‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 25 sur 93 · LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV« SIECLE · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE ITALIENNE AU XIV« SIECLE

Pisano. 11 fut brutal, réaliste et graudiose. Peu à peu il abandonna presque complètement le style copié de l'antique qu'avait pratiqué son père. C'est lui qui a fait pénétrer en Italie le style gothique, le style du Nord, en même temps qu'il revint, comme Giotto, vers la nature.

Andréa Pisano da Pontedera. — Pontedera est une petite ville ou un bourg- situé entre Empoli et Pise dans le \'al d'Arno et tout près de Pise. Andréa, qui prit le nom de cette dernière ville, était fils d'un homme nommé Ugolino di Nino. .\ndrea a nommé son père dans une inscription fixée sur une de ses fameuses portes du baptistère de Florence. « Andréas Ugolini Nini de Pisis me fecit anno Domini M CGC XXX.»

Andréa entra de bonne heure comme apprenti dans l'atelier de Giovanni Pisano. Il est cité comme farniilus macjistri Johannis dans les archives de la cathédrale de Pise, de 1299 à 1305.

Le grand titre de gloire d'Andréa Pisano aux yeux de la postérité est l'exécution des portes de bronze du baptistère de Florence. Ces portes furent achevées en 1330. Elles sont moulées, et le moulage est exposé dans tous les principaux musées d'Allemagne et d'Angleterre. Il est bien regrettable qu'on ne les ait pas en France. Chez nous on trouve qu'il est suffisant d'avoir les portes de Ghiberti. Ce sont les seules qui aient encore été adoptées et patronnées par ce qu'on appelle les gens de goût. Les portes d'Andréa Pisano n'ont pas encore été sacrées par les suffrages du public français.

Nous sommes devenus un peuple étrange, ou du moins nous sommes un peuple qui jouit d'une administration étrangement conseillée. L'État entretient à grands frais des artistes en Italie pour y étudier les chefs-d'œuvre de la péninsule, et le même État ne juge pas nécessaire de faire venir, au prix d'une dépense très modeste, les plus beaux modèles de la sculpture italienne pour les mettre à la portée de tous les étudiants. D'ailleurs, la génération des artistes arrivée chez nous à la notoriété et à l'importance n'a été nourrie que des œuvres de la décadence italienne, et elle n'entend pas qu'on change rien à son mode d'éducation et à l'esthétique qu'elle a créée. L'antique et l'art du xvi" siècle! En dehors de cela il n'y a pour elle qu'erreur et tâtonnements.

Les portes d'Andréa Pisano sont de tous points admirables.

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M. Perkins, qui en a gravé quelques fragments, en a fait une excellente appréciation esthétique, dont je vous recommande la lecture.

« Dans cette œuvre le sentiment, la simplicité, la beauté des lignes, la pureté du dessin, une grande élégance dans les draperies se combinent avec une perfection d'exécution qu'on a rarement surpassée. »

La manière du maître est assez facile à saisir. Andréa est un gothique décidé. Il regarde en avant bien plus qu'en arrière. Il n'est pas sans doute complètement aveugle pour les œuvres de l'antiquité — je vous le prouverai tout à l'heure — mais il est déjà si loin de Nicolas Pisano, qu'on peut dire qu'il en a complètement renié la méthode.

Andréa ne copie pas du tout l'ordonnance, la composition, l'exécution de la sculpture antique. Il tire tout de son propre fonds et il invente. 11 regarde la nature avec les yeux d'un gothique, comme l'avait déjà vue Giovanni Pisano ; mais combien il est loin de la fougue et de l'emportement, de l'intempérance sublime de son maître ! Chez Andréa le drame s'adoucit et s'encadre dans des lignes sobres et harmonieuses. Chez Andréa le goût domine le tempérament et épure les idées grandioses apportées par Giovanni à l'art national de l'Italie. Il est vraisemblable que Giovanni Pisano avait mis en branle le génie de Giotto et l'avait jeté dans la voie gothique. Giotto à son tour, avec son aimable et naissant naturalisme, tempéré par toutes les sourdines imposées par la doctrine gothique, influença notoirement Andréa Pisano. « Nous retrouvons, dit Perkins, dans les figures allégoriques, l'influence dominante de Giotto, qui initia Andréa au mysticisme et au spiritualisme de l'art. » Perkins a parfaitement raison. Le mysticisme et le spiritualisme manquaient quelquefois à Giovanni Pisano ou du moins se mélangeaient chez lui à la brutalité et à l'expression dramatique poussée jusqu'à ses dernières limites.

L'art moderne qui avait fait une brusque et extraordinaire apparition, l'art moderne qui s'était fait entrevoir avec presque tous ses développements ultérieurs, rentra avec Andréa sous la férule dogmatique. Un dogme académique est créé sous lequel l'Italie vivra pendant près d'un siècle, et ce dogme finira par entraver l'émancipation et par retarder l'évolution définitive qui devait si glorieusement transfigurer l'école italienne.

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