‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 28 sur 88 · RÉGULATION DE LA CHALEUE PAR LES POUMONS. 1B · texte numérisé non relu

RÉGULATION DE LA CHALEUE PAR LES POUMONS. 1B

calibre de ces vaisseaux est plus ou moins large, puisque la quantité de sang qui traverse les poumons est alors plus ou moins considérable. L'intensité des actes physico-chimiques, qui s'effectuent dans la substance organisée vivante, est vraisemblablement proportionnelle à Tabondance de l'irrigation qu'y opère le sang oxygéné. On voit, par conséquent, que l'appareil vaso-moteur, par son action sur les vaisseaux des poumons, pourra influencer aussi les phénomènes de la thermogenèse animale.

L'appareil vaso-moteur peut donc exercer, on le comprend, une influence assez considérable sur la chaleur centrale moyenne du corps des animaux à température constante. Il peut jouer un rôle important dans le maintien de cette température constante, malgré les différentes conditions de climat ou de saison dans lesquelles ils sont exposés à se trouver. Ce rôle est, pour ainsi dire, celui d'un régulateur thermique.

Nous avons vu comment les nerfs vaso-moteurs des poumons peuvent participer, dans une certaine mesure, à la r^ulation de la chaleur centrale du corps. L'appareil respiratoire coopère d'une autre façon à cette régulation, n se fait évidemment une évaporation d'eau à la surface des voies respiratoires, et cette évaporation, les conditions du milieu extérieur restant les mêmes, est d'autant plus active que l'air qui remplit les canaux aériens est plus souvent renouvelé. Plus l'évaporation sera abondante dans un temps donné, plus les pertes de calorique causées par cette évaporation seront grandes ; et, inversement, les pertes de calorique seront d'autant plus faibles que l'évaporation sera moins considérable à la surface des voies respiratoires. On voit que la fréquence et la profondeur des respirations peuvent être comptées au nombre des phénomènes régu-

190 DIX-NEUVIÈME L^lÇOS.

lateurs de la chaleur animale. L'air peut aussi, par coDtaet, refroidir d'autant plus la membrane muqueuse de la partie supérieure des voies respiratoires, que ce contact se renouvellera plus fréquemment dans un temps déterminé. En outre, Tair contenu dans les ramuscules bronchiques et les alvéoles pulmonaires peut lui-môme offrir une température moins élevée, lorsque les inspirations sont rapides et profondes, que lorsqu'elles sont rares et peu pénétrantes. Le sang du ventricule droit se refroidit un peu, dans l'état normal, en traversant les poumons: on conçoit qu'il puisse subir une réfrigération plus prononcée, dans le môme trajet, lorsque le nombre des respirations augmente. D'après M. Lombard, la cause principale du refroidissement, dans ces conditions, serait la modification qui se produit dans les mouvements du cœur qui deviennent plus fréquents, en môme temps que la force du pouls et la tension du sang artériel diminuent. Il y aurait ainsi, sans doute, circulation plus abondante dans les réseaux périphériques, et, par conséquent, augmentation des perles de calorique par la surface de la peau (1).

M. Ackermann (2) a bien mis en évidence ce côté do rôle régulateur que joue la respiration, dans les phénomènes de la calorification chez les animaux. Il a constaté que, chez un chien, placé dans une atmosphère d'une température égale à la sienne, ou la dépassant un peu, le nombre des respirations augmente progressivement à

(1) J.-S. Lombard. Recherches expérùnentalei sur queifues infîuemces tum étudiées jusqu'ici de la respiration sur la température du corps humain, (Archites de physiologie..., 1868, p. 470.)

(2) Ackermann. Die Wàrmeregulatiw im hôheren thierischeu Organiswnu (UentschM Arebiv f. Uin. Med., Bd. II, p. 861) dté par M. RiageL

RÉGULATION DE LA CUALBUB FAR L£S POUMONS. 191

mesure que sa chaleur intérieure s'accrott : ce nombre peut s'élever jusqu'à 150 par minute, et même au delà.

Il se produit ainsi une sorte de dyspnée thermique^ comme le dit M. Ackermann, et la température intérieure du corps ne s'élève pas aussi rapidement que si la respiration était restée normale. M. Goldstein a cherché à prouver que cette dyspnée thermique avait son point de départ dans Tirritalion produite sur le centre respiratoire par l'élévation de la température du corps (!)•

M. Riegel (2) a été conduit par ses expériences à des résultats qui confirment ceux des recherches de ces auteurs. Il a vu que le nombre des mouvements respiratoires, qui peut s'élever à 200 par minute, chez un chien intact, mis dans une botte dont l'air a une température à peu près égale à celle de l'animal, ne s'accélère pas chez un chien placé dans les mêmes conditions de milieu extérieur , après avoir subi une section transversale de la partie inférieure de la région cervicale delà moelle épinière. Ilapu du reste observer directement cette influence du nombre <ïes mouvements respiratoires sur la température intérieure des animaux, en plaçant des chiens curarisés dans une botte dont l'air avait une température déterminée, et en faisant varier le nombre des insufflations faites par minute à l'aide de l'appareil à respiration artificielle. La température était prise dans le rectum et dans la veine cave inférieure, un peu au-dessus de l'abouchement des veines rénales. L'abaissement de la température, constaté lorsqu'on augmentait beaucoup le nombre des respirations artificielles, n'était

(1) Goldstein. Veber Wârmedyspnoe (Inang. Abhandlaiig, Wûreburger Verliandl.,i87i, p. 156).

(2) Fr. RiegeL Zur Wërmereguiation (Virchow's Arcbiv, 187&, t. LXI, p. 306).

192 DIX-N&UVIÈMB LEÇON.

pas coDsidérable : il a dépassé raremeDt 0,1 C. ; mais sa signification n'en était pas moins nette.

M. Riegel fait remarquer que, chez l'homme, la r^ulation thermique se fait sans doute presque exclusivement par la peau ; cependant, l'appareil respiratoire doit jouer un certain rôle, quelque peu important qu'il soit, comme surface d'évaporation, et par conséquent comme organe de déperdition de chaleur. Quant à l'intervention de son appareil vaso-moteur, telle que je l'ai indiquée plus haut, elle doit être la même chez l'homme que chez les autres mammifères.

La température du corps de l'homme et des vertébrés supérieurs varie peu dans nos climats, quoique la température du milieu extérieur subisse d'assez fortes modifications, si l'on compare la saison de l'été à celle de l'hiver. On a même cru que les variations, soit de la température centrale du corps de l'homme, soit de celle des mammifères et des oiseaux, étaient à peu près nulles. Il y a là certainement une exagération. Des mensurations thermométriques faites avec soin par John Davy, par Eydoux et Souleyet, puis par M. Brown-Séquard (1), nous ont appris que, lorsque l'homme passe assez rapidement d'un climat chaud dans un climat froid, ou inversement, d'un climat froid dans un climat chaud, il peut subir une modification de sa température centrale, allant jusqu'à un degré centigrade, et même un peu au-delà. Les expériences qui ont eu pour but d'étudier l'influence des hautes températures, et qui ont consisté en un séjour plus ou moius prolongé dans des étuves sèches ou humides, ont prouvé que la chaleur cen->

(1) BrowD-Séquard. Recherchée sur t influence det changemenUde eUmatmr la chaleur animale, (Journal de la phydologie de rbonune el dm Miiii»^^ L 11, 1859. p. 5&9.) '

Page 1