DE LA PERTE DE CALORIQUE PAR CA PEAU. 18S
latatioD des vaisseaux cutanés superficiels, peuvent donc rendre plus considérables les pertes de calorique que subit le sang en traversant la peau. Mais ce qu'il faut surtout noter, parce que c'est là le point important, c'est que, par suite de la dilatation des vaisseaux de toute l'étendue du tournent cutané, une plus grande quantité de sang se trouve sans cesse soumise aux causes de déperdition de chaleur dont nous venons de parler. L'abaissement de température qu'éprouve le sang des veines caves, par suite du mélange du sang des viscères avec le sang qui revient des diverses régions de la peau et des tissus sous-cutanés, pourra donc être plus considérable que lorsque las vaisseaux des tissus superficiels ne sont que modérément dilatés, et la température profonde, centrale, comme on le dit, pourra s'abaisser au-dessous de la moyenne normale.
Si nous passons aux conditions inverses de celles que nous venons de supposer, le contraire aura lieu. Si les vaisseaux de la peau se resserrent, la circulation deviendra moins active dans toutes les parties superficielles du corps et des membres. La quantité de sang qui circule dans le tégument cutané diminuant, il y aura vraisemblablement, les conditions du milieu ambiant restant les mômes, une réduction proportionnelle de l'évaporation qui a lieu à la surface du corps. Par conséquent, une des causes de déperdition de chaleur diminuera d'autant. D'autre part, ce resserrement des vaisseaux cutanés aura une autre consé" quence. La peau, par suite du rayonnement dans l'espace, et du contact avec une atmosphère plus froide qu'elle (climats froids et tempérés) tend sans cesse à se refroidir, et c'est grâce à l'activité de la circulation cutanée, qui lui apporte sans cesse du sang chaud, qu'elle peut lutter, jusqu'à un certain point, contre ces causes de refroidissement. Si
18& « DIX-NBUVIÈMB LEÇON.
les vaisseaux cutanés se resserrent, la peau se refroidira bientôt, par suite de son rayonnement dans Tespaoe et des emprunts de calorique que lui fait sans cesse l'atmosphère. Le refroidissement gagnera peu à peu les tissus souscutanés, jusqu'à une distance plus ou moins grande de la surface libre du tégument. Qu'en résultera-t-il î Le sang qui traversera la peau et les tissus sous-jacenls dont la température est abaissée, y subira, par cela mAme, une notable réfrigération. Mais comme les petits vaisseaux resserrés ne laissent plus pénétrer dans les réseaux capillaires qu'une petite quantité de sang» comme la circulation est ralentie dans ces réseaux, les veines ne ramèneront plus de la surface du corps qu'une faible proportion de sang refroidi. Ce sang, se mêlant dans l'une ou Tautre des veines caves à la masse du fluide sanguin qui revient, tant des parties profondes des membres que des viscères, n'y déterminera qu'un abaissement de température bien faible, comparativement à celui produit, dans les conditions normales, par le sang ramené des mêmes réseaux super- Gciels. I^ sang des veines caves, celui du cœur, de Taorte et de ses divisions, restera donc plus chaud que lorsque la circulation cutanée a son activité ordinaire : il y aura donc nécessairement une certaine élévation de la température centrale du corps.
Ce sont là des données d'une importance extrême pour la pathologie, données assez diflSciles à comprendre au premier énoncé, parce qu'elles semblent présenter quelque chose de contradictoire. On ne saisit pas bien, tout de suite, comment une circulation cutanée plus active, qui produit évidemment une augmentation de la température de la peau, peut déterminer un abaissement de la température centrale; et comment une circulation cutanée plus
RÉGULATIOff DE LA CHALEUH INTÉRIEURE 185
restreinte, qui ne lutte que d'une façon tout à fait insuffisante contre les causes de refroidissement du tégument, peut avoir pour conséquence une élévation de cette même température centrale. Mais pour peu qu'on y réfléchisse, on voit s'évanouir toutes les difficultés premières.
On conçoit facilement que le degré de la température centrale est le produit de plusieurs facteurs. Ce degré, nous pouvons, à la rigueur, en placer le siège dans le cœur droit, parce que c'est là le point de réunion et de mélange des divers sangs veineux du corps (sauf celui des veines pulmonaires) : mais comme les causes de déperdition de chaleur sont peu considérables dans l'intérieur du corps, nous pouvons apprécier à peu près ce degré de la température centrale, chez les animaux, en introduisant les instruments thermométriques dans le rectum, et n^ème, chez l'homme, en les plaçant dans l'aisselle. La température, dans ces régions, est certainement plus basse que celle du foie, ou môme du cœur droit, mais elle varie d'une façon à peu près proportionnelle aux variations de celle-ci.
La veine cave inférieure amène au cœur droit le sang des viscères abdominaux et celui des parois abdominales et des membres inférieurs. Or, le sang qui provient des viscères abdominaux, celui du foie en particulier, est le sang le plus chaud du corps. Il rencontre là, réunis dans le foie, les intestins, les reins, etc., les causes les plus actives, les plus constantes de production de- chaleur qui existent dans le corps, et le calorique engendré ne subit presque aucune déperdition. Le sang de ces viscères, conduit dans la veine cave inférieure, s'y mélange, comme vous le savez, avec cekii qui revient des parois abdominales et des membres inférieurs. Or, les causes productrices de chaleur : les
tS6 DIX-NBUVIÈHE LEÇOlf.
contractions musculaires, les actions nerveuses, et les causes calorifiques générales, c'est-à-dire la combustion et la nutrition intimes, agissent bien aussi dans ces parties du corps, et le sang qui les traverse tend à s'échauffer. Mais les régions superficielles de ces parties sont incessamment refroidies par les conditions réfrigérantes dont nous avons parlé : le rayonnement dans l'espace, le contact de l'air ambiant, et la volatilisation de l'eau provenant de la transpiration sensible et insensible. Le sang qui circule au travers de ces régions, y subit donc nécessairement un abaissement de température plus ou moins considérable. L'influence des conditions réfrigérantes est, en somme, plus puissante dans ces parties que celle des causes calorifiques. Ce qui le prouve très- nettement, c'est que la température du sang de Tartère crurale est plus élevée que celle du sang de la veine crurale. La veine crurale amène donc à la veine cave, par la veine iliaque externe et la veine iliaque primitive, un sang notablement plus froid que celui qui provient des viscères abdominaux. La température du sang de la veine cave inférieure subit, par suite de ce mélange, un refroidissement indubitable. Ce refroidissement devra être d'autant plus grand, qu'une plus abondante quantité de sang aura passé par les parties superficielles des membres inférieurs. Si les vaisseau^ de ces parties sont très-resserrés, ils ne seront traversés que par une faible quantité de sang. Ces parties se refroidiront rapidement, surtout par suite du rayonnement dans l'espace, et le sang qui les traverse subira un refroidissement très-prononcé ; mais la circulation cutanée sera très-languissante, et ce ne sera qu'une quantité relativement très-petite de sang refroid* qui, dans un temps donné, viendra se mêler à celui qui revient des parties profondes des membres, et finalement à celui de la veine
OÉGULATION DE LA GHALBUR INTÉaiEURE. 487
cave inférieure. La température du sang de cette veine ne sera donc que faiblement modifiée par ce mélange.
Si les vaisseaux cutanés et sous-cutanés se dilatent, la circulation deviendra bien plus active dans ces parties ; les causes calorifiques y prendront une puissance plus grande, et, de plus, le sang passera dans ces vaisseaux en assez grande abondance, et avec une suffisante rapidité, pour rendre aux régions superficielles de ces parties une certaine quantité de la chaleur qu'elles perdent sans cesse, sous l'influence des conditions réfrigérantes. Mais, en même temps, ces conditions réfrigérantes agiront, comme nous l'avons dit, plus fortement. Le rayonnement dans l'espace sem plus considérable; le contact avec l'air ambiant, plus renouvelé; la vaporisation superficielle, plus abondante. Parfois la peau se refroidira d'une façon trésappréciable. Du reste, même lorsque la peau ofirira une notable augmentation de température, le sang qui la traverse subira un refroidissement indéniable, en cédant une partie de sa chaleur aux tissus soumis à l'influence des conditions réfrigérantes. Il sera, il est vrai, beaucoup moins froid que celui qui traverse les vaisseaux resserrés de la peau, dans le cas de constriction de ces vaisseaux ; mais la masse qui subira un refroidissement sera beaucoup plus grande ; et lorsque cette masse de sang viendra, dans la veine cave, se mêler au sang des viscères abdominaux, celui-ci éprouvera un refroidissement plus considérable que dans le cas de resserrement des vaisseaux cutanés.
Ce que nous venons de dire du sang de la veine cave inférieure, nous pouvons le dire de celui de la veine cave supérieure, qui ramène au cœur une partie du sang des parois du thorax, celui des membres supérieurs (ou antérieurs), celui du cou et de la tète. Ce sang est un mélange
188 DIX-NBUYIÈlfE LBÇOX.
du sang qui revieut de rencéphale, où les causes calorifiques agissent presque seules, et du sang des autres parties éuumérées, où les conditions réfrigérantes interviennent pour modifier la température de ce fluide. Le sang qui revient de la face, des tissus' superficiels du cou, et celui qui revient des membres supérieurs, a subi un refroidissement, par suite du contact avecl'air ambiant, de Tévaporatiou superficielle des produits de la transpiration sensible et insensible, et par suite encore du rayonnement dans l'espace. Le mélange de sang contenu dans la veine cave supérieure se refroidira plus ou moins que dans les conditions normales moyennes, suivant que les vaisseaux, qui ramènent le sang des diverses parties où agissent les causes réfrigérantes principales, seront dilatés ou resserrés. Nous trouvons donc ici le même mode d*influence du resserrement et de la dilatation des vaisseaux périphériques sur la température centrale, que pour le sang de la veine cave inférieure.
C'est ainsi qu'on peut s'expliquer ces données en quelque sorte paradoxales, à savoir : que le resserrement des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, qui produit un abaissement de la température de la peau et des tissus superficiels sous-jacents , peut déterminer une élévation du degré normal moyen de la température centrale ; et que, d'autre part, la dilatation des vaisseaux cutanés et sous-cutanés qui donne lieu à une élévation de la température de la peau et des tissus superficiels sous-jacents, peut avoir pour conséquence un abaissement de cette température centrale.
D'autre part, les vaisseaux des poumons peuvent sans doute se resserrer ou se dilater sous l'influence des modifications des fibres vaso-motrices qui les innervent. La quantité d'oxygène absorbé doit varier , suivant que le