‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 62 sur 88 · RÔLE DES VASO- MOTEURS DANS L*IN^LAMMATI0N · texte numérisé non relu

RÔLE DES VASO- MOTEURS DANS L*IN^LAMMATI0N

foyer et tout autour de lui , contribue à rélévation de température que l'on constate dans cette région : quant à l'œdème inflammatoire, il se produit par ud mécanisme dont je vous dirai quelques mots tout à l'heure; et nous verrons que l'appareil vaso-moteur est encore impliqué dans ce mécanisme.

Mais l'intervention de l'appareil vaso-moteur se bornet-elle à cette influence sur quelques-uns des principaux phénomènes du travail inflammatoire Y Ne prend-il pas part à la génération même de ce travail ? Le phénomène initial de l'inflammation, celui qui provoque tous les actes morbides inflammatoires, consiste-t-il dans une modification des vaisseaux de la partie où va nattre la phlegmasie? On bien l'inflammation débute-t-elle par un trouble nutritif dans les éléments anatomiques qui séparent les uns des autres les courants d'irrigation sanguine?

Je ne puis pas insister sur la discussion de cette question. J'ai exposé, à plusieurs reprises, dans mes cours, les divers arguments produits de part et d'autre à Tappui des deux principales opinions émises sur ce sujet, et les travaux récents n'ont pas changé ma manière de voir. Je tiens encore aujourd'hui pour exacte la doctrine formulée d'abord, d'une façon bien nette, par le regretté professeur Kiîss, de Strasbourg, doctrine soutenue et développée par M. Virchow. D'après cotte doctrine, les phénomènes initiaux de l'inflammation consistent en un trouble de la nutrition intime , produit dans la substance organisée , vivante. Cest cette substance, disposée en général sous forme d'éléments anatomiques, qui est tout d'abord atteinte par la cause morbifique, quelle qu'elle soit, et quel que soit le mécanisme de son action. Les phénomènes de nu-* trition intime sont troublés ; il y a appel exagéré de maté-^

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riaux nutritifs, élaboration plus ou moins vicieuse de ces matériaux, et é^estion de produits plus ou moins anormaux de désassimilation. Quant à Tintervention des troubles circulatoires, dus à un dérangement de l'innervation vasomotrice, elle a lieu presque au début du travail morbide, cela est incontestable ; mais cette intervention eslsecondaire et même elle est accessoire, quelque manifestes que puissent être ses effets.

Je ne paile, bien entendu, que des troubles de la circulation, lorsque je dis que les phéuomènes morbides circulatoires sont toujours secondaires. Je laisse naturellement de côté ce qui concerne les altérations nutritives qui peuvent avoir les parois vasculaires pour sié^. Ces altérations ne peuvent pas être rangées au nombre des modifications de la circulation ; elles rentrent, au oùih traire, tout naturellement, dans les troubles nulriti6 qui peuvent s'effectuer dans les éléments anatomiques, séparant les uns des autres, les courants d'irrigation sanguine.

Il est facile de montrer que les modifications circulatoires, déterminées dans une partie par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, ne suffisent pas pour provoquer le moindre rudiment de travail inflammatoire. Je n'ai, pour cela, qu'à vous rappeler un fait que vous connaissez bien. (Test que Ton peut, sur un mammifère, arracher le ganglion cervical supérieur d'un côté, et produire ainsi une dilatation des vaisseaux des diverses parties de la face et de la tète, dilatation pouvant durer des semaines, sans qu'il se manifeste le moindre phénomène de pblegmasie dans les parties ainsi congestionnées. Tout au plus crée-t-on ainsi une sorte de prédisposition morbide locale , comme Ta fait voir M. CI. Bernard. Les causes d'affaiblissement général de Yorgt^ nisme, telles que ralimenlation insuffisante, le séjour dans

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les lieux froids, humides et obscurs, pourront déterminer des affections locales, qui auront le plus souvent pour siège l'œil du côté où l'avulsion du ganglion a été pratiquée (conjonctivite» kératite, etc.); mais la dilatation vasculaire ne donnera lieu, par elle-même, à aucun trouble morbide de nutrition dans les éléments anatomiques en relation avec les vaisseaux dilatés : aucun phénomène véritablement inflammatoire ne se manifestera, tant que les con~ ditions dont nous venons de parler feront défaut.

Ainsi, il me paraît incontestable que le travail inflammatoire, dans quelque point qu'il se développe, et quelle que soit sa cause, est, au fond, tout à fait indépendant de l'appareil nerveux vaso-moteur.

Cette indépendance existe même dans les cas où les troubles morbides, indiquant une irritation inflammatoire, se montrent à la suite de lésions des nerfs ou des centres nerveux. Parmi les cas de ce genre , nous pouvons citer ceux dans lesquels on a vu des groupes de vésicules herpétiques, formés sur des Ilots congestionnés de la peau, se montrer sur le parcours de nerfs qui ont subi des lésions traumatiques, ou qui sont le siège d'une irritation morbide en un point de leur trajet, soit dans le myélencéphale, soit en dehors des centres nerveux.

M. Charcot a publié, en 1859, un cas remarquable de zona d'origine Iraumatique. Il s'agissait d'un homme qui avait reçu, en 1848, une balle à la partie inférieure et externe de la cuisse, et. chez lequel des douleurs névralgiques s'étaient développées, après la guérison de la plaie, dans la partie inférieure du membre. M. Charcot eut cet homme sous les yeux dans le service de Rayer, en 1851, et il vil à plusieurs reprises se développer des groupes de vésicules , tout à fait semblables à ceux du zona, sur le

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trajet des nerfs affectés (i). M. Brown-Séquard , dans les commentairos dont il fait suivre le travail de M. Gharcot, cite un cas analogue observé par M. Rouget. M. Boncbani a publié aussi deux observations de zona traumatique (2) ; les cas de ce genre ne sont pas absolument rares. ])i*s éruptions de zona ont été constatées par divers auteurs, à la suite de contusions portant sur le trajet d'un nerf (3). A côté de ces faits on peut ranger ceux d'herpès, trts* douloureux, observés par M. Brown-Séquard sur le bras, dans des cas de méningite rachidienne siégeant au niveau de l'origine des nerfs brachiaux (A).

Vous connaissez, d'autre part, les relations qui existent entre le zona des parois thoraciques et la névralgie intercostale, et vous savez que des éruptions tout à foit semblables à celles du zona peuvent se montrer dans tous les points du corps, sur le trajet des nerfs atteints de névralgie. On peut en observer même sur les différents points de la faoe, dans les cas de névralgie du nerf trijumeau. Une variété de cette sorte de zona a attiré l'attention, d'une façon toute particulière, dans ces dernières années : c'est l'émption qui se fait sur le trajet des ramifications de la branche ophlhalmique et à laquelle on a donné le nom de looa ophthalmique. Une thèse intéressante a été présentée récomment à la Faculté de médecine de Paris sur Thistoire pathologique de ce zona (5). Dans les cas de ce genre, il

(1) Charcot. Note sur quelpiei eat dt affection de h peau dépendami dw» influence du système nerveux, -* (Journal de Brown-Sëquard, 1859, p. IM-)

(2) Bouchard (Gat. des Hôpitaux, f 869).

(3) Charcot. Leçon» sur les maladies du système nerveux.

(à) Brown-Séqoatd (Comptes rendus de la Société de IMo^e, 1870. p. 45).

(5) Albert Hybord. Du zona ophihaï nuque et des lésions oeukores fw «*» rattachent fThëse de Parin. 1872, n* 232),

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peut se produire des altérations plus ou moins (^aves de l'appareil oculaire.

Ces faits de^zona, dans lesquels Téruption siège sur le trajet des nerfs atteints de névralgie, soit que la névralgie précède , soit qu'elle accompagne , soit qu'elle suive le développement de Taffection cutanée, peuvent être allégués à l'appui de l'opinion qui attribue cette sorte d'éruption à une altération des nerfs sensitifs. Ils viendraient donc confirmer les données fournies par les cas de névralgie d'origine traumatique dont je viens de parler. On peut d'ailleurs invoquer encore d'autres faits en faveur de cette manière de voir. Ainsi M. Von Baerensprung a trouvé une lésion manifeste des ganglions spinaux, dans un cas où une éruption de zona s'était faite sur le trajet des nerfs en rapport avec ces ganglions (1). M. Charcot a vu aussi une éruption du même genre se produire sur le trajet des nerfs cervicaux, dans un cas où l'autopsie révéla l'existence d'un cancer de la région cervicale de la colonne vertébrale, avec rétrécissement des trous de conjugaison du côté correspondant au zona et compression manifeste des nerfs qui passaient au travers de ces orifices (2).

D'autres faits plus ou moins analogues ont été publiés depuis lors. Plusieurs de ces observations, dues à MM. Haight, Weidner, Wagner, 0. Wyss (â), se trouvent analysées dans

(1) Von Baerensprang. Beifrâge zur Kenntnùf de* Zosier (Anal, in Canstatt*8 Jabresber., 1864, t. IV, p. 128). — Citation de M. Charcot. Leçons sur les fnaladies du système nerveux, p. 26.

(2) Charcot et Cotard. Sur un cas de xona du cou^ avec altération des nerfs du plexus cervical et des ganglions correspondants des racines spinales (Mëm. de la Soc. de Biol., 1865, p. 41).

(S) Oscar Wyss. Beitrag zur Kenntniss des Herpès Zoster (Archiv d. Heilknnde, XII, p. 262. — Citation de M. A. Hybord). Le fait de M. 0. Wyv aurait pu 6tre mentionné dans une autre leçon, i propos de r opinion de M. Heisaner snr Taction pafticnlièrement trophique de la partie interne dn

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la thèse de M. A. Hybord. M. Cbaroot a eu Toocasioii d'cln server uo nouveau cas, que Ton peut rapprocher des précédents : il s'agissait d'un zona du membre inférieoi . A Tautopsie, on trouva le rameau spinal d'une artère sacrée latérale oblitéré par un caillot sanguin. Cette artériole pouvait avoir comprimé et irrité, dans le trou sacré correspondant, soit le ganglion spinal correspondant, soit une branche d'origine du nerf sciatique (1).

H. Ollivier a communiqué plus récemment à la Société de biologie une observation dans laquelle on a vu un zona survenir deux mois avant l'apparition d'une violente m'^* vralgie. Le zona, qui avait été très-aigu, s'était montré sur le côté gauche du thorax, et la névralgie occupait les 6% 7% 8' et 9* nerfs intercostaux du même côté, n y avait des sueurs abondantes , limitées au côté gauche de la pcHtrine. La névralgie, malgré les traitements qui fîire::t employés, dura plus d'un an, jusqu'à la mort du malade. On trouva, à l'autopsie, un vaste cancer de la plèvre et du poumon du côté gauche. Ce cancer avait envahi le segment postérieur des &% 5', 6% 7% 8* et 9* côtes, ainsi que les nerfs intercostaux correspondants (2).

M. Leudet a publié des cas d*asphyxie par la vapeur de charbon, dans lesquels on a vu apparaître des émplioas

ganglion de Casser et du nerf trgunie*n« U est bon de rappeler qne c*at àt cette partie interne qne provient la branche ophUNdmiqne de Willis, et qv. par conséquent, il n*eft pu étonnant qne les altérations de ces parties uni seules une influence morbiflque sur Tœil.

(i) Charcot leçons sw U» maladies du système merveux, Paris, i87S-l87},

p. 72 et 7S.

(2) Aug. OIliTier. Zona suivi de névralgie interçosiaie^ avec smemr aux parties douloureuses^ chez un vieillard atteint de carcinome an de la fièvre et des nerfs intercostaux du même côté (Comptes rtmâm de Is Société bioliigic, iS7a, p. 191), et Quelques réflexions sur la pnMs^K * tangine herpétique, à p-^pos duncatde sona de la f^tee {Uèno ifoiril, I >*l

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d'berpès sur le trajet de certains nerfs (sciatique, cubital, trijumeau). Il est bien probable que, dans ces cas, il y a eu irritation inflammatoire des nerfs sur le trajet desquels Téruption s*est manifestée, car une des observations rapportées par ce médecin prouve, de la façon la plus nette, la possibilité de la production d'une névrite interstitielle localisée (nerf sciatique), sous l'influence de Tasphyxie par celte vapeur (1).

Il y a donc , à n'en pas douter , une certaine relation entre les affections des nerfs, ou des ganglions spinaux traversés par la racine postérieure de ces nerfs et certains cas d'éruption de zona* Cette relation est-elle limitée aux faits analogues à ceux dont nous venons de parler, ou bien est-on en droit de généraliser, et de rapporter à une altération des nerfs tous les faits de zona que la clinique nous met si souvent sous les yeux? Il est impossible de ne pas se sentir entraîné dans ce sens (2) : la coïncidence si habituelle d'une névralgie plus ou moins vive, dans la région où se produit l'éruption; la disposition des groupes de vésicules d'herpès sur le trajet des nerfs, non-seulement lorsqu'on observe une névralgie antécédente, concomitante ou consécutive, mais encore lorsque les malades n'éprouvent aucune douleur névralgique; ces particularités, dis*je, nous donnent à penser qu'il pourrait bien y avoir toujours,

(i) E. LeudeU Hechet*ches sur les inntbles des nerfs périphériques et surtout des nerfs vaso-moteurs^ consécutifs à Casphyxie par la vapeur de charbon (Archites gén. de Méd., 1865, p. 513 et suW.).

(2) Je n'ai eu ToccMion d'examiner l'état des ganglions rachidient, des racines de nerfs et de la moelle, que dans un seul cas de lona thoracique. Ce Eona arait duré longtemps et avait disparu quelques semaines avant la mort A rœil nu« il n'y avait aucune modification appréciable de ces diverses partie*, ci Texamen microscopique n*a pas permis non plus de reconnaître la moinJro altération. Mais on n'a pas examiné les nerb intercostaux dans leur trojet, depuis les ganglions rachidiens jusqu'à leurs extrémités périphériques.

55% TUf6T*»XIÈIIB LBQOlf.

dans les cas de zooa véritable, une affection, doulourease OQ Doo, des nerEs sur le trajet desquels se développe le zona.

En est-il de même, quand l'herpès n'affecte pas une disposition analogue à celle du zona Y M. Yemeuil a lu récemment devant la Société de biologie un important travail sur l'herpès traumatique. Il range les différents faits qu'il a eu l'occasion d'observer dans trois catégories distinctes. La première comprend les cas dans lesquels l'herpès se montre dans la région où se distribuent les nerb blessés, c'est Xheq^ès périphérique; dans la seconde prennent place les cas où Therpès se produit au voisinage d'une plaie, sur une région de la peau innervée pardes fibres provenant du nerf dont un certain nombre d'extrémités périphériques ont été enlevées par le traumatisme, c'est V herpès de voisinage; enfin la troisième cat^rie est formée des cas dans lesquels j'herpès se manifeste dans un point qui est plus ou moins éloigné de la plaie primitive, et qui ne peut avoir de rapports avec cette plaie que par l'intermédiaire des centres nerveux, c'est Yherpès traumatique à dtstance. Daprès M. Yemeuil, dans ces trois catégories de faits d*herpès traumatique, on pourrait rattacher l'éruption à une irritation nerveuse, ayant pour cause occasionnelle le traumatisme subi par des nerfs, et, pour cause déterminante une névrite plus ou moins accusée des filets nerveux qui se distribuent à la région où se produit rherpès(l}.

Les observations rapportées par M. Yemeuil sont-elles probantes ? Je crois que, dans certains de ces faits, il s'est agi d'éraptions herpétiques banales, survenues chez des individus plus ou moins prédisposés, et développées soit sur les régions où siège d'ordinaire l'herpès (face, voile do

(t) A. VerneoU. De therph inmmah'fm (lien, et la SocîéCé et lialifjg, 1873, p. iï^y

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palais, etc.), soit au voisinage des plaies, c'est-à-dire dans des points où le traumatisme avait préparé un terrain favorable pour la poussée herpétique. C'est de cette façon que M. Parrot (1) a interprété les faits en question, dans les remarques qu'il a présentées, à la suite de la communication de M. Vemeuil.

Mais, en nous en tenant même aux cas dans lesquels la relation entre l'affection des nerfs ou des ganglions spinaux et l'éruption herpétique n'est pas douteuse , nous devons nous demander en quoi consiste cette relation. S'agit-il du résultat d'un trouble fonctionnel des fibres nerveuses vasomotrices qui accompagnent les fibres nerveuses sensitives dans leur distribution périphérique ?

Il n'est guère possible de supposer qu'il en soit ainsi. Sur quelles données expérimentales s'appuierait-on pour soutenir une pareille hypothèse? Voit-on jamais des affections cutanées se développer, chez les animaux, sous l'influence de Ta paralysie des nerfs vaso-moteurs? Le cordon cervical du grand sympathique a été coupé sur un nombre immense d'animaux, sans qu'aucun physiologiste ait jamais Yu la moindre éruption se produire sur la peau de la face ou des oreilles, à moins de complication étrangère à la paralysie des nerfs vaso-moteurs. 11 en a été de même, lorsque le ganglion cervical a été arraché d'un côté. D'ailleurs, quand on a étudié le mode de développement de l'herpès zoster, on sait que l'apparition des vésicules n'est pas précédée par une congestion bien notable de la peau, au niveau des points où ces vésicules vont se montrer. Ce n'est qu'après qu'elles ont commencé à se former, que la

(i) J. Parrot. Remarques sur la eommunicatton de Jf. Vemeuii (Comptes rendus de la Société de biologie, 1873, p. 169),

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peau rougit d'une Façon plus ou moins intense dans ces points. La congestion est secondaire et non primitive, ou, du moins, si elle existe déjà, à un faible degré, au début de Téruption, elle ne devient tout à fait vive qu'au moment où cette éruption est déjà en pleine efflorescence.

Ce n'est donc pas à une paralysie des fibres vaso-motrices destinées à la peau, et accolées, dans les nerfs sensitifs ou mixtes, aux fibres sensitives, qu'on peut attribuer la production du zona, liée aux affections des nerfs ou des ganglions spinaux. Il n'est guère plus vraisemblable que les éruptions herpétiques de ce genre soient dues à une irritation de ces mômes fibres vaso-motrices. Théoriquement, une irritation de ces fibras doit avoir pour conséquence uu resserrement des vaisseaux dont elles innervent les parcus. Quelle preuve pourrait-on donner de Texistenced^un resserrement des vaisseaux de la peau , dans les cas de zona dont nous recherchons la cause déterminante prochaine ? A-Kn) jamais vu la peau pâlir d'une façon diffuse, ou offrir des plaques d'anémie, dans la r(^on qui doit devenir le si^ d'une éruption de zona? Je ne crois pas qu'une observation de ce genre ait jamais été faite? Quant à moi, dans les nombreux cas de zona dont j'ai suivi les phases pas à pas, je n'ai jamais rien vu de semblable. Je ne pense donc pas qu'on puisse faire jouer un rôle important à l'appareil vasomoteur dans la production du zona.

Cette éruption est de nature irritative, inflammatoire; elle se développe évidemment, au moins daus un certain nombre de cas, sous Tinfluence d'une souffrance des nerfs. Si les fibres vaso-motrices ne peuvent pas être incriminées, quelles seront les autres fibres, au trouble fonctionnel desquelles on pourra attribuer la production de cette affection cutanée? En dehors des fibres vaso- motrices, les nerfs

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destinés à la peau contiennent des fibres seositives proprement dites, qui forment la grande majorité des éléments de ces nerfs; des fibres motrices sympathiques destinées aux muscles lisses intra-cutanés, et des ûhtes allant innerver les glandes de la peau. Je ne parle pas des fibres trophiques, admises par osrtains auteurs; j'ai déjà dit que je ne crois pa£i à leur existence.

U est clair que les fi))re$ nerveuses destinées aux muscles lisses et aux glandes cutanées (1) ne peuvent avoir aucune espèce d'influence sur les éruptions de zona. Il ne reste plus, par conséquent, que les fibres sensitives, proprement dites, qui puissent être mises en cause.

Or, les altérations des fibres sensitives peuvent agir de diverses façons sur la peau, pour y provoquer les modifications de la nutrition intime qui se traduiront par le zona. Les fibres sensitives peuvent être irritées, et Firritation dé ces fibres peut se propager jusqu'à leurs extrémités périphériques intra-cutanées. Cette irritation peut se communiquer, de ces extrémités aux éléments anatomiques circonvoisins, et engendrer ainsi un travail morbide inflammatoire, très-localisé, qui aura pour conséquence la production des vésicules d'herpès. D'une autre part, l'altération des fibres sensitives peut avoir pour résultat d'affaiblir l'influence trophique que les ganglions rachidiens et les ganglions de Casser exercent sur les fibres sensitives, et, probablement, par leur médiation, sur certains éléments de la peau elle-même (2). S'il en était ainsi, il faudrait admettre que l'afliiiblissemeut de cette influence

(1) Il n'est guère Traiscmblable, du moins, que les glandes cutanées (sudoripares ou sébacées) soient affectées d'une façon particulière, dans les cas de zona.

(2) J'ai dit ailleurs que l'influence tropbique du système nerreux me paraistait tnnimisa aux faisceaux musculaires primitifs, par les nerlii moteurs ; aux

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tropbique créerait ua état de moindre résistance, ou de vulnérabilité plus grande, dans les points de la peau eo rapport avec les extrémités périphériques des nerfs sensitifs affectés : dans ces conditions, une cause irritante, telle que la pression ou le frottement de la peau par les vMements, ou même le contact de Fair, déterminerait la production de Téruption herpétique, effet que cette même cause ne produirait jamais dans Tétat normal.

Pour que la première de ces deux hypothèses ait sa raison d'être, il faut admettre tout d'abord que des allérations irritatives, nées dans un point de la longueur d'un nerf sensitif, se propagent do ce point vers la périphérie. Eh bien ! c'est un fait qui n'est pas douteux (1). Les sections expérimentales des nerfs sensitifs ont démontré que celles des modifications de ces nerfs, qui sont de nature

divers éléments de la pean^ pacr les nerfs sensîtib et les nerDi sympathiques. Cette manière de Yoir a été proposée aussi par M. Mayet, daaa soo travail intitulé : Des troubles de nutrition de la peau et du tissu eot^wnetif Uès aux lisions du système nerveux (Gasette Méd. de Lyon, l** mars 1868). Voyet wu»à la discussion qui a suivi la communication de M. Mayet, à la Société des sciences médicales de Lyon (même numéro de ce journal).

(1) On pourrait invoquer ici les expériences de M. Samuel, sur l«s effris des irritations du nerf trgumeau, à condition toutefois de leur donner nmt interprétation différente de celle de Tauteur* si cet expériences» comme je lu déjà dit, étaient plus probantes, et si eUes n'avaient pu été réfutées par divcrt auteurs. Tobias (*), John Simon (**), Otto Weber (***), ont cherché à obtenir des résultats analogues à ceux qu'avait observés M. Samuel ; mais lorsque kors expériences ont porté sur des nerfs faciles à atteindre, et lorsqu'il n'y a pas ra de complications opératoires, ils n'ont vu aucune lésion inflammatoire se d<v«^ lopper dans les régions, auxquelles se distribuent les ncrfb qu'ils sosoisltaieac à des irritations de nature variée. Ces faits négatili n'ont d'aiUeurs qn'aiM valeur relative. On ne saurait en tirer la conclusion que les irritations des 9tfU ne peuvent pas provoquer rapparition d'un travail morbide inllamaHUoire daos les tissus innervés par leurs extrémités périphériques.

(*) TobiM (Vlrchow't Àrehiv, XXIT, p. 519).

(<*) J. Simon. On In/tamm^tùm (DoloMS Sy«t«n of Snrgorjr, t. I, IMl^. i^) Otto W«b«r (H«iiJbueli d. «Uf . n. flpecitUea CbirargM, tob PitU né BiUr«A. L t» p. 403 rt 408). — Vojts auMi : Barmaan JomxOi. Loc. tit»

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irritative, se propagent, comme celles qui sont de nature alrophique, dans un sens centrifuge, à condition que la section ait porté soit sur un point du nerf, situé entre le ganglion racbidien et la périphérie, soit sur le ganglion rachidien lui-même. Les données physiologiques ne s'opposent donc pas à ce qu'on admette la première hypothèse, c'est-à-dire celle qui attribue la production du zona à une affection irritalive des nerfs sensitifs, sur le trajet desquels Téruption se produit. Mais l'embarras commence, dès qu'on cherche à déterminer la nature probable de cette affection. S'agit-il d'une simple névrite interstitielle? Mais rien ne prouve que ce genre de névrite puisse provoquer le développement d'une éruption herpétique ; les faits paraissent même contraires à cette supposition. En effet , voyons ce qui se passe dans des eas où Ton constate l'existence d'une névrite interstitielle simple, ou à peu près. Tels sont les cas d'hémiplégie due à une lésion cérébrale qui a détruit une partie de l'expansion pédonculaire, dans le corps strié, et déterminé secondairement une atrophie de^ cendante du pédoncule cérébral, de la moitié de la protubérance, de la pyramide antérieure, d'une région limitée du faisceau antérieur du même cêté, et d'une portion du faisceau latéral du côté opposé. Dans certains de ces cas, la névrite interstitielle est très-prononcée ; et cependant, rien n'est plus rare que l^apparition de vésicules d'herpès sur les points de la peau auquels se distribuent les nerfs ainsi altérés.

Il ne semble pas, par conséquent^ que l'affection des nerfs à laquelle on peut attribuer certaines éruptions de zona, puisse être une névrite interstitielle. Mais il se pourrait que ce fût une irritation des tubes nerveux, sans altération bien manifeste, au moins au début, de la structure,

560 VINGTHSIXliMB JLgÇ(Nf.

soit de ces tubes nerveux eux-mêmes, soit du tissu interstitiel.

La première hypothèse n'est donc pas absolument imtionnelle. En somme, c'est peut-être ainsi qu'il faut expliquer le développement de cerlaines altérations cntaoées en relation avec des affections locales des neris.

La seconde hypothèse, — celle qui consid^ le lona, développé dans le cas d'altération traumatique ou autre des nerfs sensilifs, comme résultant d'un affaiblissemeotde l'influence trophique de ces nerfs sur les éléments de la peau avec lesquels leurs extrémités périphériques sont en relation^— ne présente non plus aucune impossibilité radicale. On peut, en effet, supposer que, dans certaines coodilions traumatiques ou morbides, un nombre plus ou moins considérable de tubes nerveux s'altèrent jusqu'à leurs eitrémités périphériques, lorsque les nerfs sensitiis sont atieinls en un point quelconque, entre ces extrémités et les ganglions rachidiens. L'influence trophique des centres nerveux venant à cesser ou à s'affaiblir dans les régions de la peau qui sont mises en relation avec ces centres par b tubes nerveux altérés, des troubles nutritif peuvent prendre naissance dans ces régions. On pourrait objecter que, la marche des excitations physiologiques étant œotripète dans les tubes nerveux sensitifs, on ne compreiMi pas comment l'influence des centres trophiques (gangiioo» rachidiens et axe bulbo-spinal) pourrait s'exercer sur b peau, par l'intermédiaire de ces tubes, c'est-à-dire dans un sens centrifuge. Mais à cette objection on peut répondre immédiatement par le fait auquel je faisais allusion tout i l'heure. Les altérations dont les nerfs sensitifs deviennent le siège, après qu'ils ont subi une section transversale, entre les ganglions spinaux et la périphérie, se produisent

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