COMPARAISON DES ARCIIITECTJRES PRE-ROMANE ET GOTHIQUE
peintures, de compositions. Donc les églises auxquelles ces peintures étaient destinées présentaient de vastes surfaces destinées à les recevoir, et partant, ces églises n'étaient pas morcelées en bandes verticales comme les églises romanes et gothiques.
Toutes les églises du xi« ont des nefs sur piliers avec colonnes engagées se faisant vis-à-vis sous Tarcade, mais sans colonne engagée du côté de la nef (Voir un article de M. Eug. Lefèvre-Pontalis dans le Bulletin de la Société archéologique de Soissons, t. 35 (1884), p. 95. L'article est intitulé Étude archéologique sur l'église deGlenne).
La colonne engagée du côté de la nef est la dernière qui apparut, mais elle se montra même dans des édifices qui ne furent pas primitivement voûtés.
La première chose qu'on fit quand on voulut voûter ces édifices fut d'insérer une colonne engagée dans la muraille. Cependant des colonnes engagées ont quelquefois simplement servi à aller chercher au haut des murs le poids des fermes.
Sans avoir explicitement enseigné les doctrines que je vous expose, Viollet-le-duc a compris et montré dans maints passages de son Dictionnaire * que les architectes gothiques, en usant de la colonnette monolithe, de la chandelle posée en délit, c'est-à-dire en employant des étais résistants et incompressibles n'ont fait que reproduire par instinct ou par réflexion les procédés ordinaires et antérieurs de la charpenterie. Viollet-le-Duc a merveilleusement expliqué les faits, à propos de certains piliers de N.-D. de Paris et de la cathédrale d'Amiens. Il lui a manqué seulement de remarquer que le rôle de l'étai résistant et incompressible n'était pas pour les gothiques invention personnelle mais uniquement un héritage. Cet
1. Notamment tome IV, p. 165 à 175, au mot construction. — I^s piles cylindriques blindées de colonnettcs de Notre-Dame de Paris et de la cathédrale d'Amiens ne sont, au point de vue de la forme, que la reproduction des piles de Sainl-Hemi de Heims, si bien comprises par VioUet-lc-Duc, quand il a dit (Dici.^ t. VII, p. 156) : « Il semblerait que l'architecte a voulu obtenir ici une puissante résistance et une apparence léfçère par les divisions du gros fût en portions de cylindre se pénétrant. » Je ne comprends pas comment il se fait que Viollet-le-Duc, si clairvoyant à propos du xiii* siècle, n'ait pas vu clair sur la provenance plus ou moins immédiate de Tartiflce employé par le constructeur de Saint-Hcmi. La forme antérieure de l'architecture en bois explique le tout.