DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES INFLUENCES ARTISTIQUES
Messieurs,
Faire Thistoire du foyer grec en Italie d'abord, et, ensuite, par voie de répercussion et de rayonnement, dans tout TOccident ;
Prouver Texistence de ce foyer grec par d'autres raisons que cejles qui ont été demandées directement aux monuments euxmêmes, et par d'autres considérants que ceux qui résultent de la comparaison et de l'analyse des essences réciproques des milieux initiateurs et des milieux initiés ;
Confirmer, par une sévère confrontation avec d'autres 'témoins contemporains, l'aveu arraché aux premiers ouvriers de l'œuvre chrétienne et occidentale ;
Justifier le témoignage contenu dans tant de signes et tant de marques que je vous ai appris à lire, par la déposition des hommes dont ces marques et ces signes ont traduit les sentiments ;
Forcer enfin la politique, l'histoire pure et l'économie politique à mêler leur suffrage à celui de l'archéologie :
Tel sera le but de notre entretien du 24 février.
Le cours d'aujourd^hui s'adressera plus spécialement aux historiens, aux bibliographes, aux iconoclastes ou aux iconophobes, c'est-à-dire aux personnes qui n'aiment pas les images et qui ne croient pas aux vérités qu'elles peuvent suffire à révéler.
Dans cinq leçons ordinaires et dans deux leçons supplémentaires, nous avons étudié, à l'aide de l'ornement, le propagation de l'art néo-grec à travers le monde pendant les dix premiers siècles de Tère. Nous avons suivi à la piste les traces de l'influence orientale.
Après vous avoir montré son épanouissement dans de nombreux monuments de l'art roman, je vous ai fait remonter jusqu'à la source de cette influence. Vous n'oublierez pas, je l'espère, ma petite grammaire et mon alphabet de l'ornement. C'est la première fois que ces choses-là ont vu le jour dans la science. C'est la première fois qu'une argumentation de ce genre a été présentée. La preuve que cette tentative était une entreprise absolument nouvelle et nécessaire, c'est que, lorsqu'on 1890, j'ai commencé à aflirmer cette doctrine, mes meilleurs amis, qui connaissaient sur la matière ce que l'on rencontre dans les livres, ont fait tout ce qu'ils ont pu pour me détourner de mon projet. Us m'ont charitablement averti que j'étais véritablement dans l'erreur et que je courais à un échec.
La bibliographie était contre moi. Et on sait que c'est dans les livres et dans les impressions morales des gens de lettres qu'on étudie d'ordinaire les œuvres d'art.
Aujourd'hui ces mômes amis, sans s'être rendu compte de l'évolution qui s'est opérée dans leur esprit, estimeront probablement que j'insiste trop sur une vérité désormais démontrée.
Ils oublient qu'ils n'ont pas encore écrit de livres soit pour se réfuter eux-mêmes soit pour réfuter les livres où ils ont coutume de puiser leurs inspirations. Sont-ils à l'abri de toute rechute ?
Etrange ! Ceux qui ne m'écoutaient qu'à regret et avec défiance en arriveront peut-être à penser que mes preuves deviennent inutiles.
De paradoxal, je deviendrai, sans transition, banal et vulgaire à leurs yeux. On refusera peut-être un jour de m'entendre, sous prétexte que ma doctrine est trop connue et trop évidente.
Vous voudrez bien reconnaître, en tout cas, que je n'ai pas
escamoté la démonstration. Vous savez, d'autre pari, que les conclusions auxquelles je m'arrête sont contestées ou Tout été par les érudiis les plus éminents.
Mais, maintenant, pour pouvoir me contredire il faudra ne m'avoir pas entendu et ne pas avoir vu ce que j'ai fait passer sur le tableau lumineux. Moi-même, quand je recommencerai à écrire la démonstration, je serai moins complet et moins persuasif. Ce qui se fait d'inspiration et de verve ne se peut pas répéter.
Je ne vous ai rien affirmé que de matériellement vrai. J'aurai désormais le droit de ne pas répondre à ceux qui n'ont pas fait préalablement le même travail d'analyse que moi ou qui ne voudront pas tenir compte des résultats de ce travail.
Vous voudrez bien reconnaître, en outre, que je me suis servi exclusivement d'arguments tirés du domaine de l'art. L'art s'est suffi à lui-même pour marquer les principales étapes de son voyage vers l'Occident.
Ce que je vous ai enseigné existe donc par soi-même.
Cependant je veux aujourd'hui vous expliquer que le résultat auquel nous sommes arrivés dans le domaine de l'art, est exactement celui auquel les historiens consciencieux sont arrivés dans le domaine des sciences qui ont pour but d'étudier les autres ordres de la pensée, les autres branches de l'activité humaine.
Ce contrôle que je vais vous mettre à même d'exercer, sur mon enseignement, vous sera en même temps très utile pour vous donner confiance dans les conclusions de M. Cattaneo, quand je vous montrerai à quelles opinions ce savant a été amené de son côté pour ce qui regarde l'Italie.
Vous avez pu constater, pendant les leçons précédentes et à l'aide de nos images, une partie de ce qui s'est produit, dans le domaine de l'art, pendant les dix premiers siècles de l'ère. Vous connaissez aujourd'hui seulement l'œuvre de la décoration architectonique et les différentes formes et modalités qu'elle a revêtues.
Hé bien ! on connaissait déjà, depuis longtemps, quels avaient été les agents de cette œuvre. On aurait donc pu presque tout savoir à son sujet, en étudiant^ en interrogeant la nature de ces ouvriers. Et, du caractère de l'ouvrier, on aurait pu conclure au caractère de l'œuvre.
Je veux vous faire comprendre combien l'histoire de l'art est en retard sur toutes les autres branches de la science.
Vous allez voir qu'il n'était que temps de se remettre au diapason normal. L'histoire de l'art chrétien, avec ses vieilles formules, avec le regrettable enseignement pédagogique latin, détonait étrangement, comme un instrument désaccordé, dans l'harmonie générale.
Entre les premiers siècles de l'ère et le xi® siècle, l'expansion de Byzance et de l'Asie grecque n'était qu'un symptôme particulier d'une situation générale, une manifestation spéciale d'un état universel des esprits; cette expansion n'était qu'une des conséquences de la marche de la civilisation, n'était qu'une résultante du remaniement de l'organisation sociale.
D'abord : mouvement du christianisme et transport en Orient du siège de l'Empire, conséquence d'aspiratioiis antérieures.
Ferment extraordinaire, qui manifeste ses effets de toutes manières en Orient.
Affaissement du tempérament latin et du tempérament de tous les peuples corrompus par Rome.
Découragement de l'âme romaine.
Désespérance universelle. Abandon du monde antique par luimême. Désertion. Voltairianîsme^ pourrait-on dire. Pessimisme ou optimisme railleur et bestial, plus cruel et plus terrible encore.
A côté d'un monde qui s'abandonne, qui se répugne à lui-même, il y a un monde qui grandit, qui croit et qui espère. Les découragés seront la proie de ceux qui agissent.
Pour les peuples et pour les partis politiques, l'espérance est le gage de la victoire et le secret de la survivance, la sauvegarde de l'avenir.
M. Renan, que je vous demande la permission de citer, a très bien dépeint le mouvement chrétien qui fut avant tout l'œuvre d'un certain prolétariat, une propagande sociale, et le développement d'un germe oriental^.
u La propagation du christianisme, dit M. Renan, en dehors de Paul et de Barnabe, se fit par des ouvriers dont les noms sont restés inconnus.
1. Renan, Saint Paul. Hist. des origines du Christianisme^ t. IIl.
u Le principal quartier juif à Rome était situé au delà du Tibre, c'est-à-dire dans la partie de la ville la plus pauvre et la plus sale, probablement aux environs de la Porta Portese actuelle. Là se trouvait, autrefois comme de nos jours, le port de Rome, Tendroit où se débarquaient les marchandises amenées d'Ostie sur des chalands. C'était le quartier des juifs et des Syriens... Ces pauvres gens débarquaient par centaines à la Ripa, vivaient entre eux dans les quartiers adjacents du Transtévère, servant de portefaix, faisant le petit commerce, échangeant des allumettes contre des verres cassés et offrant aux fières populations italiotes un type qui, plus tard, devait lui être trop familier, celui du mendiant consommé dans son art.
« Aussi les malheureux vivaient-ils assez tranquilles dans ce coin perdu, au milieu des ballots de marchandises, des auberges infimes et des porteurs de litières (Syri) qui avaient là leur'quartier général.
« Un monde d'idées s'agitait ainsi sur le quai vulgaire où s'entassaient les marchandises du monde entier ; mais tout cela se perdait dans le tumulte d*une ville grande comme Londres et Paris. *••••••.*••*••••••••••••..,««.«,. •••■•■•..••.*.•••••• ..••
« Nul ne pensait au pauvre juif qui prononçait pour la première fois le «nom de Christus dans la colonie syrienne et communiquait la foi qui le rendait heureux à ses compagnons de chambrée.
« Ce seraient les traces de ces pauvres juifs vagabonds qui apportaient avec eux la religion du monde, de ces hommes de peine, rêvant dans leur misère un royaume de Dieu, qu'il faudrait retrouver et baiser I »
Ces pages du Saint Pàul de M. Renan sont bien touchantes.
Toute cette doctrine de M. Renan n'a rien, je pense, qui soit contraire à Torthodoxie, ni qui puisse alarmer personne. Les origines de TEglise, sur le terrain historique, relèvent exclusivement de la critique et les précurseurs de saint Pierre sont aussi chers au Vatican, je le suppose, et à la science ecclésiastique qu'au directeur du Collège de France.
Mais je m'attends à une objection.
Ceux qui, en matière d'hi$toire de Tart, n!oni pas d^autre opi. nion que celle qu^on trouve exposée dans les livres qui comptent plusieurs siècles de tradition, ceux-là, pour défendre le statu quo et légitimer leur vieille doctrine ne manqueront pas de dire :
Sans doute, pendant les quatre premiers siècles de TEglise, il y avait à Rome, des misérables qui étaient chrétiens. Mais le sentiment de ces infimes misérables n'avait aucune influence sur la haute direction de Tart. L'art ne vit que de luxe, et les riches et les heureux peuvent seuls agir sur lui.
Eh bien I c'est une grave erreur. Lisez ce que M. Renan et tant d'autres ont dit de la communication de la foi chrétienne entre gens appartenant réciproquement c^ la basse et à la haute classe de la société. M. Renan parle de la mendiante qui glisse furtivement un mot de la foi nouvelle à Toreille de la grande dame, sa bienfaitrice, et la convertit.
La foi, à un certain moment donné, rapprochait entre elles toutes les classes. L'aristocratie, de proche en proche, fut gagnée au Christ, à une époque où le Christ, laissez-moi parler comme les textes anciens, le nommé Chrestus, l'agitateur insaisissable malmené par les historiens et par la police romaine, n'était adoré que par des Syriens, que par des portefaix et par des soldats ; comme cet Alexamène que ses camarades, dans les loisirs du corps de garde, plaisantaient, caricaturaient à propos de son dieu crucifié et à tête d'âne (Voyez le Père Garucci, l'abbé Marligny au mot Calomnie),
Le christianisme avec ses symboles, ses habitudes, ses cérémonies, ses images s*infiltrait partout et gagnait les rangs les plus élevés de l'ordre social. Exemple : sainte Cécile. On se faisait chrétien même dans les familles sénatoriales ; on embrassait les doctrines qui promettaient le règne de la justice et de l'équité au moins dans le ciel ; on les embrassait par dégoût pour les turpitudes du temps présent, de même qu'aujourd'hui, au xix® siècle, on se fait socialiste par haine du caractère anti-naturel, anti-humain, antipopulaire qu'a pris quelquefois la civilisation comme la législation moderne.
Laissez-moi faire, Messieurs, une comparaison avec notre époque.
Les socialistes qui demain seront le nombre et la force, ne sont
presque rien aujourd'hui dans les conseils du gouvernement, ni dans les académies de peinture ; ils ne participent pas à la direction effective des Beaux-Arts, ni à celle des manufactures nationales. Ils ne font partie d'aucun jury d'examen. Cependant il me serait facile d'établir que l'art du xix^ siècle subit involontairement de la part de la démocratie et même du prolétariat, une indiscutable influence. Cette influence n'est pas seulement sensible chez ceux qui l'avouent ou même qui l'aflichent. Elle se révèle encore chez quelques adeptes de l'art le plus ofliciel et le plus académique, le plus réactionnaire.
J'estime qu'il en fut de même à Rome, et je pose en fait que si l'art peut traverser sans altération toutes les révolutions politiques, il est, au contraire, toujours profondément impressionné par les révolutions religieuses et sociales.
Conclusion :
L'art latin, l'art romain ne pouvait pas ne pas être entamé par l'Hellénisme, le jour où le Christianisme s'installa en Italie.
Il y a donc un rapport direct et immédiat ; il y a donc coïncidence absolue entre les traces matérielles de l'influence orientale ressentie par l'Occident, traces que je vous ai montrées précédemment, et l'invasion matérielle et morale du même Occident par l'élément néo-grec et syrien (ce qui est la même chose).
Au début, dès le premier siècle, dès l'an 50, dit M. Renan, et jusqu'au iv* et au v« siècle, une première invasion orientale et grecque a lieu à Rome. C'est un fait matériellement prouvé. La Grèce chrétienne s'installa sur les quais du Tibre là où nous la retrouverons inexpugnablement fixée jusqu'au x*^ siècle.
La Grèce orientale eut là sa bastille ou sa cour des miracles, en un mot son quartier général, son chef-lieu italien.
C^est à cette période que correspond le premier art des catacombes (Cet art, nous l'avons examiné Tannée dernière).
Au style chrétien des plus anciennes catacombes, tout inspiré du sentiment grec, dans une forme souvent romaine, traduit par une langue et par une épigraphie grecque, succéda un style dit néolatin, qui aurait voulu rajeunir le tronc de l'art romain cl maintenir la personnalité romaine, mais qui ne put réaliser son désir. M. François Lenormant a très bien dépeint cette lutte suprême du
CouHAJoi». Lbçoxs. 23
génie latin dont Cassiodore a été le dernier et le plus brillant champion (Lisez quelques pages excellentes du livre de la Grande Grèce^ t. II, p. 371 et suivantes).
Pour vous mettre en goût, voici quelques lignes, 'u Cassiodore naît dans une cité latine, au milieu d'une population latine; il est dans les mauvais jours le champion et comme la suprême incarnation de la romanité latine. Tout son effort tend à en préserver les traditions et Tesprit, dans la politique, dans les lois, dans la culture scientifique et littéraire. C'est elle qu'il veut arracher au naufrage. Homme d'état et ministre, l'objectif de sa politique est de sauvegarder Rome et Tltalie contre l'absorption dans l'empire grec où il redoute à bon droit la perte de leur individualité nationale, de leur génie propre et de leur caractère latin ; pour les en préserver, il n'hésite pas à consommer une alliance étroite avec les conquérants germaniques et les Goths, à identifier leur cause à la cause italienne, telle qu'il la comprend, pour faire de leur bras aguerri la défense du romanisme contre l'invasion du byzantinisme ».
Dès le VI*' siècle, à Rome, la latinité au point de vue politique et social est en faillite complète. Elle ne tient encore debout qu'en s'étayant aux barbares, qu'en s'appuyant sur les Goths. Elle pourrait peut-être trouver là un soutien à certains points de vue militaire, administratif, financier, littéraire, mais, au point de vue de l'art, vous savez déjà par le cours de l'année dernière quelles tendances représentaient et personnifiaient les Goths ; ils étaient gagnés à la cause byzantine. Ils étaient infiltrés de culture néogrecque. En matière d'art, mettre les Goths dans son jeu, c'était introduire le loup dans la bergerie.
Cassiodore, néo-grec en dépit de lui-même, luttait contre la fatalité des choses invisibles, contre une force invincible. L'heure de la réaction n'était pas sonnée ; et quand elle sonnera, le byzantinisme en matière d'art échappera à l'animadversion du monde occidental. 11 s'était tellement inoculé à Tltalie qu'on le prenait, comme on le prend encore, pour l'art latin. Art officiel des Romains, il était inexpugnable : ses méthodes et ses traités s'intitulaient de arlibus fiomanorum.
Sous l'inspiration des opinions antérieures, j'ai grossi, j'ai un
peu exagéré moi-même dans le cours de Tannée dernière, et François Lenormani aussi dans quelques passages de son livre, la part de Tesprit latin dans Tart dit néo-latin. Il n'y eut pas longtemps des artistes en Occident pour défendre Tessence et la personnalité romaines. Je suis revenu là-deseus dans ma leçon d'ouverture de 1891.
Le sol épuisé de l'Italie ne put nourrir pour Part chrétien une moisson nouvelle. Le goût, comme TEmpire, avait émigré en Orient, et rOrient, dès le vi® siècle, revenait à flots pressés pour submerger r Italie. Rien ne résista au raz de marée du vi^ siècle. C'est ce que peut prouver le simple récit des événements politiques, ou la simple constatation de l'état social du monde romain, de ce qui était alors, de ce qui sera toujours appelé d'ensemble le monde romain — mais de ce monde romain qu'on devrait ne pas juger sur son étiquette et qu'on devrait interroger au contraire et connaître dans sa nature et dans son essence.
Voyez ce qui se passe sur trois points difTérents de l'Italie : à Rome, dans l'exarchat de Ravenne et dans les provinces du sud de la péninsule.
Le premier acte du drame byzantin et chrétien est fini. Le second acte commence et, comme au premier acte, le premier rôle est à la Grèce.
A Rome, la situation de la Grèce, l'occupation du pays latin n'a pas changé de ce qu'elle était du i*'^ au v® siècle. La Grèce syrienne n'a pas lâché prise. Elle n'a abandonné ni une pierre, ni un pouce de sa conquête morale.
Elle est toujours assise sur les quais du port romain. Mais les baraques de ses mendiants, les repaires de ses affiliés se sont transformés en somptueux édifices. Les Grecs, les Syriens, les Égyptiens ne sont plus représentés par des prolétaires et par des portefaix, mais par des moines, par des prêtres et des papes. A part cela, le quartier grec, le premier berceau de l'influence hellénique est toujours à sa place, sur les bords du Tibre dont il envahit la rive gauche, pour monter à l'assaut de l'Aventin et du Cœlius.
J'ai besoin de citer beaucoup, vous le comprendrez, puisque je veux établir devant vous la vérité en dehors de mon propre témoignage. Mais je vais vous signaler d'abord bibliographiquement à
quelles sources je puiserai mes attestations et quelles sont mes autorités.
Il vous faudra connaître les livrés suivants ;
Etudes sur F Administration byzantine dans V exarchat de Ravenne (568 à 751), par M. Charles Diehl. Paris, 1888, in-8o.
Librairies byzantines à Rome^ par M. Tabbé P. BatifTol, dans les Mélanges de V École française de Rome^ 1888, p.. 297 et suivantes. Article court mais très important.
Inscriptions byzantines de Saint-Georges au Velabre^ par Tabbé P. Batiffol, dans les Mélanges d'Archéologie et d'Histoire de l'École française de Rome^ 1887, p. 419 et suivantes.
Chartes byzantines inédites de Grande Grèce^ par Tabbé P. Batiffol, dans les Mélanges de VÉcole française de Rome^ 1890, p. 98 et suivantes.
Notes sur quelques monuments byzantins de Calabre^ par Gh. Diehl, dans les Mélanges de VÉcole française de Rome^ 1890, p. 284 et suivantes.
Monuments byzantins de Calabre, par Ed. Jordan, dans les Mélanges de VÉcole de Rome^ 1889, p. 321 et suivantes.
Surtout il faut connaître un livre substantiel et cependant d'une lecture facile et agréable : La Grande Grèce^ par François Lenormant, Paris (1882-1884), 3 volumes in-12.
Enfin il faut consulter le grand ouvrage de Schultz sur Tarchitecture de Tltalie méridionale, Denkmàler der kunst des Mittelalters in Unteritalien^ 1860, 3 volumes in-folio.
Il faut songer d'abord que la presque totalité de T Italie a dépendu politiquement de TEmpire d'Orient et de Byzance. Cette domination ne fut pas purement nominale. Elle eut des effets positifs. Voici quelques-uns des titres de chapitre du livre de M. Diehl :
L'action de V administration byzantine,
La politique byzantine en Italie du VI^ au VIII'^ siècle.
L'hellénisme dans V Italie byzantine,
L' hellénisme dans V administration^ dans VÉglise et dans la société,
M. Diehl a un chapitre qui s'appelle V Hellénisme dans V administration. Il montre que les fonctions importantes non seulement à Ravenne, mais même à Rome, étaient accaparées par des Grecs ou par des Orientaux (p. 247 et suivantes).
u Romey dit en propres termes M. Batiiïbl, Home est une place où Von possède^ d'où l'on expédie et où Von fait des manuscrits grecs. »
M. Batiffol est parvenu à mettre la main, au Vatican, sur un de ces produits grecs de fabrication romaine, et il a publié deux miniatures du manuscrit n° 1666. On y voit absolument le même style de décoration, le même système d'entrelacs, d'une part, que* dans les manuscrits syriaques et coptes — ce premier point n'est pas remarqué par M. Batiffol, — et d'autre part, que dans les manuscrits francs et anglo-saxons du viii® siècle, que vous connaissez par nos projections et par les planches de M. de Bastard.
Au point de vue de ma démonstration au moyen des seuls monuments de l'art, je trouverai là un argument capital, un nouveau trait d'union entre notre pays d'Occident et l'art de la Grèce orientale. Mais aujourd'hui, vous savez que je veux seulement vous prouver par des raisons empruntées à l'histoire politique et à l'économie politique la justesse et la confirmation de mes précédentes affirmations.
Étonnez-vous donc après cela de trouver à Rome et à Ravenne tant de monuments grecs !
Le Byzantinisme de Vart est une chose absolument nécessaire; les monuments n'existeraient pas que les documents le feraient supposer, et réciproquement les monuments expliquent admirablement combien le milieu qui les a produits était grec.
François Lenormant n'a insisté que sur la langue et sur certaines survivances de la domination grecque pour établir les preuves de l'hellénisation de l'Italie. Cela sufBt à justifier ce que j'ai prétendu vous démontrer, à savoir la pénétration profonde de l'art italien, par l'esprit oriental et néo-grec, durant les dix premiers siècles de Tère. La latinité, ou plus exactement la Romanité^ s'est ressaisie plus tard, abritée derrière la force morale et religieuse du siège pontifical, protégée d'abord par les Lombards qui chassèrent les Grecs de la péninsule et ensuite par Pépin et Charlemagne qui abaissèrent les Lombards, fondèrent le pouvoir temporel et relevèrent l'empire d'Occident.
Les Barbares, Goths, Wisigoths, Ostrogoths, Lombards, contribuèrent sans doute à délivrer la personnalité romaine des entraves
^%S INFLUENCES SOCIALES ET RELIOIErSES
ilo li( <.x-nli-iilis{i(ion by;tantine ; i!s permirenl à TUalie de reprendre si^ii autonomie el ils la relevèrent de l'état de vassalité où, en qualitô tlo pri>vinfe conquise, elle se trouvait vis-à-vis de Byzance.
Mnis nous verrons bientôt qu'en fait d'art ils ne pouvaient pas l'i^mnucipcr beaucoup, car, àce point de vue, ils étaient eux-mêmes rtirlomonl péuélrés par l'influence byzantine et tributaires de la («'iistH' uéo-grecque.
I^ politique latine, la langue latine profitèrent du triomphe des lliu-lxiros sur les Grecs. Mais la chaîne qui rivait l'Occident à l'art niVï-grec ne fut pas rompue. La Romanité, grâce aux Barbares, purvinl, au point de vue politique, à reconquérir sa personnalité. L'Iddic élimina peu à peu une partie de l'élément grec qui l'avait saturée. Kome, en s'alliant aux Barbares, finit par retrouver vraimont son nile de capitale du monde occidental. Mais le germe tlo l'art néo-grec, inoculé à l'Occidenl avec le christianisme, résista A toute tentative d'expulsion, ou , plus exactement, ce germe passa inaperçu et fut regardé comme romain jusqu'au temps de l'éclosion romane.
Les Lombards le reçurent des Grecs et, comme je vous Texpliquorai bientôt, continuèrent à le répandre en Europe sous le nom tlo ron\ain et de lombard. II n'en était pas moins resté profondément jrrec el by^-antin, comme vous le constaterez à l'analyse. Voici mes conclusions :
Tout s'est passé bien exactement comme je vous l'ai enseigné ivec mes images, et, par mille raisons religieuses, politiques, sociales, économiques, tout cela ne pouvait se passer autrement.