NEUVIÈME LEÇON
ANDREA ORGAGNA
Messieurs,
N'oubliez pas les indications que je vous ai données dans nos précédents entretiens sur Nicolas et sur Jean de Pise, et sur les caractères de leur œuvre respective. Ce point de départ est très important à établir et à fixer. Nous aurons continuellement besoin de nous y référer pour comprendre le développement ultérieur de l'art.
Pendant tout le temps que durera notre étude de l'art italien, j'aurai ici, sur ce bureau, le paquet de photographies que nous avons examinées ensemble. Ces photographies seront à votre disposition pour être consultées. Elles constateront un état de l'art que nous avons bien déterminé.
Je vous ai expliqué qu'après la réforme de Jean de Pise, l'Italie était devenue gothique. S'il y a une chose qui devrait s'appeler la Renaissance dans le vrai sens du mot, c'est la tentative de Nicolas pour ressusciter le style antique. Mais vous avez vu que cette tentative n'était pas venue à son heure et qu'elle n'a rien produit immédiatement.
Andréa Orcagna, élève d'Andréa Pisano, surnommé Cione, du nom de son père, est généralement connu sous le seul nom d'Andréa
1. Il semble que la plus f^rande partie de la leçon ait été consacrée au commentaire de l'œuvre d'Andréa Pisano (déjà étudiée dans la leçon précédenlCi et de la façade d'Orvieto.
182 ANDREA ORCAGXA
Orcagiia. — Il naquit à Florence d'un orfèvre, nommé ^lalteo Cione. Il fut tout ensemble orfèvre, architecte, sculpteur, peintre et poète.
Il mourut vers 1369, ou du moins, après cette date, il n'est plus question de lui dans les documents.
Le tabernacle d'Or San Michèle, à Florence, est l'œuvre principale d'Andréa Orcag'na. Ce tabernacle est construit en marbre blanc, dans le style -iothique, enrichi d'ornements de tout genre, orné de bas-reliefs représentant l'histoire de la Madone, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Il mérite certainement d'exciter l'admiration tant au point de vue de l'architecture qu'à celui de la sculpture. On disait autrefois qu'Andréa Orcagna était aussi un des auteurs de la Loggia de; Lanzi. Il est prouvé qu'Andréa était mort quand l'édifice fut élevé en 1376.
Le style d'Orcagna est celui de l'école pisane. Orcagna est un gothique pur sang, qui contient du naturalisme bien plus encore qu'Andréa Pisano. Il vise à l'idéalisme mais est imbu des principes gothiques. Il est froid et sans abandon^ sans intimité. Il ne compose pas avec feu comme Giovanni; il n'a pas de ces intervalles de charmants épisodes comme le bain de l'Enfant-Jésus dans la Nativité de la chaire de Pistoja par Giovanni. Sa pensée n'est pas débordante, et son génie ne semble pas facile. C'est bien d'ensemble, décoratif, voilà tout. La grille en bronze est charmante.
Orcagna n'a pas la pureté, le goût exquis d'Andréa. Quand on le compare à Andréa, il est lourd et gauche. Il fait des anges à tètes idéales, correctes et insignifiantes, pensant les faire nobles. Cette manière en arrive à tomber dans la formule. La peinture d'Orcagna me paraît supérieure à sa sculpture. Voyez le rétable de la chapelle Strozzi, à Sainte Marie Nouvelle de Florence, exécuté en 1358.
La sculpture de l'autel de San Michèle est la sculpture dune école épuisée, et qui ne se doute pas de ce qu'il lui faut pour se rajeunir. C'est une œuvre d'école et non pas une a^uvre d'un inventeur, d'un innovateur. Le bas-relief principal qui se trouve derrière est confus. La seule chose intéressante est le portrait de l'artiste.
Il semble que la Toscane expia par une certaine stérilité la merveilleuse production dont elle avait donné le spectacle à la fin