‹ Leçons professées pendant le premier semestre de l'année 1883-84Chapitre 13 sur 13 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Tuberculose pulmonaire. Ses bacilles d’après les travaux récents de R. Koch.

(Recueillie par M. Chantemesse.)

Messieurs,

Avant de terminer mes leçons de celte année, je désire revenir sur quelques points importants de l’histoire de la tuberculose pulmonaire.

Je n’entrerai pas dans tous les détails que comporterait une description complète, parce qu’il n’est pas nécessaire de reprendre un sujet étudié dans le cours de l’année dernière. Je dois vous faire connaître cependant les résultats de travaux récents qui sont venus ajouter à nos connaissances antérieures d’importantes acquisitions. Je veux parler de l’existence des bacilles de la tuberculose, de leur topographie dans le. tissu pathologique, des cultures qui permettent de les reproduire et des procédés techniques qui décèlent leur présence dans les produits tuberculeux.

Vous connaissez tous la description de Laennec, qui déjà considérait les tubercules comme des productions parasitaires. Sui- 'vant Laennec, la matière tuberculeuse se présentait dans le poumon sous la forme de corps isolés ou sous l’apparence d’infiltrations grises ou jaunes.

Cette conception fut battue en brèche par les doctrines de l’école allemande. Reinhardt, Virchow, regardaient l’infiltra-

tion tuberculeuse comme le résultat d’une pneumonie caractérisée par un exsudât intra-alvéolaire.

I.e tubercule vrai était pour Virchow une néoplasie développée dans les cloisons alvéolaires, aux dépens d’une prolifération des cellules fixes du tissu conjonctif Tout ce qu’on rencontrait dans l’intérieur des cavités alvéolaires était, non du tubercule, mais de l’exsudât pneumonique. Cette affirmation ne pouvait résister aux découvertes ultérieures, à celles par exemple qui montraient dans les cavités closes du corps thyroïde le tubercule typique.

Plus tard, la cellule géante étudiée par Schüppel, Friedlander, etc., fut presque regardée comme la caractéristique de la tuberculose.

La découverte de Villemin que le tubercule est virulent et inoculable avait ouvert une voie nouvelle et fait pressentir qu’il était causé par des parasites. La découverte de Koch, publiée en mars 1882, a montré que dans les crachats, dans les nodules tuberculeux, dans les cellules géantes, dans la pneumonie caséeuse, l’agent spécifique de la maladie tuberculeuse était un parasite.

Les parasites se voient sous la forme de bâtonnets minces tantôt lisses et tantôt granuleux. Leur épaisseur est de trois à cinq dix-millièmes de millimètre; leur longueur varie de un à quatre millièmes de millimètre. Au lieu de bâtonnets on trouve parfois de petits grains isolés ou placés bout à bout.

Je reviendrai plus loin sur les procédés techniques qui vous permettront de les découvrir.

Les nodules tuberculeux, les exsudats pneumoniques, la bronchite. les lésions vasculaires, tout cela n’est que le résultat d’une inflammation spéciale développée par la présence d’un bacille, d’une réaction du tissu vivant vis-à-vis du parasite. Le terme d’inflammation spécifique résume, au point de vue de l’anatomie pathologique générale, l’histoire de la tuberculose. Gomme vous le voyez, les découvertes récentes ont réconcilié les opinions en apparence si dissemblables de Broussais et de Laennec.

Les tubercules à leur début consistent dans un petit îlot d'inflammation, au milieu duquel les vaisseaux s’oblitèrent bientôt par coagulation de la fibrine du sang. Sur un poumon atteintde granulie, dont les vaisseaux ont été injectés au bleu de Prusse,

la matière colorante s’arrête très nettement au pourtour du nodule.

Examinées à un grossissement suffisant, les granulations se montrent formées par une accumulation de petites cellules rondes. Elles siègent autour des bronches, et d’une façon plus spéciale, d’après Rindfleisch et M. Charcot, au niveau de la bifurcation terminale des divisions intralobulaires ; elles se montrent aussi autour des petites branches de l’artère pulmonaire dans le voisinage des alvéoles altérés, dans la charpente fibreuse du parenchyme, dans la plèvre et dans les alvéoles pulmonaire».

D’après cet exposé sommaire, vous comprendrez que le tubercule du poumon a le plus ordinairement une constitution complexe parce que le contenu des alvéoles et des bronchioles, l’infiltration néoplasique du tissu conjonctif, des parois des bronches et des vaisseaux partici[ient à la fois à sa formation.

A son origine, le contenu alvéolaire qui fera bientôt partie intégrante d’un tubercule ne diffère pas de l’exsudât pneumonique, si ce n’est par la présence des bacilles qu’une coloration particulière permet de découvrir.

A sa période d’état, c’est-à-dire au moment où la partie centrale devient caséeuse, le tubercule miliaire présente une constitution qui est presque caractéristique. Il est formé de plusieurs zones concentriques ; au centre, une région caséeuse entourée d’une couche de cellules granuleuses à qui leur apparence a fait donner le nom de cellules épithélioïdes: plus en dehors et parsemées çà et là des cellules géantes à noyaux multiples et à prutoplasma granuleux, enfin une zone de tissu contenant beaucoup de cellules rondes ou embryonnaires, produite par la réaction inflammatoire du tissu voisin. Cette dernière joue dans l’évolution ultérieure du tubercule un rôle très important.’ Elle devient le point de départ de la transformation fibreuse, c’est-àdire de la guérison du tubercule, ou bien elle succombe à son tour à la dégénéréscence caséeuse et la néoplasie s’étend.

Il est facile, sur une série de préparations d’étudier le siège des bacilles dans les diverses localisations de la granulation. Un pointa remarquer tout d'abord, c’est que les bacilles n’existent pas ou du moins ne sont plus reconnaissables d’une façon constante dans tous les produits tuberculeux même les plus jeu-

nés. Ils manquent parfois et sont dans d’autres cas très abondants. La raison de ce fait est encore inconnue.

Dans la tuberculose miliaire, les tubercules siègent assez fréquemment autour des vaisseaux.

Au niveau de la granulation, la paroi du conduit vasculaire est épaissie, formée par un tissu réticulé pâle qui se continue avec le tissu conjonctif des cloisons alvéolaires voisines. Les alvéoles sont remplis par une masse granuleuse formée de petites cellules atrophiées et cohérentes. La lumière du vaisseau qui confine au tubercule est oblitérée par une masse granuleuse de fibrine qui contient souvent des bacilles, ainsi que nous l’avons montré, M. Babès et moi. La paroi transformée du vaisseau présente aussi des bacilles isolés ou réunis en faisceaux . Un petit nombre de ces micro-organismes existent dans les alvéoles enflammés et dans le tissu conjonctif interalvéolaire.

Dans la phthisie chronique, on trouve plus particulièrement au sommet des poumons au milieu de la pneumonie interstitielle ardoisée des tubercules fibreux contenant ou non du pigment et des cellules géantes. Ces tubercules fibreux sont le résultat de la transformation des granulations initiales dans lesquelles des fibres de tissu conjonctif de nouvelle formation s’interposent entre les cellules et deviennent de plus en plus prépondérantes. Les petites cellules qui constituaient lanéoplasie primitive se disposent le long des faisceaux des fibres qu’elles séparent, deviennent fusiformes ous’aplatissent.

Le tubercule scléreux formé de faisceaux de tissu conjonctif peut contenir des bacilles disposés en touffes. C’est là cependant un fait assez rare que cette accumulation des bactéries dans les granulations fibreuses. Il est vraisemblable que les bâtonnets éprouvent de la difficulté à vivre et à se reproduire dans les cellules géantes et les tubercules de date ancienne; aussi n’en trouvet-on le plus souvent aucune trace.

Dans la phthisie pulmonaire, si les tubercules constituent essentiellement la maladie, ils sont loin de représenter la plupart des lésions qu’on observe dans les poumons. En effet, que les granulations soient récentes ou arrivées à leur période d’état, isolées on confluentes, elles sont toujours entourées par une zone de congestion pulmonaire, de pneumonie catarrhale ou de pneu-

monie fibrineuse. Devenues fibreuses, elles déterminent aussi dans le parenchyme voisin une pneumonie interstitielle. Enfin la pneumonie, qu’elle soit catarrhale ou fibrineuse, qu’ellecontienne ou non des granulations, peut occuper une grande partie d’un lobe ou tout un lobe.

La congestion se traduit à l’œil nu par une coloration rouge

Fig. 23.

Coupe d’un tubercule fibreux.

cellule géante; a, tissu fibreux contenant de petites cellules rondes ou ovoïdes; c, zone de tissu embryonnaire contenant beaucoup de cellules rondes; a, d, vaisseaux ; o, cavité d’un alvéole ;p, sa paroi.

Grossissement de 80 diamètres.

et une tuméfaction du poumon qui est plus ou moins imbibé par un liquide rosé. Cette congestion est étendue à une portion variable du poumon; dans certaines formes de phthisie aiguë, elle constitue, à côté de la bronchite et des granulations, la lésion prédominante.

Au lieu d’être entourées par un tissu congestionné, les granulations sont situées parfois au milieu d’alvéoles qui présentent toutes les lésions de la pneumonie catarrhale: distension des vaisseaux, cellules pariétales rondes ou polyédriques desquamées, remplissant avec un grand nombre de cellules lymphatiques et quelques globules rouges toute la cavité des alvéoles. La pneumonie catarrhale peut exister en jtlusieurs points du parenchyme sans qu’on trouve de tubercules dans les lobules enflammés. Elle n’est pas en effet le résultat direct des granulations, mais de la bronchite concomitante. Ce qui lui est spécial, c’est qu’elle ne se résout pas et passe souvent à l’état caséeux. Le tissu devient gris, sec, ne donne plus de liquide au raclage. A l’examen microscopique, on voit les cloisons alvéolaires parfaitement nettes et les alvéoles remplis par un exsudât un peu transparent et granuleux. Les vaisseaux ne sont plus visibles parce qu’ils sont revenus sur eux-mêmes ou oblitérés par la fibrine. Le contenu des alvéoles consiste dans des cellules lymphatiques vitreuses ou légèrement grenues, anguleuses par pression réciproque.

Elles perdent la vie cellulaire et se divisent en petits fragments qui avaient été regardés par Lebert comme les corpuscules caractéristiques de la tuberculose. Les bronches intra-lobulaires subissent des lésions analogues. Lorsque les îlots de bronchopneumonie sont ainsi constitués, ils peu vent être atteints de suppuration destructive et donnent lieu à des cavernes. Le processus d’ulcération pulmonaire se fait alors de deux façons, soitpar unesuppuration qui a pour foyer les bronches acineuses et intralobulaires, comme dans la bronchopneumonie ordinaire, soit par une inflammation suppurative qui a lieu à la limite du bloc caséeux avec ses vaisseaux oblitérés et ses bronchioles remplies d’exsudat caséeux; celui- ci joue le rôle d’un corps étranger qui sera entraîné peu à peu par l’inflammation suppurative éliminatrice.

La pneumonie fibrineuse qui accompagne les tubercules est aussi commune que la pneumonie catarrhale et elle affecte avec les granulations pulmonaires les mêmes rapports. Elle peut n’atteindre qu’un pef't nombre d’alvéoles et former des îlots gros tantôt comme un grain de chènevis, tantôt comme un lobule. Il n’est pas rare qu’elle constitue des masses homogènes dans lesquelles les tubercules sont très peu nombreux ou même tout à fait absents.

Celte pneumonie est caractérisée par la présence dans les alvéoles pulmonaires d’un exsudât très riche en fibrine fibrillaire. Ces fibrilles nombreuses et épaisses forment de larges mailles qui emprisonnent les cellules lymphatiques. Dans les deux premiers degrés d’engouement et d’hépatisation rouge, l’examen microscopique ne fait pas reconnaître de lésions qui diffèrent de celles de la pneumonie aiguë simple, mais plus tard l’évolution très lente de la pneumonie tuberculeuse et sa terminaison par l’état caséeux lui donnent une physionomie spéciale.

Je vous montrerai d’ailleurs qu’on peut y reconnaître quelquefois dès le début la présence du bacille tuberculeux.

Arrivée au stade d’hépatisation grise qui répond à l’infiltration grise de Laennec, celte pneumonie fibrineuse présente des lésions qui s’éloignent absolument de celles de la pneumonie simple. Dans celte dernière, pendant les stades d’hépatisation rouge ou grise, l’exsudât alvéolaire, en contact direct avec la charpente des alvéoles, est formé uniquement par de petites cellules rondes ou cellules lymphatiques siégeant dans un réticulum fibrineux ou un liquide granuleux. Au contraire, dans la pneumonie qui accompagne les tubercules, en outre de l’exsudât fibrineux, on trouve sur les cloisons alvéolaires de grandes cellules épithéliales tuméfiées, retenues en un point de la paroi ou adhérentes par leurs bords de façon à constituer un revêtement épithélial.

Les vaisseaux sont encore perméables et même dilatés; aussi, l’exsudât fibrineux peut-il persister pendant un temps assezlong qui excède de beaucoup la durée de l’hépatisalion pneumonique franche. Plus tard ‘enfin, la pneumonie tuberculeuse devient grise ou jaune, elle perd peu à peu sa transparence et se dessèche notablement; elle subit la transformation caséeuse. Si on

l’étudie à cet état de dégénérescence caséeuse, on trouve que les cloisons ne sont pas épaissies, que l’exsudât fibrineux a persisté et que les vaisseaux sont devenus imperméables.

Dans les cavités alvéolaires, les grosses cellules épithéliales qui tapissaient la paroi ne sont plus visibles.

Les filaments de fibrine sont toujours reconnaissables à l’état de fibrilles ou de granulations. Les cellules lymphatiques com-

Fig. 24.

Coupe d’un alvéole atteint de pneumonie fibrineuse tuberculeuse.

m, cellules lymphatiques contenues dans des fibrilles de fibrine; n,a,i, cellules lymphatiques et épithéliales accolées à la paroi p de l’alvéole.

Grossissement de 350 diamètres.

prises dans leurs mailles sont atrophiées, plus ou moins nombreuses, granuleuses ou un peu transparentes. Leur vitalité est gravement compromise, car leur noyau ne fixe plus les matières colorantes.

La lésion ainsi constituée est quelquefois étendue uniformément à tout un lobe, ou ce qui est plus rare, à une grande partie d’un poumon. On la désigne alors sous le nom de pneumonie caséeuse lobaire. Elle présente tous les caractères accordés par

Laennec à l’infiltration tuberculeuse grise semi-transparente et à l’infiltration jaune. Les portions du parencliyme, ainsi altérées, sont essentiellement tuberculeuses. Inoculées aux animaux, elles font apparaître la maladie granuleuse avec autant et plus de violencô que n’importe quel autre produit tuberculeux.

Enfin, l’étude des cou nés, colorées par le procédé d’Ehrlich, nous a laissé reconnaître plusieurs fois, dans ces pneumonies caséeuses lobaires, des amas considérables de bacilles dans la paroi épaissie et infiltrée des vaisseaux et dans les alvéoles périphériques. C’est au centre de l’infundibulum, autour de la lumière de la bronchiole et dans les alvéoles adjacents, que les bactéries étaient en plus grand nombre. Mais on en trouvait aussi quelques-unes dans beaucoup d’alvéoles remplis de l’exsudât fibrineux.

La formation des cavernes, dans la pneumonie caséeuse fibrineuse, a lieu par le même mécanisme que je vous ai exposé plus haut à propos de la pneumonie catarrhale, c’est-à-dire par suppuration péribronchique détruisant le lobule du centre à la périphérie ou par une inflammation éliminatrice qui se fait autour d’une portion du parenchyme complètement caséifiée. Les parties mortifiées et désintégrées sont entraînées par les crachats.

Un autre mode pathogénique des excavations que l’on observe quelquefois dans cette pneumonie, c’est la production de fissures qui apparaissent dans la masse caséifiée par suite de la désagrégation moléculaire des tissus. Ces fissures creusent irrégulièrement le bloc pneumonique et finissent par atteindre une bronche perméable à l’air. Celle-ci s’enflamme, sécrète du pus qui devient un agent de ramollissement et d’expulsion des parties mortifiées.

Quel que soit le mode dé formation et le volume d'une caverne, elle communique toujours dès le début, avec une bronche qui est le plus souvent dilatée et enflammée. La destruction suppurative du tissu hépatisé finit par faire communiquer les unes avec les autres plusieurs cavernules creusées précédemment, aux dépens d’un seul lobule. Ainsi sont con^tituées des cavernes irrégulières et anfractueuses dont la cavité ou les parois présentent des brides et des saillies. Ces brides contiennent du tissu conjonctif et des

vaisseaux assez rarement perméables; elles sont les vestiges de l’ancienne enveloppe conjonctive du lobule.

La paroi des cavernes de formation récente est friable et couverte de pus crémeux ; plus tard elle est doublée par un tissu fibreux dense et par une pneumonie interstitielle qui établit le passage t-ntre la paroi de la caverne et le tissu pulmonaire moins altéré.

La surface des grandes cavernes présente quelquefois des anévrysmes qui, se rompant, donnent lieu à des hémoptysies rapidement mortelles.

Ces anévrysmes sont le résultat de l’inflammation des artérioles qui rampent au-dessous ou à l’intérieur de la couche embryonnaire.

De toutes les lésions de la tuberculose pulmonaire, ce senties cavernes qui renferment le plus de bacilles. On peut les observer au début même de la formation des ulcères, dans les foyers de pneumonie caséeuse, à la partie centrale des lobules. Dans l’épaisseur de la paroi d’une excavation, on rencontre souvent une grande quantité de bacilles répandus partout, mais cependant plus nombreux à la surface que dans la profondeur. Dans la membrane pulpeuse qui tapisse les cavernes anciennes du sommet, il y a presque toujours un assez grand nombre de bacilles dans la fausse membrane et dans les grumeaux opaques destinés à être éliminés par les crachats.

Enfin, dans les vaisseaux oblitérés par la fibrine et par les globules blancs, observés dans la paroi de la caverne, on trouve fréquemment des bâtonnets contenus dans les globules blancs ou compris dans la substance intercellulaire.

Les cellules géantes laissent aussi habituellement reconnaître des micro-organismes dans leur intérieur ; elles ne sont en effet, elles-mêmes, que des cellules lymphatiques irritées et modifiées par l’agent spécifique.

Suivant que le processus suit une marche lente ou rapide, le nombre des bactéries varie dans les cellules géantes; il est plus faible ou plus grand. On trouve même quelques-unes de ces cellules qui n’en présentent aucune trace. 11 est probable que Information cellulaire a contenu autrefois des bacilles et qu’elle a

survécu à leur existence; parfois même on y distingue des vestiges de végétation bacillaire antérieure. Mettant en parallèle ces cellules géantes qui paraissent déshabitées et celles dans lesquelles les bactéries sont visibles, M. Koch les a comparées à des volcans éteints à côté de volcans en activité.

Les cellules épithélioïdes et les cellules géantes survivent habituellement aux bactéries qui leur ont donné naissance; mais à un moment donné elles succombent à leur tour et se désagrègent en petites granulations. Ainsi est produite la caséification tuberculeuse.

Les bâtonnets caractéristiques de la tuberculose tels qu’on les observe dans les crachats et sur les coupes de poumon, colorés

Bacilles de la tuberculose observés dans les crachats.

Le plus grand nombre d’entre eux c est libre dans le liquide, mais quelques-uns sont contenus dans les cellules lymphatiques où même dans les grandes cellules a. La cellule b contient du pigment noir et des bacilles.

par le procédé d’Ehrlich, se montrent sous une apparence entièrement homogène ou formés de petits grains accolés bout à bout.

Ces petits grains sont regardés par analogie avec ce que l’on observe chez d’autres microbes, plutôt que par une démonstration véritable, comme les spores des bâtonnets. Bien qu'une culture isolée de ces grains n’ait pu être faite, il est probable qu’ils interviennent d’une façon prépondérante dans certaines formes de

tuberculose. J1 s'agit là d’ailleurs d’études peu avancées, sur lesquelles il n’est pas possible de présenter des données absolument • sûres. Je vous signalerai toutefois la tuberculose zoogléique expérimentale de MM. Malassez et Vignal. On ne sait encore si le parasite que nous voyons dans les produits tuberculeux ne provient pas de parents ayant une antre apparence morphologique; toutefois, arrivé à la forme dé végétation bacillaire, il y reste. C’est ainsi qu’il se reproduit dans les cultures.

M. Koch a isolé et cultivé les bacilles de la tuberculose dans le sérum sanguin gélatinisé. On recueille pour cela, dans une bouteille à long col, de la contenance de deux litres environ, du sang de bœuf qu’on laisse se coaguler. Le col de la bouteille présente, au-dessus du caillot, un sérum clair et transparent qu’on décante et qu’on place dans une série de tubes stérilisés bouchés à l’ouate. On chauffe pendant cinq ou six jours de suite ces tubes à 40® et une fois par jour on porte leur température à 50° pendant une heure; on chaufle le dernier jour à 65°, On a soin d’incliner ces tubes, de façon à donner une surface plus grande à la partie supérieure du sérum gélatinisé. Si le sérum est resté absolument transparent, à reflet ambré, il est bon pour les cultures. On place à sa surface un fragment de tubercule pris et introduit avec toutes les précautions nécessaires.

Les cultures ne présentent, les premiers jours, aucun changement, à moins qu’il ne s’y soit introduit des bactéries étrangères. Koch pense que les cultures de Toussaint, dans lesquelles le liquide était déjà troublé après quatre ou cinq jours, n’avaient aucun rapport avec la tuberculose. Au bout de 10 à 15 jours on voit apparaître de petites taches blanchâtres non brillantes, bien distinctes du tissu ambiant, sous forme de petites pellicules minces. Elles restent peu développées, séparées les unes des autres. On sépare alors ces petites pellicules et on les cultive dans de nouveaux tubes de sérum gélatinisé. La pullulation se fait alors plus régulièrement et on obtient des membranes plus denses formées par des colonies de bacilles à l’état de pureté.

Ces membranes ne liquéfient jamais le sérum gélatinisé, tandis que les microorganismes de la putréfaction le liquéfient. Elles ne

pénètrent même pas dans le sérum et elles restent à la surface, ne lui adhérant que faiblement.

Elles sont assez denses; elles se rompent et se fragmentent quand on les secoue.

A l’œil nu, ces colonies de bacilles développées sous forme de taches opaques sur du sérum gélatinisé solide offrent donc un aspect tout particulier (1).

A un grossissement de 80 diamètres, les colonies de bacilles développées dans ces membranes présentent des caractères tout à fait spéciaux. Ces colonies se montrent alors sous la forme de lignes fines plusieurs fois coudées ; les plus petites présentent l’apparence d’un S. Lorsqu’elles sont plus longues elles sont ondulées comme un serpent. Elles sont renOées à leur centre et amincies à leurs extrémités. Elles ressemblent à des paraphes d’écriture. Les jeunes colonies sont minces, les plus anciennes sont plus épaisses ; elles s’élargissent et tendent à se rapprocher et à se confondre par leurs bords. Pour en faireune préparation convenable il suffit d’appliquer une lamelle sur la surface du sérum où sont développées les taches et de les colorer par les procédés ordinaires. On voit alors que chacune de ces colonies est constituée par une quantité de bacilles de la tuberculose tout à fait caractéristiques dont le grand axe est parallèle au grand axe de la colonie. Les bacilles ne sont pas accolés, mais séparés les uns des autres par un petit espace, probablement par une substance unissante qui les mastique les uns contre les autres. Quand ils sont en grand nombre, la plupart contiennent des grains ou spores.

En général les cultures ont leur maximum de développement au bout dequatre semaines etnechangent plus; elles peuventservir encore pour les inoculations après trois ou quatre mois. Koch a obtenu des cultures pures en employant les granulations tuberculeuses ou les autres produits tuberculeux du poumon humain, du poumon de la vache, les tubercules des autres organes, les ganglions scrofuleux, le lupus, etc.

L’injection dans les cavités séreuses ou dans le tissu cellulaire

(1) Ces détails sont tirés du beau mémoire de Koch inséré dans les Mittheilungen der Kaiserlichen Gesundheitsamte, Berlin, 1884.

sous-cutané ou la simple inoculation suffisent toujours à déteririner, chez la plupart des espèces animales, la tuberculose généralisée avec toutes ses conséquences.

Il a essayé la culture sur des tranches de pommes de terre stérilisées, mais sans réussir, tandis que ce milieu nutritif convient à la culture du charbon et des microorganismes de la fièvre typhoïde.

Le développement des bacilles dans les tubes à culture diminue à 38» et cesse à 40». Il s’affaiblit aussi quand la température descend à 30» et il devient impossible à une température plus basse.

Par conséquent deux qualités sont à mettre en relief dans l’histoire naturelle de ce parasite ; c’est d’une part la persistance de sa virulence, puisque celle-ci se conservequarante jours dans un crachat pourri et cent quatre-vingt-six jours à l’abri de l’air (Fischer et Schüller), et d’autre part la puissance de son activité comprise entre quelques degrés centigrades.

Mieux que la bactéridie charbonneuse, mieux que la plupart des microbes, celui-ci est bien véritablement un parasite qui ne peut vivre et se développer sans un autre organisme animal.

L’homme lui constitue un terrain de culture favorable et peutêtre les oiseaux ne lui sont-ils réfractaires qu’en raison de leur température élevée.

L’hiver doitêtreunesaisondéfavorableau développement du bacille et c’est pendant l'été que les conditions atmosphériques nécessaires à sa conservation se trouvent le mieux réunies.

Les germes répandus sur le sol par les produits d’expectoration ont à ce moment toute leur puissance, ils sont desséchés, facilement soulevés dans l’atmosphère et sont la source d’inoculations dans les voies respiratoires. Les inhalations seront d’autant plus dangereuses que le revêtement épithélial aura perdu de son intégrité.

Schüller et Fischer (1) ont essayé l’action de diverses substances sur les bacilles de la tuberculose. On les rend inactifs en les laissant pendant quelques heures dans l'alcool absolu, ou

(1) Mittheilungen aus der K. Gesiindheitsarate, 1884.

dans rammoniaque caustique ou dans une solution concentrée d’acide salicylique.

Par l’ébullition on stérilise en quelques minutes les crachats.

Les crachats desséchés sont stérilisés par la vapeur d’eau chaude.

Le sublimé corrosif est impropre à désinfecter les crachats frais; au contraire, l’action de l’acide phénique en solution forte, employé pendant vingt-quatre heures au contact des crachats frais, les rend stériles.

Il me reste maintenant, Messieurs, à vous indiquer rapidement les procédés techniques qui vous permettront de colorer les bacilles dans les crachats et dans les autres produits de la tuberculose.

La méthode généralement employée avec de légères variantes est celle d’Ehrlich, fondée sur ce fait d’expérience que les bacilles de la tuberculose imprégnés par certaines couleurs d’aniline ne se décolorent pas dans l’acide nitrique au tiers, tandis que les autres microbes sauf celui de la lèpre perdent leur coloration dès qu’ils sont mis en présence de cet acide.

Pour obtenir des préparations de tubercules du poumon ou de tout autre organe, on mettes coupes très minces dans l’eau additionnée d’huile d’aniline colorée avec la fuchsine, ou le violet de méthyle. Après un séjour de vingt-quatre heures, on lave ces coupes dans l’eau distillée et on les décolore pendant quelques secondes jusqu’à une ou deux minutes dans l’acide nitrique au tiers On les replonge dans l’eau distillée, on les fait passer dans l’alcool absolu et l’essence de girofle et on les monte dans le baume. Après la décoloration par l’acide nitrique, on peut colorer en bleu les cellules et les fibres du tissu en mettant les coupes dans une solution concentrée de bleu de méthylène pendant quelques minutes; on lave rapidement et on monte dans le baume comme précédemment.

La recherche des bacilles dans les crachats se fait de la même manière, après avoir étalé et desséché une parcelle du crachat purulent sur une lamelle.

Pour ce dernier examen, on peut avoir recours à un procédé rapide qui donne des résultats en six ou sept minutes. Ce pro-

cédé a été indiqué par Frankel. Il consiste à chauffer la liqueur colorante et à décolorer ensuite dans un liquide où se trouvent réunis l’acide nitrique qui décolore tous les bacilles, sauf celui de la tuberculose et le bleu de méthylène qui colore les cellules et les libres du tissu.

Si on opère avec la fuchsine ou le rouge de Magenta, les bacilles se voient très nettement colorés en rouge sur le fond bleu de la préparation. La technique est la suivante : on fait bouillir dans un tube de verre 2 ou 3 centimètres cubes de la solution suivante préparée antérieurement :

Eau distillée. .. 100

Huile d’aniline. 3

Alcool pur 5

On verse dans une petite capsule et on ajoute 4 ou 5 gouttes d’une solution très foncée de fuchsine ou de rouge de Magenta. On laisse la lamelle quatre ou cinq minutes; on la retire et on la plonge directement pendant deux minutes dans le liquide suivant qui est également préparé d’avance et filtré.

Eau d’aniline 30

Acide nitrique... 20

Alcool pur 50

Bleu de méthylène à saturation.

La lamelle est lavée dans l’eau distillée, déshydratée par l’alcool absolu ou mieux par un courant d’air à l’aide de l’appareil de Rictiardson, éclaircie dans l’essence de girolle et montée dans le baume.

La préparation toutjentière ne demande ainsi que huit à dix minutes.

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