‹ Leçons sur l'accouchement comparé dans les races humainesChapitre 4 sur 17 · ÇO <? W · texte numérisé non relu

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Une fois la fécondation accomplie dans l'espèce humaine, la menstruation cesse à l'état physiologique. Dans les autres espèces, c'est le rut qui prend fin. Mais si la femelle avait été couverte sans que la fécondation ait eu lieu, ce qui est assez fréquent, les folies continuent et la femelle recherche encore le mâle. Quelquefois, cependant, l'imagination s'en mêle et on a vu des chiennes, animaux qu'il nous est plus facile d'observer, deux mois après le rapprochement sexuel, chercher une place pour déposer leurs petits, s'y coucher, attendre et même se prêter à un allaitement imaginaire. Dans cet état, si l'on vient à chercher les mamelles de la chienne, on les trouve gonflées, turgescentes, mais sans contenir un véritable lait.

Chez certaines femmes hystériques des phénomènes analogues se rencontrent quelquefois; ils ont été décrits par les accoucheurs sous le nom de grossesse nerveuse ou fausse grossesse.

Nous avons dit que la durée moyenne de la grossesse chez la femme était de 270 jours dans toutes les races. Chez certaines in dividualités il peut y avoir un écart de quelques jours en moins ou en plus. Mais rarement on a vu la grossesse durer au-delà de 290 jours. Dans sa sagesse, la loi accorde 300 jours aux veuves, après le décès de leur mari, pour faire légitimer un enfant posthume. D'après le docteur Mondière les femmes de l'extrême Orient verraient se terminer leur grossesse dans les limites tout à fait physiologiques des 270 jours indiqués. Mais on comprend combien il est difficile d'estimer la durée d'une grossesse à quelques jours près, puisque la conception n'est pas toujours en rapport immédiat avec le coït fécondant, et qu'un intervalle de plusieurs jours peut exister entre eux.

Nous avons vu dans le tableau précédent que la femme n'avait généralement qu'un enfant à la fois et que les grossesses gémellaires étaient rares clans l'espèce humaine. Des exceptions existent cependant et, dans certains pays, l'Irlande, la Pologne, par exemple, pour ne parler que de l'Europe, les grossesses bi, tri, et même quadrigémellaires se rencontreraient encore assez fréquemment, sans qu'on puisse donner une raison plausible de cette particularité. -

Bien que ce fait se passe dans des pays pauvres, je crois qu'il y a là une influence ethnique et que la pauvreté qui a été invoquée comnie une cause de multiplicité d'enfants ne saurait avoir la mémeinfluencesur le nombre de jumeaux. Dans rindo-Chine,M. Mondiôre nous apprend que l'arrondissement de Bcutré fournit à lui seul 00 0/0 de grossesses gémellaires, alors que dans le reste de la contrée elles sont excessivement rares. Ces sortes de grossesses seraient aussi assez fréquentes au Cambodge.

Il n'y a aucun rapport à établir entre les grossesses multiples et la fécondité en général. Ainsi, dans la race nègre, qui est très féconde, les grossesses gémellaires sont rares.

En Europe, on reconnaît généralement que ce sont les Allemands et les Anglais chez lesquels la fécondité des unions est le plus élevée, sans qu'on y remarque davantage de grossesses doubles, sauf pour l'Irlande où les grossesses simples sont également nombreuses.

Il me serait impossible, Messieurs, de vous faire connaître avec exactitude le degré de fécondité des unions légitimes ou illégitimes par races, par peuples ou même par climats.

Un temps viendra où l'exemple donné par la France se propagera et où des bulletins de statistiques, comme ceux qui sont publiés par M. Bertillon, nous feront connaître dans chaque pays l'état des naissances et des décès, car c'est encore un élément qu'il ne faut pas négliger que les décès, si l'on veut obtenir les notions nécessaires pour apprécier le degré de prospérité d'une nation ou la vitalité d'une race. Les Etats-Unis d'Amérique possèdent ces statistiques, et c'est encore là un des pays où la fécondité des unions est considérable; mais, composée de plusieurs races, la population des Etats-Unis ne peut nous fournir de documents comparatifs utiles pour résoudre la question qui nous occupe.

Dans notre Fratfce, on accuse une progression très lente de la population qui paraît nous placer dans un état d'infériorité en face des races anglo-germaines. Je crois qu'il faut voir en cela, non pas une influence ethnique, mais plutôt une influence religieuse et sociale.

Le protestantisme pratiqué par les Allemands et les Anglo-Saxons

avec plus de rigueur que nos populations ne suivent le catholicisme, met un frein à cette déplorable habitude, qui se répand môme dans nos campagnes, de limiter aux ressources qu'il peut avoir le nombre des enfants d'un ménage. La preuve que la race Française est encore pleine de vie et féconde, c'est le nombre assez grand des familles de province restées fidèles à la vie patriarcale que ni le bien-être, ni le luxe avec ses conséquences, n"a empêché d'avoir six à huit enfants. Il en est de même au Canada où les familles françaises sont, pour le moins, aussi fécondes que les familles anglaises.

D'une manière générale, la fécondité est plus grande dans les pays froids que dans les pays chauds. Dans ceux-ci, d'ailleurs, la précocité des mariages ou des unions sexuelles est contraire à la fécondité (voir nos tableaux statistiques).

Néanmoins en Sénégambie on voit fréquemment les ménages avoir 5 à 6 enfants (Thévenod). A Ardra, ils n'en ont en moyenne que 2 ou 3. Dans FOcéanie la fécondité est également restreinte. Dans la Nouvelle-Calédonie. où elle est aussi peu développée. Patouillet nous apprend que les grossesses gémellaires sont à peu près inconnues. Par contre, au Bénin et sur toute la côte des esclaves, non seulement les femmes sont très fécondes, mais encore les grossesses de jumeaux s'y observent souvent (Feris).

Chez les peuples où les femmes sont forcées d'accomplir des travaux excessifs pour leurs forces, les avortements accidentels sont fréquents et les accouchements à terme rares. De même dans les pays où se pratiquent sur une grande échelle les avortements criminels. La vie du harem, chez les mahométans. est contraire à la fécondité des unions. L'abus des rapprochements sexuels chez les jeunes mariés produit, temporairement du moins, le même résultat. L'alcoolisme dans nos populations ouvrières tend à faire diminuer le nombre des enfants. Il en est de même des mariages consanguins et de certaines maladies endémiquesquidansplusieurs pays prédisposent à Favortement (malaria, fièvres pernicieuses). Malgré toutes les causes de dépopulation qui semblent se donner rendez-vous dans l'extrême Orient, particulièrement en Chine, les races de ces pays n'en sont pas moins très prolifiques.

la dernier point est encore à envisager dans ia question qui nous occupe, c'est de savoir quelle peut être l'influence de la polygamie ou de la monogamie sur la fécondité dans les races. Il faut avouer que cette influence est très obscure. C'est qu'en eflet dans nos nations européennes, où la monogamie existe de droit, elle est loin d'exister toujours de fait : et, d'autre part, si l'habitation du harem restreint la fécondité chez les mahométans. chez les mormons, au contraire, où existe aussi la polygamie, mais où la femme vit à l'état libre, la natalité est. dit-on. considérable.

Quoi qu'il en soit de toutes ces considérations, chez tous les peuples la fécondité est en honneur, ce qui n'empêche pas dans les pays civilisés la pratique du moral restreint: chez les nations barbares Pavortemenl el quelquefois même l'infanticide: chez quelques nations nègres et enfin chez les Arabes la recherche des femmes de forte corpulence, persuadés qu'ils sont que l'obésité chez la femme est une cause de stérilité (Bertherand).

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