PREMIÈRE LEÇON
Les inflammations expérimentales de la peau déterminées par les microbes du jéquirity.
Messieurs,
Lorsqu’on injecte une pelile quantité de l’infusion du jéquirity, l'e quelques gouttes à un demi-centimètre cube, dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un cobaye, on détermine, au bout de quinze vingt heures, l’apparition d’une inflammation douloureuse et près intense de la peau, si bien que l’œdème inflammatoire gagne ajpidement la totalité du membre en expérience et même les aarties environnantes, une portion du tronc, si l’injection a été I ile à une patte antérieure, la peau de l’abdomen si elle a été ratiquée au membre inférieur.
Si l’on étudie la manière d’être de cette inflammation pendant ute la durée de son évolution, on constate la série des phénotènes suivants :
.Tout d’abord les bacilles se multiplient au niveau du point (oculé, et de là ils pénètrent par les voies lymphatiques, entre faisceaux du tissu conjonctif, dans tout le tissu dermique et us-cutané. Au contact de ces organismes, les cellules fixes du G. i
tissu conjonctif se gonflent à la manière des corpuscules fixes de l’épiploon dans l’inflammation expérimentale du péritoine, leur noyau devient plus volumineux, leur protoplasme estplusabondant et plus granuleux. Pendant ce temps, des globules blancs sortent par diapédèse des vaisseaux dilatés de la région malade, et viennent se joindre, sous forme de cellules rondes migratrices, aux cellules conjonctives tuméfiées.
Lorsqu’on pratique avec un scalpel une incision de la peaudu cobaye ainsi œdématiée, quinze heures environ après l’injection, on voit s’en écouler un liquide transparent ou un peu louche, séreux, qui, examiné au microscope, montre toujours une grande quantité de bacilles animés de mouvements d’une grande intensité. Il existe là, en même temps, des cellules lymphatiques et des globules rouges du sang. Si l’on étale sur une lamelle mince et qu’on laisse sécher une gouttelette de ce liquide, on peut la colorer ensuite avec la liqueur d’Ehrlich ou une solution de violet de mélhyl et l’examiner dans le baume afin depouvoir mieux étudier et conserver les bactéries.
Douze ou vingt heures après l’injection sous-cutanée, si l’on veut étudier et préciser complètement le siège des bactéries dans la peau et leur rapport avec les troubles nutritifs de cette membrane, il faut détacher sur le cobaye un morceau de la peau œdématiée et le faire durcir dans l’alcool. La peau, ainsi œdématiée a perdu sa sensibilité; l’animal ne manifeste aucun signe de douleur à l’opération. Sur les coupes d’un pareil fragment de peau, colorées avec le violet de méthyl ou avec le chlorhydrate de rosaniline, les bacilles colorés se voient très bien et l’on juge ainsi au mieux les troubles qu’ils déterminent au début de leur action (1). Les lésions sont, à ce moment, variables suivant les
(1) Pour avoir des coupes dans lesquelles les bacilles soient colorés d’une façon tandis que les éléments du tissu sont colorés autrement, voici comment on procède : On place les coupes pendant quatre heures, dans une solution d’huile d’aniline colorée par le violet de méthyl B, dans une étuve à 40°. On les met ensuite pendant dix minutes dans une solution d’iodure de potassium au 20®, légèrement teintée par l’addition d’iode métallique (d’après Friedlander), puis ou les lave dans ’eau distillée. Ou les teint ensuite par une solution aqueuse d’éosine.
; points qu’on examine; la dissémination des micro-organismes entre toutes les parties élémentaires de la peau et la réaction in- Qammaloire ne s’effectuent pas, en effet, partout à la fois avec une égale intensité, en sorte que sur la même préparation on : peut observer, en un point, des bacilles tout simplement interpojsés entre des éléments normaux et, en un autre point, ces mê- [ i;mes organismes à côté de cellules migratrices ou de cellules fixes I altérées. Dans les préparations faites douze ou quinze ou vingt I laeures après l’injection, il sera donc facile d’étudier le mode •i iii’invasion des bactéries dans la peau et les lésions du début Me l’inflammation de cette membrane. La diffusion des baiiîilles du jéquirity se fait d’abord dans les diverses couches \ lie la peau, sans provoquer d’inflammation réactionnelle. On I ees voit, par exemple, entre les larges faisceaux de fibres f Hu derme, dans les espaces linéaires interfasciculaires, sous ^ l’orme de nombreux bâtonnets de3 à 4 ou 5 centimètres de lon- I [s'ueur, disposés en files dans le sens des fentes ; ils siègent égar eement entre les faisceaux plus minces du corps papillaire et I rans le tissu conjonctif lâche sous-cutané. Bientôt on observe I me tuméfaction des cellules fixes du tissu conjonctif. Cette lésion i rrécède la diapédèse des globules blancs, car on trouve, dans le i terme, des cellules fixes tuméfiées, avec un protoplasme granu- Meux et un noyau saillant, situées entre les faisceaux de fibres, Iras derniers étant eux-mêmes bordés partout par des bacilles du ■r quirity, sans qu’il y ait encore de cellules rondes migratrices, fl en est de même dans le tissu cellulaire lâche, à larges mailles |A, à fibrilles minces qui entoure les cellules adipeuses. Le long flîces fibrilles, enverra des séries de bacilles à un moment où flss cellules adipeuses sont encore normales de tout point, c’est-àtflrre formées par leur protoplasme étalé autour de la gouttelette fl; graisse et par leur noyau situé en un point du protoplasme, fl] Mais, à côté de parties de la peau où les cellules fixes du tissu
fl' contact de cette matière colorante ne doit durer qu’une ou deux miflktes. Après cela on passe successivement les coupes dans l’alcool au flrrs, l’alcool pur et l’essence de girofle.
fllLes bacilles et spores sont colorés en violet intense tandis que les flrres et les cellules sont colorées en rouge.
conjonctif sont à peine modifiées, il en est d’autres où la réaction inflammatoire commence et se manifeste par la dilatation des vaisseaux capillaires, par une exsudation liquide entre les faisceaux fibreux et par un épanchement de cellules rondes. Ainsi on observe, dans les espaces interfasciculaires du réseau papillaire, quelques cellules rondes en séries, placées bout à bout, au nombre de 2, 3 ou 4, en même temps que de nombreux bacilles ; dans le derme, une accumulation des mêmes cellules rondes, eiT plus grand nombre, sous forme d’îlots arrondis ou allongés, suivant le sens de la coupe, situées entre les faisceaux et accompagnées également de bactéries; dans le tissu cellulo-adipeux, les cellules migratrices se disposent tout autour des cellules adipeuses auxquelles elles forment comme une couronne.
Dans le tissu cellulo-adipeux, dans le tissu cellulaire lâche qui entoure les îlots adipeux et dans celui qui est situé plus profondément, l’infiltration œdémateuse et la migration des cellules acquièrentleur maximum d’intensité. Ce tissu est tout à fait infiltré de liquide, mou, demi-transparent, très épais; la lésion se propage jusqu’à l’aponévrose d’enveloppe des muscles et même jusque dans l’intérieur des faisceaux musculaires. Dans ce liquide, les bacilles du jéquirity sont très nombreux, de même que les cellules migratrices.
Lorsqu’on examine sur des coupes ce tissu conjonctif adipeux et sous-cutané très enflammé, on voit que, dans les lobules de graisse, les cellules rondes prennent peu à peu la place de la graisse. Celle-ci se résorbe très rapidement, et la cellule adipeuse est finalement transformée en un îlot de petites cellules arrondies, pressées les unes contre le autres et atrophiées, en voie de mortification ou de fragmentation. Ces cellules sont, en effet, trop nombreuses et trop pressées pour ne pas s’étouffer réciproquement; elles ne peuvent trouver autour d’elles les matériaux nécessaires à leur vie et elles se mortifient et se fragmentent sous forme de granulations irrégulières, fortement colorées par les couleurs d’aniline employées, et provenantde la destruction des noyaux.
Dans ce tissu cellulo-adipeux altéré, de même que dans les parties du derme fortement infiltrées de cellules migratrices, les bacilles du jéquirity sont modifiés et déjà difficiles à recon-
naître vingt à vingt-quatre heures après l’injection. Le plus grand nombre d’entre eux ne présentent plus la forme de bâtonnets allongés, mais celle de bâtonnets courts, n’ayant pas plus de 2 (A de longueur, ou même de grains ovoïdes, ou tout à fait sphériques, disposés en séries linéaires les uns ' près des autres ou en petits groupes irréguliers. 11 est rare que les petits bâtonnets et les spores pénétrent dans l’intérieur des cellules rondes migratrices. Dans les parties ou les cellules migratrices sont en désintégration , les micro-organismes ne sont pas toujours visibles, et ils peuvent manquer absolument. Dans d’autres points, on les trouve encore en assez grand nombre àcôté de cellules en voie de destruction.
Dans les espaces interfasciculaires de la base du derme, là où il est très enflammé, on rencontre un grand nombre de bâtonnets courts, situés le long des faisceaux ou libres entre les cellules lymphatiques rondes à noyaux bourgeonnants qui s’y trouvent en plus ou moins grand nombre. Les cellules fixes du tissu conjonctif, tuméfiées, granuleuses, détachées en partie ou complètement libres dans les espaces interfasciculaires, se reconnaissent encore à leur noyau ovoïde et volumineux. Toutes ces cellules ne tardent pas à subir une dégénérescence'granuleuse et à se fragmenter.
Telles sont les lésions de cette inflammation jéquiritique à son summum d’intensité, c’est-à-dire de quinze à vingt-quatre heures après l’injection. Il est remarquable de voir combien les bacilles se sont multipliés avec une intensité incroyable en envahissant une région très étendue. Mais déjà, après vingt-quatre heures, les bacilles sont devenus plus petits et se sont transformés en bâtonnets très courts ou en grains dans les parties envahies par l’exsudât inflammatoire.
Leur nombre diminue bientôt et leur recherche devient plus difficile dans les deux ou trois jours qui suivent l’injection, bien que la peau reste aussi tuméfiée, tout aussi en flammée, bien que le phlegmon soit aussi manifeste.
Ainsi, lorsqu’on racle la surface d’une section de la peau phlegmoneuse trois jours après l’injection, on ne trouve plus dans le liquide séro-purulent qu’un très petit nombre de bacilles
courts, avec ou sans mouvements, et d3s spores. Sur les coupes de la peau colorée, la constatation des bacilles et des spores est encore plus laborieuse. Il est, en effet, permis d’hésiter sur la nature de grains ronds colorés, lorsqu’ils sont isolés et peu nombreux au milieu de cellules en voie de destruction et qu’ilsse rencontrent en même temps que des fragments irréguliers, devolume variable provenant de la désingration des noyaux des cellules.
Plus tard, cinq, six jours, dix jours après l’injection, si l’animal n’en meurt pas, l’inflammation cutanée persiste et se termine ultérieurement, soit par un ou plusieurs abcès contenant du pus caséeux, soit par une eschare superficielle plus ou moins étendue, dont la guérison se fait attendre un mois ou davantage. Mais, ni dans le pus caséeux, ni dans la partie mortifiée, ni dans les bourgeons charnus situés à la base ou aux bords de l’eschare, pn ne trouve plus de bactéries dujéquirity.
Ainsi les bacilles disparaissent de la peau enflammée longtemps avant que le phlegmon, déterminé par eux, soit guéri, longtemps avant l’apparition même des phénomènes consécutifs au phlegmon, tels que les ahcès caséeux et les eschares.
Elimination du jéquirity par la peau. — Vingt-quatre heures après l’injection sous-cutanée dujéquirity chez un cobaye, la surface de la peau est œdématiée et humide. Les poils sont mouillés et agglutinés les uns avec les autres par un liquide qui se dessèche à leur surface. Si on touche ces poils, ils tombent spontanément ou à la moindre traction. On ne découvre à la surface de la peau aucune perte de substance, ni rien autre qu’un ramollissement superficiel de l’épiderme qui se détache facilement par le raclage. L’examen microscopique du liquide qui baigne la surface de l’épiderme et des poils démontre la présence d’une masseénorme de bacilles du jéquirity plus ou moins longs et de spores, tous éléments agités de mouvements très actifs et vivant aussi bien que dans l’infusion où ils ont été cultivés.
Ces bacilles se frayent un passage du derme et des couches profondes de la peau, à la surface de cette membrane, le long de la gaine des poils et aussi, mais en moins grand nombre, à travers le corps muqueux de Malpighi.
En effet, sur les coupes perpendiculaires à la surface de la peau, faites de un à deux jours après l’injection, on peut voir des gaines des follicules pileux vides, et dont le poil est tombé. La partie profonde du follicule montre encore des cellules épithéliales plus ou moins normales, appartenant à la gaine externe. A la surface interne de la membrane propre du follicule, entre cette dernière et la gaine épithéliale, on trouve, par places, une quantité considérable de bactéries sous forme de petits bâtonnets courts ou de spores. On s’assure aussi de leur présence dans les follicules, dont le poil est conservé; la constatation de ce siège des bactéries s’effectue tout aussi bien sur les coupes transversales des follicules à leurs diverses hauteurs.
Sur les mêmes préparations, on constate l’existence soit de bacilles, soit de spores dans les interstices des faisceaux du tissu fibreux des papilles. Souvent une rangée de ces micro-organismes tapisse, d’une part, le bord supérieur de la coupe des papilles, et, d’autre part, la base d’implantation des cellules cylindriques de la rangée inférieure du corps muqueux. Le corps muqueux estdécollé, par places, des papilles, par le liquide qui contient ces bactéries. On peut même suivre ces dernières entre les cellules du corps muqueux. Tout répidermm est ainsi imbibé de liquide, depuis la base du corps muqueux jusqu’à la surface de l’épiderme corné.
Une accumulation de bacilles s’effectue surtout à la surface du corps papillaire qui entoure le point d’émergence des poils, entre les papilles et les cellules épithéliales et entre celles-ci.
Cette élimination s’arrête vers le troisième ou quatrième jour, lorsque la période d’acuité du phlegmon est passée. Les détails histologiques qui précèdent rendent parfaitement compte et de la chute des poils et de l’élimination des bactéries par la peau. Lorsque les poils sont tombés, leurs follicules vides constituent autant de cheminées ou de tuyaux de drainage, qui conduisent au dehors le liquide et les bactéries venues du derme et du tissu conjonctif œdémateux sous-cutané.
Fausses membranes produites par lejéquirity. — Comme exemple défaussés membranes causées par des bactéries, je vous citerai celles qu’on observe à la suite de l’action locale dujéquirity sur la muqueuse palpébrale chez l’homme et sur les plaies cutanées. A
la suite de l’inflammation superficielle jéquirityque très intense de la conjonctive, on voit bientôt se former à la surface de celte membrane un exsudât transparent, épais, riche en fibrine, en cellules et en bacilles. Cetexsudat se concrète, et la fibrine qu’il contient se coagule, enserrant dans ses mailles la partie liquide de 1 exsudation, les globules de pus et les micro-organismes. De nouvelles couches del’exsudat se forment au-dessous de la première, entre elle et la surface de la muqueuse, se concrètent à leur tour, et la fausse membrane s’épaissit ainsi progressivement par l’adjonction des nouveaux matériaux que la muqueuse sécrète incessamment. Déjà très facile à voir et à isoler au bout de quelques heures, elle acquiert une épaisseur considérable, un millimètre par exemple au bout de vingt-quatre heures. Elle présente la consistance bien connue de la fibrine coagulée en lamelles; sa partie superficielle se ramollit et se détruit; l’exsudation elle-même cesse à moins qu’on ne fasse une nouvelle application du jéquirity, ce qui déterminerait une nouvelle membrane semblable à la première.
Ces fausses membranes de jéquirity, comme celles dues à tout autre agent, offrent sur des coupes des filaments ou des plaques de fibrine, formant des lits parallèles entre eux et à la surface de la muqueuse, anastomosés, tantôt très minces, tantôt plus ou moins épais, et alors hyalins. On voit souvent la coupe transversale de ces filaments ou faisceaux, et on peut juger ainsi leur épaisseur variable et leur transparence. Dans les espaces horizontaux qu’ils laissent entre eux, dans les mailles produites par eur entrecroisement, il se trouveun peu de liquide clair, quelques globules blancs et quelques globules rouges. De plus, on rencontre de distance en distance des cellules volumineuses, dont le noyau n’existe plus, qui sont, par conséquent, mortifiées, transparentes, réfringentes, avec des prolongements irréguliers.
Lorsqu’on a affaire à une fausse membrane épaisse, c’est-à-dire datant de vingt à trente heures après le badigeonnage par la macération de jéquirity, les couches profondes, voisines de la muqueuse, ne présentent pas de bacilles. On en trouve seulement dans les couches plus superficielles. Il est facile de s’expliquer la cause de ce siège spécial, si l’on réfléchit que les premières couches de l’exsudât qui se sont formées ont englobé les bacilles
libres à la surface de la muqueuse, et que les couches concrétées les dernières, qui occupent la base delà fausse membrane, n’ont plus rencontré de micro-organismes; on peut donc dire que l’inflammation exsudative, consécutive à l’action irritante des bacilles, fournit à la conjonctive le moyen d’emprisonner ces bacilles et de les rejeter au dehors. Si l’on examine seulement la partie de la fausse membrane adhérente à la muqueuse, longtemps après son irritation jéquirityque, on ne trouve plus de micro-organismes. Quant à ces derniers, on les voit quelquefois, sur les coupes, réunis en petits îlots, présentant bien nettement la forme de bâtonnets ou celle de spores, et entourés le plus souvent par une zone de cellules lymphatiques. Ces petits foyers de cellules migratrices, contenant à leur centre des bacilles, sont entourés par de la fibrine coagulée.
Comme complément de cette leçon, nous publions ici le résumé des communications faites par MM. Gornil et Berlioz à l’Académie des sciences et à l’Académie de médecine sur l’intoxication par le jéquirity.
Sur l’empoisonnement par le jéquirity.
(Notes communiquées à l’Académie des sciences le 17 septembre et le 8 octobre 1883).
La connaissance des microbes de la décoction du jéquirity, bien étudiés par M. Sattler, et la remarquable action thérapeutique de ce liquide sur les trachomes de la conjonctive, démontrée par M. de Wecker, nous ont engagés à rechercher quelle est leur action générale sur l’organisme lorsqu’ils sont absorbés.
Nous nous sommes servis, pour cela, d’un liquide préparé, en faisant infuser pendant vingt-quatre heures, dans 500 gr. d’eau distillée, filtrée, bouillie, puis refroidie, 32 graines concassées de jéquirity, et en versant sur cette infusion de l’eau distillée chaude. Le liquide ainsi obtenu, renfermé dans des vases flambés, bouchés avec de la ouate, reste actif pendant plusieurs semaines et même pendant deux et trois mois.
Dans une première série d’expériences, nous avons injecté de 1 cc, à 2 cc. de cette décoction dans le tissu cellulaire sous-cutané de cobayes et de lapins. Tous ces animaux ont succombé dans l’espace de trente-six à soixante heures, après avoir présenté un œdème inflammatoire de la peau, des microbes dans la cavité péritonéale, un très léger degré de péritonite, des ecchymoses de la muqueuse stomacale, et une hypertrophie très remarquable, souvent accompagnée d’infiltration sanguine, des plaques de Peyer de l’intestin. Ces tuméfactions des plaques de Peyer, qui rappellent celles de la fièvre typhoïde humaine, s’observent, comme on le sait, dans plusieurs espèces de maladies infectieuses, chez le cobaye et le lapin.
Un cobaye à qui l’on avait injecté, sous la peau du ventre, 0 cc. 5 de la décoction, a été atteint d’un œdème inflammatoire de la peau, puis d’un phlegmon profond et d’une gangrène superficielle sèche de la peau, étendue à presque toute la paroi abdominale. Dans la sérosité et le liquide puriforme de ce phlegmon, il y avait une grande quantité àe bacilles. Les poils s’enlevaient très facilement et l’on constatait un grand nombre de spores dans la gaine interne des follicules pileux. Cet animal a guéri et présente aujourd’hui une cicatrice très étendue et glabre.
L’injection sous la peau de 2 cc. de notre liquide, privé de bactéries après filtration suivant le procédé de M. A. Gautier, n’a produit aucun effet pathologique.
L’injection sous-cutanée de 2 cc. 5 d’une solution du principe du jéquirity cristallisé, préparé par M. Chapoteau (fabrique de MM. Rigaud et Dusart), n’a donné aucun résultat appréciable.
Les bactéries du jéquirity en sont donc le seul principe actif.
Dans une autre série d’expériences, nous avons injecté, dans le péritoine et la plèvre des lapins, 0 cc. 25 à 0 cc. 5 ou 1 cc. de notre infusion. Ces animaux sont morts dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures qui ont suivi l’injection. Quelques heures avant de mourir, l’animal était affaibli, ne se tenait plus debout, puis il sautait à une hauteur de 0“,10 à 0“,60 et poussait quelques gémissements avant sa mort. A l’autopsie, on trouvait toujours une inflammation intense des séreuses, qui contenaient un liquide troublé par des globules de pus et des bactéries sous
forme de bâtonnets et de spores, et de filaments ou fausses membranes de fibrine, libres ou accolées à leur surface. Les plaques de Peyer étaient généralement tuméfiées, ainsi que les ganglions lymphatiques. Le poumon, du côté où l’injection avait été faite, présentait les lésions de la congestion et de la broncho- pneumonie.
Dans le plus grand nombre de ces autopsies, nous avons trouvé, du côté du foie, des lésions très intéressantes, causées par les bactéries. Le foie présentait des îlots visibles à sa surface sous forme de taches gris jaunâtre, offrant sur une surface de section la même couleur avec une certaine opacité. Ces îlots, de 0™,5 de diamètre environ, disséminés en plus ou moins grand nombre à la face inférieure ou à la face convexe de l’organe, étaient secs ; le produit du raclage de leur surface de section montrait presque toujours, au microscope, des bâtonnets dejéquirity.
Les coupes de ces îlots, faites après durcissement dans l’alcool, colorées au méthyl-violet B (de la fabrique de Bâle), montées dans le baume de Canada et examinées avec la lentille à immersion homogène n° 10 de Vérick, montraient les particularités suivantes :
A la périphérie de certains lobules hépatiques, une branche interlobulaire de la veine-porte est parfois remplie par une coagulation de fibrine, contenant dans ses mailles une quantité de bacilles caractéristiques du jéquirity. Une pareille thrombose a interrompu la circulation d’une partie d’un lobule hépatique. Dans ces mêmes îlots, un certain nombre des capillaires intralobulaires contiennent, soit des bacilles en petit nombre, avec des globules rouges et des globules blancs, soit des agglomérations de bacilles. En même temps que les bâtonnets, on trouve aussi des spores rondes.
Tout le réseau capillaire des îlots opaques est rempli par des éléments qui consistent en des leucocytes plus ou moins altérés, avec des granulations; quelques leucocytes sont encore assez bien conservés, avec leur protoplasme et leur noyau; mais la plupart sont atrophiés et leur protoplasme n’est plus visible. Leurs noyaux sont souvent fragmentés ; on voit par exemple, deux petits noyaux ou fragments de noyaux réunis par un filament et une grande quantité de granulations résultant de la des-
truction moléculaire des corpuscules sanguins. Presque tous ces éléments ou granules sont colorés en bleu violet; quelques granulations sont colorées en bleu verdâtre. Il n’y a pas de bâtonnets ni de spores bien nets.
En même temps que les capillaires sont remplis par ces débris des globules sanguins, les cellules hépatiques sont mortifiées. Tandis que les cellules normales sont fortement colorées, ainsi que leurs noyaux, les travées de cellules hépatiques des îlots malades sont pâles, incolores ; leurs noyaux, à peine visibles, offrent une teinte à peine bleuâtre ou sont remplacés par des vacuoles. Il existe quelquefois des granulations pigmentaiies jaunes dans les cellules atrophiées et mortifiées, sans qu’il y ait de dégénérescence graisseuse. Ces travées altérées se continuent directement avec les travées de cellules normales. Les capillaires, remplis de débris d’éléments, sont quelquefois revenus sur eux-mêmes et les travées cellulaires ont subi une certaine atrophie.
Dans certains de ces îlots opaques du foie, on ne trouve pas de bactéries, ces dernières étant éliminées ou détruites au milieu de la mortification des éléments du sang et des tissus.
Un de nos cobayes ayant survécu à un phlegmon profond et à une gangrène locale déterminés par l’injection sous-cutanée d'une faible dose du poison, nous nous sommes assurés qu’il avait acquis l’immunité. Nous lui avons injecté, dans le péritoine, une dose de la macération quadruple de celle qui tue infailliblement un animal de même espèce. Il a présenté, les jours suivants, un œdème inflammatoire de la peau de l’abdomen et un abcès souscutané qui n’ont en rien altéré sa santé générale. Le poison injecté dans le péritoine s’est éliminé en grande partie par l’œdènie et par l’abcès sous-cutané.
Lorsque les lapins succombent après une injection sous la peau ou dans une cavité séreuse, on trouve, au lieu de l’inoculation, une inflammation locale et une grande quantité de bacilles, mais il y a tiès peu de ces micro-organismes dans les organes et il est quelquefois impossible de les retrouver dans le sang. Nous avons supposé qu’ils sont éliminés à mesure qu’ils pénètrent dans le sang. Nous en trouvions, en effet, dans l’urine prise dans la vessie, au moment de la mort. Pour vérifier plus sûrement cette
hypothèse de l’élimination des bactéries, nous avons injecté, chez les lapins, dans une veine de l’oreille, 2 ou 3 cc. de la macération dejéquirity. Les animaux mouraient environ six heures après l’injection, après avoir présenté une élévation de 1° à 1,5 de la température rectale, de l’anhélation, de l'affaiblissement musculaire, puis un abaissement de 3 à 4° de la température. Une ou deux heures après le début de l’expérience, ils rendaient à la fois, par l’urine et par une diarrhée muqueuse, une grande quantité de bacilles caractéristiques. Le sang examiné pendant cette période de l’élimination des bactéries montrait des bacilles réunis en petits îlots autour des globules blancs. A l’autopsie de ces animaux, on constatait de la congestion et des ecchymoses des organes et des muqueuses, et, sur les coupes de l’intestin, la présence des bacilles dans les capillaires de la muqueuse et des villosités dans les glandes de Lieberkühn et à la surface du revêtement épithélial.
Quoique les petits mammifères succombent à une maladie septique déterminée par les bacilles du jéquirity, ils n’en présentent qu’un petit nombre au moment de la mort, parce que ces microbes ne trouvent pas dans le sang des animaux à sang chaud un milieu propre à leur développement. Tout au contraire, le sang de la grenouille et probablement des animaux à sang froid constitue pour eux un milieu de culture beaucoup mieux approprié.
Chauffée dans une étuve à 40° pendant quarante-huit heures, la macération dejéquirity n’offre plus que des bâtonnets minces, ou des spores, presque tous sans mouvements.
L’injection de la macération dejéquirity, chez les grenouilles, détermine une maladie virulente caractérisée par la présence de myriades de bacilles vivants, animés des mouvements les plus actifs dans toute la masse du sang et de la lymphe.
Nous avons injecté d’abord de 1/4 à 1/2 centimètre cube dans le sac lymphatique dorsal. Les animaux mouraient en deux ou trois jours, après avoir montré un affaiblissement musculaire et un œdème progressifs, des ecchymoses aux orteils et en divers points de la peau, quelquefois du mucus sanguinolent dans la bouche. Le sang du cœur et de tous les vaisseaux contenait une quantité considérable de bactéries vivantes. Le même résultat
suivait l’injection de la macération du jéquirity dans le péritoine. L’autopsie de ces animaux montrait une grande quantité de bacilles vivants dans les cavités séreuses, dans les milieux liquides de l’œil, dans le ganglion abdominal et partout dans le sang. Les coupes des organes durcis, colorés avec les couleurs d’aniline, et montées dans le baume, donnent les préparations
Fig. 1. — Bacilles du jéquirity.
1 . Diverses formes des bâtonnets et de leurs spores dessinés à un grossissement de 1000 diamètres ; 2, les mêmes bacilles, dans un vaisseau du mésentère de la grenouille (300 diamètres); 3, cellules ^ lymphatiques telles qu’on les trouve dans les vaisseaux du foie et dans le ganglion mésentérique de la grenouille (600 diam.).
les plus démonstratives. Les capillaires du poumon, du foie, de Y l’intestin, du rein, les veines de la rate, les vaisseaux de la >. moelle des os, de la vessie, etc., contiennent partout des bacilles fc libres, ou accolés aux cellules lymphatiques situées dans le pro- % toplasma de ces dernières. Les cellules lymphatiques du^anglion ÿ abdominal en sont tout particulièrement remplies. »
Les bacilles n’existent que dans le sang, dans la lymphe et dans les liquides, excrémentitiels, urine, mucus intestinal. 1
La cornée, les tissus fibreux et ligamenteux à faisceaux serrés, 5 les lamelles osseuses, les tubes nerveux, ne sont pas pénétrés ÿ
par eux. Les cellules de parenchymes, du foie, du rein, etc., ne ^
présentent pas de lésion appréciable. On n’observe pas non plus de coagulation du sang dans les vaisseaux, ni d’infarctus.
L’injection d’une faible quantité de macération de jéquirity, %
deux à trois gouttes, produit chez les grenouilles la même maladie; la mort survient en trois, quatre ou cinq jours. Le sang d’une grenouille malade est lui-même virulent. En injectant moins d’une goutte de ce sang dans le sac dorsal d’une grenouille, elle succombe au bout de quatre à dix jours avec une généralisation des microbes dans le sang et dans les liquides de toute l’économie.
Cette maladie virulente de la grenouille est comparable au charbon par le grand nombre des microbes aérobies qui se développent dans le sang et rendent l’hématose impossible.
Conclusions. — Les bacilles de jéquirity produisent des effets différents suivant l’espèce des animaux expérimentés, le lieu de l’inoculation et la dose employée.
Chez les petits mammifères, leur absorption par la peau, à petite dose, produit des phénomènes locaux d’inflammation ou de gangrène et confère l’immunité. A plus haute dose, il s’ensuit une maladie virulente mortelle. Injectés dans le péritoine, les bacilles donnent lieu à un péritoine et parfois à des infarctus du foie avec coagulation du sang dans certaines branches de la veine porte qui contiennent des bacilles. Les cellules hépatiques sont mortifiées dans ces infarctus.
Chez les grenouilles et probablement chez d’autres espèces d’animaux à sang froid, on détermine une maladie virulente caractérisée par la pullulation extraordinaire des bacilles dans le sang et la lymphe. Cette maladie se développe par l’inoculation d’une très faible quantité de poison et elle est inoculable par le sang.
Note sur l'empoisonnement des poules par le jéquirity.
(Lue à l’Académie de médecine le 29 janvier 1884.)
Les bactéries de la macération des graines du jéquirity, injectées dans le tissu cellulaire sous-cutané des poules ou dans la séreuse péritonéale, déterminent des accidents généraux et locaux et des lésions anatomiques tout à fait comparables aux symptômes et aux altérations que M. Pasteur a provoqués par le microbe du choléra des poules.
Que l’on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané, en soulevant la peau, au niveau du grand pectoral, de façon à ne pas toucher le muscle, de dix gouttes à un demi-centimètre cuhe de la macération de jéquirity, l’animal succombe au bout de vingtquatre à quarante-huit heures, suivant la dose employée. Quelques heures après l’injection, si la dose a été forte, la poule est prise de diarrhée abondante. Le liquide de la diarrhée contient une quantité considérable de bacilles. La poule se met en boule, reste immobile, les yeux fermés, et bientôt elle tombe sur le côté.
A l’autopsie, on constate un œdème considérable de la peau au niveau du grand pectoral; l’épaisseur de la peau, qui est très mince, à l’étal normal, atteint un ou deux millimètres; elle est œdématiée, infiltrée par un liquide clair ou un peu louche rempli d’autant de bactéries que dans l’infusion injectée; le tissu cellulaire sous-cutané, infiltré du même liquide, a pris une apparence gélatini^orme. Le muscle grand pectoral est transformé dans sa presque totalité, très tuméfié, gris jaunâtre, dur, opaque, absolument comme à la suite de l’injection du microbe du choléra des poules. Lorsqu’on le sectionne, on apprécie sa densité, la couleur grise et l’opacité de ses fibres.
L’examen microscopique offre exactement les mêmes lésions que dans le choléra, les cassures transversales et la mortification des faisceaux musculaires, les bandes épaisses du tissu conjonctif infiltrées de fibrine et de cellules lymphatiques, etc.; la seule
1 différence gît dans la nature des microbes qui s’y trouvent en quantité.
I Le sang pris dans le cœur de la poule au moment de la mort i et avec toutes les précautions usitées, contient des bacilles du , jéquirity. Il en existe plusieurs dans chaque champ de microscope ! •> lorsqu’on examine une préparation du sang du cœur desséché sur une lamelle et coloré. Naturellement, le sang de tous les organes, poumon, foie, etc., en contient aussi, i Les poumons sont congestionnés, surtout à leur base; il en i est de même de la surface séreuse et muqueuse du tube gastrointestinal ; le contenu de l’intestin, jaunâtre et tout à fait liquide,
t fourmille de bacilles animés de mouvements très actifs.
Si l’injection du jéquirity est faite dans le péritoine, elle détermine une péritonite avec des fausses membranes fibrineuses solides, dures, épaisses, jaunes, ambrées, interposées aux intestins auxquels elles adhèrent faiblement, occupant tous les interstices et cavités entre les organes, si bien qu’elles remplissent l’abdomen comme une injection de suif liquide qui s’y serait solidifié.
Ces fausses membranes montrent des travées de fibrine, des cellules lymphatiques, des bacilles et des spores de jéquirity.
Dans cette péritonite, qui se termine aussi par une intoxication mortelle si la dose du poison est suffisante, il existe une diarrhée abondante avec deç bacilles dans le mucus intestinal.
Lorsque la dose de la décoction injectée sous la peau est plus faible, de deux à huit gouttes, la santé générale n’est pas troublée profondément; les phénomènes locaux, l’œdème de la peau et l’œdème phlegmoneux sous-cutané, la tuméfaction inflamâiatoire et nécrosique si intenses du grand pectoral sont identiques et s’accusent même davantage parce que la durée de la survie permet de les observer dans leurs modifications successives.
7 Vers le second et le troisième jour, l’épiderme superficiel de la . .oeau infiltrée se soulève, se ramollit, se détruit par places, et ■ iaisse passer du liquide contenant des masses considérables de )acilles. Ces derniers sortent avec des gouttelettes de liquide •ar les orifices des gaines des plumes lorsque celles-ci sont '.ombées.
Le derme peut lui-même s’ulcérer et il en résulte une issue d’une quantité de liquide contenant des bacilles et des cellules lymphatiques. Cette ulcération, qui communique avec un clapier interposé au muscle pectoral mortifié et à la peau, laisse voir dans sa profondeur le muscle pectoral transformé en un séquestre d’abord jaunâtre, puis gris, dur, momifié comme un morceau de bois. L’élimination des bacilles et du liquide cesse à un moment donné et la peau se réapplique au muscle mortifié. Pendant toute cette évolution la poule est parfaitement bien portante.
Le séquestre musculaire examiné à l’œil nu et au microscope, deux mois après le début de l’intoxication, est tout à fait semblable à celui du choléra des poules. Je ne reviens pas sur cette description qui a été si bien faite par M. Pasteur, et sur l’histologie de laquelle nous ne pourrions que répéter ce que l’un de nous a publié dans les Archives de physiologie (numéro de décembre 1882).
Quinze jours après l’inoculation, les bacilles onltout à fait disparu de la peau et du muscle mortifié; on n’en trouve plus trace; ils ont été éliminés, et cependant les lésions inflammatoires et nécrosiquçs, déterminées par eux chez les poules, n’en persistent pas moins longtemps après.
Nous avons voulu constater si les poules injectées d’abord avec le jéquirity avaient contracté une immunité pour une nouvelle intoxication.
Nous avons pris pour cela deux poules, chez lesquelles nous avons introduit sous la peau, le 8 novembre, huit gouttes de la macération. L’une d’elles avait présenté des perforations spontanées et un décollement de la peau aU niveau du séquestre musculaire, et ces ulcérations étendues de la peau laissaient voir le muscle momifié. Chez la seconde, la peau était intacte au niveau du séquestre.
Nous avons injecté, le 2 janvier, dans le péritoine de ces deux poules, une dose relativement considérable de jéquirity, trois quarts de centimètre cube.
La première, celle qui avait une large perte de substance de la peau, n’a été nullement affectée par cette injection nouvelle; la solution de continuité au niveau de laquelle la peau était sèche,
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est bientôt devenue humide, et a laissé s’écouler, pendant plusieurs jours, un peu de liquide contenant des bacilles du jéquirity.
En d’autres termes, les bactéries, injectées en masse dans le péritoine, sont sorties en partie par la plaie cutanée, en partie par les autres voies d’élimination, et la poule n’a été nullement malade.
La seconde poule, dont la peau était intacte, a succombé douze jours après la seconde injection avec de la diarrhée contenant des bacilles et avec une péritonite caractérisée par des fausses membranes fibrineuses, épaisses, remplissant tout l’abdomen dont elles agglutinaient les organes,
La première avait contracté une immunité absolue due, suivant toute vraisemblance, à ce qu’elle pouvait éliminer le poison par la peau. La seconde a certainement résisté au jéquirity beaucoup plus qu’elle ne l’aurait fait si elle n’avait pas déjà été en partie vaccinée.
Ces expériences relatives à l’immunité, pour le jéquirity, seront continuées, mais nous avons voulu en communiquer les premiers résultats à l’Académie.
Dans nos recherches sur le jéquirity, nous n’avons pas cédé au vain désir de produire des maladies nouvelles alors qu’il en existe tant dont l’étiologie est peu connue; mais nous avions pour but de présenter des faits précis montrant comment se fait l’élimination des bactéries pathogènes.
I Dans d’autres publications, nous avons démontré l’élimination,
I par les follicules pileux de la peau du cobaye, des bacilles contenus dans l’œdème inflammatoire déterminé par une injection de jéquirity. Le même phénomène a lieu chez la poule. Chez le cobaye et le lapin nous avons vu des abcès caséeux du tissu cellulaire, des mortifications de la peau, des inflammations chroni-
I ques scléreuses persister pendant des mois, alors que les bacilles
I qui étaient la cause initiale de ces lésions avaient été depuis
II longtemps éliminés Ou détruits. Le séquestre du muscle pectoral »:et les lésions qui l’accompagnent nous oflrent des phénomènes du même ordre; causés d’abord par les bacilles, ils évoluent ensîuite d’une manière indépendante et ils persistent pendant un cemps très prolongé.
Ces exemples montrent que, dans les maladies chroniques causées parles bactéries, celles-ci peuvent avoir disparu alors qu’une série de lésions de nature inflammatoire et chronique, abcès caséeux, mortification, ulcérations, gangrène, durent indéfiniment. A un moment donné on ne trouve plus de bactéries dans les foyers d’inflammation chronique ou de gangrène et, cependant, l’expérimentation prouve que toutes ces altérations pathologiques ont été déterminées par des micro-organismes. Mais lorsque ces derniers ont été éliminés, les modifications pathologiques des tissus n’en existent pas moins et elles continuent à évoluer sans eux. Ces données doivent être appliquées à l’anatomie pathologique humaine et, en particulier, aux lésions de la tuberculose qui sont loin d’être toujours en rapport avec la quantité des bacilles observés.