‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 71 sur 124 · DES INFLUENCES BARBARES DANS L^ART ITALIEN · texte numérisé non relu

DES INFLUENCES BARBARES DANS L^ART ITALIEN

De 585 à 588, les Francs Austrasiens gagnés par les Grecs lutlèrent avec les Lombards dans trois invasions qui furent repoussées. Il y eut donc contact entre les Francs et les Lombards dès la fin du VI" siècle.

Authuris, roi des Lombards, mourut en 590. Cette date est importante à connaître à cause des objets d'art ayant appartenu à sa veuve, remariée au duc de Turin, Agilulfe : c'était la célèbre Théodelinde. Ces objets d'art étaient conservés au trésor de la cathédrale de Monza.

Agilulfe embrassa le christianisme — sur les instances de Théodelinde — et la religion adoucit les mœurs farouches des Lombards. Gela à la date de 602.

Nous sommes au vu" siècle. Rotharis, dans la seconde moitié du vu" siècle (après 640 environ), employa les loisirs de la paix à recueillir toutes les lois de ses prédécesseurs pour en former un Gode qu'il présenta à la sanction d'une assemblée générale convo» quée à Pavie.

Grimoald et Liutprand développèrent et amendèrent Tœuvre de Rotharis.

Liutprand, le plus grand roi de la monarchie lombarde, commença à régner en 712. Il laissa d'importants travaux législatifs.

Astolphe, roi des Lombards, envahit en 751 la terre d'Empire et le duché de Rome, et, maître de Ravenne, mit fin à Texarchat. A ce moment la plus grande partie de l'Italie était lombarde.

Si les Lombards, successeurs des Goths, s'appliquèrent principalement, sous Agilulphe et Théodelinde et sous Liutprand, à suivre l'exemple des peuples qu'ils avaient vaincus, il n'est pas à supposer que ces barbares aient introduit quelques changements dans la pratique des arts qui leur était inconnue avant leur invasion en Italie. (( Les nombreux monuments de la grandeur des Romains qui existaient encore, et ceux qu'avait édifiés Théodoric durent leur servir de guides; et bien qu'ils soient restés fort au-dessous des modèles qu'ils avaient suivis, si l'on en juge par les fragments de sculpture qui subsistent encore à Pavie et à Monza, on ne peut néanmoins trouver dans ces sculptures aucune originalité. »

Labarle à qui j'emprunte cette phrase va trop loin en méconnaissant un certain apport barbare, mais d'une façon générale il a raison.

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Théodelinde, reine des Lombards f+ 625), avait élevé une basilique en Thonneur de saint Jean-Baptiste dans la ville de Monza. Elle avait enrichi cette église d'une grande quantité de pièces d'orfèvrerie. (Voir le chroniqueur Paul Diacre : Pauli Warnefredi Longobardi Diaconi, De Gestis Longobardorum^ liv. IV, cap. XXII, apud Muratori Rerum italicarum scriptores, t. I, p. 459.) Théodelinde avait enrichi Téglise de Monza^ notamment de couronnes votives, dont la plus 'précieuse, qui existe encore, est la célèbre couronne de fer. Cette couronne, suivant l'avis de Labarte, doit provenir de Constantinople. Quant aux autres, qui ne subsistent plus, mais dont on possède des dessins, elles accusent de la lourdeur dans les détails, mais elles sont néanmoins dans la forme de celles que portaient les empereurs grecs.

La décadence de l'art datait d'une époque antérieure à Constantin. La translation du siège de l'Empire à Constantinople n'avait fait que l'aggraver davantage en Italie, dit très bien Labarte confirmé par Cattaneo.

Après la mort de Théodelinde, les arts tombèrent dans le royaume des Lombards au dernier degré de l'avilissement. Mais cet avilissement ne comporte pas l'absence ni l'anéantissement du principe grec. Bien au contraire.

Je ne fais que citer quelques-uns des principaux monuments lombards pour vous montrer l'appréciation dont ils ont été l'objet dans les livres.

Monuments lombards :

Ciborium de Saint-Georges de Valpolicella datant de l'année 712 (Cattaneo, figure 29). C'est le prototype des Cihoria lombards.

Cette pièce comprenant le nom de Liutprand n'est pas seulement datée par une inscription, gravée dans les Ciboria de M. Rohault de Fleury, pi. 4, p. 14 et 15; elle est encore signée.

J'aurai l'occasion d'en reparler à propos des artistes qui la sculptèrent sous le roi Liutprand. Pour moi, c'est un travail lombard de l'année 712. C'est une opinion que je suis porté à soutenir contre Cattaneo qui serait disposé à le croire grec.

Je répète que je le crois lombard et barbare.

Mais je suis tout à fait de l'avis de Cattaneo, quand il dit :

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Toutes ces sculptures portent évidemment Vempreinte du style grec.

De plus, je suis encore d'accord avec Cattaneo quand il remarque remploi de lettres grecques dans l'inscription latine. Ce sont des A et des A ou des D et des L. Le même fait se reproduit en Gaule. Voir dans les Inscriptions de M. Le Blant.

« Quelques sculptures qui subsistent encore à Cividalc, petite ville de Frioul, en fournissent une nouvelle preuve. On trouve là, dans Téglise Saint-Martin, dédiée autrefois à saint Jean-Baptiste, un autel dont toutes les faces sont couvertes de sculptures d'une barbarie si complète, qu'il n'est guère possible d'imaginer rien de plus grossier ni de plus laid. La date du monument est fixée par une inscription qui constate que l'autel fut exécuté par les soins du fils de Pemmone, duc de Frioul, qui s'appelait Ratchis et fut roi des Lombards de 744 à 749. »

(Voir Cattaneo figure 37.)

On voit encore des sculptures du même temps sur l'ancien baptistère ou font baptismal de Calixte, patriarche d'Aquilée, qui a été transporté dans l'église collégiale de Cividale. Ce petit édifice a dû être inspiré par les beaux monuments grecs de Ravenne, mais ses sculptures sont tout aussi grossières que celles de l'autel de Ratchis.

Ne pas oublier qu'il y eut dans l'art lombard le caractère barbare et une certaine dose de tempérament septentrional en même temps qu'oriental.

Je répète : c'est le côté monstrueux de la décoration que je suis porté à mettre plus particulièrement à l'acquit des Lombards en laissant le reste à l'acquit des Néo-grecs et des Byzantins.

<( En résumé, dit M. de Dartein*, l'influence exercée par le styl^ byzantin sur l'architecture lombarde a été nulle quant à la disposition du plan des édifices; considérable, quoique partielle, quant au système de construction ; et enfin très fortement marquée dans la partie ornementale de la décoration. »

Je fais des réserves sur la première de ces affirmations : l'architecture byzantine a pu avoir quelque influence sur la disposition du plan des édifices.

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