DE LV MATIÈRE GLVCOGÉNE. S
digestion ont déjà péuétré dans le sang. 11 convient toutefois de dire que, pour la formation de la matière glycogëne dans le foie, Thypothèse dont il s'agit ne s'appuie sur aucun fait expérimental
La matière glycogène est analogue, par sa composition et ses propriétés, à l'amidon végétal, ou plutAt à la dextrine, c'esl-à-dire au produit de transition qui se forme lorsque l'amidon soumis à l'action d'un ferment, ou d'un acide, tend à se changer en glycose. Rien n'est plus facile que de mettre en évidence la matière glycogëne contenue dans le foie. Voici un segment de foie de veau : il suffit de broyer cette portion d'organe avec une certaine quantité d'eau, puis de porter le tout à TébuUition, et enfin de filtrer le liquide dans lequel le tissu hépatique a bouilli* On vient de faire cette opération : vous voyez que le liquide, qui s'écoule au travers du filtre et que nous recueillons dans un vase de verre est trouble, blanchâtre, avec une teinte un peu jaune verdâtre. Ce liquide doit son aspect louche et opalin à la présence de la matière glycogène que TébuUition a séparée du tissu hépatique. Il serait aisé d'obtenir celte matière glycogène à l'état isolé, en la précipitant du liquide que je vous montre, à l'aide de ralcool absolu. Si l'on verse quelques gouttes de solution aqueuse d'iode iodurée dans le liquide contenant la matière glycogène, ce liquide, comme vous le voyez dans ce tube, prend une coloration rouge sang-dragon trèscaractéristique. Toutes ces particularités ont été indiquées par M. CI. Bernard^
La matière glycogène se transforme en sucre dans le foie : c'est là un second acte, qui n'est point vital comme le premier : c'est un acte purement chimique; c'est le résultat de Tinflueuce exercée sur la matière glycogène
k Seizième leçon.
par un ferment provenant du foie lui-même, ou apporté par le sang. C'est de la glycoso , et non de la matière glycogène, qui est entraînée hors du foie par le sang des veines hépatiques. Nous pouvons exécuter artificiellement cette transformation de la matière glycogène en glycose. On Tobtient en faisant agir sur le liquide de décoction du foie une petite quantité de salive ou de suc pancréatique, à la température du corps des mammifères. Nous faisons Texpérience devant vous, dans ce tube, en nous servant de salive mixte humaine. On chauffe, jusqu'à 36 ou &0 degrés centigrades, le mélange de décoction du foie et de salive, et vous voyez que la teinte opaline disparaît. Si l'on verse maintenant dans ce liquide quelques gouttes de solution aqueuse d'iode iodurée, la teinte rouge caractéristique, que je vous montrais tout à l'heure, ne se produit plus. Si l'on fait chauffer ce liquide, comme cela a lieu sous vos yeux, sans y ajouter la solution aqueuse d'iode, mais en y mêlant une certaine quantité de liqueur cupropotassique, on obtient un abondant précipité d'oxydule de cuivre.
Il se forme donc du sucre dans le foie, et ce sucre est transporté, par les veines hépatiques, dans la veine cave inférieure qui le conduit dans les cavités du côté droit du cœur.
M. Cl. Bernard considère la formation du sucre dans le foie comme une fonction véritable de l'organe, fonction si importante pour l'entretien de la vie, qu'il faudrait attribuer, en partie, à la cessation de la glycogénie hépatique la mort des animaux auxquels on a coupé les nerfs pneumogastriques (1). Pour d'autres physiologistes, et c'est
(1)CI. Bernard, Uçwu suria physiologie expérimentale, 1855, t. I, p. aïO
HYPOTHESE DE M. PAYT. ' 5
Topinion émise ii y a longtemps déjà par M. Gh. Rouget (1), il ne s'agirait pas là d'une fonction spéciale. I^ matière glycogène, ainsi que Ta reconnu M. CL Bernard lui-mèuie, se forme, non pas seulement dans le tissu du foie, mais aussi dans d'autres tissus, bien qu'en plus faible quantité, dans le tissu des muscles, par exemple. Elle devrait être regardée, d'après M. Rouget, comme un des produits du travail de nutrition qui s'opère, à l'état normal, dans les éléments anatomiques de ces tissus. Cette formation n'aurait aucune destination physiologique, et elle ne devrait pas, à proprement parler, être considérée comme une véritable fonction.
D'autres physiologistes sont même allés plus loin. Pour eux, il ne se formerait pas de sucre dans le foie pendant la vie, quand les conditions physiologiques sont absolument normales. La matière glycogène, produite par le foie et contenue dans cet organe, ne se changerait en sucre que lorsque des causes diverses viennent à troubler les fonctions du foie; lorsque, par exemple, la circulation s'y ralentit, et à plus forte raison lorsqu'elle s'y arrête, comme après la mort.
Voici les faits sur lesquels se fondent les auteurs qui admettent cette opinion, émise d'abord par M. Pavy (2), physiologiste anglais, élève de M. Cl. Bernard, puis soutenue par MM. Meissner (3), Ritter (&), Mac-
et raW. — Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, 1858, t II, p. A32.
(1) Cb. Rouget, Des substances amyioïdes; de leur rôle dans la constitution ffes tissus des animaux (Jouraal de Brown-Séquard^ t. II, 1859, p. 83 «t SUIT. ; p. 308 et soiT.).
(2) Pavj (Proceedings of the Royal Soc, 1858, t. IX, p. 300)
(3) Meissner (Zeitscbrift f. rationn. Med., XIX, p. 310, 311, 312). [à) Ritter (ZeiUchrift f. rationn. Mcd., XXIX, p. 65).
Donnell (1), Jâger, Schiff (2) et autres. M. Pavy enlevait rapidement^ sur un animal qui venait d'être tué, une petite partie du foie, puis la plongeait dans un mélange réfrigérant de glace et de sel; ou bien il injectait le foie, aussitôt après la mort, avec une solution aqueuse de potasse. Dans l'un et Vautre cas, on ne trouvait, même au bout d'un certain temps, que des traces insignifiantes de glycose dans le tissu hépatique, tandis que cette substance existait en assez grande quantité, au bout du même temps, dans le foie qui n'avait été soumis ni à Tune, ni à Tautre de ces opérations. MM. Meissner, Rilter, SchiflT, etc., sont arrivés à la même conclusion que M. Pavy, en employant le procédé suivant. On prend un lapin vivant ; on fait sortir une partie de son foie au travers d'une ouverture faite à la paroi abdominale; puis, à Taide de ciseaux, on coupe vivement en petits morceaux cette partie de l'organe, au-dessus d'une capsule remplie d'eau chauffée jusqu'à ébuUition et maintenue bouillante pendant l'opération. De cette façon, les morceaux tombent immédiatement dans l'eau bouillante, et ils sont soustraits, par cette brusque élévation de température, à l'influence du ferment qui se produit dans le foie après la mort et qui agit rapidement sur la matière glycogène pour la transformer en glycose. On laisse bouillir pendant un certain temps les mo*'ceaux de foie, puis on analyse la décoction ainsi obtenue. D'après les auteurs que je viens de citer, on constaterait que cette décoction ne contient pas de sucre. Elle en contiendrait au contraire, dans le cas où, au lieu de
(i) R. Mac-Donnell, Rechefxhes sur la substance amyldde de quelques tissus tiu fœtus et sur les fonctions du foie (Journal de Browo-Soquard, t. VI, i863« p. 554. — Voy. 560}.
(2) 8ihiflr (Journal d'Aoat. et de Pli}siul., S'ànucc, n° A, p. 35)).
IIYPOTHÈSB DB M» PAYT. 7
faire l'opération de cette manière, on la pratique plus lentement. Si elle dure, par exemple, plusieurs minutes, ce temps suffirait pour permettre à la portion du foie qui est exposée à l'air de subir certaines altérations : ces altérations auraient pour résultat la formation de ferment, et ce ferment convertirait une petite quantité de matière glycogène eu glycose, avant que le contact de l'eau bouillante ait pu détruire son activité.
M. Pavy pense que M. Cl. Bernard et les auteurs qui ont adopté la manière de voir de ce physiologiste se sont précisément placés dans les conditions qui permettent à la matière glycogène que contient le foie de se transformer en sucre* Dès que les propriétés vitales des éléments du foie deviennent moins actives, et alors seulement, suivant lui, ces éléments engendrent du ferment, et la substance glycogène subit une métamorphose rapide. Or, M. Cl. Bernard, d'après M. Pavy, ne recherche le sucre dans le foie qu'après la mort des animaux, c'est-à*dire au moment où la diastase hépatique a déjà pu se former en certaine quantité : ou bien, s'il le trouve pendant la vie dans le sang de la veine cave inférieure, au niveau de l'embouchure des veines hépatiques, les troubles de la circulation produits dans le foie par l'opération (introdactioD d'une sonde par la veine jugulaire jusque dans la veine cave inférieure) seraient assez considérables, d'après le physiologiste anglais, pour déterminer une formation anormale de ferment, et, par suite, de sucre dans cet organe.
H. Pavy ne tient pas compte évidemment des expériences si précises, par lesquelles M. Cl. Bernard a établi que cette conversion de la matière glycogène du foie en sucre a lieu réellement pendant la vie. De plus, il tire
de ses propres recherches une conclusion beaucoup trop absolue. Car, quand bien même les expériences, dont il vient d'être question, seraient exactes, ce serait néanmoins une erreur de déclarer que le foie ne contient pas du tout de sucre à l'état normal ; ces expériences prouveraient simplement que le foie, dans ces conditions,- renferme très-peu de sucre, trop peu pour qu'il soit passible de le reconnaître.
Pour prouver qu'il pourrait bien en être ainsi, j'ai ajouté à de l'eau, contenant des matières animales, une petite quantité de sucre de fécule, lequel est analc^ue au sucre du diabète. Les matières animales étaient formées d'une sorte de hachis de morceaux de muscles, de rate, dans lesquels j'avais constaté qu'il n'existait aucune trace de sucre. J'ai fait bouillir le mélange, puis, après fîltration, j'ai soumis le liquide ainsi obtenu à Taction de tous les moyens recommandés pour mettre en évidence la présence du sucre. Aucun d'eux ne m'a permis de reconnaître cette substance dans le décoctum.
Par conséquent, il ne suffît point de n*avoir pas pu con* stater l'existence du sucre dans la décoction aqueuse d'uue partie du foie d'un animal, pour se croire autorisé à dire que cet organe n'en contenait pas du tout.
D*ailleurs, à quoi bon insister sur les expériences négatives de M. Pavy, de M. Meissner, etc., puisque des recherches plus récentes ont prouvé qu'elles sont inexactes? Peu de temps après la pubUcation du travail de M. Pavy, les assertions de cet expérimentateur étaient déjà combattues par M. Harley (l), qui s'était placé dans les mêmes conditions que lui. Plus récemment »
(1) Htriey (Proceedingt of Uie Royal Socicl}, X, p. 280).