‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 82 sur 93 · RÉSISTANCE DE LÉLÉMENT SEPTENTRIONAL · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DE LÉLÉMENT SEPTENTRIONAL

(le couleur, de fraîcheur et de jeunesse (voir à leur sujet un article de V Annuaire des musées de Berlin de 1889. i Des Rogier \'^an der Weyden. Des peintures attribuées à Gallegos et toutes inspirées à des Espagnols par les principes de larl flamand. 11 y a beaucoup de ces tableaux en France. Tous les tableaux qui viennent d'Espagne sont flamands ou d'inspiration flamande. Peintures de second ordre, mais intéressantes, collection Davillier. Peintures des collections Edouard André, Gaillard... Le Louvre vient d'acheter un très beau triptyque flamand ou franco-flamand de l'école de Memling, venant d'Espagne. Il est exposé dans une des salles de la Colonnade au premier étage. Allez le voir.

Toute la sculpture espagnole dont je vous ai déjà parlé est d'inspiration flamande. Je me bornerai à rappeler quelques exemples : les très belles statues dune des portes de la cathédrale de Séville, exécutées par Pedro Milhau au commencement du xvi" siècle, ainsi que la Vierge du Pilier, de la même cathédrale, exécutée par le même artiste, sont empreintes du goût flamand. Toute l'école de Séville, jusqu'à Montanez et même Alonzo Cano, lui est restée Adèle. Nous avons acheté au Louvre, l'année dernière, un Christ en terre cuite de Martinez de Montaiiez, qui est admirable et qui (au XVII'' siècle) conserve encore le style de la draperie flamande. Je l'ai décrit dans la Chronique des Aris.

Je vous ai expliqué, il y a deux ans, que tout le naturalisme de l'école espagnole comme celui de l'école napolitaine provenait de la longue et persistante éducation flamande de ces deux écoles. J'ai relevé , sur la foi des textes , l'existence de nombreux artistes flamands ayant travaillé en Espagne. J'ai fait circuler des photographies de plusieurs sculptures très importantes dans lesquelles le caractère flamand était bien évident. Mais j'ai acquis la preuve que ces monuments n'avaient pas été suffisamment compris par l'auditoire. Je vais en faire des projections sur le tableau lurhineux.

\'oici des renseignements sur les monuments qui vont être projetés : « La péninsule ibérique vit aiïluer un grand nombre de maîtres flamands, parmi lesquels excellaient : Anequin, Enrique Diego et Pablo de l'igas, Juan et Bernardino de Bruxelles, Pedro de Flandres, Nicolas de \'ergara le \'ieux et ses fils, Juan et Nicolas. Piiilippe et Grégoire de Bourgogne, les frères

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Juan et Pedro Guas, qui se distinguèrent sous Anequin de Egas, et Diego Gopin [Mémoire sur la sculpliire aux Pays-Bas, p. 51).

La cathédrale de Tolède doit à Anequin de Egas, de Bruxelles, mort en 1494, sa riche façade des lions, exécutée de 1465 à 1499. Enrique, son fils, mort en 1534, fut Tarchitecle de cet édilice, de l'hôpital de Santa-Gruz et du collège de Valladolid. Il lit aussi le tombeau du cardinal Mendoza dans la cathédrale de Tolède. Anequin eut un frère, également sculpteur, qui, après l'avoir aidé avec Juan (décédé en 1495) et Pedro Guas et Francisco de las Arenas (Van de Sande?;, dans l'exécution de la façade des lions, dirigea encore, en 1507, le travail des écussons d'armes placés sur hi frise et sur la porte de la salle capitulaire d'hiver.

Ces écussons sont d'un autre Flamand, Juan de Brusseles, qui les avait sculptés avec Lorenzo Guerricio et qui avait fait en 1500 le retable de l'autel de Saint-Ildefonse, dans le même temple. Il eut un frère, appelé Bernardino, qui travailla, en 1500, au grand retable de la cathédrale de Tolède, et qui fit d'autres œuvres, en 1530 ou 1533, pour la chapelle de los Reyes Nuevos.

L'église de San Juan de los Reyes, à Tolède, fut érigée en 1477 par les rois catholiques Ferdinand et Isabelle. Ils l'avaient destinée d'abord à recevoir leurs sépultures, confiées depuis à la chapelle royale de Grenade (Toujours ces saintes chapelles pour l'usage sépulcral que vous connaissez). L'architecte fut Jean Guas, Toute l'œuvre est bien homogène et date d'une seule époque. La reine Isabelle la Catholique, profitant d'une longue absence du roi F'erdinand d'Aragon, voulut hâter les travaux pour lui ménager une surprise et y employa jusqu'à 122 maîtres tailleurs de pierre avec une armée d'aides et de manœuvres. On peut donc constater dans l'œuvre sculptée de saint Jean des Rois une remarquable unité. Cette unité est celle de l'art flamand des vingt-cinq dernières années du xv*' siècle.

L'ouvrage espagnol intitulé Monumentos arquiteclonicos de Espana s'exprime ainsi en parlant de Jean Guas, l'auteur de Saint Jean des Rois, à Tolède : « Guas est un nom de famille, connu à une époque reculée dans le royaume de Valence et dans la principauté de Catalogne; mais la circonstance que Jean travailla, dès 1459, comme architecte et sculpteur, à la belle façade des lions de la

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cathédrale de Tolède, sous la direction de Anequin Egas, natif de Bruxelles, et le fait non moins important que cette façade est d'un goût et dun style d'architecture purement allemand, nous portent à soupçonner qu'il était d'origine llamande. Cette supposition semble, du reste, conlirmée par des documents postérieurs et ne manque pas de vraisemblance eu égard à la nombreuse pléiade d'architectes, de statuaires et de peintres de ce pays que l'on voit à cette époque, et même beaucoup plus tard, se réunir en Espagne.» L'Espagne doit à Dancart ou Danchart, un autre artiste des Pays- Bas, le grand retable du chœur de la cathédrale de Séville, commencé en 1482, qu'il laissa inachevé étant mort en 1497.

DIX-SEPTIÈME LEÇON 30 Avril 1890

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