Dictionn. raisonné (/Mrc/i., t. VIII, p
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partie du moyen &ge^ il eut comme la direction générale de fart chrétien dans tout le reste de l'Europe^ et il n'est point de contrées où nous ne retrouvions ses traces * . »
« L'Art byzantin ne s'est pas contenté, dit encore M. Bayet, de combiner des éléments d'origine diverse, son rôle est plus important et il a su se montrer créateur. C'est à lui que revient le mérite d'avoir le premier donné aux conceptions chrétiennes une forme particulière*. »
M. de Vogué conclut de même : « On peut maintenant, dît-il, suivant la spirituelle expression de M. Vitet, sans craindre de passer pour un mauvais Français, avouer que l'Orient grec a joué un rôle considérable dans le moyen âge primitif; qu'il a conservé, en face de la barbarie occidentale, le dépôt des traditions^. »
En Gaule, lorsque le pouvoir romain fut évanoui, la ruine morale de l'antiquité classique fut bien plus grande encore que la ruine matérielle. Si la langue avait pénétré le peuple du haut on bas de l'échelle, la culture gallo-romaine, nous l'avons vu,, reposait uniquement sur une organisation sociale, essentiellement aristocratique, imposée par les Romains ou confirmée par eux lors delà conquête. Cette culture n'avait jamais eu de racines dans les masses populaires. « Les Romains, dit M. Gaston Paris, avaient une religion et une littérature officielles, l'une et l'autre assez étrangères au peuple, tant à celui du noyau primitif de leur empire qu'à celui qu'ils avaient déjà assimilé dans Tltalie et ailleurs '. » Tout devait donc disparaître.
La langue seule avait pu surnager, et la féodalité, c'est-à-dire l'ensemble des conceptions juridiques et sociales des envahisseurs germains eut dès lors, pour se développer, le champ libre et les coudées franches. En même temps, la place laissée vacante par la disparition de Testhétique aristocratique et latine de Rome fut envahie par IVsthétique populaire et néo-grecque de l'Orient, c'est-à-dire par la
1. Iteeherchei pour $ervir à Vhi$toire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient^ p. 136.
2. Recherches pour servir k Vhistoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient, p. 133.
3. M'* de Vogue, Le temple de Jérusalem^ p. 88. \, La littérature française au moyen âye, p. 9.
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doctrine du seul art supérieur qui fût alors un principe vivant et actif dans le monde. Ce mouvement général rencontra-t-il chez nous plus tard des obstacles ?
C'a été la tendance générale de voir en Charlemagne un précurseur de Louis XIV et de Napoléon, romanisant la France à outrance, lui infusant le sang italien à haute dose, fondant par anticipation l'Ecole de Rome, le concours des grands prix, toutes sortes d'académies de peinture et de sculpture, et de manufactures nationales, employant tous les rouages de l'organisation sociale et politique à la déformation du génie français, utilisant les Missi dominicï\ comme de simples intendants et de simples préfets, à semer uniformément, sur les parties les plus dissemblables du territoire, les ouvrages d'une édililé officielle contrôlée par l'Etat; enfin,' couvrant le sol de notre pays, depuis les Alpes et la Méditerranée jusqu'à l'Océan, d'un lot assorti de maisons carrées, de temples gallo-romains et de bâtisses à la fois administratives et académiques, conformes au vieil idéal romain du premier siècle de la conquête.
Expliquons-nous franchement sur ce qu*a été cette prétendue restauration de l'ensemble de la culture antique. Regardons ce qu'elle a effectivement apporté d'éléments particuliers à telle ou telle branche de la civilisation occidentale. Les goûts très nettement manifestés par les hommes qui dirigèrent le mouvement carolingien sont un trait de lumière dont l'histoire doit tirer parti pour expliquer la généalogie de nos diverses écoles nationales européennes.
Devenu empereur d'Occident, à l'aurore du ix*' siècle, et résolu h consacrer la force des royaumes barbares à la glorification de ce nom romain dont il se parait, Charlemagne reprit et renoua vigoureusement dans les lettres la tradition latine. Il voulut restaurer, et il restaura certainement la culture littéraire latine, en même temps qu'il essayait de galvaniser les ressorts détendus de l'administration romaine. Le latin fut l'éducateur commun qu'il proposa officiellement et qu'il tenta d'imposer à tous les peuples d'idiomes disparates qui composaient son vaste empire. L'Académie palatine fut une académie latine. La langue latine, parlée presque exclusivement par l'Eglise universelle, depuis qu'elle tend à se déclarer à Rome catholique, apostolique et romaine, la langue latine devint naturellement le principal instrument d'unification et d'amélioration intellec-
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(uelle que le grand emi>ereur, défenseur de TEglise et ami des pontifes romains, tenta de vulgariser même dans ceux de ses Etats qui n'en possédaient pas le maniement.
Il est facile de comprendre aussi que cette question de la langue ait pu devenir, à certains moments de nos annales, non seulement une question religieuse, mais une question politique. Glovis et Charlemagne savent ce que leur valut de s'être proclamés catholiques, apostoliques et romains. C'est donc bien précisément la pratique de la littérature latine — et j'entends parla la pratique même de la littérature rétrospective née de la langue latine — que la dynastie carolingienne restaura officiellement à la cour et dans les cloîtres. Le bienfait est certain ; il est immense, bien qu'il ait retardé, comme l'explique M. Gaston Paris, Téclosion de la langue populaire, c'està-dire du français. Mais il n'a pas eu les conséquences qu'on lui prête ordinairement. C'est à tort qu'on serait tenté d'assimiler les arts à la lang'ue et d'attribuer à Charlemagne et à ses successeurs un essai de réhabilitation de l'art romain, de l'art latin.
J)ans une certaine mesure, nous devons très probablement à Charlemagne et U la renaissance littéraire latine qu'il provoqua, déparier encore et plus purement la langue que les légions de César nous avaient apprise et que, par tant de côtés, nous avons marquée de notre empreinte. Mais si, par malheur, Charlemagne avait décidé au point de vue des arts ce qu'il a prescrit au point de vue de la langue, il est presque certain que l'art du moyen âge, notre art si national dans sa longue et libre élaboration, n'aurait pas pu naître. En art aussi, nous aurions parlé ^tout de suite un dialecte presque exclusivement latin.
Tout autre a été le rôle de Charlemagne. Loin d'être un obstacle au développement normal et régulier des instincts collectifs des peuples renouvelés qui occupaient alors l'Occident, il faut reconnaître qu'en somme le noble empereur se fit le complaisant et durable auxiliaire de l'œuvre historique. Sous son règne et sous celui de ses premiers successeurs, l'art français put s'améliorer sans avoir à revenir en arrière, sans être obligé de demander une vie factice et mensongère aux sources tarissantes de Tart antique galloromain. IjC péril exista, mais il fut évité.
Autour du maître, le monde latin dressait ses ruines toutes
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récentes et encore habitables. Il accumulait ses séductions et offrait au monde barbare, avec le produit capitalisé du travail de plusieurs siècles, rhospitalité flatteuse de nombreux monuments longtemps fameux. Etranger à tout grand art monumental comme Tétait le (ils d.e Pépin, ou du moins initié seulement à un art aussi incomplet et aussi insuffisant dans le domaine architectonique, un Austrasien aurait pu être tenté de s'installer dans la maison déjà construite et d'adopter, en quelque sorte, le vêtement tout préparé que Fantiquité gallo-romaine et latine lui présentait. Il n'en fut rien. Abri et vêtement n'étaient pas à la taille de la race nouvelle que l'empereur personnifiait.
La renaissance des arts fondée par Charlemagne n'eut pas lieu au bénéfice de l'art latin, mais au profit de Vart grec. Là encore la pédagogie classique a joué sur les mots et nous a donné le change. Sans doute c'était bien le culte de l'art antique que l'empereur barbare voulait restaurer, mais ce n'était pas le culte de l'ancien art grécoromain de la République, ni celui de la Rome impériale, de la Rome italienne, de la Rome qui avait vaincu et repoussé les barbares, et s'était fait élever par eux des autels et offrir de l'encens. Cette Romelà, malgré la survivance de ses ruines, elle n'existait plus moralement au moyen âge.
Le premier moyen âge, essentiellement barbare et germanisé en Occident à partir du vi® siècle, ne cessa jusqu'au xi® siècle de renier en son for intérieur la Rome païenne ^ « Une puissance miraculeuse funeste fut attribuée aux statues des anciennes divinités et aux ruines de leurs temples. » C'est M. Lavisse qui s'exprime ainsi. Les ruines romaines de l'empire d'Occident, même sous Charlemagne, étaient d'une façon générale considérées comme le produit d'un art impur, qu'on traitait de païen et que l'on confondait, dans une même répulsion, avec les ouvrages des Sarrasins ^. Il y eut contre elles, dans les masses populaires, au début et même pendant la durée de
1. Sur le sentiment d'horreur inspiré dès le vu» siècle par le pa^çanisme, voyez Gaston Paris, La littérature française au moyen âge ^ p. 14, et Ernest Lavisse, Études surVHistoire d'Allemagne {Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1886, p. 373 et siiiv,).
2. Le souvenir de cette pensée se trouve conservé et consiprié dans les Chansons de Geste, et notamment dans la Chanson de Roland. (N. de l'A.)
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la dynastie carolingienne, une répugnance instinctive, plus vive encore que celle de Tépoque mérovingienne; car, dans Tintervalle des deux époques, la proportion des éléments barbares de la société occidentale avait toujours été en grandissant.
Cette ^pugnance venait très probablement des antipathies de races, des difTérences de civilisations et des contradictions de doctrines religieuses qui, chez des peuples primitifs, s'exaltaient jusqu'au fanatisme. Par la force des choses, il y eut donc, dans toute TEurope et même en Italie, un écroulement complet de toutes les traditions étroitement latines. Les seuls Romains du ix^ siècle qui comptassent, c'étaient les Grecs de Byzance et de Qavenne. Les artistes que, d'après le moine de Saint-Gall, Charlemagne fît venir des pays transmarins, c'étaient des byzantins ou des adeptes du style gréco-oriental. Les empereurs carolingiens étaient en rapports d'amitié avec les empereurs de Byzance, et, pour rivaliser de luxe avec eux, se paraient de tissus orientaux, c'est-à-dire d'étoffes provenant du seul point du globe où l'art et l'industrie de la culture antique brillassent encore. Ne soyons pas dupes plus longtemps de quelques termes mal définis. Bien qu'on appelât encore cela l'art des Romains, c'est en somme l'art byzantin le plus pur que Charlemagne et ses successeurs s'appliquèrent, par leurs Capitulaires, à acclimater en Gaule. Ils dédaignèrent de demander aucun conseil, aucun secours moral, aux innombrables et aux plus admirables ruines latines de la Gauleet de la Germanie. S'ils prirent des pierres à Verdun, ils laissèrent debout ce qui restait des constructions romaines de Trêves, de Metz, de Reims, de l'Auvergne, de la Provence. Us ne les déposèrent pas pour les reconstruire dans la vallée du Rhin. Byzantins et non romains étaient les édifices que Charlemagne entreprit de dépouiller pour embellir sa résidence d'Aix-la- (^^hapelle. Ce n'est pas la vieille Rome, mais Ravenne, la jeune capitale, que le César du Nord enviait à l'Italie et désirait transplanter dans ses domaines. Le principal monument qu'il a légué à la postérité pour témoigner de sa volonté de renouveler l'art des Romains, le dôme d'Aix-la-Chapelle, est précisément une maladroite copie d'un original gréco-oriental.
Je ne prétends pas dire que tous les monuments religieux élevés en France sous Charlemagne aient été exclusivement imités de
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l'église Saint-Vital deRavenne. Il est bien certain que Gharlemagne fît construire d'autres édifices conçus suivant le plan basilical latin, parvenu en France, même dès les temps mérovingiens, à ua point de développement personnel assez avancé. Mais le type de la basilique carolingienne, pour être du plan latin, n'était pas nécessairement latin pour tout le reste. Sous les Carolingiens, comme déjà sous les Mérovingiens, le centre de Fart européen c'est Ravenne et non pas Rome. Or, Ravenne avait les basiliques déjà grécisées qu'elle possède encore. Et Rome elle-même, à ce moment, suivait le mouvement général et, avec toute Tltalie, était en train de se byzantiniser.
Je ne peux pas oublier non plus que l'art classique romain et gallo-romain, grâce à la profonde empreinte qu'il avait mise sur la Gaule, pouvait défier du haut de ses ruines indestructibles tous les mauvais vouloirs et tous les dédains. 11 ne cessa jamais, aux temps carolingiens comme à toutes les époques, d'être un conseiller furtif et intermittent. Un éminent historien de l'art, M. Springer, s"est appliqué à signaler tous les symptômes de la survivance de ses influences pendant le moyen âge. Soit î Ce que je veux seulement démontrer, c'est qu'il n'était plus l'inspirateur principal ni le guide respecté du monde occidental.
L'influence byzantine semée par Gharlemagne fut continuée par ses successeurs et surtout par les empereurs allemands, que leur titre de rois des Romains obligeait à protéger l'art auquel appartenait désormais l'Italie, c'est-à-dire Tart néo-grec. Labarte, dans son Histoire des arts industriels, au milieu de théories quelquefois discutables, a démontré avec beaucoup de clairvoyance l'existence de la longue tradition byzantine plusieurs fois renouvelée dans le bassin du Rhin.
Ici encore. Messieurs, je désire vous montrer que mes affirmations peuvent s'appuyer sur les plus respectables autorités. Je vous recommande la lecture d'un excellent livre, publié par M. Albert Lenoir dès 1852, et intitulé V Architecture monastique * . Vous méditerez d'abord sur quelques-uns des derniers chapitres du premier
1. A. Lenoir. Architecture Monastique 3 parties en 2 vol. 4» 1852-1856 delà Collection des documents inédits pour servir à riiistoire de France.
volume, notainnient sur celui qui esl consacré h l'influence de l'architecture byzantine dans toute la chrétienté et, avant tout, sur celui qui traite de la sculpture byzaniine en Occident. J*aurai l'occasion de reprendre et de commenter devant vous les remarquables et très justes démonstrations de M. Albert Lenoir. Je .veux dès aujourd'hui vous en citer certains passages pour vous bien persuader que quelques-unes des vérités que je me ferai un honneur de soutenir devant vous ne sont pas de dangereuses innovations. Ces vérités se sont imposées du premier coup à Tartiste et au savant qui a le premier étudié la matière.
« La sculpture d'ornement, dit M. Albert Lenoir, adoptée dans l'Empire grec, devait nécessairement faire invasion dans la chrétienté occidentale avec l'architecture byzantine. Avant le règne de Justinien, on voit déjà quelques éléments de cet art se mêler aux formes antiques imitées par les Latins... Sous le règne de Justinien, lorsque l'évêque Euphronius construisit à Parenzo en Istrie la belle et curieuse basilique aujourd'hui cathédrale de cette ville, les chapiteaux furent conçus suivant les formes néo-grecques. L'église de Saint- Vital de Ravenne, introduisant en Italie l'art oriental dans toute son intégrité, la sculpture d'ornement dut suivre la même voie et fut en effet une reproduction identique de celle qui se voit aux temples de Sainte-Sophie, du Theolocos et autres, à Constantinople ; on suit le même art dans tous les détails d'architecture de la basilique de Saint-Marc, à Venise, et à l'église de Santa-Fosca, dans les lagunes. Les moines d'Occident, guidés par ces modèles, supprimèrent les feuillages saillants et d'une exécution difficile qu'ils avaient imités jusque là des chapiteaux antiques pour leur donner les formes épaisses que leur indiquait l'Orient. Le système de simplification du chapiteau ne s'arrêta pas aux contrées méridionales de l'Europe : il se répandit en France, où il se montre à la crypte de l'église de Saint-Laurent de Grenoble, puis en Allemagne et en Angleterre. Nos ornemanistes ne furent pas moins que nos architectes religieux ou laïques sous la puissance de cette mode orientale : loin de chercher à rendre les contours gracieux et arrondis de l'acanthe ou de la feuille d'eau qu'avaient si bien compris les artistes grecs et romains, leur ciseau ne produisit que des formes acerbes et aiguës, d'un modèle aigre et à vives arêtes. Cet effet,
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qui avait été produit en Orient dès les premiers siècles byzantins, sans doute par la copie maladroite de certains modèles antiques, fut chez nous le principal résultat de Tinfluence néo-grecque sur Texécution de la sculpture décorative. »>
M. Albert Lenoir conclut ainsi en parlant de Tart byzantin : « Un art aussi original sur toutes ses parties doit prendre une place importante dans l'histoire de Tarchitecture ; beaucoup plus fécond que le style latin, qui inventa peu, il forme bien le second degré de Téchelle progressive sur laquelle se placèrent les artistes chrétiens. »
Si les barbares ne firent pas disparaître, en arrivant en Gaule, la civilisation gallo-romaine vis-à-vis de laquelle ils se montrèrent tout au moins indifférents, en revanche, ils ne se laissèrent pas absorber par elle. Comme Quicherat Ta proclamé*, ils apportèrent avec eux une civilisation bien déterminée qui leur était propre, qui s'est maintenue après la conquête et qui, par conséquent, depuis la fusion des races et le mélange des sangs, a dû laisser des traces dans le caractère national de Tart français.
En présence des innombrables monuments découverts par les fouilles des quarante dernières années, il n'est pas possible de considérer cette civilisation comme non avenue ; car elle a laissé d'ellemême une image dans une sorte d'écriture pittoresque, une signature, dirai-je, et un paraphe, dans un type familier d'ornementation dont l'étude nous révélera quel fut en art son tempérament.
Qu'est-ce que Tornement barbare ? Par le mot barbare, j'entends désigner collectivement tous les peuples en grande partie d'origine germanique qui sont passés sur le territoire gaulois du m® au x" siècle. Vous en trouverez la longue énumération dans les livres d'histoire générale. Ces peuples ont entre eux des liens de parenté et des points de ressemblance assez nombreux pour que je puisse les comprendre provisoirement dans la même famille et confondre leurs cultures respectives dans la même définition.
l. Histoire du costume^ chap. IV, p. 81,
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Je VOUS expliquerai ce que fut roniement barbare par la produclion de plusieurs milliers de types dont vous saisirez rapidement le sentiment général. Ce qui domine dans la conception de ces ornements, c'est la fantaisie, c'est le fantastique, c'est le débordement d'une imagination en délire, c'est l'évocation de formes monstrueuses, c'est le tissage de fils enchevêtrés et la formation de nœuds inextricables, c'est la combinaison de lignes ondulées, tournoyantes, répétées à l'infini, qui, en quelque sorte, attire doucement, au fond d'un abîme aux perspectives indéterminées, la pensée attachée à leur poursuite, qui enivre cette pensée et l'endort enfin dans un rêve, après l'avoir longtemps bercée. Pour bien décrire l'expression de l'ornementation barbare, il faudrait emprunter la plume d'un buveur de haschisch ou le pinceau d'un fumeur d'opium *.
L'originalité et la personnalité du style d'ornement barbare ont été discutées. Mais j'incline à penser que cet art des fibules, des instruments familiei*s, cet art populaire et essentiellement intime, n'est pas dû exclusivement à une communication de l'art antique étroitement considéré dans sa physionomie classique des deux derniers siècles avant Jésus-Christ. Plutôt que d'être une industrie apprise et tardivement empruntée par les barbares, au moment du premier contact des invasions, je suppose et je pressens que ce devait être chez eux un art de race, un lointain héritage de famille. La décoration industrielle des barbares, perfectionnée comme elle l'était aux vn*" et vni® siècles, devait déjà compter plusieurs siècles de tradition nationale quand elle fut miseen rapports avec la décadence latine. Il semble qu'elle obéit à un sentiment spontané, instinctif, dicté par la loi d'un tempérament ethnographique. L'analyse que j'en ferai vous expliquera combien elle est profondément orientale. Le doute ne pourra subsister que sur l'époque, sur la voie et sur le mode de la transmission.
Je me refuse donc provisoirement à ne voir dans le style de la décoration barbare que la simple émanation d'un élément grécoromain dégénéré. Sur la primitive source gréco-orientale, je serai d'accord avec tout Iç monde. Je trouve là* certaines analogies avec l'art persan et syriaque, avec Tart de l'époque sassanide. Je remon-
l. Cf. W. Lubkc, Ensai (fhisloire de Vart, Irud. fr., t. I, p. 293.
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terai même beaucoup plus loin, jusqu'à la manifestation des monuments de Tépoque des nécropoles mycéniennes. C'est à mes yeux un symptôme de Fart universel indo-européen en rapports avec ses sources primitives, par un contact direct, tout au moins assez immédiat et se référant à des époques fort reculées.
D'ailleurs, quelle qu'ait été l'origine toute première du style des entrelacs et des spirales, je pose en fait démontré et indiscutable que ce style revêtait, du vi* au ix® siècle, dans l'industrie des peuples germaniques, un véritable caractère de personnalité. Je pense qu'il doit être considéré comme, l'expression d'un sentiment assez long*temps ressenti par ces peuples pour être déclaré une propriété de leur génie propre et un des traits distinctifs de leur tempérament intellectuel, à partir du moment où ils habitent notre sol.
On objectera peut-être que je cherche à déterminer le tempérament des nations barbares à l'aide d'un instrument insuffisant, le goût particulier manifesté dans l'ornementa tion. La valeur de ce moyen d'information est universellement admise. « Les formes ornementales, a dit Dresser, cité récemment et très à propos par M. Pottier, en août 1890, dans la Gazette des Beaux- Arts ^ les formes ornementales et le système décoratif employé par un peuple ont plus d'importance que les faits ethnographiques ou les particularités d'architecture pour déterminer les relations et les migrations des races. » Il reste donc bien entendu que les barbares ont possédé un tempérament et un caractère d'art appréciables.
Vous connaissez. Messieurs, les beaux travaux de nos philologues français qui retrouvent dans les chansons de geste des xi'' et xii° siècles les traces des épopées barbares oubliées et même celles des poésies primitives remontant aux origines des races germaniques. A leur imitation, j'interrogerai devant vous les monuments de la sculpture romane, dans lesquels se sont mélangés et fondus tous les éléments de nos diverses inspirations ethnographiques. Je vous y montrerai les débris de certaines conceptions barbares, et entre autres des souvenirs de la construction en bois.
Nous n'avons pas, sans doute, conservé de monuments de l'art architectonique des peuplades septentrionales, tel que ces peuplades le pratiquaient avant leur contact avec l'art gréco-romain et avec Tart byzantin. Mais il n'est pas non plus impossible de reconstituer ces monuments par la pensée.
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Inexistence d'une architecture en bois qui aurait été la manifestation supérieure de Tart barbare a été entrevue pour la première fois par le docteur Rigollot, en 1850, dans ses Recherches historiques sur les peuples de la race ieuionique qui envahirent les Gaules au l'" siècle. Je vous lirai plus tard les ingénieuses considérations présentées par le D' RigoUot, dont voici un court extrait : w Les Teutons, dit le D'' Rigollot, n avaient peut-être jamais, avant leur entrée dans les Gaules et leur conversion au christianisme, bâti de monuments qu'on pût comparer même à une modeste chapelle. Les premières églises qu'ils construisirent étaient en bois, ainsi il serait impossible de reconnaître, même dans nos vieilles constructions, rien qui, quant aux formes a rchi tectoniques, dût leur être attribué; mais il n*en est pas de même des ornements, des moulures que de simples tailleurs de pierre, des ouvriers ignorants, mais habitués à de certaines formes, essayèrent d'ajouter aux archivoltes des arcades et aux tympans des portes et des fenêtres. Or, toutes ces dispositions, étrangères au goût des anciens, sont évidemment une importation des races teutonnes. Ce sont, comme sur nos boucles de ceinture, des imbrications, des moulures à compartiments, des nattes, des rubans, des entrelacs. Ce sont des brisures, des cannelures, des losanges, des gaufrures, des chevrons, des tores brisés, givrés, chevronnés, rompus, etc., etc., tous produits d'une industrie également pauvre et barbare.
« Les grossières figures d'hommes ou d'animaux qui sont sculptées aux corbeaux ou modillons, aux chapiteaux des colonnes, semblent être également la continuation des informes essais tentés aussi pour représenter les mêmes objets sur les ustensiles des Teutons. »
De même, entre les instincts primitifs, ethnographiques, des barbares et les sources romanes immédiates de notre style gothique, Texistence d'un intermédiaire, à savoir une architecture et une sculpture de bois, a été une pensée très iine et très délicate qui a hanté l'esprit de Ruprich-Robert. Le très regretté inspecteur général de la Commission des Monuments historiques est revenu sur ce sujet dans divers chapitres de son grand ouvrage de V Architecture normande. Sa rare sensibilité en face des œuvres d'art lui avait fait comprendre tout ce que la constiuctioii et la décoration romane trahissaient de
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réminiscences el de principes empruntés à la charpenlerie et à la menuiserie. A cet égard, il s'est appliqué à arracher à Texpression esthétique du style roman quelques-uns des secrets de la vie antérieure de celui-ci, pendant une de ses évolutions préparatoires et pendant son incarnation barbare. A Ruprich-Robert reviendra principalement l'honneur d'avoir retrouvé et rendu palpable une des sources de nos inspirations décoratives et d'avoir constaté le résultat des influences Scandinaves à la fois septentrionales et asiatiques*. Viollet-le-Duc, d'autre part, n'était pas resté indifférent aux lémoignages de ce lointain commerce avec les races du Nord, et lui aussi, il avait signalé quelques-unes des suggestions que l'atavisme avait déposées dans le cerveau de l'art gothique.
Il y a beaucoup à faire dans cet ordre d'idées. Sans espérer vous dire le dernier mot de la question, je reprendrai devant vous l'examen du problème. Vous entreverrez l'ensemble des formes architectoniques et sculpturales qui, sous l'influence des civilisations du Nord, à l'insu de la discipline éducatrice de Tart byzanlin, se sonl glissées dans le vocabulaire de la langue pittoresque occidentale, et ont, en quelque sorte, élaboré et amené à pied d'œuvre certains éléments graphiques dont l'Ecole romane devait se servir et dont nous, les modernes, nous avons si largement profité. Nous nous demanderons d'où proviennent certaines de ces silhouettes de pierre qui rappellent et supposent, par l'expression et la direction de leurs lignes, un prototype et un modèle de bois. Nous nous poserons lu question qui, à propos delà construction antique et sur certains rapports originels de celle-ci avec un édifice de charpenterie, a été si bien résolue par quelques maîtres de l'archéologie classique.
Enfin, entrant dans le domaine des faits historiques purs, nous vous montrerons que les pressentiments et les révélations de la critique et de l'archéologie se trouvent justifiés par l'interprétation des* textes. Elle a positivement existé cette architecture et cette sculpture de bois que jusqu'ici nous pouvions seulement entrevoir à travers la transparence de ses copies en pierre. En effet, si le Christianisme apporta partout avec lui la forme de son culte et s'il est naturel de
1. « Pour nous résumer, avançait Ruprich-Robcrt, en 1884, dans la Gazette archéologique, p. 298, nous dirons que Ton peut, à Tcpoque romane, constater deux courants : Tunde rOrienl vers l'Occident et l'autre du Nord au Sud. »
retrouver partout, dans la construction et la décoration de la première heure, le même sentiment d'aspect et Temploi des mêmes procédés, de tout point semblables aux aspects et aux procédés des constructions du lieu d'origine de cette foi ; si ce premier état dura, dans le Nord, au moins jusqu'à la fin du vi'' siècle, du moins, quand la foi chrétienne se fut implantée définitivement chez les races septentrionales^ avec son premier bagage plus ou moins latin ou grécolatin, elle provoqua sur le terrain nouveau où elle s'épanouissait une manifestation personnelle des arts pénétrés par elle. Elle reçut postérieurement de ces arts locaux et respectivement nationaux un hommage spontané. Cet hommage, chez les peuples septentrionaux, chez les Irlandais, chez les Anglo-Saxons, chez les Normands et les Scandinaves, peut-être même chez les Francs, a été la naissance d'une architecture et d'une sculpture religieuses dont tous les éléments étaient empruntés à l'industrie du bois.
Les Irlandais, les Anglo-Saxons et leurs congénères barbares, dans ce brusque et merveilleux épanouissement de la civilisation britannique, n*ont pas seulement porté de l'Ile des Saints sur le continent les lumières de la science, l'éclat des lettres et la flamme communicative de l'esprit monastique*. Ils ont encore propagé au dehors, avec leur sentiment particulier de la décoration des manuscrits, l'architecture et la sculpture du bois, qui étaient imprégnées des mêmes principes de décoration.
Au temps où fut rédigée par le u vénérable » Bède la première histoire de TAngleterre, Historia ecclesiastica geniis Anglorum, c'est-à-dire dans le premier tiers du viii^ siècle, il y avait déjà des églises et des monastères construits en bois. Ces édifices étaient regardés par cet auteur comme l'invention des Scots [Scoli), c'està-dire de peuplades habitant, de mémoire d'homme, la Grande- Bretagne, ou comme celle des peuples qui avaient pénétré et envahi cette île*. On appelait ce procédé nouveau d'architecture opus
1. O* de Monlalcmbert, Les Moines d'Occident ; Ë. Lavissc, Éludes sur Vhisioire d'Allemagne (Revue des Deux-Mondes^ 15 mars 1886, p. 392 et suivantes).
3. « Inlerea Aidano episcopo de hac vitù sublato, Finan proillo ^radum episcopatus a Scotis ordinatus ac missus acceperat qui in insula Lindisfurncnsi fecil ecclesiam episcopali sede congruam : quam tanicn more Scotorum, non de lapide^ scd de robore secto totani composuit atque arundine texil : quam tempore frequenti revcrendissimus archiepiscopus Theodorus in honoreni benti
Couhajqu. Lbçoms. 3
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scolicurriy more Scoiorum. Les monuments qui en émanaient étaient bâtis en chêne menuisé [de robore secto) et couverts de roseaux {arundine) en attendant une protection plus efficace contre les intempéries. Cependant, pour avoir été composés d'éléments fragiles, ces édifices ne doivent pas être dédaignés par Thiçtoire. L'honneur qu'ils eurent d'abriter le siège épiscopal et d'être de véritables cathédrales nous prouve qu'ils surent s'élever, dès leur origine, à la dignité d'une œuvre d'art. Le continent les connut, et notamment la Normandie * , dès les temps carolingiens. Leur mode se répandit sur l'Europe avec l'influence des moines irlandais et anglo-saxons. La transmission directe et ininterrompue de leurs procédés peut se démontrer jusqu'à l'époque romane. On 'en remarque une interprétation et une image sur la tapisserie de Bayeux. Enfin, cette archi- .tecture particulière n'a pas cessé de fleurir dans l'extrême Nord, où quelques-uns de ses caractères primitifs ont survécu jusquà nos ours^.
Peut-être, alors, penserez-vous avec moi que certaines tendances de l'art gothique contenues en germes dans le style roman trouvent une explication dans le passé, héréditaire de peuplades ayant longtemps habité le Nord, après être parties de l'Orient. J'estime, en tout cas, qu'il y a lieu de tenir grand compte de la longue et obscure incubation barbare qui a précédé l'éclosion de l'école romane. Le rejeton prédestiné, la fleur de cette tige d'élection, Tart gothique en un mot, lui doit une part très appréciable de sa couleur et de son originalité.
Examinons enfin le coefficient arabe, c'est-à-dire le dernier souflle encore oriental qui est venu animer et inspirer quelquefois la civili-
Petri apostoli dedicavit. Sed episcopus loci illiiis Eadbert, ablata arundine, pluinbi laminis cam totam. hoc est et textum et ipsos qiioquc parietes ejus, cooperire curavit » .llisiorit'i ecclesiastica gentis Anffliœ^ lib. III, tit. xxv).
1. Voyez Ruprich-Hobert, C7iapt/eau normandy A'7*-A77* s. {(Mazeite archéologique, 1884, p. 297). La cathédrale de Séez (Orne), brûlée en 878, était une construction de bois. Le même auteur cite des églises en bois, élevées en Angleterre au vii« siècle.
2. Ruprich-Roberl, Architecture normande des XI' et XU" siècles, i. I, p. 126 ù 130 et p. 175 à 185.
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sation déjà si complexe de rOccident. Étudier, d'ailleurs, ce coeflicient arabe, c'est compléter Tétude du coeflicieui byzantin ou néogrec en suivant celui-ci à partir du moment où, après avoir rejeté une partie du bagage classique gréco-romain, il entra dans une voie spéciale, quand les seuls principes orientaux de transmission méridionale prirent chez lui de plus en plus d'importance.
Le premier érudit qui, par la méthode comparative et avec une merveilleuse sagacité, ait voulu élargir le cercle de Tenquête scientifique sur les origines de nos arts nationaux est Adrien de Longpérier. Esprit génial entre tous, il avait eu le bonheur d'échapper dès «on enfance aux idées convenues et à la pédagogie classique et officielle de son temps. Helléniste, latiniste, épigraphiste, numismate et paléographe irréprochable, Longpérier, sa loupe légendaire à la main, prétendit être avant tout un archéologue, estimant et prouvant par son exemple que cette qualité, jointe au sentiment de Tari, suffisait à faire un impeccable historien aux vues multiples et perçantes. II débuta précisément dans sa carrière par revendiquer, en s'appuyant sur des preuves matérielles, la part légitime d'inspiration revenant à TOrient musulman, à Tart oriental de transmission méridionale, dans la composition de notre art occidental.
M. de Longpérier a tenté cette œuvre de 1842 à 1846. Le moment n était cependant pas propice. Au nom de la critique scientifique et d'un patriotisme mal éclairé, une théorie très puissante de protectionnisme exagéré prétendait alors fermer l'histoire de l'art français à toute doctrine d'importation et de pénétration. Défense était faite de construire un système d'origine historique sur d'autres bases que les ruines gallo-romaines ; interdiction de regarder au delà des limites données à la Gaule par les Romains. Comme consigne et comme programme : tirer Notre-Dame de Paris de la Maison carrée de Nîmes ou du temple d'Auguste et Livie de Vienne ; tirer ensuite de Notre-Dame de Paris le palais de la Bourse de Paris et l'église de la Madeleine, en passant, comme état intermédiaire, par le château de Versailles. Le savant, jeune alors, fut exorcisé et on déclara que « sa doctrine tend à rabaisser l'art national qui ne dut jamais rien qu'au génie français et à donner une fausse idée de l'influence chrétienne au moyen âge ». « Que dirait-on donc, répondait malicieusement Longpérier en
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1846', si j'osais soutenir que la monnaie d'or et d'argent du roi saint Louis dut son grand module, qui la rend si remarquable, à l'imitation des espèces arabes, lesquelles avaient emprunté leurs dimensions aux drachmes des Sassanides ; en sorte que ce sont des adorateurs du feu, des sectateurs d'Ormouzd qui ont fourni au bienheureux fils de Blanche de Castille et à toute l'Europe chrétienne des xni® et xiv® siècles la forme de leur monnaie ? » « Il m'a toujours paru diilicile, ajoutait-il^, d'étudier convenablement les monuments du moyen âge, indépendamment de ceux des époques antérieures, et presque impossible de comprendre intimement les produits de l'art européen, sans avoir préalablement acquis des notions assez étendues sur les arts de tous les pays. Les limites étroites dans lesquelles semblent vouloir se confiner quelques écrivains, qui ont fait du moyen âge français le sujet de leurs travaux, ont été un obstacle au progrès de la juste appréciation d'un grand nombre de types et de détails qui s'expliqueront aisément, dès qu'on voudra leur appliquer quelques notions générales d'art, d'histoire et de philologie. »
M. de Longpérier avait mille fois raison. L'histoire a trop ménagé l'orgueil de Rome, avec lequel nous avons eu le tort d'identifier notre propre orgueil national. Rome a connu toutes les extrémités de la fortune ; elle n'a pas toujours dominé; sa puissance a subi des éclipses, et, pour la part qui nous est échue dans son héritage, nous n'avons pas le droit de méconnaître certains legs très appréciables venus d'ailleurs.
Quand l'extrême Occident de l'Europe fut pris à revers et envahi le long de la rive inférieure du bassin méditerranéen par la civilisation de l'Islam, il ne resta pas grande place au soleil pour que ce qui subsistait encore, en fait d'art, de la semence gréco-romaine pût continuer à s'épanouir. Que le flot anglo-saxon et normand résumant les forces de l'invasion septentrionale se mêle au Ilot arabe, que ces deux grands courants s'unissent ; et, chez nous, l'influence séculairement directrice d'Athènes païenne et de Rome ne sera plus qu'un nom, un souvenir, une légende comme celle des contrées et des villes disparues sous la mer.