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Nous démontrerons ensuite Texistence. du décor dit de VÉtoile à six rais, de ses composés et de ses accessoires dans Tart syrien et asiatique des plus hautes époques, et nous définirons en dernier lieu Tétat de cet agent de décoration, au vu* siècle. Nous constaterons sa présence en Afrique, particulièrement à Carthage et en Tunisie, c'est-à-dire là où sont notoirement passés les Phéniciens. Nous expliquerons que le courant phénicien qui avait existé dès la plus haute antiquité est rétabli au profit de Tart néo-grec au commencement de notre ère.
Vous verrez que le courant oriental existait en Afrique et à Carthage même avant les temps chrétiens (Preuves dans le Bull. àrchéoL du Com, des trav. hist., 1889). Il faut savoir distinguer Ce courant oriental du courant romain ou gréco-romain, du paganisme développé par Rome latine avant Taccès au trône des empereurs syriens et avant le transport du siège de TEmpire à Nicomédie. En tout cas, ce courant a régné dans tout le bassin de la Méditerranée, d'une manière très sensible, depuis la diffusion du christianisme. Ou bien il a été créé par une propagande morale, qui est celle même du christianisme, derrière lequel et dans le sillage duquel se glissait le commerce ; ou bien c'est le négoce, ce sont les relations commerciales compliquées de pénétrations ethnographiques de même provenance et d'influences asiatiques antérieures dont a profité le christianisme pour se propager. Les deux causes de diffusion ont agi simultanément ou successivement. Quoi qu'il en soit, les effets produits ne sont pas discutables. Il y a eu, à un certain moment de l'histoire de Thumanité, transport d'une grammaire d'art d*un point à un autre point du monde ancien, comme il y a eu transport de certaines croyances morales. Voilà un point de fait qui sera démontré par l'évidence scientifique.
L'art chrétien, qui dès les premiers siècles a eu une incroyable unité, n'a, pas plus que la foi chrétienne, une source latine et païenne. L'unité dont je parle, l'uniformité n'a existé que dans la conformité avec l'art grec oriental.
C'est une monstruosité d'avoir osé enseigner le contraire depuis trois cents ans dans toutes nos écoles.
Rome, à tous les points de vue, n'a jamais été qu'une étape du voyage de l'Eglise vers l'Occident, et, en ce qui concerne l'histoire
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de Tàrt, elle s'est trompée et elle nous a trompés quand elle a voulu se faire considérer comme un point de départ.
L'élément décoratif de la Tresse (fig.
20), d'essence orientale, remonte aux plus hautes époques de Tart assyrien.
On peut le voir sur une pixide du musée du Louvre. Je vous Tai montré Tannée dernière par une projection.
Au VI*, au vil*, au vm* siècle de Tère, Fig. 20. — La Tresse. c'est-à-dire au moment de la plus grande
expansion de l'art byzantin ou grécooriental, ce principe ornemental était bien vivant et bien actif dans la sphère même où il avait pris naissance, ou bien dans laquelle il s'était développé de très bonne heure.
J'ai pour garants de cette vérité certains manuscrits syriaques à la décoration desquels Ventrelacs ou la tresse a présidé. Vous pouvez consulter à cet égard les renseignements consignés par M. Stossoff dans son livre : L'ornement Slave et Oriental tf après les manuscrits anciens et modernes (Saint-Pétersbourg, 1887, infolio), notamment dans les planches CXXVIl, CXXVIII, CXXIX. La tresse, la natte et l'enroulement au vi' siècle, en Orient, sur un monument à date certaine. Magnifique miniature grecque (Labarte, Arts industriels^ 2« édition, t. il, p. 163), où les tresses et les enroulements sont bien évidents. La miniature a été tirée du ms. de la bibliothèque impériale de Vienne contenant les œuvres du célèbre médecin Dioscorides.
Ce manuscrit a été écrit pour la princesse Juliana Anicia, fille de l'Empereur d'Occident Olybrius, qui s'était retirée à Constantinople, où elle mourut dans les premières années du règne de Justinien, c'est-à-dire dans la première moitié du vi* siècle. La miniature offre le portrait de la princesse Juliana Anicia entre la Prudence et la Magnanimité.
Labarte constate, à ce propos, la grande amélioration qui s*est produite dans l'art de peindre depuis le siècle de Constantin, et la supériorité que les œuvres du sixième siècle avaient acquise en Orient sur celles du iv'* et du v® siècle.
C'est au commencement du vi® siècle, ajoute Labarte^ -qu'il
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faut faire remonter la transformation de Tart chrétien et Torigine du style byzantin.
Voilà une opinion bonne à citer.
Le motif décoratif de la Tresse^ si vieux en Orient, n'a jamais cessé dy être pratiqué jusqu'au temps des croisades et cela sans interruption. De sorte qu'on ne peut pas dire qu'il ait été importé d'Occident en Orient à aucune époque, mais il faut, au contraire, reconnaître qu'il est venu chez nous nécessairement de cet Orient où il n'a jamais cessé d'être en honneur.
Consultez les plus anciens manuscrits coptes du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, notamment quelques fragments récemment rapportés par M. Maspero, et le manuscrit 13 du fonds copte, folio 218, datant du xii* siècle. Vous y verrez une croix couverte d'entrelacs comme les croix en pierre irlandaises et écossaises. Le motif fondamental de toutes ornementations est toujours la tresse et l'entrelacs.
Consultez aussi le volume suivant : Valbum de paléographie copte pour servir à l'introduction paléographique des actes des martyrs d'Egypte, par Henri Hyvernat (Rome, 1888, in-folio), ouvrage imprimé qui se trouve au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale.
Vous n'y verrez pas seulement le constant usage en Orient de l'élément décoratif dont nous parlons. Vous serez encore frappés de la ressemblance qui existe entre les manuscrits coptes et les manuscrits francs. (Entrelacs et oiseaux à gros becs : voir Bastard^), Je me promets de vous faire remarquer quelque chose de plus extraordinaire encore; c'est la preuve d'une communication certaine entre l'Egypte et la Perse, d'une part, et, d'autre part, l'Irlande et TEcosse, à propos de la décoration hiberno-saxonne.
Dans un livre que je n'avais pas encore consulté à mon grand dommage et qui est intitulé : Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures, M. KondakofT arrive à peu près aux mêmes conclusions que moi, à propos de plusieurs
1. Bastard {O* A. de) : Peintures et ornements des manuscrits classés dans un ordre chronologique pour servir à l'histoire des arts du dessin^ depuis le IV* siècle de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVI*, Paris, 1835 et suiv. 20 liv. r».
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manuscrits découverts par lui dans la bibliothèque du Mont-Sinaï et qui datent tous du ix^ siècle.
M. KondakoiT remarque dans deux manuscrits de JeanClimaque, d'une écriture fine et élégante du ix*^ siècle, des initiales formées tantôt de poissons et d'oiseaux, tantôt de rubans tressés ou de tiges noueuses. Il remarque aussi un manuscrit de saint Théodore Stoudite, n" 401, de la même dale, où se voient des initiales ophiomorphiques, composées d'entrelacs, de serpents, ressemblant beaucoup aux manuscrits du xii^ siècle en Occident ; et il écrit :
« Une certaine bizarrerie de composition, des formes capricieuses et le choix des sujets nous permettent de supposer que cette ornementation tire son origine de TEgypte, même au point de vue symbolique. » Mais sa hardiesse Teffraie bientôt et M. KondakoiT déclare que cette hypothèse lui parait risquée. Quittons TAsie et passons en Grèce.
La décoration architectonique, c'est-à-dire la seule sculpture qui ait existé aux temps mérovingiens et carolingiens en Grèce, quelle est-elle ?
Suivant M. Gattaneo, il reste beaucoup de travaux de sculpture à Byzance et dans les autres cités grecques. Le style de cette sculpture avait pour caractère la profusion des ornements et laissait un libre cours à la plus exubérante fantaisie et à une richesse toute asiatique. On peut dire, en parlant de la sculpture et de la décoration, que tout ce qui se voit en Orient se trouve en Occident dès le vi« siècle.
On rencontre V Étoile à six rais (fig. 21) sur les monuments de source asiatique dans tout le bassin de la Méditerranée*. Le musée du Louvre possède des photographies d'après le seuil d'un palais de Ninive (vii^ s. avant l'ère) sur lequel On constate la présence de l'Etoile à six rais. On voit encore cet ornement sur les Briques de Tunisie Fig. 21 publiées par M. de la Blanchère'. II y a des
L'Etoile à six rais. briques à huit rais au musée du Louvre.
1. Sur la piHÎsence de l'Étoile à six rais en Afrique, voyez le BuUelin de la Société desAnliqaaires de France, 1880 et 1882, p. 270 et suivantes.
2. Revue archéologique^ 3* année, tome XI, Janvier-juin 1888, p. 303.
COURAJOD. LbÇONS. 21
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Sur le portail sud de Téglise de Sainte-Sophie de Trébizonde, se trouvent de grandes Etoiles à six rais * . C'est une tradition conservée jusqu'au xni® et au xiv® siècle.
Le gothique s'était beaucoup souvenu du byzantin. La grande erreur a été de confondre à l'époque de la Renaissance classique le Grec, le Byzantin avec le Romain.
Veuillez méditer sur cette pensée :
A Venise, l'art n'a pas été gêné au xv* siècle ni au xvi® par les Byzantins. A Rome et à Florence, il a été tué par les Romains.
Il y avait antipathie, antinomie entre l'art chrétien, d'où sortait la vraie Renaissance naturellement issue du gothique, et l'art antique païen, c'est-à-dire l'art romain.
L'Etoile à six rais est surtout remarquable sur une série très curieuse de monuments d'origine indiscutablement orientale et syrienne, à savoir sur les ossuaires judéo-grecs. Là le contact de l'Occident avec la Syrie et même avec la Palestine ne peut pas être douteux. Je suis étonné de pouvoir dire en 1892 que c'est une doctrine nouvelle; et même, enhardi par une contradiction aussi nette que peu clairvoyante, et que j'ai le droit d'apprécier puisqu'elle est publique, j'oserai déclarer que ma découverte a quelque importance. Les conséquences en seront plus nombreuses et plus graves que ne le soupçonnent ceux qui ont souri ou hoché la tête lors de ma première affirmation.
« Les ossuaires judéo-grecs, dit M. Clermont-Ganneau', sont assez fréquemment ornés de dessins taillés le plus souvent en creux et parfois rehaussés de rouge. Les ornementations ne sont que des variations d'un thème décoratif presque unique. La face de l'ossuaire est partagée en deux parties symétriques dont l'une est la répétition de Tautre : chacune d'elles contient une rosace soit géométrique, soit fleurie, d'une complication et d'une richesse plus ou moins grande, entourée d'un cercle de couronnes concentriques visiblement tracées au compas, quelquefois contournées de fleurons ou petites rosaces. Le tout encadré dans des lignes sinueuses, canne-
1. Cf. Texier, L'architecture byzantine, et Essenwein, la Décadence de V&rchitecture classique.
2. Revue archéologique, 1873, t. XXV, p. 398, 304. Les deux articles sont à lire en entier.