‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 66 sur 124 · i)id., p. 793 et · texte numérisé non relu

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INFLl'fiNCe» ORIENTALES DANS LART HÉROVINQIBN 335

croisades el du xi*. Mais elle fui beaucoup plus forle avant cette époque. Elle régna de^spoliquemenl dans l'œuvre de pierre en Occident du vi" au x'' siècle. On doit à ce point de vue étudier l'hypogée de Poitiers à propos de ses ressemblances avec l'art byzantin oriental et syrien (l!g, 24). Le monde chrétien n'avait pas attendu les croisades pour se préoccuper de la Palestine et de la Judée.

Fig. 34. — Fragment d'une sculplurc de l'Iij'pogée de Poitiers.

11 faut aussi comparer l'hypogée de Poitiers découvert par le P. Camille de la Croix, avec certains tombeaux de la Syrie centrale dessinés dans l'ouvrage de M. de Vogué.

Il dut y avoir b^ucoup de monuments semblables dans les Gaules. Alfred Kamé le reconnaît. M. le Blant en cite à Paris. Il y en eut à Montmartre. La crypte de Saint-Laurent de Grenoble est de cette famille de constructions, ou, si l'on veut, elle se rapproche des salles d'assemblée des catacombes, ce qui, par certains côtés, est un peu la même chose.

Des mots syriaques se trouvent gravés sur l'hypogée de Poitiers: Si quis (fai non hic amat adorare dominum Jesam Christumetdia- Irail opéra istagit An&theniaMAliANATHAusque in simpileniam.

D'autres textes mérovingiens confirment l'existence de cette preuve de pénétration orientale*.

Le reliquaire de saint Mommole, commandé par cet abbé de

1. Voir EA. Le Blant. inicripltoni chrititnntt, p. 307 et 303.

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Fleury-sur-Loire antérieurement à 679, rentre dans cette catégorie*. Il trahit très nettement l'influence asiatique et syriaque.

La découverte de l'hypogée de Poitiers avait fait une grande impression sur Tesprit de Jules Quicherat. Elle l'avait fait beaucoup réfléchir, comme les fouilles de Caranda dirigées par M. Moreau l'avaient fait également beaucoup méditer. D'autres témoignages se joindraient facilement au mien pour établir l'exactitude de cette appréciation. Au moment de sa mort, Quicherat était à la veille de modifier sa doctrine.

Il a dit en plein congrès des sociétés savantes, à la Sorbonne, en désignant du doigt le Père de la Croix : « Voilà un petit abbé qui est en train de révolutionner l'archéologie mérovingienne. »

Quicherat est mort sans avoir eu le temps de révéler les observations que lui inspirait la découverte de l'hypogée, et l'enthousiaste inventeur de- ce monument se trouva en face d'une opinion publique, inquiète, qui ne savait pas s'il fallait sifller ou applaudir.

Cet ingénieux mais imprudent inventeur, avait eu la malencontreuse idéede compliquer le problème d'une question d'hagiographie, sur laquelle il était peut-être beaucoup moins préparé que sur le terrain archéologique. On l'attaqua sur cette question subsidiaire qui ne touchait en rien au fond de sa découverte ; et le principal de cette découverte, c'est-à-dire l'expression particulière d'un certain art pratiqué en Gaule à une époque déterminée, fut méconnu ou passa inaperçu.

La découverte, avec les horizons nouveaux qu'elle ouvrait, avait été éclatante, dans le domaine spécial de l'archéologie où je me place, et dont je désire qu'on ne me fasse pas sortir.

On mit un véritable acharnement à la ruiner dans son ensemble.

Il aurait sufli de distinguer la partie hagiographique de la partie archéologique.

Je vous ai décrit V Etoile à six rais dans les monuments orientaux, je vais maintenant vous la montrer en Gaule mais dans un milieu d'éléments syriens :

1. Le reliquaire de saint Mommole, 658, 679, d'après Léon Palustre, Bulletin monumentalf 1880, vul. 46, p. 849.

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Sur le tombeau de Boèce (fig. 25), éveque de Carpentras, mort vers le commencemenl du vii° siècle (V. Le Blant , Imcriptions chrétiennes , l II pi. 67, pp. 239 et 240).

Les nombreux tombeaux en plâtre trouvés dans les cimetières mérovingiens de Paris portent presque tous I Etoile à six rais(Z.e Cimetière Méroimgien de AtoiUmarlre, par Itohault de Fleur;).

A Poitiers, il y a beaucoup d'exemples d'Etoiles à six rais : à l'hypogée découvert par le P. de la Croix; à 1 églibe Sainte-Hilaire sur le sarcophage dit de sainte Abre; au musée des Antiquaires de l'ouest {n" 165) ; dans un grand nombre des décorations extérieures du Baptistère Sainl-Jean.

.\ Saint-Jouin de Marnes, pi^s de la porte de droite, une plaque de pierre sculptée dans le goût mérovingien; deux chapiteaux mérovingiens sans astragale, du vu* siècle, pareils à ceux de Saint-Laurent de Grenoble.

On voit à l'église de Mazerolles ' près Lussac (Vienne), un basrelief décoré d'une étoile comme les plaques sculptées du temple Saint-Jean de Poitiers (Voir fig. 9, p. 122).

Le$ Annales Bénédictines contiennent un texte qui sert à dater le monument de Ma7«rollea, partie intégrante de l'église, et, par contre coup, les monuments de Poitiers qui lui ressemblent*. C'est le texte du testament d'Anaoald daté de 696*.

t. V. Une Paroiiie Poilevine, pnr M. de la Nicolièrc. Ballelin de la Société archéaiogitfue de \anlei. 1KS6.

î. Cf, Hiiloire eecUiiailiiiue du Poitou par D'un Cliamurd. dan» les Mémoires de U Soriélé des Antiquaires de l'Ouest. î°" série, l. lî. p. 53!.

3. DoDi Foniciifuu. TcTle ita testament d'Antoal'I. Mémnirrs de Ui Société de* Antiquaires de l'Ouest, t. 31, p. 3i, 1M73.

CounAJuii. Lbvokï. ÏS

Tombeau de l'dvtqiie Boèce.

XiH l>rLl*E?tCES OBlE?(TALES DANS l'aBT XÉROVnCGIEX

Je poum'în multiplier les exemples de Télément décoratif de r étoile k »ix rais. On le trouve, ce qui prouve sa prodigieuse sur* vivance, dans de nombreuses églises du xi* siècle, où il semble conserver la valeur d'un idéogramme.

I>es monuments mérovingiens et carlovingiens décorés de Té toile à six rais se rencontrent fréquemment. En dehors de ceux que je viens de vous citer, j'en ai vu à Vertou (Ix)ire-Inférieure), à Bordeaux, dans les Deux-Sèvres, à Chinon, aux Aliscamps, etc.

Parfois Tétoile à six rais se confond avec le chrisme. Il y en a de nombreux exemples dans Touvrage de M. Edmont Le Blant, Les Inscriptions chrétiennes de la Gaule (pi. 28, 45, 78).

I^a confusion du Chrisme avec Tétoile est acceptée par M. Le Blant ^

Dans ses Inscriptions chrétiennes ^ M. Le Blant nous montre (pi. 33) une étoile ou roue à huit rais,

Ij étoile à cinq rais existe également. On la voit sur des sarcophages en plâtre du musée Carnavalet. Il y en a également sur une pierre au musée d'Evreux el dans l'ouvrage de M. Le Blant, pi. 29 et 35.

Parfois, le nombre des branches se réduit à quatre. Une étoile à quatre rai» est répétée plusieurs fois sur la pierre tombale de Sandrcbert, conservée au musée lapidaire de Nantes (V. la planche (lu Catalogue du musée de Nantes par M. Parenteau). On en trouve d'autres exemples en Normandie. Dans la Charente, on voit des pierres assez semblables aux claustres de Judée, ornées d'étoiles à sept rais. Il y en a aussi en Bretagne datant de Tépoque mérovingienne et remployées au xi^ et au xii<^ siècle. Quant à Tétoile à six rais elle se rencontre partout. M. Le Blant et le P. de la Croix Tout remarquée comme un des éléments décoratifs les plus pratiqués sur les monuments mérovingiens. Ils ont constaté la présence do cette étoile sur un très grand nombre d'inscriptions chrétiennes. Ils y reconnaissent donc une des habitudes invétérées (le la décoration mérovingienne (C. de la Croix. Cimetières et sarcophages mérovingiens du Poitou, p. 44).

1. Voir lu consultation qu'il a donnée à M. Rohault de Flcury, Cimetière mèrovinyien i/e Montmartre, p. L

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Cet élément si essentiellement oriental a survécu longtemps. Ainsi à Chateau-Landon, Tarchivolte est ornée d'un semis de petites croix et de petites étoiles, analogues à celles du palais de Ninive.

La marguerite se combine quelquefois avec Tétoile qu'elle a pour creux ; parfois, c'est Thélice qui remplace Tétoile.

Mais personne n'a songé à rapprocher cet élément décoratif des éléments décoratifs orientaux et à prouver par là la communication directe de l'art oriental, gréco-syrien, et de l'art occidental dès le VI* siècle.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

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