‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 60 sur 93 · FIGURES AGENOUILLÉES TOMBEAU DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

FIGURES AGENOUILLÉES TOMBEAU DE LOUIS XI

Messieurs,

Notre dernier entretien était consacré à l'examen particulier des œuvres à dates certaines exécutées sous les règ^nes de Charles VII et de Louis XL Nous allons continuer aujourd'hui dans le même ordre d'idées.

A Saint-Claude (Jura), dans l'église Saint-Pierre, on voit encore les stalles sculptées en 1 465 par Jehan de Vitry. Voici l'inscription gravée sur une de ces stalles : « Mil quatre cent LXV, de la main de Jehan de Vitry furent fais les cièges. »

Langlois, du Pont-de-l' Arche, dans son livre sur les Stalles de la cathédrale de Roaen^ nous fait connaître Philippot Viart, maistre huchier de Rouen. Il avait fait le plan et le dessin des stalles de la cathédrale de cette ville, et il avait été chargé, le 30 septembre 1157, d'en diriger l'exécution. Il faut cependant en excepter la chaire archi-épiscopale. Elle avait été faite par Laurens Adam. Philippot Viart, ainsi que les huchiers placés sous ses ordres, était payé à tant par jour ; il recevait 5 sols 10 deniers, et son aide, qu'on appelait son varlet, '1 sols (3 deniers. Les ouvriers recevaient depuis 4 sols (> deniers par jour jusqu'à 5 sols. Le 9 février 1458, on visite dans son atelier une stalle qu'il avait terminée pour servir de modèle à l'exécution des autres. Le chapitre de la cathé-

drale nomme, le 6 juin 1466, une commission pour l'obliger à placer la plate-l'orme des stalles ; et huit jours après, le même chapitre le menace de toute sa sévérité s'il ne presse pas plus activement son travail. Enfin le 6 avril 1467, il fait placer les premières stalles.

Le 3 septembre 1467, Philippe Viart comparaît devant le chapitre assemblé, qui le menace du bras séculier, s'il ne met pas plus d'activité dans ses travaux, et le ;24 novembre suivant, encore de nouvelles menaces. Le chapitre décide, le 19 janvier 1468, le renvoi de Viart et son expulsion, avec sa famille et ses meubles, de Tatelier qu'il occupait ; il décide en même temps qu'il sera exigé de lui caution pour la communication de ses plans et dessins et qu'on demandera sa mise en prison et la saisie de tous ses biens. La plus grande partie de cette décision ne fut point exécutée :

il resta libre ; mais on doit croi^'e qu'il fut chassé de son atelier

Ce chef-d'œuvre de la sculpture en bois fut entièrement terminé l'année suivante ; les comptes de la fabrique mentionnent la dernière quittance, s'élevant à la somme de 980 livres 8 sols 1 1 deniers, sous la date de 1 i69. Le total de la dépense, pendant ces douze années, fut la somme, énorme pour le temps, de 6.961 livres 12 sols 5 deniers qui vaudrait aujourd'hui, au moins 130.000 francs.

Langlois, du Pont-de-l'Arche, cite encore dans son livre sur les Stalles de la calhédrale de Rouen trois autres sculpteurs en bois.

Le 30 septembre 1 i."J7, Laurent Lèbre recevait 35 sols pour deux façons de feuilles de choux et de chardon. Paul Mosselmann avait sculpté aux stalles soixante-quatorze statuettes, au prix de 20 sols pièce, du '2 août 1458 à 1466 (Beaucoup de ces statuettes sont détruites). François Trubert commence à y travailler en 1461 et, l'année suivante, il avait fait trente-six statuettes dont le prix était fixé à 25 sols chacune ; mais en avril 1462, on lui paye un saint Georges 37 sols 6 deniers.

En 1465 et 1470, travaillaient dans l'église de Saint-Maximin en Provence, deux artistes, architectes et statuaires : l'un né dans le diocèse d'Arles, nommé Léon d'Alvéringue, l'autre né vraisemblablement à Aix ou dans les environs, nommé Pierre Soquetti. Ils sont qualifiés l'un et l'autre : Lapicida dans une délibération capitulaire du chapitre d'Aix, en date du 16 mai 1476 (Fauris Saint- ^'^incens le fils. Mémoires, et notices relatifs à la Provence).

FIGURES AGENOUILLEES

En 1476, les mêmes artistes, Léon d'Alvéringue et Soquetti, commencèrent la construction du portail de l'église Saint-Sauveur de la ville d'Aix. L'architecture et la sculpture furent leur ouvrage ; ce travail fut terminé en 1494 [Fauris de Saint-Vincent, loc. cit.).

En 1470, Blanche, fille naturelle de René d'Anjou, fut inhumée dans l'église des Carmes de la ville d'Aix. Son tombeau, orné de plusieurs statues, a subsisté jusqu'en 1793.

Bertrand de Beauveau, grand chambellan du roi René, avait reçu un tombeau de cuivre, dans le chœur de l'église des Augustins d'Angers.

René II, petit-fds du roi René, duc de Lorraine, ayant défait Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, devant Nancy, en 1477, fit lui-même élever un tombeau à son antagoniste mort dans la bataille. Ce monument fut placé dans l'église Saint-Georges de Nancy. La statue était en cuivre.

« En 1475, dit encore Emeric David, Louis XI permit aux descendants d'Enguerrand de Marigny d'élever un mausolée sur la tombe de leur aïeul, dans l'église collégiale d'Ecouen, que ce ministre avait fondée de son vivant. Déjà auparavant, on voyait sur le portail de cette église la statue d'Enguerrand et celle d'Alype de Mons, sa femme ; et dans l'intérieur le tombeau de Jean de Marigny, un de ses frères, archevêque de Rouen. Ce tombeau était orné de la statue en marbre de ce prélat, et sur la statue étaient incrustés des ornements en vermeil. Charles de Valois, accusateur d'Enguerrand, tourmenté de remords avait lui-même, pendant sa dernière maladie, fait transporter les ossements de ce ministre dans l'église d'Ecouen ; mais l'interdiction de lui élever un tombeau avait été maintenue. Louis XI se rendit enfin au vœu de la famille d'Enguerrand ; toutefois, en permettant de consacrer un monument à ce ministre, il défendit qu'il fût fait mention, dans l'épitaphe, du jugement qui l'avait condamné.

« Vaine défense : l'intelligent statuaire se chargea de suppléer au défaut de l'inscription. Le mausolée fut construit en forme de chapelle. La statue d'Enguerrand reposait sur le sarcophage. Audessus de l'attique étaient élevées cinq figures en ronde-bosse, grandes comme nature ; celle du milieu représentait l'Eternel assis, vêtu d'une toge ; à sa droite, se voyait Enguerrand à genoux CouRAJon. Leçons II. 29

implorant son jugement, et derrière lui un ange qui tenait d'une main une couronne de cordes et de l'autre une trompette. A la gauche de l'Eternel, était Charles de Valois, à genoux, attendant aussi son jugement, et derrière ce prince, un ange qui tenait une toise pour mesurer ses torts. » (Millin , Antiquités nationales, tome III, p. 20, 23, pi. I, II, III, IV).

Faites attention à ce fait, déjà signalé, mercredi dernier, dune statue funéraire, dans l'attitude de la prière.

A la fin du xive siècle, pour économiser la place dans les chapelles funéraires, on avait imaginé l'emploi des statues à genoux, de ce qu'on appelle les priants. Peut-être cette idée vint-elle à la vue des donateurs agenouillés près des portes des églises, notamment du célèbre portail de la chapelle de Dijon ?

Le monument funéraire alors imaginé consistait uniquement dans la représentation du personnage à genoux. Grâce à cet expédient, la statue pouvait être appliquée à la muraille, sur un encorbellement ou sur une console. Ce système déblayait le sol des églises déjà encombré de sépultures. En Italie, où on avait toujours enterré dans les murs ; dès le commencement du xiv*' siècle, on accrocha aux murailles des églises des sarcophages sur lesquels se voyaient des statues couchées sur un talus.

En France, l'usage d'enterrer en pleine terre avait toujours prévalu et avait imposé aux auteurs des monuments funéraires la forme isolée des tombeaux en contact avec le sol. Le sarcophage est inhabité ; le corps est sous le pavé, dans un caveau, jamais dans le cippe.

La plus ancienne statue à genoux d'un personnage enterré que je connaisse en France est celle de Pierre d'Orgemont qui avait été chancelier de France sous Charles V, qui mourut en 1389 et qui avait été inhumé dans l'église de la Culture-Sainte-Catherine, à Paris. La date de l'exécution de cette statue est un peu flottante. Elle est à Versailles dans le Musée sous le numéro 3049. Je n'en ai pas voulu pour le Louvre. Elle fut refaite par Lenoir qui dit, dans le tome II du Musée des mon. fr., en parlant du numéro 437 qui désignait ce monument : J'ai fait restaurer cette statue qui avait été mise en pièces (6® gravure, pi. 71, décrite p. 107).

On prit donc aussi, au xv^ siècle, l'habitude de placer la figure

agenouillée du défunt sur le cippe et sur le sarcophage où, précédemment, il était représenté couché. Ce fut le cas de la sépulture de Jean Juvenel des Ursins et de sa femme, Michelle de Vitrj. Je vous en ai parlé précédemment. Puis l'usage se continua pour Louis XI, pour Charles VIII.,. Par le mélange de la double représentation du personnage couché et du personnage priant, elle aboutit à la forme des splendides sépultures du commencement et du milieu du wi*^ siècle.

Charles III d'Anjou, comte de Provence, d'accord sur ce point avec les Etats de Provence, ayant légué cette province à la couronne de France, Louis XI en exprima sa gratitude, en consacrant à ce prince un mausolée dans l'église de Saint-Sauveur d'Aix après lan 1481. Ce monument était en forme de chapelle ; on y voyait la statue de Charles III et deux figures d'anges placées à ses côtés; au-devant du sarcophage étaient huit petites figui'es en ronde-bosse ; un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge ornait le fond et, au faîte, se voyait l'ange saint Michel qui terrassait Satan. L'auteur du tombeau de Charles III, presque complètement détruit, mais gravé dans l'ouvrage de Millin, est Pierre Foulquet qui l'exécuta en 1484.

Je vous ai cité le nom de Jean Fouquet dans le tableau de l'art et l'énumération des artistes du règne de Charles VII. Il me faut répéter ce nom dans la liste des artistes du règne de Louis XI. L'œuvre de ce très grand artiste est fort à considérer de qui veut comprendre l'art du xv^ siècle. Le nom de Jean Fouquet doit encore être prononcé à propos du travail de moulage, qui fut entrepris à la mort du roi Charles YIl afin de représenter son effigie le jour des obsèques officielles. Jacob de Litemont, chargé d'exécuter cette effigie de Charles VII qui devait être placée sur le cercueil du roi, avait désiré soumettre à l'appréciation de Fouquet une épreuve en plâtre moulée sur le visage du prince décédé ; il la lui avait envoyée par Pierre de Henné « qui cuidait trouver Foulquet à Paris. » Le fait est signalé par M. Viollet en 1867 dans la Gazette des Beaux-Arts, t. XXIII, p. 101. Fouquet participa donc à l'inspiration à laquelle est dû le tombeau de Charles VII. J'ignore cependant dans quelle mesure.

Non seulement la cour de Bourgogne exerçait naturellement par

sa splendeur une sorte de fascination sur tous les princes français, mais encore une sorte de fatalité amena les plus importants de ces princes et même quelques rois à subir, sur place, l'influence de lart bourguig^non. Vous vous rappelez ce que je vous ai dit du roi René ; il en fut de même de Louis XI. Les événements politiques du règne de Charles VII concoururent à faire du Dauphin, qui fut Louis XI, un adepte et un ami de la culture bourguignonne.

De 1456 à 1461, Louis XI vient en Flandre. L'ordre donné au comte de Dammartin de marcher contre le dauphin et de l'arrêter avait forcé celui-ci de s'enfuir à Bruxelles dans les États de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Le duc reçut le dauphin à bras ouverts. Jusqu'à la mort de Charles VII, Louis XI résida à Genep, petite ville du Brabant. Il s'y occupa certainement beaucoup plus de politique, d'intrigues et de conspirations que d'autres choses : il y prépara probablement le futur dépouillement et la ruine du lils de son hôte qui, suivant l'heureuse expression de Charles VII, nourrissait un renard qui devait manger ses poules. Il s'appliquait sans doute à débaucher et à s'attacher tous les hommes politiques du duché de Bourgogne, en prévision de l'avenir : Gommynes, Philippe Pot, etc.. Louis XI et son entourage durent se laisser pénétrer par les principes de l'art et du goût pratiqués dans le milieu social et provincial au sein duquel ils vivaient. Ils ne purent pas ne pas être conduits à partager dans une mesure quelconque l'esthétique de l'école flamande.

Arrivons au tombeau de Louis XL Ce fut une très grosse affaire que l'exécution du tombeau de Louis XL C'est une histoire bien curieuse que nous pouvons connaître dans tous ses détails.

Louis XI, en 1481 et 1482, est mourant; il sent sa fin prochaine. Ses forces le trahissent et il s'évanouit à chaque instant. Commynes nous a raconté tout cela. Le roi soupçonneux ne veut pas se laisser approcher, il s'enferme au Plessis-lès-Tours. Il s'encadenasse. Ce maître hypocrite ne veut pas qu'on sache l'élat de sa santé. Il envoie de tous côtés des ambassades et fait des acquisitions tapageuses d'œuvres d'art et d'animaux étrangers, pour frapper l'imagination des souverains ses voisins et influencer l'opinion publique. Il voudrait qu'on le « cuidât sain », qu'on le criît en bonne santé et qu'on

parlât de lui en Europe. Il voudrait vivre et surtout survivre pour hériter. Cependant il comprend qu'il va mourir. Il fait venir, du fond de la Calabre à Tours, Saint François de Paule qu'il croit capable de détourner, par sa sainteté, la mort de sa tête. Il fait apporter, de Reims à Tours, la Sainte-Ampoule pour s'en faire oindre le corps. Et puis, il pense à son tombeau, car un tombeau majestueux, destiné à perpétuer le souvenir d'un souverain qui laisse un successeur en bas âge, est une œuvre politique. Or, Eouis XI allait laisser un héritier bien jeune, qui fut Charles VIII. II faut que l'imposant souvenir du père couvre la faiblesse de l'enfant. D'ailleurs Louis XI subit les pensées qui ont assailli et qui assailleront tous les grands politiques, ^'ous allez voir qu'il partage leurs faiblesses et, ainsi que je l'ai montré dans un autre travail, il a la même fatuité que son futur imitateur Richelieu : il éprouve le besoin d'une statue et prend lui-même soin de la composer. Il dicte un programme à un dessinateur, fait exécuter par lui un dessin. L'artiste était du Nord, c'est-à-dire était un franco-flamand et s'appelait Martin Colin d'Amiens. Enregistrez bien ce fait, le dessinateur est un Français du Nord. Le bonheur veut que nous possédions ce dessin. Le voici, et je le ferai projeter sur le tableau lumineux, s'il peut y venir... Il le critique, ce dessin. Il veut être représenté jeune et non décrépit, il veut régner sous une forme élégante et agréable dans l'esprit des peuples ; et, passez-moi le mot, ce vieux grigou de roi se fait donner l'apparence d'un dameret, d'un beau chevalier à la mode. Et il n'épargne rien sur la dépense, lui qui lésinait sur toutes choses comme le plus avare de ses bourgeois.

Une fois le programme littéraire et graphique tracé, le roi et ses agents se préoccupèrent de l'exécution de ce programme. Le premier artiste pressenti fut Robert le Noble, orfèvre, demeurant à Paris, qui off'rit d'exécuter le projet royal tracé par Colin d'Amiens. Il y avait une partie de gravure et une partie de ronde-bosse. La partie de gravure au burin devait coûter 3.500 écus d'or ; la partie de ronde-bosse ou de bas-relief (enlevés) devait coûter 5.000 écus d'or. Les pourparlers avec cet artiste n'allèrent pas plus loin. Le tombeau ne fut pas exécuté par Robert le Noble, car, à la date du 24 janvier 1481 (vieux style), c'est-à-dire au 24 janvier

1482, l'agent de Louis XI. Jehan Bourré, seigneur du Plessis- Bourré, trésorier de France, passa avec Conrad de Cologne et maître Laurent Wrine, « canonnier du roi, « demeurant à Tours, un contrat pour la confection du tombeau du roi de France.

Le tombeau de Louis XI, tel que l'exécutèrent Conrad de Cologne et maître Laurent AA'rine, fut conservé dans l'église de Cléry, dans l'Orléanais (aujourd'hui département du Loiret) jusqu'aux guerres de religion du xvi® siècle. Il fut alors détruit par les protestants et plus tard remplacé par un monument de marbre sculpté au wii" siècle par Michel Boudin. Ce marbre qui n'a aucune valeur historique a survécu à la Révolution et, après avoir été recueilli par Lenoir au Musée des Monuments français, est retourné dans le sanctuaire de Cléry. Le dessin du tombeau original en bronze est donc du plus haut intérêt. Je dois aussi vous donner connaissance des termes mêmes des contrats passés avec les artistes et des différents projets qui furent proposés. Ces documents sont pleins d'enseignements précieux.

<< Mestre Colin d'Amiens, il faut que vous faciez la pourtraiture du roy nostre sire : c'est assavoir qui soit à genoux sus ung carreaul comme ycy dessouba et son chien costé luy, son chappeaul entre ses mains jointes, son espée à son costé, son cornet pandent à ces espaules par darrière, monstrant les deux botz. Oultre plus fault des brodequins, non point des ouseaulx, le plus honneste que fere ce porra, habillé comme ung chasseur, atout le plus beau visaige que pourrés fere, et jeune et plain ; le netz longuet et ung petit hault, comme savez, et ne le faicte point chauve, le netz aquillon (sîc), les cheveux plus longs derrière, le collet plus bas moiennemenl, l'ordre plus longue et basse : saint Michel bien fait, item le cornet mis en escharpe, l'espée plus corte et en façon d'armes, item les poulsses plus grans : le chapeo bien renversé '. » Mémoires de Philippe de Commynes (Édition de M"*^ Dupont, 1847, t. III, p. 339, 24 janvier 1483) .'

Voici une lettre adi'essée au confident de Louis XI, à Du Plessis- Bourré : « Mon très honnoré seigneur, je me recommande humble-

1. Ces observations critiques sont, clans l'original, écrites de la main du seigneur du Plessis-Bourré, gouverneur du Dauphin.

ment à vostre bonnegrâce. Il vous a pieu me mander, par ceulxde Clery, que m'en allasse par devers vous et que menasse Guion avecques moy et Jehan Lorehs, pour la sépulture du Roy. Jehan Lorens en a fait ung portrait, lequel vous porterons dedens quinze jours : et ay fait venir ce porteur de cestes, lequel est le plus habille homme, pour dorer qui soit au réanime de France et pour y besoingner en fonte, ou il besoingnera au marteau pour les lever en quelle façon que en vouldra. Et se je l'entreprent à faire, je faire que aurez honneur, ou aultrement ne m'en vouldroie point mesler. Interroguez cest porteur se il est possible de dorer cuivre fondu d'ung posse d'esprès, car il m'a dit qu'il le fera : et si le fait, ne vous soussiez de la besoingne, car jamais chose ne fuste faicte si riche ; car je y ay bien cueur. Pour ce, mon très honnoré seigneur, je vous prie que me mendez vostre plaisir; car je sçay que d'aultres ont esté devers vous qu'il ne sarroient amander la faulte et n'ont pas de quoy : et n'est pas besoingne à ballier à gens qui n'ont pas de quoy amander la faulte, se le cas y avenoit. Et, pour ce, mon très honnoré seigneur, mandé si vous plait vostre plaisir : en priant Dieu qu'il vous doint santé et joie, et bonne vie et longue, et accomplissement de voz hault et nobles désirz. Escript à Orléans le XX^ jour de may. Le tout vostre Hervé de la Couste. »

Au dos de l'original est écrit : « A mon très honnoré et redoubté seigneur Monseigneur du Plessis, maistre Jehan Bourré, gouverneur de Monseigneur le Dauphin. » Ce qui suit est de la main de du Plessis-Bourré : « Le porteur de cestes fut Robert le Noble, orfèvre, demeurante Paris, qui a offert faire la sépulture du roy selon le patron que je luy mostré, qui est feit de Colins d'Amiens : c'est assavoir, unefoiz à genoulx et en levé, et la tombe plate et les personnages platz, le tout fait au burin et dorez bien vermeilz et renduz assis, et fournir de toutes choses, et pour le pris de III™ V*^ escuz d'or ; ou faire la tombe et tous les personnages enlevez, de fonte DU de forge, et aussi le personnage à genoulx, selon les patrons, bien fin vermeilz dorez, renduz et assis en leur place, et fournies., de toutes choses, pour le pris et somme de V'" escuz pour tout, sans qu'il faille fournir d'aucune chose ne pour l'un ne pour l'autre, sinon V" escuz pour les dictes choses enlevés et III™ V^ pour les dictes choses au burin, réservé le personnage à genoulx, qui en tout cas doit être enlevé. »

Voiei enfin le contrat passé entre la couronne représentée par les chanoines de Cléry et les artistes définitivement choisis : « Le XXIIPjour de janvier, l'an mil IIII" IIIP^ et ung (v. s.) a esté faict marché et appoinctement par noble homme maistre Jehan Bourré, seigneur du Plessis-Bourré, conseiller du Roy nostre sire, et trésorier de France, avec Conrat de Conlongne, orfèvre, et maistre Laurens Wrine, cannonnier du Boy nostre sire, demourans à Tours, tel que s'ensuit: c'est assavoir que les dessusdicts et chascun d'eulx seul et pour le tout, sans division, ont promis et promettent faire une pourtreture à la semblance et de la haulteur du Roy nostre sire, qui soit à genoulx devant Tymage de Noslre-Dame de Cléry, au bout de la tombe de pierre que le dict seigneur a ordonné estre faicte sur la représentation de sa sépulture. Et sera la dicte poutreture de cuyvre de fonte de l'espesseur de deux doigtz et enlevé (c'est-à-dire en bosse), du grant et du gros, approuchant de la personne du Roy le plus qu'ils pourront, et tout vermeil doré de fin or de ducatz : et aura dessoubz les genoulx ung coessin esmaillé de fin azur et sepmé de fleurs de lis dorées ; et aura son ordre au coul et son chapeau entre les mains joinctes, et selon le devis et patron de peinture qui leur a esté baillé par le dict seigneur du Plessis, lequel patron ilz seront tenuz lui rendre. Item, seront aux coustez et aux deuz boutz de la tumbe de pierre six écussons aux armes du Roy, de cuyvre de fonte et bien dorez : c'est assavoir deux de chascun cousté et ung à chascun bout; et les y asserront et aussi rendront le dict personnage assis en sa place en la dicte église Nostre-Dame de Glery, et aussi les dits escussons, à leurs propres coutz et despens dedans ung an prouchain venant, ou plus tousl, se possible leur est, et n'entreprendront aucune chose à faire jusques à ce que ce soit fait. Et pour faire et acomplir bien et deuement ce que dit est dessus, et le mieulx et le plus près du vif que sera possible, au dit de gens ouvriers en ce cognoissans, leur a esté promis la somme de mille escuz d'or ou la valleur, que Maistre Jehan Cornilleau, chanoine de la dicte église de Clery, ad ce présent et stipulant pour Maistre Guillaume Martin aussi chanoine d'icelle église et commis à faire les paiemens et à tenir le compte des ouvrages que le dict seigneur a ordonné estre faiz en la dicte église, leur a promis païer pour toutes choses, c'est assavoir deux cens

cinquante escuz dedans trois sepsmaines et troys moys après ensuivans autres deux cens cinquante escuz et quant la dicte pourtreture sera preste à dorer, le surplus montant cinq cens escuz.

« Faict et passé en la court du Roy nostre sire, à Amboise, en présence de Marc Ghahureau, maçon, et Fouquet-Havart, portier du chastel d'Amboise, par Aquillon. » [Bibliothèque nationale, ms. fonds Gaignières, numéro 378.)

(Bronze français, sa rareté. Bronzes du baron Arthur Schikler : statuettes d'un saint Hubert ou d'un saint Eustache. La Jeanne d'Arc du musée de Cluny).

On peut avoir une idée de ce qu'étaient les tombeaux de bronze émaillé du xv*^ siècle en regardant le tombeau de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui est à Bruges. L'auteur du tombeau de Marie de Bourgogne est Pierre de Backere qui y travailla pendant six ans avec cinq ou six ouvriers, de 1495 à 1501, et ne reçut pour tout salaire, même après bien des démarches, que 2.850 livres de Flandres, plus une rente viagère de 6 sous par jour. Le travail insalubre de la fonte et de la dorure de ce monument paralysa les membres de Pierre de Backere et fit' mourir quelques-uns de ses ouvriers [Annales archéologiques, t. XVIII, p. 93).

Les deux dernières leçons o et 12 juin 1889) se passèrent tout entières en projections. Un accident survenu à l'appareil avait empêché, pendant les leçons précédentes, les démonstrations au tableau. Courajod consacra les derniers cours de cette année scolaire à une récapitulation des principaux monuments qu'il avait commentés.

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