ÉAUPTIONS PAR LÉSIONS NERVEUSES. 5C
invariablement dans leur segment périphérique, et jusqu'à leurs extrémités terminales. Gela démontre bien que Tinfluence trophique des ganglions spinaux se propage dans les nerfs sensitifs, du moins dans cette partie de leur trajet, en suivant une marche centrifuge.
La peau se trouverait donc, en réalité, dans les conditions que suppose l'hypothèse en question, si les altérations des nerfs sensilifs, qui provoquent le zona, déterminaient une modification atrophique d'un certain nombre' de fibres de ces nerfs. Mais s'il en était ainsi, on devrait aussi observer constamment un certain degré d'anesthésie, dans les parties de la peau où le zona doit se montrer, et nous savons qu'il n'en est pas toujours ainsi. En outre, si l'affaiblissement de l'influence trophique, exercée sur les éléments de la peau par les ganglions spinaux (et peut-être aussi par le myélencéphale), était une cause prédisposante aussi efBcace, pour le développement du zona, qu'on le suppose dans cette hypothèse, on devrait voir des éruptions de ce genre se produire, dans presque tous les cas où des nerfs seusitifs ont subi une section soit traumatique soit chirurgicale. Or, il n'en est rien. On peut donc, ce me senable, mettre très- sérieusement en doute la valeur de cette seconde hypothèse, au moins en ce qui concerne l'explication du développement du zona, dans les cas d'affections locales des nerfs ou des centres nerveux.
Mais les deux hypothèses que nous venons d'examiner sont-elles les seules qui puissent être imaginées? Ne pouvons-nous pas chercher si une autre supposition ne rendrait pas mieux compte des faits de zona d'origine névralgique 7 Peut-être pourrait-on admettre l'explication suivante.
Il Die semble qu'une des conditions qui se retrouvent dans tous les cas de zona dont il s'agit^ c'est la persistance
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d'uû ceitain degré de continuité dans les nerfs qui ont île atteints soit par un traunoiatisme, soit par des affectioos morbides. S'il en est bien ainsi, on peut supposer que l'irritation dont les nerfs deviennent le siège, sous Tinfluence de ces causes, peut déterminer, dans les cenluN trophiques de ces nerfs, des troubles fonctionnels qui pourront retentir, par F intermédiaire des 6bres restées inlaclt^. sur les éléments anatomiques de la peau avec lesquels b extrémités périphériques de ces fibres se mettent en rapport. Ainsi se produira une perturbation plus ou moiu^ profonde des actes nutritifs qui s'exécutent dans ces (V ments. En d'autres termes, l'influence excitatrice et régulatrice que les centres nerveux trophiques exercent sur la nutrition inlime des éléments anatomiques de la peau, sera modiûée, exaltée ou pervertie, et le résultat de cette modification sera le développement de vésicules d'herpès.
Je ne voudrais pas que vous pussiez croire qu'en proposant celte explication pour le zona produit par de< lésions des nerfs, je rejette absolument les autres opinions qui ont été émises sur la pathogénie des éruptiou> cutanées, liées à des affections du système nerveux. Je uo Vais pas jusque-là. Je crois surtout que l'affaiblissement de rinflueuce trophique, exercée par les centres nerveux, peut jouer un rôle important, au moins dans œrlaiib ou^ (1). Ainsi, cet affaiblissement me paraît constituer une
(1) On aUegue certaines expériences, pour démontrer que .« panl)Mc «ki tierfs destinés à une partie du corps n'est pas une condition fiTortUf • U produclion des processus phlegmasiques dans cette partie; mais, en rttki. CCS expériences ne prouvent pas ce qu'on leur fait dire. On dte pir eimpk. les expériences de M. Snellen qui, après avoir coupé le cordon cenical et grand sympathique d'un côté, chez des lapins, a vu que les irritations aujujuci^'* il soumettait soit les deux oreilles, soit les deux jeux» déterminaient, àuci.u de la section du sympathique, une phlegmasie à marche plus rapide H Ut* minée plus promptement par la guérison, que du côté où ce cordon était iatact
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cause prédisposante incontestable dans les cas où, à la suite de lésions manifestes des nerfs (section accidentelle, par exemple), des éruptions pemphigoïdes se développent sur les régions auxquelles se distribuent ces nerfs. Des faits de ce genre ont été observés surtout dans les membres supérieurs. Des phlyctènes larges et saillantes se for^ ment alors sur la face dorsale et surtout sur la face palmaire des doigts ; ces phlyctènes contiennent une sérosité citrine, laquelle peut se troubler plus tard parce qu'elle reçoit une quantité plus ou moins considérable de leucocytes extra vases. Souvent ces phlyctènes se vident par rupture de Tépiderme, alors que le liquide est encore limpide ; ou bien ce liquide se résorbe et l'épiderme tombe ensuite (1 ) . Quelquefois le liquide est sanguinolent (Hayem).
11 est clair que ces résultats expérimentaux n'autorisent pas à refuser au système
nerreux une influence sur la production de Tinflammatlon* D'abord, on conçoit
que la section du cordon cervical sympathique ne coupe que rune des voies
par lesqueUes les centres nerveux peuvent agir sur l'œU et sur Toreille. D'autre
port, Texpérience en question pourrait être considérée comme un argument en
faveur de ceux qui admettent Tinfluence du système nerveux sur le travail
Inflanoimatoire, car on pourrait dire qu'elle prouve que les centres nerveux
excités par l'irritation périphérique^ entretiennent d'autant plus longtemps; le
trarail morbide provoqué par cette irritation, que leurs relations avec les parties
périphériques sont plus intactes (*).
On a fait des expériences du même genre sur les extrémités des membres, après section préalable des nerfs principaux d'un de ces membres, et l'on n'aurait vu aucune différence entre le travail inflammatoire développé ainsi dans ce membre, et celui qui a lieu du côté opposé. Mais ces expériences n'auraient de valeur que si elles donnaient toujours ce résultat. Or, des faits prouTent, au contraire, que les extrémités des membres^ dont les nerfs sont coupés^ sont bien plus exposées à devenir le siège d'un travail inflammatoire) que celles des membres dont les nerfo n'ont subi aucune lésion.
(1) J'ai vu des phlyctènes de ce genre se développer sur les extrémités des doigts, ches un homme atteint de mal veriébral de Pott, au niveau d'une des prenoiières vertèbres dorsales.
(*) H. SaelleD. Esperim. lfnter$uchungen Ubtr dm Binfiuu der Nerven auf 4en BntBUndwm$' proccM (ArchiT f. d. HoU. Beitrftge 1857, 1, p. 906).
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Il y a la plus grande analogie entre ces pUyctènes et celles qui se forment dans les mêmes points de la main, sous Tinfluenco d'un frottement violent ou répété avec un corps dur, ou encore par suite du contact d'un corps très-chaud. Il est probable que ces soulèvements épidermiqoes, qui ont lieu dans des parties innervées par des cordons nerveux coupés ou C'Ontusionnés, sont toujours provoqués par des causes traumatiques plus ou moins légères, et qui passent souvent inaperçues : elles n'appellent pas l'attention du blessé, d'abord parce que la sensibilité des régions sur lesquelles elles agissent est très-affaiblie ou mètne abolie, et, en second lieu, parce qu'elles ne produisent d'ordinaire aucun effet semblable sur ces mômes r^oosi quand les nerfs sont intacts. On doit donc admettre que la diminution de la sensibilité n^est pas la seule conditioo prédisposante pour la production de ces phlyctènes, et que l'affaiblissement, la perversion ou la cessatiou de rinfluence trophique exercée sur ces points de la peau par les centres nerveux, rend le terrain favorable au développement de ces lésions.
' On trouve des exemples de ces éruptions pemphigmdes dans divers travaux, surtout dans ceux qui ont été publiés, dans ces derniers temps, sous l'inspiration de M. Gharcot (1). M. Gharcot a, du reste, tracé une des- Cl iption non-seulement de ces éruptions, mais encore des diverses lésions que peut présenter la peau dans les cas de lésions des nerfs et des centres nerveux (2). Des faits
(1) Thèses inanfpirales de MM. Mongeot, Coaybe. — Coosullei la tlicse de M. Frémy, sur la trophonévroie faciale ; ceUe de M. Hybac^, le zona ophihalmique ; celle de M. Porson, lar let tnmlkks IrQpkiqme* IHir des iésionf traumatiques des ner/k,
(2; Gharcot. Leçons sur tes maladies du tysièmê nmveux, p. 2i, 25, 68.