'une certaine faune, spéciale au pays de l'Orient et du Nord.
.Ne pouvant fournir la double démonstration pondant notre réunion
218 SrRVIVANCK DE L*ART SEPTENTRIONAL
do mercTedi matin, 27 mai, j'ai commencé par examiner la seconde face de la question.
Je VOU8 ai fourni la preuve de la présence et de la survivance de Tart septentrional pendant les périodes romane et gothique; et j'ai fourni cette preuve à Taide du caractère monstrueux et fantastique de la décoration.
Pour établir ce point de fait, je me suis servi d'une série très curieuse de fontes de bronze, dont quelques-unes à dates parfaitement connues, parfaitement certaines, et qui, après s'être greffées quant au style sur Tari primordial, populaire et instinctif des fibules, s'échelonnent du ix^ siècle au xni« siècle.
Dans la seconde séance du mercredi 27 mai, quelques personnes, quelques-uns de mes meilleurs amis, que je remercie, ont bien voulu me faire savoir qu'ils n'avaient pas compris pourquoi j'anticipais sur la marche chronologique des événements et pourquoi je les transportais tout d'un coup en pleine époque romane et gothique.
Les mêmes personnes m'ont demandé de revenir sommairement sur ma démonstration, pour légitimer mon procédé qui leur paraissait d'abord manquer de logique et qui avait à leurs yeux le défaut de ne pas suivre pas à pas la tradition à base historique.
Je répète souvent, trop souvent peut-être pour ceux qui comprennent du premier coup. Mais cette fois-ci, si je répète, c'est qu'on me l'a demandé. Vous voyez bien que c'est nécessaire de répéter dans des matières aussi neuves que celles que je traite.
Messieurs, je regrette vivement de n'avoir pas été compris pour n'avoir pas sufïîsammont insisté sur un fait que je croyais parfaitement évident pour vous tous, comme me l'avaient fait penser quelques-uns de mes auditeurs qui sont préparés et qui gardent un souvenir fidèle des images que j'ai prodiguées devant vos yeux depuis le commencement de l'année.
On n'a pas reconnu le lien intime qui rattachait tous les bronzes que je vous ai fait voir, au génie de la décoration indo-germanique et Scandinave.
Je m'étais contenté de faire allusion aux monuments qui ont déjà passé si souvent sous vos yeux, et ces monuments on les avait déjà oubliés 1 Je vais les remettre devant vous, ou bien vous rappeler seulement les livres où ils sont dessinés.