Moulage au Musée du Trocadéro. Aile de Passy
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de Jean de Liège, soit de Jean de Saint-Romain qui, d'après Sauvai, avait exécuté un bas-relief de la Vierge encadrée par les Anges au-dessus de la porte d'entrée de la chapelle du Louvre. Car Jean de Saint-Romain survécut à Charles V. Cette conjecture m'est sug<j:érée précisément par la personne qui, au début, avait fait tout ce qu'il était possible de faire pour empêcher ma proposition d'aboutir et l'opération du moulage d'être votée par l'Union centrale. Une conversion est opérée. Cette personne reconnaît aujourd'hui qu'on chercherait vainement un autre monument aussi important pour représenter l'art du règne de Charles VL 11 ne reste rien ni du Louvre, ni de l'hôtel Saint-Pol, ni de la Bastille. Il n'y a rien d'aussi complet comme sculpture à Pierrefonds.
Allez donc voir le bas-relief de la Ferté-Milon et vous jugerez. Mais quand vous le loucherez presque, n'oubliez pas que vous êtes en présence d'un monument destiné à être placé en pleine lumière à 15 mètres environ de l'œil du spectateur. C'est de la sculpture décorative au premier chef qui, largement, brusquement et franchement taillée comme elle doit l'être, paraît raffinée et délicate quand elle est placée au point de vue perspectif prévu par son auteur. C'est un mérite pour une sculpture que d'être faite pour la place qu'elle occupe.
Depuis^qu'ila été moulé, le bas-relief de la Ferté-Milon ne compte plus que des admirateurs. Il sera représenté par un second estampage au musée du Trocadéro. Mais la lutte pour le réhabiliter a été rude.
Les anciens collaborateurs de Viollet-le-Duc, pour s'assurer la tranquille exploitation des idées aujourd'hui en faveur, ont fondé à leur tour une espèce d'Académie du xiiie siècle aussi intolérante que l'ancienne quatrième classe de l'Institut, Académie nouvelle, pour laquelle il n'y a guère de salut en dehors de la première et de la seconde période gothique.
Ce n'est donc pas de ma faute si l'exposition que je fais devant vous de la marche de l'art pendant les débuts de la Renaissance est quelquefois aussi laborieuse.
Je n'ai dans les musées et parmi les moulages qu'un très petit nombre de monuments à vous citer.
D'un autre côté, vous me rendrez cette justice que je tente de
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faire une œuvre utile en combattant des préjugés dangereux et en cherchant à combler une lacune bien regrettable dans l'histoire de notre art.
Vous ne m'avez pas compris, l'année dernière, quand, dans notre premier entretien, je vous ai dit que je n'avais pas choisi au hasard le sujet de ce cours. Inutile maintenant de vous expliquer que mon choix avait été mûrement réfléchi et longuement prémédité. Quand nous irons nous promener ensemble au musée, du Trocadéro, tout en remarquant encore de sérieuses lacunes, nous pourrons constater que nos efforts réunis auront contribué à enrichir la série de nos chefsd'œuvre nationaux pour une période réputée à tort ingrate.
Il faudra bien que la lumière se fasse enfin et que justice soit rendue à toutes les époques de lart français.
Poursuivons l'étude de notre sujet. A Cluny, le Couronnement de la Vierge, 247, haut relief en pierre du xiv'' siècle, fragment provenant du monastère d'Argenteuil, légué au musée par M'"® veuve Bibos en 1878. Longueur 1°' 85.
A la fin du xiv" siècle, Gilles du Ghastel, conseiller de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, avait fait exécuter, dans le cloître de l'église de Saint-Pierre-de-Lille, un bas-i'elief représentant l'Eterne^ qui couronnait son fils. Auprès de la figure de Jésus-Christ, se voyait Gilles du Ghastel, à genoux, armé de toutes pièces, entre saint Michel et saint Georges. « Ge monument est très bien pour le temps », dit Millin, qui l'a vu et qui en a fait la description (Millin, Antiquités nationales, t. V, p. 77, pi. II, fig. 3.). Gilles du Ghastel mourut en 1403.
La dernière partie do la leçon fut consacrée à l'examen des « têtes à regard strabique <> dont Louis de Sancerre, connétable de l'rance (mort en 1402), est le type le plus caractérisé (Voir à ce sujet ce que Courajod a publié dans le tome III de Lenoir) et l'étude des tombes gravées.)
Vous vous rappelez, Messieurs, ce que je vous ai dit l'année dernière des tombes plates, des plaques, des dalles, de ce qu'on appelle des lames. Je vous ai montré quelle était l'importance de ces monuments au point de vue de l'étude qui nous occupe, puisqu'ils nous faisaient connaître un des arts qui avaient été portés au plus
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haut degré de perfection par le moyen âge. Je veux parler de la science du trait. Je vous ai expliqué que ces tombes gravées n'étaient pas autre chose que d'énormes dessins, que des épures tracées au burin.
Pendant la période que nous étudions, c'est-à-dire pendant le règne de Charles VI, ce mode de décoration des sépultures a persisté. Il a continué à se manifester non seulement sur la pierre, mais encore sur le bronze. Les lames de bronze devinrent même très fréquentes à cette époque.
L'église de Bralne était une des églises de France qui avaient le plus de tombes de cuivre. Voir le livre de M. Stanislas Prioux.
« L'église de Braine, dit Emeric David, continuait à la fin du xiv^ siècle, à s'enrichir de sculptures. En 1392, 1395, 1396, on y élève divers tombeaux des seigneurs de Roucy qui avaient succédé aux comtes de Dreux. » Leurs effîffies, suivant l'expression de ^lartenne [Voyage littéraire^ tome III, p. 29), s'y voyaient au naturel. En 1402 et en 1412 furent consacrées deux tombes. Tune à un Simon de Roucy, l'autre à un Hué de Roucy. Ces tombes étaient plates et de bronze. Les images des deux princes n'étaient pas posées au-dessus, en ronde bosse ; elles étaient, dit Martenne, gravées au burin dune manière très délicate.
De Laborde confirme ce témoignage. « Ce sont, dit-il, des lombes plates, de bronze, elles sont gravées avec soin et bien dessinées, d'un travail gothique, excellent, curieux et immense ».
Ces lames de bronze du commencement du xv^ siècle ou des dernières du xiv" abondaient autrefois en France. On les a fondues.
11 y en a encore en Belgique.
C'était en général des produits de l'art flamand. Métal blanc, laiton, cuivre très mélangé d'étain, alliage familier à la Dinanderie, industrie essentiellement flamande. Le Testament de Nicaise de Mons, veuve de Jacques Pilate, bourgeois, demande, en date du
12 décembre 1381, une sépulture « en la nef de l'église Saint- Piere de Douay, le plus près que on pora bonnement de l'autel où est une grande ymage de Notre-Dame, allant vers le cœur, ou quel lieu soit mise et assise une lame ouvrée de laiton bien et souffisaument où soit le pourtraiture et figure de la dicte demisielle. » (C. Dehaisnes, Histoire de Varl flamand, t. II, p. 578.)
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Autres textes mentionnant des incrustations de marbre dans du cuivre [M., p. 208). Saint-Denis possédait autrefois des monuments de ce genre qui devaient être des chefs-d'œuvre. « Aux pieds du tombeau du roy Charles V, dit Félibien {Histoire de Saint-Denis, p. 556) a esté inhumé Bureau de la Rivière son chambellan et son favori. On lit encore partie de son épitaphe sur une tombe plate de cuivre. La voici entière comme la rapportent Doublet et Millet :
« Cy gist noble homme Messire Bureau, jadis seigneur de la Rivière et Daunel, chevalier et premier chambellan du Roy Charles V et du roi Charles VI son fils, qui trespassa le 16'^ jour d'aoust l'an 1400 et fut cy enterré de l'ordonnance dudit roy Charles V qui, pour considération des très grands et notables services qu'il li avait fait et pour la singulière amour qu'il avait a luy, le volt et ordonna en son vivant et ledit roy Charles VI le conferma ; et aussi Nosseigneurs les ducs de Berry, de Bourgogne, d'Orléans et de Bourbon, qui lors estoient A'oulurent que ainsi fust. Priez Dieu pour l'âme de li. »
A côté du tombeau de Bureau de la Rivière, dit encore Félibien, est celui de Charles Dauphin, fils aîné de Charles VI, sur une tombe plate de cuivre. Doublet nous en a conservé l'épitaphe.
J'ai voulu en avoir un spécimen au Louvre et, dans l'impossibilité oij j'étais dénie procurer un monument français, j'ai acquis une dalle provenant d'une église d'Espagne, de la Catalogne. C'est la dalle du marchand Zalrilla mort en 1400.
Comparer la dalle du Louvre avec une dalle de Bruges représentant Woiiter Copman mort en 1387. Cette dalle est publiée par M. le chanoine Dehaisnes dans son Histoire de l'art flamand, t. II, p. 154. Même fond d'étoffe très riche. Sorte de tapis.
SEPTIÈME ET HUITIÈME LEÇOxNS
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