‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 59 sur 93 · L ART SOUS CHARLES VII ET SOLS LOUIS XI · texte numérisé non relu

L ART SOUS CHARLES VII ET SOLS LOUIS XI

avec ce ils faisaient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoints de telle sorte qu'on voyait leurs bras à travers une déliée chemise qu'ils portaient, laquelle chemise avait la manche large.

« Item, dessus leurs longs cheveux, ils avoient bonnets de draps d'un quart et demi de haut. Et les nobles et les riches portoient grosses chaînes au col, avec pourpoints de velours ou de drap de soie et longues poulaines à leurs souliers, aussi longues qu'estoient leurs bonnets ; et à leurs robes, gros mahoistres sur leurs épaules pour les faire apparoir plus fournies et de plus belles encolures ; et pareillement à leurs pourpoints, lesquels on garnissoit fort de bourre. Et s'ils n'estoient ainsi habillés, ils s'habillaient tout long jusqu'à terre de robes et partant se vestoient tantost long tantost court. Et n'y avoit si petit compagnon de mestres qui n'eust une longue robe de drap jusques aux talons. » Ce que le chroniqueur dit de l'exiguïté de l'habit, ajoute Quicherat, se serait aussi bien appliqué à la mode du siècle précédent.

« Si la France royale depuis 1461 , dit Quicherat dans son Histoire du costume, n'offrit qu'un médiocre débouché aux pourvoyeurs du luxe, il y eut pour eux en revanche des affaires magnifiques à faire dans la France bourguignonne. Alors plus que jamais, cet heureux pays se livra à la jouissance et à la bombance ; plus que jamais aussi, il y fut excité par son souverain qui n'était plus bon à autre chose. De l'intelligent et actif Phillipe le Bon, il ne restait qu'un vieux sire insatiable de cérémonies et qui faisait naître autant qu'il était en lui l'occasion d'éblouir les yeux. Un jour, sous le manteau écarlate, qui était l'uniforme de son ordre de la Toison d'Or; une autre fois, avec ses rivières de diamants dont le velours noir, son étoife de prédilection, faisait davantage ressortir l'éclat, il donnait à ses sujets l'exemple diamétralement contraire de celui que les Français recevaient de leur roi. En clTet, Louis XI ne regardait pas beaucoup à son costume pendant toute la première partie de son règne, u Notre roy, dit Commynes, s'habillait fort court et si mal que pis ne pouvait. Et assez mauvais drap porloit aucunes fois et un mauvais chapeau différent des autres et une image de plomb dessus. »

Mais à la fin de sa vie il change : « Il se vestoit richement, ce que

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jamais n'avoit accoutumé auparavant et ne portait que robes de satin cramoisi, fourrées de bonnes martres; et il en donnait à ses gens, sans que on les lui eust demandées. » « Un peuple d'artistes en tous les genres travaillait pour le plaisir de Phillipe le Bon et pour celui de ses familiers. C'est des villes où il faisait sa résidence que sont sortis les tableaux, les beaux manuscrits à miniature, les tapisseries où l'on voit représenté le costume de ce temps là. » C'est Quicherat qui s'exprime ainsi.

Cette perpétuelle kermesse de la Cour de Flandre en même temps qu'elle donna à l'art bourguignon son caractère d'épanouissement, d'improvisation et de vive couleur, ne pouvait pas ne pas influencer l'art français.

La France sévère et taciturne de Louis XI devait être, au point de vue du luxe et des arts, la tributaire de la Flandre. Partout et de tous les côtés nous sommes conduits aux mêmes conclusions. Excusez me^ répétitions continuelles. Ce nest pas de ma faute si l'évidence reste encore, de mon vivant, à démontrer...

Les femmes continuent d'avoir leurs coiffures excentriques. Elles y ajoutèrent le bonnet pointu, le bonnet en pain de sucre

VIiNGT ET UNIÈME LEÇON 29 Mai 1889

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