‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 51 sur 124 · L ÉLÉMENT ARABE · texte numérisé non relu

L ÉLÉMENT ARABE

On voulut avoir des édilices de pierre même chez les Barbares. Les Latins et les Byzantins seuls savaient en bâtir. Seuls ils savaient employer le ciment et tailler la pierre. On s'adressa nécessairement à eux. Mais c'est en grande partie à cette circonstance que Testhétique classique, à ce moment bien modeste et bien humble, doit d'avoir été conservée.

En parlant de Fart arabe, né à partir du vue siècle, et en comptant h partir de l'Hégire, c'est-à-dire de 622, je ne m'astreindrai point à ne le considérer que dans ses débuts contemporains de l'époque mérovingienne et carlovingienne.

Je vais procéder, pour l'art oriental de source méridionale, comme j'ai procédé pour l'art oriental de source septentrionale. J'étudierai l'ensemble, la série, le jet, le sentiment général, Ife tempérament tout entier, et je vous montrerai sommairement le reflet de cet art arabe sur une partie de tout notre art du moyen âge.

L'arc en tiers-poinl. — L'arc en tiers-point vient de l'Orient et nous a été transmis par les Arabes.

« On donne assez improprement le nom d'ogive, dit V^iollet-le- I)uc, à la figure formée par deu>i arcs de cercles se coupant suivant un angle quelconque. Ce nest guère qu'au vi* siècle que nous voyons poindre « l'ogive » sur les bords de la Méditerranée, en Egypte, au Caire; et là, elle apparaît déjà comme le résultat d'un calcul.

« C'est suivant ces méthodes que procèdent les architectes d'Alexandrie dès le vu" siècle de notre ère et que procéda l'école des Nestoriens, qui s'éleva bientôt à un degré remarquable de splendeur chez les peuples d'Orient, pères de l'architecture à laquelle on donna le nom d'arabe.

w II était réservé aux architectes du Nord de la France de s'emparer de l'arc bijisé et d'en faire le point de départ d'une structure neuve, d'un art original. »

Les Clunisiens qui étaient en rapport constant avec l'Orient en rapportèrent l'arc brisé.

Quicherat est à cet égard absolument du même avis que Violletle-Duc. Je parle de l'opinion de Quicherat à la dernière heure, dans ses (uuvres posthumes.

Les idées avaient marché, quoique bien lentement, de 1812 â

252 l'élément arabe

Le cintre en fer k cheval, — « La formule est celle du plein cintre outrepassé, dit Quicherat^. En d'autres termes, c'est un demi-cercle continué sous son diamètre pour aller chercher ses impostes qui sont établies plus bas que le diamètre. Il n'y a que la vue des monuments arabes qui ait pu suggérer cette forme de cintre. Qu'elle ait été importée de TOrient ou de TEspagne, ce fut certainement avant les croisades. »

M. de Lasteyrie fait remarquer que Tare en fer à cheval a dû être fort employé à Tépoque carolingienne, si on en juge par les miniatures de cette époque qui en fournissent de nombreux exemples.

Il y a, dans Téglise de Saint-Genou, une baie, aujourd'hui fermée, dont la forme est tout arabe.

Le cintre trêflé. — u Combinaison de trois segments de cercle produisant la figure d'un trèfle. C'est là encore une fantaisie d'origine orientale, mais qui, au contraire de certaines combinaisons précédentes, ne parut pas chez nous avant le xii* siècle. » (J. Quicherat-j.

Exemple : à la chapelle de Saint-Michel de l'Aiguille au Puy, dans un milieu pénétré d'éléments arabes.

Je vous signale en passant un délicieux petit monument tout pénétré d'influence orientale : l'église de Châtres, près Cognac. C'est un bijou.

La communication arabe avec l'Europe se fit par l'importation de nombreux objets mobiliers, peints et sculptés, de provenance orientale : flambeaux, bassins, petits meubles et ustensiles décoratifs. Dans cette catégorie se trouvent :

Le vase oriental (xni® siècle) connu sous le nom de Baptistère de Saint-Louis. « Ce magnifique vase, dit M. Ch. Longpérier^, est un des plus beaux ouvrages de l'industrie arabe du moyen Age. »

Une paire de flambeaux de bronze de la collection Louis Fould, avec ornements et inscriptions damasquinés en argent et en or. Ces flambeaux ne posent pas sur une base ronde, mais sur trois pieds. Ils sont munis de la pointe destinée k porter la bougie.

Le grifi*on du Campo-Santo de Pise. — Le Lion de Fortuny*. — Les grifl'ons et les cerfs del'antiquarium de Munich, etc., etc.

Page 1