‹ Leçons sur l'accouchement comparé dans les races humainesChapitre 5 sur 17 · DES PREMIERS SIGNES DE L V GROSSESSE DANS CHAQUE PAYS · texte numérisé non relu

DES PREMIERS SIGNES DE L V GROSSESSE DANS CHAQUE PAYS

Il est clair que trop peu de différences anatomiques existent dans les diverses races humaines pour que les signes de la grossesse ne soient pas à peu près partout les mêmes.

Mais chaque pays ayant sa méthode pour reconnaître ces signes, je dois. Messieurs, m'arrèter quelques instants sur la manière de les apprécier dans les diverses contrées du globe.

Il est certain qu'en Europe, en Amérique, et partout où la science obstétricale a suivi le mouvement ascensionnel des autres sciences, les méthodes portent surtout sur la connaissance des signes certains (mouvements actifs, bruits du cœur) auxquels on ajoute les signes de probabilité. Mais dans les contrées où les accouchements sont abandonnés à des matrones qui ne suivent qu'un grossier empirisme . dans celles où un charlatanisme ignorant repousse toute investigation physique pour n'admettre que des appréciations sans bases sérieuses, à peine les signes de probabilité et ceux appelés par Dubois de présomption entrentils en ligne de compte.

Ainsi, en Europe et en Amérique, les accoucheurs comptent parmi les troubles fonctionnels du début de la grossesse, les modifications de la menstruation, des digestions, des sécrétions, de la circulation, de Y innervation et de la respiration.

La menstruation est ordinairement supprimée, mais on sait que parfois elle peut persister pendant les premiers mois ou du moins des pertes qui reviennent soit aux époques menstruelles, soit dans leur intervalle. On sait aussi que certaines femmes peuvent devenir grosses sans être réglées (aménorrhées, nourrices) ou l'étant irrégulièrement, douloureusement (dysménorrhée).

Au vieux Calabar et dans presque toutes les nations môme les plus arriérées les matrones savent bien qu'une femme qui n'a plus ses règles est enceinte, mais elles ne savent pas qu'une femme pourrait être enceinte tout en voyant encore son sang d'une façon intermittente: ou elles ne pourraient soupçonner une grossesse chez une fille qui ne serait pas réglée du tout.

Et il en est de même dans beaucoup d'autres pays.

Quant aux troubles digestifs, qui consistent, comme on sait, dans les pays civilisés en nausées, en vomissements, constipation, quelquefois diarrhées, appétit bizarre, déréglé, etc., il n'en est question dans aucun pays où l'enfantement est considéré comme une fonction naturelle.

Du côté des sécrétions, cependant, et notamment du côté du développement de la glande mammaire et des diverses dispositions du pigment cutané, les matrones de l'Afrique, celles de l'Asie, et jusqu'aux indigènes eux-mêmes savent reconnaître, non seulement la turgescence du sein, mais même celle du mamelon et la coloration de son aréole.

C'est cette raison qui fait que les nègres du Soudan occidental et du centre de l'Afrique se sont toujours opposés à ce que leurs femmes et leurs filles missent des robes qui leur cachassent le sein, car dans ce cas ils ne pourraient se rendre compte par la vue du commencement d'une grossesse, et, d'après Archibald Hervan, il paraîtrait qu'ils apprécient l'utilité de ce diagnostic (Edimb. M)J{, 1884).

En Cochinchine la continuation des règles pendant la grossesse serait excessivement rare ; mais, par contre, les troubles digestifs,

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et en particulier les vomissements se présenteraient assez souvent au début d'une gestation (Mondière).

En Chine, chez les Hindous et même chez les Arabes, bien déchus aujourd'hui de leurs anciennes connaissances médicales, les sages-femmes sont incapables de reconnaître une grossesse, avant l'apparition des signes certains.

Il faut avouer, du reste, que. même en Europe, tout en réunissant les signes de présomption et ceux de probabilité, c'est à peine, si, dans quelques cas douteux, nous oserions nous prononcer si nous n'avons perçu les mouvements actifs et passifs du fœtus ou entendu les bruits du cœur.

En Chine, au Tonkin, et chez les Annamites, on attache moins d'importance aux troubles de la sécrétion qu'en Afrique.

Chez quelques peuples de ce dernier continent, en effet, les maris jaloux, et ils sont nombreux chez les nègres, lorsqu'ils ont de bonnes raisons de croire qu'ils ne sont point les auteurs de la grossesse de leurs femmes, soumettent celles-ci à de cruelles épreuves dont les plus vertueuses ne se tirent pas toujours avec succès. C'est ainsi que Battel, dans VHistoire générale des voyages [t. XVI, p. 379), raconte qu'au Loango, « lorsqu'une femme du roi devient grosse, toute la sagesse de sa conduite n'empêche pas qu'on ne fasse avaler le poison d'épreuve (bonda) pour elle à quelque esclave. Si ce dernier succombe, la femme est brûlée vive et son complice enterré vivant. »

Mais en Afrique comme en Europe, il est avec le ciel des accommodements. Les prêtres (devins ou sorciers) chargés de préparer le poison d'épreuve, sont très accessibles aux cadeaux que la malheureuse femme devra faire proportionnellement à sa fortune pour se tirer de ce mauvais pas.

Quant aux Chinois, avec la vanité qui caractérise cette nation, les médecins ont la prétention de diagnostiquer et de déterminer l'époque d'une grossesse, des complications, l'état de souffrance ou de vie du fœtus, par l'examen du pouls et de la langue de la mère.

A la turgescence du sein, comme signe de grossesse, les nègres ajoutent le brunissement de l'aréole qui devient plus noire encore qu'à l'état normal et surtout un changement ethnique remarqua-

ble dans ces races qui consiste en une coloration blanc cendré de la face et de la partie supérieure de la poitrine avec mélange de taches jaunâtres qui remplacent sans doute chez eux les éphélides de la race blanche (masque).

Nous n'avons aucun renseignement sur la coloration de la ligne brune ventrale qui doit se confondre dans la couleur noire générale de la peau, eur la sécrétion des glandes salivaires et vaginales, pas plus que sur les produits anormaux de l'urine pour l'étude desquels je vous renvoie à mon Manuel pratique de l'art des accouchements (Paris, 4e édition).

Il est probable que les modifications dans la circulation sont les mêmes dans toutes les races et que l'hyperthrophie du cœur, l'abaissement des chiffres des globules rouges du sang, la stase sanguine dans les veines et les capillaires des membres inférieurs se rencontrent chez toutes les femmes et dans tous les climats, sauf pourtant dans la race nègre où, d'après Chassaniol, les varices sont rares, malgré le développement très considérable de l'appareil veineux.

Il doit en être de même des troubles mécaniques de la respiration. Il faut toutefois tenir compte que dans les pays incivilisés, si un travail excessif est imposé aux malheureuses femmes enceintes sans égard pour leur état, d'un autre côté, ces femmes ne portent ni corsets, ni jarretières, ni ceintures qui puissent gêner la circulation, favoriser la stase sanguine des extrémités et s'opposer mécaniquement à l'expansion des mouvements respiratoires.

Quant aux troubles de l'innervation qui jouent un rôle si important chez nos femmes d'Europe et se transforment trop fréquemment en névroses, ils sont peu marqués dans la race nègre, où de fait on ne rencontre presque jamais l'éclampsie pendant le cours de la grossesse, mais chez laquelle, en revanche, on trouve le tétanos à la suite des couches. Lachorée ne paraît pas exister, en Afrique du moins, comme complication de la grossesse, et ne peut en conséquence être considérée comme un signe même de présomption dans les grossesses douteuses.

Dans la prochaine leçon, Messieurs, nous étudierons les signes probables et les signes certains de lagrossesse considérés dan s les races.

SIGNES PROBABLES ET SIGNES CERTAINS DE GROSSESSE RECONNUS D'UNE FAÇON A PEU PRÈS UNIVERSELLE. — MOYENS D'iNVESTIGA- TIUN EMPLOYÉS PLUS SPÉCIALEMENT DANS LES PAYS CIVILISÉS.

Pour compléter l'ensemble des premiers signes de la grossesse dont nous avons parlé dans la leçon précédente, il me reste a vous entretenir, Messieurs, des signes probables et des signes certains appelés par les auteurs signes de probabilité et de certitude.

Dans les premiers nous rangerons les modifications de la partie supérieure de l'utérus et le ballottement abdominal (mouvements passifs).

Ainsi, non seulement le volume du ventre augmente, ce dont tous les peuples peuvent s'apercevoir, mais l'utérus en particulier subit une augmentation graduelle qui réclame pour son appréciation une certaine habitude.

A 3 mois, le fond de l'utérus atteint la partie supérieure du pubis.

A 6 mois, il est un peu au-dessus de l'ombilic.

A 9 mois, un peu au-dessous de l'épigastre.

Il est évident qu'à 4 et 5 mois, 7 et 8 mois, le fond de l'organe gravide occupera des points intermédiaires à ceux que nous venons de désigner, et cela dans toutes les races, sans exception.

De même, la consistance de l'utérus sera diminuée, son tissu ramolli. Sa forme, qui est celle d'une poire aplatie dans l'état de vacuité, devient sphéroïde d'abord, puis ovoïde. Sa direction, qui

déjà a une tendance à s'incliner à gauche, s'accentue le plus souvent dans ce sens, en môme temps que. de haut en bas. On a cependant vu l'utérus persister sur la ligne médiane et quelquefois môme s'incliner adroite. Mais on ignore si, dans les races exotiques, cette dernière direction a été observée. Enfin, la position de l'utérus, par le fait de la grossesse, devient telle que le bord latéral gauche de l'organe se porte en avant et le bord latéral droit s'enfonce en arrière ; la face postérieure a donc une tendance à se porter en avant. Ce changement de position est très sensible chez la vache, où la face postérieure devient antérieure, par suite d'un mouvement prononcé de torsion du col sur son axe, ce qui n'est pas sans amener parfois pour les vétérinaires des cas graves de dystocie. Il serait à désirer que nos chirurgiens de marine qui parfois peuvent, dans les colonies, avoir l'occasion de faire l'autopsie de femmes d'autres races mortes pendant la grossesse vérifiassent si, chez ces femmes, le mouvement de torsion est plus accusé pendant la grossesse que chez nos femmes d'Europe et si ces races ne se rapprocheraient pas par là d'autres espèces animales.

Enfin le ballottement abdominal, c'est-à-dire les mouvements passifs communiqués au fœtus par la main de l'accoucheur et perçus par lui, constituent un excellent signe probable de la grossesse.

Toutefois, ce dernier signe n'est guère recherché que dans les contrées où l'obstétrique s'est élevée à la hauteur d'une science et cependant il rend d'immenses services, môme dans la médecine vétérinaire.

Dans nos milieux scientifiques, ce n'est point seulement par l'appréciation du volume du ventre et de la matrice que l'on établit les signes probables de la grossesse, mais aussi par les modifications de la partie inférieure de l'utérus et de son col. On comprend qu'en l'absence de connaissances anatomiques les matrones qui assistent les femmes pendant leur grossesse et leur accouchement ne songent pas à faire ces recherches : mais en Europe, et généralement dan6 tous les pays civilisés où l'on pratique le toucher, cette petite opération sert, non seulement à faire apprécier Vaug-

mentation de volume du corps de l'organe gestateur, mais aussi le ramollissement et surtout l'état du col qui, lui aussi, diminue de consistance et se ramollit de bas en haut. Sa forme, chez les femmes enceintes pour la première fois, ressemble à un fuseau renflé à son centre et fermé à ses deux extrémités. Il est à remarquer que chez ces femmes, que Ton dit primipares, l'orifice externe reste fermé jusqu'à l'accouchement, sauf quelques rares exceptions. Il serait cependant curieux de savoir comment se comporte le col dans la race Ouolove où. vous vous en souvenez, nous avons décrit cet organe comme saillant et volumineux, de même que dans certaines races autochtones de l'Asie où nous savons combien tout ce qui touche aux organes de la génération est exagéré. Quid également des races préhistoriques ?

Quoi qu'il en soit,nous trouvons encore, dans nos contrées occidentales, que la forme du col, chez les femmes déjà mères, varie aussi dans cet orifice externe qui, au contraire du cas précédent, est largement ouvert, tandis que Yorifice supérieur ou interne reste fermé, ce qui laisse à la cavité de cet appendice l'apparence d'un éteignoir ou d'un bonnet de prêtre.

Au début de la grossesse, le col, chez les deux espèces de femmes dont nous venons de parler, primipares et multipares, paraît s'abaisser, devenir plus accessible au doigt investigateur ; mais à partir du 3e mois il s'élève dans toutes les races, en dehors des lois de la pesanteur, et devient souvent à la fin de la gestation très difficile à atteindre. En même temps il sHncline à gauche et en arrière et quelquefois, si fortement, qu'il devient inaccessible, par suite de l'inclinaison contraire du corps de l'organe.

Il est à croire que chez les peuples où les femmes sont obligées à de rudes travaux que n'interrompt pas toujours la grossesse, ces déviations de l'utérus gravide sont encore exagérées. Le peu de respect que certaines races sauvages professent pour la vie de l'enfant et parfois pour celle de la mère, ne leur font prendre aucune précaution à cet égard.

Enfin, dans toutes les races la longueur du col diminue dans

les dernières semaines et notamment dans les quelques jours qui précèdent l'accouchement.

Un mode de recherches qui appartient spécialement aux centres scientifiques, c'est l'auscultation dont nous parlerons tout à l'heure.

Par ce moyen, les signes probables s'enrichissent encore de la perception des bruits de souffle divers qui se passent, pour la plupart, dans les vaisseaux maternels au moment où ceux-ci pénètrent dans l'utérus augmenté de volume, mais dont quelques-uns dépendent de la circulation fœtale. Dans le premier cas, ils sont isochrones au pouls maternel, fugaces, et, le plus souvent, entendus dans les régions latérales et inférieures de la matrice. Ils persistent en s'éteignant quelques jours après l'accouchement (1).

Dans le second cas, au contraire, beaucoup plus rapides, ils sont variables suivant la position qu'occupe le fœtus et disparaissent avec l'expulsion de celui-ci.

Tels sont les signes probables de lagrossesse qui jouissent d'une grande valeur dans les pays civilisés, mais sont à peu près inconnus, il faut bien le dire, sauf ceux apparents à l'œil, dans les contrées sauvages. Au contraire, les signes suivants, ou la plupart d'entre eux, sont généralement les seuls sur lesquels les peuples incivilisés basent le diagnostic de la grossesse, je veux parler des signes certains.

Parmi ces signes, il faut encore faire un choix en raison, non des signes eux-mêmes, mais de la manière de les apprécier.Ainsi dans tous les pays du monde, sous toutes les latitudes, les femmes ressentent les mouvements actifs ou propres du fœtus ; mais tandis qu'en Afrique, en Asie, il suffit que la femme ressente remuer son enfant pour que la grossesse soit confirmée, en Europe, au contraire, ce signe n'a de caractère de certitude que s'il a été perçu par l'accoucheur lui-môme la main placée sur le ventre de la femme supposée enceinte.

(t) Voir les caractères des bruits de souffle dans mon Manuel des accouchements, déjà cité, p. 98, 4- éd.

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Vers la fin du 3e mois, en Cochenchine, mais le plus souvent dans la première moitié du 4% dit M. Mondièrc. in loco citato. la femme sent son enfant remuer. Alors elle va l'annoncer à toutes ses voisines, avec l'air de la plus vive satisfaction, en disant à chaque mouvement du fœtus : G), côt. « il va s'amusant, ou plus exactement, il s'amuse en se balançant ».

En Europe, chez les primipares surtout, les premiers mouvements sont à peine reconnus par les femmes ; mais vers la moitié du 4e mois et a fortiori au commencement du 5°. ils deviennent si manifestes que la main de l'accoucheur, placée sur le ventre de la femme peut les percevoir facilement.

En dehors de nos centres scientifiques, il est peu de nations où l'idée de toucher les femmes grosses se soit fait jour ; cependant, outre les modifications du col, dont nous avons déjà parlé, les sages-femmes pourraient reconnaître la ballottement fœtal qui est un signe considéré par la plupart des accoucheurs modernes comme un véritable signe certain de grossesse.

Quelle sensation pourrait, en effet, être comparée à celle que procure le ballottement ? Vainement alléguera-t-on la possibilité d'une tumeur pédiculée, d'une hydrométrie, d'un kyste autre que le kyste fœtal, rien ne pourra donner au doigt la double sensation que procure le choc en retour dans le ballottement vaginal, si ce n'estle fœtus lui-même nageant dans le liquide de l'œuf. Ce signe est bien supérieur au ballottement abdominal dont nous avons déjà parlé et dans lequel on perçoit rarement le choc en retour. Du reste, en combinant ces deux modes de sensations, on confirme d'une manière absolue l'existence d'une grossesse. Je ne vous indiquerai pas, Messieurs, où vous devrez placer votre doigt pour cette perception, ceci est de l'enseignement classique, et j'ai affaire avec vous à des confrères trop instruits pour que j'aie à entrer dans de pareils détails.

Une autre série de signes certains qui ne sont envisagés que dans les pays civilisés et l'un deux je dirai presqu'en France seulement, ce sont ceux qui sont fournis par l'auscultation.

Soit directement, soit par l'intermédiaire du stéthoscope, vous entendez les bruits du cœur fœtal qui sont tout à la fois des

signes certains de grossesse et des signes de diagnostic des diverses présentations et positions fœtales.

Longtemps les théories de Depaul ont fait loi dans la recherche des positions fœtales par l'auscultation. Dans ces dernières années, l'école de la Maternité a démontré qu'il fallait modifier les données sur lesquelles on s'était appuyé depuis Depaul. et pour cette étude, je prendrai encore la liberté de vous renvoyer à la 4e édition de mon livre ; mais ce qui est sûr, c'est que chez les femmes de toutes races et sous toutes latitudes, dès que vous entendrez à travers les parois de Fabdomen un double bruit ressemblant au tic-tac d'une montre, bruit variable dans sa position et oscillant entre 10S et 160 pulsations, vous pouvez affirmer avec certitude l'existence d'une grossesse.

Ce ne serait pas, cependant, notez bien, Messieurs, un motif suffisant pour la nier, si vous n'entendiez point ce bruit. La position de l'enfant, la quantité abondante de tissu adipeux, certaines conditions du liquide de l'amnios modifiant les lois de l'acoustique suffisent dans quelques cas pour masquer les bruits du cœur.

Enfin, un dernier signe certain perçu par l'auscultation et utile dans les grossesses douteuses au début, alors que les mouvements actifs ne peuvent être sentis, c'est le choc fœtal. Décrit pour la première fois par M. Pajot, la nouveauté et la délicatesse de ce signe ne me permettent pas de le décrire ici de nouveau. Pour le résumer en quelques mots, je dirai que c'est un mouvement passif du fœtus, ondulant dans le liquide de l'œuf, perçu par l'oreille armée du stéthoscope et appliquée sur les parois utérines.

Il ne me reste maintenant. Messieurs, qu'à vous résumer en quelques mots les moyens d'investigation employés plus spécialement dans les pays civilisés.

J'ai nommé le toucher, le palper et l'auscultation dont nous venons de parler. Quant à la percussion, elle est rarement employée en obstétrique. Le toucher se pratique, la femme étant debout ou couchée, dans le décubitus dorsal et horizontal. Le ballottement s'obtient de préférence lorsque la femme est debout

mais lorsqu'on veut combiner le toucher avec le palper, le décubitus dorsal devra être préféré. On peut aussi employer le décubitus latéral, comme cela se pratique en Angleterre. Dans les deux cas, il sera bon que les jambes soient légèrement fléchies et non dans l'horizontalité complète quoi qu'en disent certains accoucheurs. De cette façon, les muscles abdominaux seront plus souples et le palper plus facile. Dans ces dernières années, un jeune agrégé de la Faculté de Paris, M. Pinard, reprenant les travaux de Mattéi, a réussi à introduire dans la pratique française, le palper abdominal tel que l'avaient enseigné Doutrepont, Wigand, en Allemagne: Flament, à Strasbourg ; Mattéi, à Paris ; tel que je l'avais vu pratiquer moimême à Liège par des élèves de 3e année (Lettres sur renseignement médical en Belgique. — Verrier, 1867) et que l'école officielle avait toujours jusque-là repoussé.

Je n'entrerai pas dans le détail de ces moyens d'exploration que Ton trouve décrits dans tous les livres et qui sont étudiés dans tous les cours. Il me suffira de dire, en terminant, que l'auscultation obstétricale a pris son origine en Suisse en 1818, que dès l'année 1820, elle avait droit de cité en France, le pays de Laè'nnec ; que, de là, elle s'est répandue dans toute l'Europe et qu'aujourd'hui c'est encore de notre patrie que part la rectification des travaux antérieurs de Depaul, grâce aux travaux plus récents de M. Ribemont, qui ont donné à cette méthode d'exploration une précision de diagnostic qu'elle n'avait point encore eue, malgré ses prétentions à ce titre.

Je termine cette leçon, Messieurs, par un mot sur les signes probables et les signes certains de gestation admis pour nos femelles domestiques.

Dans les premiers, M. St-Cyr range : la cessation des chaleurs ; une certaine disposition à l'engraissement ; le développement du ventre et des mamelles, et enfin une diminution des sels calcaires de l'urine.

Quant aux signes certains, ils ne sont guère basés, comme chez les peuples non civilisés, que sur les mouvements actifs du fœtus qui ont lieu vers le 4e mois. L'auscultation ne se pratique pas

sur les animaux. Le ballottement n'est pas non plus considéré comme un signe de valeur ; il est d'ailleurs difficile à obtenir en raison de la disposition des parties utérines et du développement du fœtus dans une des cornes de l'organe gestateur. Cependant quelques vétérinaires, dans les cas douteux, pratiquent l'exploration vagino-rectale avec la main tout entière et obtiennent par ce moyen des éléments précieux de diagnostic.

6e LEÇON

Des annexes du fœtus a terme. — Caduque, chorion, amnios et organes transitoires. — des placentas vii.leux, diffus et discoïdes i anomalies humaines. — considerations pratiques.

Messieurs,

Non seulement par le fait delà gestation l'utérus, chez la femme et les mammifères, a, en quelque sorte, pris une vie nouvelle que nous ont fait apprécier les signes de la grossesse, mais des modifications plus importantes se passent dans sa cavité, qui est destinée, comme vous savez, à contenir le fœtus jusqu'à son complet développement, c'est-à-dire pendant un temps variable d'après les différentes espèces animales. Chez la femme, nous l'avons déjà dit, la durée de la grossesse dans toutes les races est, en moyenne, de 270 jours ou neuf mois.

Parmi les premières modifications du côté maternel, on trouve d'abord la transformation de la muqueuse utérine en caduque. Vous en connaissez le mécanisme, Messieurs, et vous savez que l'ovule fécondé vient se greffer dans un des replis delà muqueuse hypertrophiée vers un point plus ou moins éloigné de l'orifice des trompes et quelquefois jusque près de l'orifice interne du col ou au centre même de cet orifice.

Vous savez aussi comment la muqueuse boursoulflée parvient à envelopper l'ovule et devient ainsi la caduque réfléchie, alors que le feuillet muqueux resté au contact du parenchyme utérin forme la caduque pariétale.

Pendant ce temps, l'ovule a subi une série de transformations que la physiologie vous indique et, descendu dans la cavité utérine, il s'y implante, comme nous venons de le dire, pour y subir d'autres modifications qui sont à peu près toutes les mêmes dans la série des mammifères.

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L'enveloppe la plus externe de cet ovule fécondé, devenu en quelque sorte l'hôte de l'utérus, constitue le chorion formé de deux ou de trois membranes successives d'après les auteurs.

L'existence du chorion est générale clans toute la classe des mammifères. Quant à l'amnios, il existe aussi dan 5 le même groupe et chez tous les sujets de ce groupe ; cette membrane provient du feuillet interne du blastoderme et sécrète à son intérieur un liquide qui sert d'enveloppe protectrice au fœtus et prend le nom de liquide amniotique.

Le chorion, au début, est recouvert de villosités qui servent à l'œuf de moyen de fixité dans l'utérus et sans doute aussi aident à la première nutrition de l'embryon. Chez l'homme et chez un grand nombre d'autres mammifères ces villosités s'atrophient dans la plus grande partie de la périphérie de l'œuf, pour s'hypertrophieren un point où se développera le placenta.

Cette modification a lieu chez les mammifères à placenta discoïde comme les rongeurs, les insectivores, les chérioptères et les primates qui appartiennent tous aux monodelphiens placentaires. Ceux-ci comptent encore parmi eux les lémuriens qui ont le placenta en cloche comme le fourmillier tamandua(A. Milne Edwards, Ac. des Sciences, 14 août 1871), ainsi que les mammifères à placenta zonaire comme les carnivores, les amphibiens, etc. Enfin font encore partie des monodelphiens, les mammifères à placenta villeux et ceux à placentas diffus disséminés ou multiples. Dans ces deux ordres nous trouvons les édentés, les cétacés, les sirémiens, les pachidermes, les solipèdes et les ruminants.

Nos animaux domestiques se rattachant pour la plupart à ces deux derniers genres, nous dirons quelques mots de chacun d'eux.

Ils appartiennent aux équidés, aux bovidés et aux ovidés. Nous ne parlerons pas des didelpiens chez lesquels on ne rencontre généralement pas de placenta.

Chez les équidés, il y a persistance des villosités choriales tout autour de l'œuf, et l'embryon, devenu fœtus, tire sa nourriture de la mère par ces villosités mêmes jusqu'au moment de son expulsion des organes maternels.

('liez les bovidés et les ovldés, le placenta est diffus, disséminé ou multiple. Dans ces espèces, il préexiste a la conception des cupules ou cotyles sous-muqueux dans lesquels se développent un grand nombre de villosités pendant la gestation, formant ainsi

autant de petits placentas qui sont reliés ensemble par les membranes de l'œuf sur lesquelles rampent les vaisseaux allantoïdiens.

t te disposition est visible sur la Ûgure ci-après prise dans une des cornes de l'utérus d'une vache en gestation chez laquelle j'ai fait abstraction du fœtus pour ne pas compliquer lépure.

Fig. i.

Placenta diffus de la vache.

Le placenta des ovidés diffère peu de celui des bovidés. Chez tous, les vaisseaux de l'allantoïde se distribuent aux cotyles placentaires en se ramifiant sous les membranes de l'œuf de l'un à l'autre cotyle. Chez les équidés ils se rendent de la même manière aux villosités périphériques.

Pour ne pas nous écarter du sujet de cette leçon, nous passerons rapidement sur la description des placentas zonaires et en cloche, mentionnant seulement que. dans les premiers, les villosités choriales s'atrophient aux deux extrémités de l'œuf pour se développer vers son centre et à son pourtour en une zone plus ou moins large suivant l'espèceetla grosseurde l'animal. Enfin, dan-

le placenta en cloche, la presque totalité de la surface de l'œuf adhère à la face interne de l'utérus par des villosités épaisses et serrées, sauf en un point qui correspond à l'extrémité céphalique de l'embryon.

En définitive, le placenta des lémuriens tiendrait tout à la fois du placenta villeux des solipèdes par son apparence extérieure et du placenta zonaire des carnivores, avec cette particularité que les portions moyennes et supérieures de la muqueuse sont creusées d'une multitude d'anfractuosités irrégulières qui ne sont pas sans quelque analogie avec celles quiexistentsurla muqueuse des animaux à placentas diffus.

Quoi qu'il en soit, j'ai hâte d'arriver à la description des placentas discoïdes. Parmi ceux-ci, les plus élevés dans la série appartiennent aux différentes familles des primates qui répondent à l'ancienne division des quadrumanes et des bimanes, c'est-àdire aux singes et à l'homme.

Mais dans les quadrumanes, nous écarterons tout d'abord les lémuriens dont le plus grand nombre de genres ont le placenta en cloche, comme nous venons de le dire.

Parmi les singes du nouveau continent (cébiens) on en trouve dont le placenta, bien que discoïde, et se rapprochant de la forme du placenta humain, possède quatre vaisseaux, deux veines et deux artères. Or, cette disposition existe quelquefois chez l'homme à l'état d'anomalie, par suite de la persistance d'une des veines ombilicales qui ne s'est point atrophiée. Chez les pithéciens, au contraire (singes de l'ancien continent), le placenta, tout en restant de forme discoïdale, ne contient que trois vaisseaux, mais il se compose de deux disques distincts dont les dimensions sont tantôt égales, tantôt inégales.

Le cordon ne s'insère que sur l'un des placentas, sa communication avec le second est établie par les deux artères et la veine ombilicale qui rampent sous les membranes. (G. Hervé.)

Si je rappelle cette disposition normaledu placenta chez le singe, Messieurs, c'est que je compte par elle vous expliquer tout à l'heure certaines anomalies chez l'homme qui resteraient incompréhensibles sans cela, et c'est dans ce but que j'ai établi cette

Fig. 2.

Placenta des pithéciens à disques inégaux. Singes de l'ancien continent.)

sorte de classification placentaire que je viens de vous exposer.

En effet, d'après Milne-Edwards père, la classification naturelle des animaux ne doit pas se faire en considérant ceux d'entre eux dont le développement est achevé, mais il faut tenir compte de l'examen des états transitoires par lesquels ces êtres passent avant d'arriver à leur forme permanente. Ce sont ces métamorphoses qui révèlent les véritables affinités naturelles.

Flourens père, Messieurs, partageait la même opinion.

D'après cela, c'est donc dans la constitution de l'embryon et de ses organes transitoires qu'il faudrait chercher les caractères nécessaires pour expliquer les différents arrêts de développement, hésitations, régressions ou retour à un état antérieur que l'on reconnaît en raison de l'étroite similitude de certaines dispositions retrouvées anormalement chez l'homme et qui viennent ainsi confirmer les lois de l'atavisme.

Entre les singes de l'ancien continent et l'homme, il existe une autre famille déprimâtes dont le placenta est identique à celui de l'espèce humaine, mais qui sans doute comme ce dernier à aussi ses anomalies : c'est la famille des anthropoïdes.

un retrouve cependant encore dans le placenta du Gibbon, qui forme la jonction entre les pithéciens et les anthropoïdes, une certaine disposition à deux disques qui rappelle celle des singes de l'ancien continent (Obs. de Owen).

Je n'entrerai pas, Messieurs, dans plus de développement à propos des organes transitoires de l'embryon humain ; je ne ferai que citer en passant les vésicules ombilicale et allantoïde qui se comportent d'après les lois connues par vous de l'ovologie. dans la série des mammifères.

J'appellerai seulement votre attention sur le mode de formation du placenta double des pithéciens. d'où vous pourrez conclure à ce qui arrive chez l'homme lorsque la même disposition y existe d'une façon anormale.

La figure 3 ci-après et la légende qui l'accompagne suffiront pour vous renseigner.

Fig. 3.

a'.J}m^ios' — e- Embryon.— n. Vésicule ombilicale. — c. Chorion. — bd. hngamement des vaisseaux par l'amnios. > Direction dans laquelle progresse cet engagement. — *Dernier aboutissant de cette gaîne. ~~ S/ p t,-t disc|ue placentaire qui en ce point ne gênera pas l'engaînement. — J9- Points d'insertion vélamenteuse par formation sur ces points des disques placentaires ou bien par adhérence de la vésicule et de son conduit ou

encore des vaisseaux ailantoïdiens.— Tracé des vaisseaux en voie

d atrophie. , Veine ombilicale. — = Artères ombilicales.

Quant à Ve m bryologie comparée proprement < t i t o . je ne puis que v«>us signaler (es nombreux rapprochements que vous trouverez à y faire touchant les lois de l'atavisme. Je vous rappellerai particulièrement ladifllçulté qui existe dans les premiers temps de la vie intra-utérine à distinguer, non seulement le fœtus humain du fœtus du singe, mais même de celui d'autres mammifères beaucoup plus éloignés de lui dans la série animale.

Je me bornerai pour aujourd'hui A vous signaler quelques anomalies placentaires, ayant été moi-même témoin de plusieurs d'entre elles et a en tirer des conclusions pratiques.

C'est d'abord un placenta humain, recueilli par le I)r Blot et décrit par lui en 1850. dans lequel, outre le gâteau principal, il existait cinq cotylédons supplémentaires, disséminés dans

Placenta^humain à cotylédons supplémentaires disséminés ^H. Blot).

l'épaisseur des membranes. Des rameaux vasculaires rampaient sur les membranes et s'étendaient jusque sur chaque cotylédon isolé (voir fig. 4).

N'y a-t-il pas dans ce placenta une sorte de disposition qui rappelle de très loin celle du placenta diffus des bovidés ?

Quelque hardie que paraisse cette hypothèse, en raison de l'absence des dispositions correspondantes de la matrice, on devra tenir compte dune autre disposition à plusieurs lobes qui a été rencontrée par Hyrtl, de Vienne, et qui est encore un curieux exemple du même genre d'anomalie (fig. 5).

Fig.5 Placenta multiloba humain.

Dans cette anomalie les disques sont sensiblement égaux. Le cordon se divise en deux branches. Chaque branche fournit à deux disques, en se ramifiant sous les membranes d'un disque sur le disque correspondant. Le cordon contient trois vaisseaux ombilicaux comme à l'état normal.

Une autre anomalie que l'on rencontre aussi quelquefois, c'est le placenta discoïde à disques égaux, dans lequel le cordon, contenant ses trois vaisseaux, au lieu de se rendre à l'un des placentas pour de là se distribuer à l'autre disque en rampant sur les membranes, se bifurque à quelque distance des deux disques, chaque branche de bifurcation se rendant respectivement à l'un des disques pour s'y distribuer à la manière ordinaire, comme on le voit dans la figure 6.

Placenta à disques égaux. Bifurcation du cordon ombilical qui contient les trois vaisseaux normaux. (Quelquefois il y a persistance des veines ombilicales.)

Ce sont kl les anomalies les plus rares.

Parfois encore le cordon s'insère directement sur les membranes (insertion vélamenteuse) et de là les vaisseaux rampent jusqu'au placenta. Cette disposition n'est pas sans une certaine analogie avec celle des vaisseaux du placenta diffus chez la vache (voir fig. lre). Le Dr Thévenot a publié dans les Annales de Gynécologie, en 1881. une double insertion de ce genre (figure 7) dans un cas de grossesse gémellaire. L'insertion vélamenteuse dans les grossesses simples n'est pas absolument rare, mais elle est très dangereuse pour le fœtus en raison de la déchirure possible des vaisseaux sanguins, et elle n'est pas non plus sans analogie avec les placentas de mammifères dans lesquels les vaisseaux rampent sur les membranes.

Bien plus fréquentes sont les anomalies du placenta biloba. Dans ce cas, le plus souvent les disques sont inégaux. On se rappelle que chez les singes de l'ancien continent le placenta à deux lobes est l'état normal, mais il y a plus fréquemment que

Fig.y

Grossesse gémellaire; placentas unis avec deux poches fœtales. — I. I. Inser» tion des cordons sur leurs membranes respectives. — A.V. Artères et veines pour'chaque poche fœtale.

chez l'homme égalité de grosseur des disques. Cette anomalie a été aussi désignée sous le nom de placenta succenluria.

Outre les considérations anthropologiques auxquelles donne lieu le placenta hilobé (fig. 7) dans l'espèce humaine, nous devons encore noter certaines particularités très importantes pour la pratique.

D'abord les vaisseaux, toujours au nombre de trois, rampent sous les membranes du gros disque vers le petit, et celui-ci est plus ou moins éloigné du premier (P. Dubois ; Ebert, de Berlin). Si le pont membraneux est peu étendu et que l'enfant se présente par le sommet il n'y a guère de complication à redouter. M. Guéniot a vu un cas de présentation du siège dans lequel le plus petit placentan'était guère que de 1/6C delà masse totale. Le pont membraneux avait 26 millimètres d'étendue. Les placentas étaient insérés

au rond de la matrice et la délivrance se lit d'un seul coup, sans accident.

Mais il peut se faire que le gros disque étant sorti et les membranes déchirées autour du plus petit resté dans l'utérus, la femme soit exposée à mourir par suite d'une hémorrhagie secondairecausée parce débris placentaire (cas de Dolz), ou à succomber ultérieurement àl'infection putride (fig. 8>.

Flg 8.

Placenta bilobé; le plus petit lobe resté dans l'utérus après la délivrance.

Le 3 octobre 18S3. le Dr Champnez. en présentant à la Société obstétricale de Londres un placenta du même genre, a déclaré qu'en examinant la délivrance il était impossible de diagnostiquer la rétention d'un pareil corps dans l'utérus.

M. Tarnier, dans un cas analogue présenté par lui à l'Académie de médecine le 21 février 1882. ne s'est aperçu de la présence d'un disque succenturia que quand la sage-femme, chargée de la délivrance, voulut éloigner le placenta de la vulve. Elle reconnut à ce moment qu'une portion des membranes résistait aux tractions faites sur elles. Suivant alors le conseil de M. Tarnier, elle appliqua une ligature sur ces membranes, et après quelques minutes d'attente, une contraction survint et un placenta supplé-

mentaire fut expulsé avec les membranes au milieu des caillots sanguins.

Le plus gros placenta pesait 210 gr. et le plus petit 140. Entre les deux existait un pont membraneux très long, sur lequel rampaient les vaisseaux allantoïdiens. C'est cette partie membraneuse qui fut tirée par la sage-femme.

Quelquefois, cette disposition peut coïncider avec une grossesse gémellaire comme dans le cas d'insertion vélamenteuse du Dr Thévenot. ou comme dans le cas présenté par Gazeauxàla Société de Biologie (flg. 9), dans lequel les œufs étaient distincts, l'un des placentas normalement conformé et l'autre bilobé à disques égaux. Cas des plus curieux qui ne donna lieu à aucune complication.

Fig. 9.

Grossesse gémellaire. Placenta bilobé et placenta normal (Gazeaux, Soc. de

Biologie).

Bien plus dangereuse est la disposition suivante observée par Bastin et moi le 31 octobre 1883, à Asnières, et présentée par moi dans la même année, à la Société de chirurgie.

Il s'agissait en etfet, comme le montre la figure 10, d'une insertion vicieuse du petit disque placentaire au centre du col.

Fig. 10.

Placenta bilobc. Insertion du petit disque sur le col. Perte grave (Verrier, Soc. de Chirurgie).

A mon arrivée, je constatai une perte grave à la fin de la grossesse, et. sur le col. l'insertion d'un placenta dont je ne pus tout d'abord reconnaître la grosseur.

Un tampon bien appliqué fit tout à la foiscesserla perte et marcher le travail.

La dilatation se fit et rengagement de la tête déchira les membranes en poussant hors la vulve un petit placenta de la grosseur d'un œuf de poule.

Je pratiquai ensuite la délivrance par expression et j'acquis la conviction que le disque principal du placenta était inséré au voisinage même du col et avait participé lui-même à l'hémorrhagie.

Les membranes qui réunissaient les deux disques placentaires étaient parcourues par les vaisseaux de Pallantoïde. Elles furent déchirées par suite de la propulsion du petit disque au dehors et la tête, en s'engageant à son tour, remplaça le tampon de charpie qui avait été retiré.

C'est, si je ne me trompe, le premier cas signalé dans la science où une disposition semblable d'un placenta bilobé ait donné lieu à une hémorrhagie avant l'accouchement.

Je ne vous dirai rien, Messieurs, des fonctions du fœtus, circulation, nutrition, respiration, etc., qui s'exécutent suivant les lois physiologiques que vous connaissez dans toutes les races humaines et chez les anthropoïdes. Je veux seulement, en terminant, appeler votre attention sur les anomalies placentaires dont je viens de vous parler et sur la possibilité d'une fréquence plus grande de ces anomalies dans les races inférieures, puisque vous voyez cette disposition bilobée du placenta à l'état naturel chez les singes de l'ancien continent.

Il appartiendra donc à ceux d'entre vous qui se destinent à la pratique dans les colonies, de faire en sorte que cette leçon ne soit point perdue pour eux.

7' LEÇ ON De quelques autres anomalies, ex particulier des anomalies

SYMÉTRIQUES DES MEMBRES ET DU ROLE QUE l'on PEUT ATTRI- BUER A L'ATAVISME DANS LA PRODUCTION DE CES ANOMALIES.

Messieurs,

Avant d'aborder l'étude delà tète du fœtus au point de vue obstétrical, il me reste, pour compléter ma pensée sur ce que je vous ai dit touchant le rôle de l'atavisme dans la production des anomalies placentaires, à vous entretenir d'autres anomalies, particulièrement des anomalies symétriques des membres.

On a remarqué, en effet, que l'augmentation du nombre des doigts (polydactyliej comme leur diminution congénitale (ectrodactylie). portant soit au membre supérieur, soit au membre inférieur, étaient le plus souvent symétriques, c'est-à-dire siégeaient sur les deux membres homologues et se répétaient quelquefois même aux quatre extrémités.

Cependant, M. Guéniot a présenté en mon nom à l'Académie de médecine, le 12 décembre 1882, un cas d'éventration dans lequel il n'existait qu'un seul membre inférieur.

M. Doléris a publié aussi la même année dans les Archives de Tocolocjie six observations d'éventration fœtale dans lesquelles il y avait trois cas d'anomalie des membres, dont deux portant sur le bras gauche avec ectrodactylie dans les deux cas.

L'asphalosomie et Vagénosomie (déplacement des viscères abdominaux) ne sont pas non plus sans influence sur la conformation des membres pelviens, qui sont souvent, dans ces cas, très raccourcis et quelquefois même incomplets quant au nombre de leurs doigts.

Il est probable que, dans le plus grand nombre des anomalies qu'entraîne la célosomie, l'ectrodactylie du côté affecté doit exister : mais en présence de lésions aussi graves que celles pro-

duites par Féventration, les auteurs ont dû omettre de mentionner de simples absences de doigts. On comprend que, dans des cas semblables, Fectrodactylie soit unilatérale, car elle est manifestement sous l'influence de l'anomalie principale.

Toutefois, j'ai, quant à moi, noté, dès 1879, un cas d'ectrodactylie chez un monstre phocomèle que Depaul avait vu avec moi et dont il a présenté le dessin à l'Académie. Chez cet enfant tout le membre abdominal droit manquait, et le pied, qui n'avait que trois doigts, était soudé directement à Fabdomen. Le membre abdominal gauche était bien conformé.

Fig. i Monstre phoccmèle.

TtidaJyle non symétrique.

(Dr Verrier).

En dehors de ces cas monstrueux, on rencontre encore quelquefois Fectrodactylie siégeant à un seul membre. I. Geoffroy St-Hilaire a donné l'histoire d'un peintre en bâtiments, dont la main gauche ne portait que deux doigts. Il est vrai que Favantbras était quasi-atrophié ; mais, par contre, le bras droit était bien conformé et avait son nombre normal de doigts.

- SI c-

Le pore du morne auteur avait vu un Egyptien qui avait trois doigts à la main droite, tandis que la main gauche avait tous ses doigts normaux.

Dans un cas plus récent, observé par le Dr Martin-St-Ange, sur un homme adulte, la main mal formée ne comportait que deux doigts seulement. L'un de ces doigts se composait lui-même de deuxdoigts en partie soudés, en partie réunis.

D'autres auteurs, entre autres Bartholin, Meckel, Weitbrecht, citent des cas d'ectrodactylie coïncidant avec d'autres anomalies plus ou moins graves.

Oberteuffer en rapporte un (in Arch. de Stark, t. n, p. 645), où tous les orteils étaient remplacés par un moignon arrondi que ne supportait aucun squelette osseux à l'intérieur. Cette dernière anomalie sera rappelée tout à l'heure.

Tous les auteurs qui s'occupent de tératologie connaissent les faits de transmission héréditaire de l'ectrodactylie, rapportés par Béchet dans sa thèse avec planches (Essai sur les monstruosités humâmes. Paris, 1820).

Il s'agit d'une famille entière dont j'ai résume l'histoire dans mon article sur une anomalie extraordinaire des doigts que j'ai publié dans la Gazette hebd. de méd. et de chir. en 1S83.

Mais, comme je le disais, au début de cette leçon, l'ectrodactylie existe le plus souvent d'une façon symétrique, soit aux mains, soit aux pieds.

Bartholin (Hist. ant. cent. 11) fait mention d'un homme de 26 ans n'ayant aux mains de chaque côté que deux doigts et le rudiment d'un troisième, ce qui, ajoute-t-il, ne l'empêchait pas d'écrire très bien.

Le nain Dantlow, cité par Geoffroy-St-Hilaire, n'avait que 4 orteils à chaque pied, mais les membres supérieurs manquaient presque entièrement.

Le casque j'ai présenté à la Société de Chirurgie, le 25 avril 1883, et dont j'attends toujours le rapport, avait ceci de remarquable que l'anomalie était double et symétrique, c'est-à-dire qu'elle siégeait à chaque main qui ne présentait que trois doigts disposés comme le montrent les figures ci-contre.

Fig. 2. Ectrodactylie tridigitale, vue de face.

Fig, 3. Ectrodactylie tridigitale, vue de côté.

Il n'y avait que 3 ongles à chaque main, savoir un pour l'auriculaire et un pour le pouce ; le troisième est unique pour les trois doigts du milieu, qui tous viennent se souder ensemble à leur extrémité, de manière à donner à la main l'apparence d'une griffe concave.

Si l'on retrouve sous la peau, par un palper attentif, les métacarpiens etles phalanges, il n'y a bien qu'une seule matrice d'ongle qui a projeté sasécrétion cornée au dehors, ainsi que le prouve le moule exécuté par M.Barettaet que j'ai déposé à la Société de Chirurgie.

Du côté des membres inférieurs, on trouve également sur les deux pieds d'une façon symétrique une double courbure, la première longitudinale séparant la partie correspondante à l'emplacement du gros orteil, et l'autre oblique en dehors paraissant suivre le point de jonction des phalanges avec les métatarsiens.

A la face plantaire les pieds sont convexes en dedans, dans la partie correspondante aux têtes des métatarsiens, et concaves en dehors (fig. 4).

Fig. 4.

Pieds déformés. — Soudure des orteils à chaque membre inférieur.

Si l'on venait à déplacer le pied de cette position —ce qui ne se

faisait qu'avec une certaine résistance — il la reprenait aussitôt à la manière d'un ressort.

L'accolement des orteils entre eux n'était pas sans analogie avec ce que l'on nomme la palmature des pieds ; mais il eût été plus difficile de les isoler par une opération chirurgicale que d'isoler des doigts palmés à l'aide d'une simple membrane interdigitale. D'ailleurs cette opération, inutile au point de vue de la marche, n'aurait pas rendu les services importants que l'on eût été en droit d'attendre de la libération des mains.

Mais, môme sans opération, l'enfant aurait fini par acquérir par l'usage une certaine habileté à manier l'aiguille, le pinceau ou la plume: malheureusement, il succomba le cinquième jour après sa naissance à des convulsions.

Il existe au musée de la Société d'Anthropologie le moule d'une autre main tridactyle dont j'ai fait prendre le dessin et dans laquelle on retrouve le pouce, l'indicateur et le médius. Il y avait atrophie des deux derniers doigts (fig. 5).

Fig. 5. Ectrodactylie tridactyle au membre supérieur.

Au musée Dupuytren,on trouve, sous la 4e vitrine à gauche, le squelette d'un pied qui ne présente que deux doigts, le premier et le dernier.

Entre ces doigts existe, comme le montre la figure 6, un métatarsien qui parait être celui de l'orteil médian, de sorte qu'il y aurait eu là une atrophie du 3* doigt. Cette anomalie était symétrique à chaque pied.

Ce cas nous servira de transition entre la tridactylie et l'anomalie qui consiste à n'avoir que deux doigts, laquelle est connue dans la science sous le nom de pince de homard.

Fig. 6.

Ectrodactylie au membre inférieur.

Il existe 2 doigts et le rudiment d'un 3°.

Elle n'est point extrêmement rare et M. le Dr Guéniot m'a dit en avoir rencontré plusieurs à l'hospice des enfants assistés.

Voici le dessin d'un cas observé sur un homme adulte et dont le moule se trouve au musée de la Société d'Anthropologie.

Il semble à première vue qu'il existe en dedans des deux doigts uniques du sujet comme les métacarpiens de deux autres doigts.

Fig. 7.

Ectrodactylie, 2 doigts à chaque main

(pince de homard).

Mais la dissection n'en ayant pas été faite, on ne peut affirmer leur existence.

Quoi qu'il en soit, l'homme porteur de cette infirmité était arrivé à Tàge de 40 ans, usant des deux mains comme de pinces et pourvoyant avec leur aide à toutes les nécessités de la vie (flg. 7).

Si de deux doigts nous passons à 4 doigts, tétradactylie, nous rencontrons plus fréquemment cette anomalie symétrique.

C'est d'abord le cas de M. Longe, de Dému, que j'ai présenté le 6 mars 1884 à la Société d'Anthropologie, et qui se trouve rapporté p. 187 dans le Bulletin de la Société.

Fig. 8.

Tétradactylie symétrique (Longe, de Démuj.

Je ne ferai pas mention du pied droit qui était polydactyle (sexdigitai), mais seulement de l'ectrodactylie symétrique des deux mains.

Chacune des mains n'avait que 4 doigts ; le médius et probablement le métacarpien correspondant manquaient à chaque extrémité, car une scissure profonde paraissant descendre jusqu'aux os du carpe séparait la main en deux parties assez inégales.

La plus petite comprenait le pouce et l'indicateur, soudés dans toute leur longueur, et, par suite de cette soudure, le pouce plus court que l'index, forçait ce dernier doigt à incliner sa phalan • gette de son côté. Les 2 autres doigts étaient libres. Assez fréquente, du reste, est la présence de 4 doigts seulement aux membres supérieurs.

La fig. 9 représente un autre cas, avec soudure des doigts deux

à deux, chez un homme adulte dont le moulage existe dans notre musée d'anthropologie.

Fig. Q." Tétradactylie symétrique chez un adulte.

Ce sujet se servait de ses 4 doigts deux à deux, comme d'une pince, de même que celui représenté dans la fig. 6.

Le même cas existe aussi au musée provenant d'un jeune sujet de 14 ans environ.

Chez celui-ci chaque doigt est libre et le sujet peut se servir de sa main comme si un cas pathologique avait forcé à l'amputation du médius (fig. 10). Il est probable que le métacarpien du milieu existait chez ce sujet comme chez le précédent, car on retrouve chez tous deux la tête de cet os faisant saillie sous la peau.

Fig. io.

Le même cas que le précédent avec, doigts isolés, chez un adolescent.

Il n'y a pas d'ailleurs cette scissuro profonde comme dans le ca9 de M. Longe, cité plus haut (voir fig. 8).

Malheureusement, l'absence de dissection ne permet pas d'affirmer la présence de ce métacarpien.

Enfin, il est encore au musée de notre société un autre cas de tétradactylie symétrique qui n'est pas sans analogie avec le cas de tridactylie que nous avons rapporté fig. 2 et 3. Dans celui-là les 4 doigts groupés les uns sur les autres à la manière d'un poing fermé, comme nous le montre la fig. 11, n'ont probablement pas permis l'opération, bien que cette dernière eut facilité au sujet, porteur de cette anomalie, l'usage de ses doigts.

Fig il.

Tétradactylie en groupe soudé.

Ainsi donc, Messieurs, pour nous résumer, voici 11 figures qui nous représentent divers cas d'ectrodactylie symétrique, savoir 8 portant sur les membres supérieurs et deux sur les membres inférieurs.

Je pourrais réunir avec plus de facilité encore des cas de polydactylie, car ces derniers sont plus fréquents que les premiers, de même d'autres anomalies également symétriques; mais je préfère m'en tenir pour aujourd'hui à ces faits et je veux tâcher d'interpréter avec vous leur signification.

On a invoqué successivement comme cause des anomalies en moins des membres fœtaux l'action de causes mécaniques, en particulier celle de brides amniotiques, de pression des membranes, etc., dans le début de la vie embryonnaire agissant avant la se-

crétion du liquide de l'amnios au moment où le bourgeon des membres supérieurs et inférieurs tend à prendre du développement.

Cette explication, bonne pour les cas d'ectrodactylie unilatérale, ne satisfait pas l'esprit lorsqu'il s'agit d'expliquer une de ces anomalies symétriques.

Comment, en effet, expliquer par la pression de brides membraneuses, la symétrie de ces anomalies qui est dérègle dans la plus grande majorité des cas quand il s'agit d'organes doubles ?

N'y a-t-il pas dans l'embryon d'autres parties saillantes que les bourgeons terminaux des membres ? Pourquoi la pression agirait-elle sur les deux membres à la fois d'une façon identique et quelquefois sur les membres inférieurs en môme temps que sur les supérieurs ?

L'amputation spontanée d'un membre dans l'œuf n'a rien de comparable à ces anomalies symétriques, et on connaît d'ailleurs le mécanisme de celle-là.

D'autre part, comment imputer à l'action des membranes la poussée symétrique, de doigts surnuméraires, chez les polydactyles ou le transport d'un certain nombre de doigts d'une main à l'autre main, comme il en existe un exemple au musée de la Société sur la main d'un enfant qui avait huit doigts à une main, tandis qu'il n'y en avait que deux à l'autre ?

Ne vaut-il pas bien mieux avouer notre ignorance au sujet de ces arrêts de développements ou de ces erreurs de la nature ? Ce • pendant, j'ai proposé, Messieurs, à la Société d'Anthropologie une interprétation qui. dans les cas où l'anomalie est symétrique, a au moins le mérite d'être vraisemblable, et de donner une certaine satisfaction à l'esprit. Elle est basée sur la loi du transformisme.

Etant donné que les séries zoologiques ont paru successivement sur la terre, les espèces, de plus en plus parfaites, succédant à d'autres qui l'étaient moins, ne peut-il se faire que dès les premiers jours de la vie dans l'œuf, la nature n'ait eu comme « une sorte d'hésitation, du principe d'évolution, comme un effort de sa part à s'arrêter au point où il en était resté dans des formes antérieu-

res ou à marcher clans d'autres directions précédemment suivies?» (Ilœckel.)

Il n'en résulterait pas que l'enfant porteur d'une anomalie symétrique eût dans ses ancêtres un animal pourvu de mem bres semblables aux siens ; mais rien n'empêche que la nature, dans ses évolutions successives, ait fait retour à une forme antérieure de sa série zoologique sans qu'il y ait entre cet enfant et l'animal en question d'autre affinité que la présence des vertèbres par exemple.

Il est évident cependant que si l'animal comparé était non seulement un vertébré, mais encore un mammifère, s'il appartenait surtout à l'ordre des primates et si, dans cet ordre, il se rapprochait comme famille naturelle et par conséquent comme organisation osseuse et musculaire de l'enfant qui présente l'anomalie, il pourrait à meilleur droit être considéré comme constituant à côté de lui une ligne collatérale.

Dans l'œuf, d'ailleurs, tous les embryons se ressemblent dans les premiers jours, et nous savons qu'il est difficile pendant longtemps de distinguer le fœtus humain de celui du chien et a fortiori de celui du singe, qui est de tous les animaux celui qui, anatomiquement, ressemble le plus à l'homme.

M. Deniker, qui a eu la bonne fortune de disséquer un fœtus de gorille, arrivé au 5e ou 6e mois de la vie intra-utérine, adonné, dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie (3e fasc. 1884). des renseignements sur l'attitude et des détails morphologiques touchant ce fœtus qui confirment ce que j'avance.

Peut-être l'homme tertiaire, s'il a réellement existé, ou à son défaut l'anthropopitèque interrompait-il la filiation directe, mais il n'en est pas moins juste de dire que le nombre des transitions nécessaires pour amener un mammifère quelconque au rang des primates, tout infini qu'il puisse être, n'est pas en désaccord avec la longue et incalculable période des temps géologiques et qu'il est certainement inférieur à celui qui a été nécessaire pour amener au rang des mammifères la cellule primordiale créée ou née spontanément à l'origine du monde physique.

Dans l'exposé de cette leçon, Messieurs, vous avez vu un enfant

naître avec un moignon arrondi qui ne supportait aucun appendice digital et n'avait même pas de squelette à l'intérieur. (Arch, de Stark, t. II, p. 645.)

C'est la représentation du bourgeon terminal des membres dans l'œuf, le premier anneau de la chaîne que je vais essayer de dérouler devant vous.

Nous n'avons pas trouvé de fœtus à un seul doigt, mais nous avons parmi les animaux monodactyles le cheval, l'àne et leurs produits : à deux doigts nous avons les cas reproduits par la fig. 6 pour les pieds, et par la flg. 7 pour les mains.

Dans la fig. 6, la présence du métacarpien est manifeste ; dans la fig. 7, les doigts sont dirigés en avant comme le sont les 2 doigts de l'autruche, Plus près de nous, chez les mammifères, le bœuf, le mouton, la chèvre sont didactyles et ont aussi les doigts dirigés en avant,

Les tridactyles, comme je l'ai expliqué à la Société d'Anthropologie, ne se rencontrent que dans l'ordre des oiseaux, et encore sont-ce des tridactyles irréguliers, car si, d'une façon générale, l'aile de l'oiseau, qui représente le membre antérieur, ne comprend que 3 doigts, le membre postérieur en comprend quatre, 3 en avant et un rudimentaire en arrière, qui correspond au pouce.

Pour trouver des exemples de tridactylie complète, il faudrait aller en chercher jusque parmi les insectes (Dict. de Dorbigny, Art. Tridactylie).

Mais dans les oiseaux il y a les palmipèdes et les fig. 2, 3, 4, avec les détails qui s'y rapportent, nous montrent un enfant dont les membres supérieurs recourbés en forme de griffes n'avaient que trois doigts et dont les pieds étaient complètement palmés,

Telle devait être la configuration des grands animaux de la période géologique planant dans les airs et peuplant les eaux, comme les pléliosaures, les icthiosaures, etc. Telle était aussi celle de notre jeune sujet. Telle est encore aujourd'hui celle des oiseaux palmipèdes. La fig. 5 nous montre encore la main d'un tridactyle chez lequel l'anomalie ne se répétait pas aux pieds.

Quant à la tétradactylie, qui, nous l'avons dit, paraît être l'ano-

malie la plus fréquente dans Fectrodactylie, nous en avons réuni

1° Le cas de M . Longe, de Dému, dans lequel 2 doigts sont soudés et 2'fclibres. et qui ne parait pas avoir de métacarpien.

2° Le cas représenté par la fig. 9 dans lequel les 4 doigts sont soudés 2 à deux, mais qui parait avoir le métacarpien médian.

3° Celui de la fig. 10, dans lequel tous les doigts sont libres et qui, comme le précédent, parait avoir le métacarpien du milieu.

4° Enfin, la fig. 1], qui représente une main à quatre doigts soudés en forme de poing fermé.

Or, la série des mammifères nous montre des tétradactyles réguliers et irréguliers ; le porc, puis le chien et le chat appartiennent à ce groupe. Plus près de l'espèce humaine, on trouve dans les primates les atèles et les colobes qui n'ont que 4 doigts et appartiennent augroupe des cébiens (singes du nouveau continent).

Est-il donc si déraisonnable d'admettre comme un effet sinon d'hérédité d'un ancêtre éloigné de l'homme, du moins comme une hésitation de la nature dans son évolution progressive, ce retour à une forme anatomique antérieure éteinte ou existante encore dans un groupe zoologique voisin ?

Je n'ai rien àdirede la pentadactylie. si ce n'est qu'à l'état normal aucun mammifère ne présente plus de cinq doigts, tandis qu'un grand nombre en présentent moins.

Quanta la polydactylie sexdigitale que l'on rencontre anormalement aussi bien chez l'homme que chez d'autres pentadactyles, ne pourrait-on pas la considérer comme un jalon, une tendance de la nature vers une évolution à venir plus parfaite. Ne voyonsnous pas d'ailleurs s'élever insensiblement l'échelle zoologique à mesure que croit le nombre des appendices terminaux des membres ?

En définitive, quoi qu'il en soit de cette dernière hypothèse, il n'en est pas moins juste de dire que les doigts ne sont que les agents mécaniques du cerveau et que si cet organe doit se perfectionner encore dans les cages à venir, il n'est pas irrationnel d'admettre que des agents plus nombreux et plus parfaits pourront être mis par la nature à sa disposition, et que, ce qui est aujour-

d'hui une anomalie, ne devienne un jour l'état normal. On peut donc conclure dès à présent de tout cet ensemble en disant que la polydactylie est une anomalie évolutive, tandis que l'ectrodactylie est une anomalie régressive.

DE LA TÊTE DU FŒTUS A TERME ET DE SA COMPARAISON AVEC LES DIMENSIONS DU BASSIN.

Messieurs,

S'il est un renseignement difficile à obtenir, c'est bien celui du volume et de la forme de la tête fœtale dans les différentes races. D'une part, notre muséum possède à peine quelques têtes sèches de nègres et il n'y en a aucune au musée de la Société d'anthropologie. D'autre part, les médecins de la marine qui ont pu suivre quelques accouchements dans les colonies ne nous ont pas donné à cet égard les renseignements désirables.

Cependant, M. le Dr Maurel a communiqué à la Société d'anthropologie (1879) des mensurations de tètes d'enfants nouveaunés chez les coolies de la Guyane. Il résulte de ces mesures que : Le diamètre occipito-frontal aurait chez ces enfants. . 0,10.5

Le bi-pariétal 0,08.4

L'occipito-mentonnier 0,12

Le sous-occipito-bregmatique. 0,08.7

C'est-à-dire environ 1 centimètre de moins que sur nos fœtus français. Il est vrai que la femme coolie, qui appartient à la race jaune, est petite et que son bassin rentre dans les bassins carrés de Joulin, dont le plus grand diamètre ne dépasse guère 0,12.5, les autres tendant à se rapprocher de cette mesure. La taille moyenne de ces fœtus est de 0 m. 47 et leur poids moyen de 2 k. 318.

Tout est donc proportionnel entre la mère et l'enfant. Mais ce n'est pas seulement en cela que réside la véritable cause de la rapidité de l'accouchement dans ces races, comme nous le verrons plus tard.

Il y a bien aussi dans nos collections des fœtus à divers degrés

de la vie intra-utérine, dont la tête varie de volume: mais là n'est point la question : d'ailleurs, il s'agit encore de fœtus de même race.

Je crois donc qu'au lieu de chercher les différences ethniques dans la tête des fœtus, il vaudrait mieux, pour simplifier la question, n'envisager la tête fœtale que suivant qu'elle provient d'un peuple brachycéphale. comme le sont la majorité des peuples d'Europe, ou d'un peuple dolichocéphale, comme ceux qui habitent une grande partie de l'Afrique. Enfin, on pourrait encore rapporter les formes intermédiaires à la mésaticéphalie.

Mais, même en Europe, même en France, où il y a un mélange de brachycéphales et de dolichocéphales, leurs métis seront naturellement mésaticéphales. Il en est de même en Afrique où les Berbers se distinguent de l'Arabe proprement dit, et où les nègres de la côte occidentale sont si différents par la forme et le volume du crâne des nègres du Centre et du Sud, ainsi que des Bosjesmans.

De même en Asie, les Hindous qui forment un rameau de la race Aryenne, diffèrent plus encore de la race jaune que celle-ci ne se sépare des Esquimaux et des Lapons.

Il faudrait donc se procurer des crânes de fœtus de Savoyards. de Finois, d'Auvergnats, de Croates, de Bavarois, de Souabes, de Lapons et de Syriens pour avoir des brachycéphales types : de même pour les dolichocéphales, il nous faudrait des fœtus à terme de Berbers, d'Arabes, de Nubiens, d'Ouoloves, de Cafres, d'Hottentots et de Bosjesmans, d'Esquimaux, d'Australiens et de Caucasiens.

Les Polynésiens, les Chinois, les Egyptiens ne sont pas dolichocéphales au même degré que les précédents. De même les Basques, les Bas-Bretons, les Esthoniens, les Turcs, les Mongols, les Javanais et les Alsaciens- Lorrains ne sont que des sous-brachycéphales. Tous les autres peuples sont mésaticéphales, ainsi que dans chaque race les métis de ces extrêmes.

Il résulte de cet ensemble des formes du crâne une confusion qui ùte beaucoup d'attrait à l'étude de la tète du fœtus dans les différentes races.

Mais d'ailleurs, au point de vue de l'obstétrique, l'étude exacte de la forme est peu importante, attendu que la tête du fœtus, dans toutes les races, subit pendant l'accouchement des déformations qui ont été l'objet, dans ces dernières années, d'une étude approfondie de la part de M. le Dr Budin. {De la lete du fœtus au point de vue de Vobstétrique. Paris. 1S76.)

Dans ce travail, où l'auteur n'envisage que des fœtus de femmes accouchées à Paris, qui est comme l'on sait le grand caravansérail des races, il est prouvé, ce que l'on savait déjà, que la tête diminue, mais, en outre, que les diamètres qui diminuent n'étaient pas ceux que l'on supposait diminuer auparavant.

Ainsi, on supposait que la tête, pressée d'un pariétal à l'autre, augmentait dans le sens longitudinal, c'est-à-dire dans le diamètre occipito-frontal ou dans le diamètre occipito-mentonnier ; au lieu de cela, ces diamètres diminuent.

Il y a bien cependant une augmentation dans la longueur, mais cette augmentation porte sur un diamètre sus-occipito-mentonnier qui est le plus grand des diamètres de la tête.

Quant au diamètre transversal ou bi-pariétal, loin d'être celui qui se réduit le plus, comme on l'avait dit jusqu'ici, il est celui au contraire qui se réduit le moins. Ceux qui se réduisent encore, sont : le bi-temporal et le suus-uccipito-bregmatique. ce dernier d'une façon considérable. Des déformations dues aux mêmes causes se reproduisent pendant l'accouchement par la face, mais ces déformations sont très distinctes de celles produites dans un accouchement par le sommet.

Quoi qu'il en soit, ces déformations existent aussi bien pour les brachycéphales que pour les dolichocéphales; elles s'expliquent par l'existence des sutures et des fontanelles, ainsi que par la disposition des os de la voûte qui donnent à la tète sa forme apparente et contribuent à en augmenter la malléabilité.

Xous allons revenir dans un instant sur ces os. ces sutures et ces fontanelles. Disons toutefois que. d'après Budin. les changements survenus dans les diamètres de la tète ne s'arrêtent pas lorsque celle-ci paraît avoir repris sa forme primitive et que dans les premiers huit jours qui suivent l'accouchement la tête conti-

nue à augmenter dans tous ses diamètres, et la fontanelle postérieure, qui n'existait guère qu'à l'état fictif, devient en réalité membraneuse comme l'antérieure. Les sutures augmentent aussi de largeur et c'est à cela que Budin attribue l'augmentation notée par lui de tous les diamètres du crâne pendant la première semaine qui suit l'accouchement.

J'ajoute que c'est probablement le moment où la forme définitive du crâne apparaît dans les races, soit dolichocéphale, soit brachycéphale, et non lorsque la tête est encore en cet état de mollesse voulu par la nature pour quelle pût traverser sans obstacle le canal osseux qu'elle doit franchir.

Dans nos races françaises, la forme de la tête d'un fœtus à terme est celle d'un ovoïde dont la grosse extrémité est dirigée en arrière et la petite en avant. Elle se compose de deux parties, la face et le crâne. Cette dernière étant la plus importante pour l'accoucheur, nous en ferons une description particulière.

Les os du crâne sont: le frontal, les deux pariétaux, l'occipital, les temporaux et le sphénoïde. Ces os sont réunis entre eux au moyen de sutures imparfaites qui laissent entre elles de légers espaces membraneux. Les parties les plus larges de ces espaces prennent le nom de fontanelles.

Cette disposition qui existe chez les fœtus dans toutes les races humaines, facilite le développement du cerveau et permet comme nous l'avons vu, la réductibilité des diamètres de la tête les moins favorables à l'accouchement.

La déformation qui en résulte est telle qu'aussitôt l'accouchement terminé, un praticien très instruit qui avait accouché une négresse, a déclaré ne pouvoir distinguer son enfant d'un autre enfant de race blanche dans les mêmes conditions. On sait en effet que le pigment de la peau qui donne au nègre sa couleur caractéristique, n'apparaît que quelques jours après la naissance. Aucun signe ne pouvait donc, du côté du crâne, faire distinguer deux enfants de races cependant si profondément opposées.

Une autre utilité des sutures et des fontanelles, dans les pays où l'obstétrique est élevée à la hauteur d'une science, c'est le grand

secours qu'elles apportent à l'accoucheur pour laitier à reconnaître les présentations et positions du fœtus avant sa sortie.

La voûte du crâne est plus renflée et plus saillante à son extrémitré occipitale dans toutes les races: elle est aussi un peu aplatie d'un côté à l'autre.

Le frontal qui en forme la partie antérieure est, chez le nouveauné. séparé en deux moitiés égales qui se réuniront ultérieurement. De même la fontanelle qui est en avant, ou grande fontanelle, s'ossifiera dans la suite, et les angles mousses des deux portions du frontal rejoindront les angles correspondants des pariétaux.

Le frontal est très mobile et M. Budin se base sur cette mobilité pour changer le point qui déterminait en avant l'extrémité antérieure du diamètre occipito-frontal. Il le reporte à la racine du nez et en fait par conséquent un diamètre occipito-nasal.

Chacune des portions du frontal est dominée par une bosse appelée bosse frontale qui a été le point de départ du premier point dossification de cette partie du crâne.

Les pariétaux présentent également de chaque côté de la tête une bosse saillante représentant un point d'ossification unique pour chaque pariétal et limitant la plus grande étendue de la tête dans le sens transversal.

Enfin l'occipital qui complète la voûte du crâne par sa partie écailleuse, présente à l'union de cette partie et de la portion basilaire, juste en arrière du trou occipital, ets'étendant d'un côté à l'autre, une bande de tissu cartilagineux de 5 à 6 millimètres de large etdelO millimètresde long. Cette bande, interrompue par une petite portion de tissu fibreux, se continue au-delà de cette portion jusqu'au point de jonctionde l'occipital avec les pariétaux et les temporaux.

D'après M. Budin, ce serait là une véritable charnière fibro-cartilagineuse permettant des mouvements d'avant en arrière et réciproquement, d'une portion de l'os sur l'autre.

Cette disposition concourt, avec les sutures et les fontanelles, à augmenter la mobilité et la flexibilité du crâne et par conséquent à rendre inutile une étude plus approfondie de la tète du fœtus suivant les races.

Au-dessus du trou occipital et de la charnière dont nous venons de parler, se trouve sur la ligne médiane la bosse occipitale, point principal d'ossification de l'os et point de départ important, pour la mensuration des diamètres longitudinaux du crâne.

Nous ne dirons rien du sphénoïde qui concourt pour une bonne partie à former la base du crâne. Cette dernière portion de la tête fœtale est loin de jouir de la même mobilité que la voûte. Les os qui la composent sont déjà à la naissance presque irréductibles.

La double disposition dont nous venons de parler est générale dans toutes les races.

Les temporaux, tout en complétant avec le sphénoïde les parties latérales du crâne, concourent à former sa base avec cet os et l'ethmoïde.

Après ces considérations d'ordre anatomo-physiologique et ethnologique, je vous renvoie, Messieurs, pour l'étude môme des sutureset des fontanelles aux divers traités sur la matière, et je ne veux retenir dans ce cours que l'étudedesprincipaux diamètres de tête du fœtus et des circonférences. Nous prendrons pour type de cette étude la tète d'un fœtus de race aryenne en raison des considérations précédemment énoncées.

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