SIXIÈME LEÇON
Mesdames, Messieurs,
Vous avez vu dans la précédente réunion l'expression de l'art roman au commencement du xi*' siècle dans le bassin de la Loire, à Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret).
Là, vous avez constaté comme vous pourrez aussi le constater dans
i. A partir de la cinquième leçon de Tannée 1892-1893, nous n'avons plus trouvé de manuscrits pagines et classes par dossiers ; mais, sur de minuscules feuillets, de simples notes ficelées avec des épreuves photo jcraphiques, le tout se rapportant aux projections faites par le professeur. Ces notes ne sont pour la plus grande partie que la repétition et la confirmation des doctrines exposées par Courajod dans des leçons antérieures. Après l'affirmation, il apportait la preuve par l'image. Et, pendant que les monuments se succédaient sur l'écran, il les commentait en donnant libre cours à sa verve.
Malheureusement, les paroles qui tombaient à ce moment du haut de la chaire de Courajod n'ont pas été sténographiquement recueillies...
Parmi les manuscrits sans liaison qui accompagnaient les clichés et les épreuves photographiques de la 6* à la 24* leçon, nous avons soigneusement extrait tout ce qui nous a paru intéressant à publier et nous avons complété ces extraits avec des notes prises au cours.
Pour cette publication nous avons suivi la marche que nous avons adoptée dès le début; mais chaque leçon se trouve extrêmement réduite, car nous ne pouvons suppléer à ce qui nous manque, à ce que seul Courajod aurait pu compléter.
le midi, en Bourgogne et en Auvergne, la présence de rélément romain et gallo-romain, survivant dans le chapiteau corinthien renouvelé du type antique, et parfaitement reconnaissable au milieu de beaucoup d'autres types qui ne sont pas de simples dégénérescences du même type antique et qui ont par eux-mêmes une véritable personnalité.
Je vous ai dit que la présence de ce type antique survivant et renouvelé était une exception dans le Nord.
Ce qui domine dans le Nord, au moment du renouvellement roman, ce n'est pas la survivance de Tan tique. Loin de là ! C'est le sentiment des races nouvelles. Vous l'avez déjà vu à Saint-Brice de Chartres. Vous allez le voir à la Couture du Mans. C'est, comme Saint-Brice, un édifice du commencement du xi^ siècle: la partie la plus ancienne de la crypte fut commencée en 995. Dans cette curieuse église, on trouve sur les colonnes des chapiteaux d'origine antérieure, que Ton a retaillés et mutilés pour les juxtaposer. La figure humaine, relativement très rare, y est traitée d'une façon barbare. Les animaux, au contraire, sont fréquents-, preuve de l'origine barbare de cette décoration. Pas un seul chapiteau corinthien. Parmi les motifs les plus souvent employés, on remarque les enroulements barbares, combinés avec la collerette de crochets qui prendront plus tard une si grande extension, la crosse celtique (qui se rencontre souvent en Bretagne). Un chapiteau très curieux présente un tailloir byzantin et une double volute. Tout cela n*a rien de romain.
Les bases sont fort remarquables : traitées comme des chapiteaux renversés. Il en est une qui présente de grandes analogies avec un chapiteau de Saint-Bénigne de Dijon.
La crypte de la cathédrale du Mans renferme les mêmes éléments. Les chapiteaux, surmontés d'énormes tailloirs, sont ornés de palmettes orientales, de collerettes de volutes en crosses, d'enroulements; rien de romain. — En Bretagne, on rencontre un grand nombre de ces enroulements, qui rappellent les motifs de Gav'rinis. — Au musée du Mans, on a recueilli une intéressante série de chapiteaux, trouvés dans la région, ornés d'enroulements traités avec une verve barbare où se révèle l'instinct personnel d'un tempérament de race bien plus qu'une imitation de décadence. Les
exemples en sont fréquents en Normandie, Bernay (Halle aux blés), Saint-Sauveur de Caen, etc., et aussi dans TAisne.
Cet art barbare a pénétré jusqu'à Rome [bas-relief du cloître de Saint-Laurent-hors-les-murs j .
Conférer le manuscrit de Gellone.
DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES
Monuments étudiés au cours de la sixième leçon, — Cathédrale du Mans : ancienne chapelle Saint-Sauveur. Les chapiteaux de cette chapelle sont très importants parce qu'ils sont datés. L'un d'eux, avec une tête avalant des cordons^ peut servir à dater le gros chapiteau des colonnes rondes du chœur de la Couture.
Toutes les sculptures de la chapelle Saint-Sauveur datent de 1035 à 1055. Ce qu'on appelle les Restes de la Chapelle Sainl-Sauveur, appendice extérieur du bras droit du transept, date de 1035 à 1050.
La Couture du Mans. Les portions les plus anciennes de l'église sont le déambulatoire et la crypte. Les sculptures qui ornent les colonnes de cette partie de l'église ont le cachet très prononcé des premières années du \i^ siècle. On est frappé notamment de la ressemblance de la Couture avec N.-D. du Port de Clermont.