‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteurChapitre 66 sur 107 · ULPIAN · texte numérisé non relu

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la diminution qu'éprouve la pression intra-cardiaquey lorsque ces canaux se resserrent ou se dilatent ; mais, à la rigueur, il est possible que les choses se passent quelquefois d'une autre façon. Quelques-unes des Bbres des nerfs vaso-moteurs, qui se terminent dans les tuniques des vaisseaux, sonl, sans doute, comme nous l'avons adaiis, des fibres centripètes, pouvant conduire au centre nerveux des impressions particulières, nées de Tétat de plénitude exagérée ou de vacuité relative de ces canaux. Or, il se peut que ces sortes d'impressions soien transmises jusqu'à la région cervicale de la moelle et au bulbe, et qu'elles déterminent, par l'intermédiaire de ces centres nerveux, des modifications des mouvements du cœur.

Grâce à l'appareil d'actions réflexes qui met en relation réciproque le cœur et les vaisseaux, le cœur peut jouer. jusqu'à un certain point, le rôle de régulateur par rapport aux vaisseaux, ou du moins, il a une certaine influence sur leur tonus; et, en sens inverse, les vaisseaux relent jos* qu'à un certain point aussi, l'énergie et la fréquence des mouvements du cœur. Mais cette influence réciproque n'est pas tellement puissante qu'elle soit à même de rétablir Tétat normal» dès qu'une modification s'est produite dans les mouvements du cœur ou dans le calibre des Taisseaux. D'autre part, il faut bien se rappeler que toutes les impressions produites sur le cœur ou sur les artères, dans les conditions du fonctionnement physiologique de ces ovffr nés, ne sont pas nécessairement conduites au centre bulbospinal, ou du moins ne mettent pas nécessairement en jeu l'activité de ce centre. Pour le cœur, par exemple, certaines de ces impressions ne vont, sans doute, que jusqu'aux ganglions cardiaques, soit à ceux qui fout partie des plexus cardiaques, soit même à ceux que Reuiak a

découverts dans les parois du cœur ; et c'est de ces ganglions que part l'excitation centrifuge qui doit influencer les contractions du cœur. De même, pour les vaisseaux, nous trouvons aussi des ganglions dans les plexus circumvasculaires ou même dans la paroi, et il est probable que des impressions, venues des couches profondes du vaisseau, peuvent être transmises à ces ganglions et réfléchies, sous forme d'excitations motrices, sur la tunique contractile de ce canal, sans participation du centre bulbospinal.

Il ne faut donc pas se représenter toutes les modifications du calibre des artères comme ayant pour résultat nécessaire une certaine influence sur le cœur, ni, inversement, toutes les variations du mouvement du cœur comme devant forcément retentir sur les vaisseaux, par Tintermédiaire du centre nerveux bulbo-spinal. Cette action réciproque est possible; elle a lieu d'ordinaire, sans doute, lorsque le cœur ou l'ensemble des vaisseaux éprouvent des modifications brusques ou rapides et assez prononcées, et c'est là surtout le point sur lequel je voulais appeler votre attention. Je tenais à bien vous montrer que le jeu de l'appareil cardio-vasculaire est beaucoup plus compliqué qu'il ne semble l'être au premier abord, pour vous mettre à même de juger les théories physiologiques qui ne tiennent pas compte de cette complexité. On n'est pas en droit d'appliquer, sans réserves, au jeu de cet appareil les données de la mécanique hydraulique , et, si on se laisse entraîner dans cette voie, on risque fort de commettre des erreurs regrettables.

Je ne veux vous donner qu'un exemple à l'appui de cette proposition. Que dit la théorie, relativement à l'influence du resserrement de l'ensemble des artérioles ou à celle de

Taugmentation de la tension artérielle, sur la fréquence di's battements du cœur? Le voici : ces battements doivent devenir plus lents lorsque la pression sanguine intra-arlérielle s'élève; ils doivent devenir plus fréquents lorsque cette pression s'abaisse. Eh bien, c est le contraire qui a lieu chez l'animal vivant, lorsque le cœur a conservé ses relations normales avec le syslèmc nerveux. Les mouvements du cœur s'accélèrent lorsque la pression intra- artérielle augmente ; ils se ralentissent dans la condition inverse. C'est que le cœur, dans le premier cas, reçoit une stimulation spéciale due à l'excitation réflexe des nerfs accélérateurs (1 ) ; et, dans le second cas, il subit leffel de l'excitation réflexe des Qbres du spinal, qui font partie du nerf vague.

La connaissance des relations nerveuses réciproques, qui

. (1) Des recherches failes récemment par M. Schiff nous forcent à n*d<lmettre que sous toutes réserves^ les résultats puhliés par MM. Cjon, et qw nous avons mentionnés dans le cours de ces leçons, relativement au âége automique et au trajet des flbres nerveuses accélératrices des mouvements dn cœur. D'après les expériences de M. Schiff, sur des chiens, des ch«t4 et df» lapins, ces ûbres proviendraient toutes, comme les fibres d*arrét« de la braache du nerf accessoire de Willis, qui s'anastomose avec le nerf pnoumofntrique. Quelques-unes d'entre elles accompagneraient le nerf va^ue dans tout son parcours le long de la région cervicale ; les autres, plus nombreuses, s'en sépareraient avec le nerf laryngé supérieur, puis seraient conduites an nerf récurrent par le filet anastomotique (rameau de Galien) qui unit ces deux ner(^. et elles abandonneraient enfin ce dernier nerf, pour se rendre direeteaeat anx plexus cardiaques.(M« Schiff, // nervo vago corne acceieraiart dei movimfàl cardiact't Lo Sperimentale, de Florence^ nov. 1872. — Anal, par M. Barr:s m Revue des se. médic, 1873, p. 36 et suiv.)

La question du tnget des nerfs accélérateurs du cœur n'est pas, du rest**, entièrement décidée par les expériences de M. Schiff. M. Rutherford a étudie de nouveau celte question, elles résultats qu'il a obtenus ne sont pas de ni* ture à confirmer complètement les assertions de ce -physiologiste. U a va, f« effet, que le nerf laryngé supérieur n'exerce aucune influence directe s«r tr cœur. (Rutherford, Influence of tke Vagus Serve upon the Vascular Sy«fr«. Brit. med. Jour., 23 août 1873. — Anal, par M. Gouguenbeim, l'i R^^m des se. méd., t. UI, 187/1, p. 58.)

INFLUENCE DES VAISSEAUX SUR LE COEUR. â7t^

Diettent le cœur eu communication avec les vaisseaux, est extrêmement importante. Elle nous montre avec quelle circonspection il hùi tirer des conclusions des modifications cardiaques et vasculaires, qui peuvent se produire sous l'influence soit des causes morbides, soit des agents toxiques ou thérapeutiques. Et, pour ne parler que de l'action des poisons ou des médicaments, lorsqu'on a ces notions présentes à Tesprit, on comprend les difficultés que soulève le moindre problème de toxicologie physiolojçique.

Souvent vous entendrez affirmer, avec la plus entière bonne foi, je suis le premier à le reconnaître, que tel ou tel médicament, tel ou tel poison, agit sur les vaisseaux. Une pareille affirmation p6xit être difficile à justifier, et vous le comprendrez facilement maintenant. Si un médicament, en effet, a une action sur le cœur, les modifications du mouvement de cet organe peuvent exercer une influence sur Tétat du calibre des vaisseaux, non-seulement d'une façon directe, à cause de la continuité des cavités cardiaques et vasculaires, mais aussi par voie indirecte, par mécanisme d'action nerveuse réflexe. Si donc il se produit une constriction vasculaire chez un animal sur lequel on expérimente telle ou telle substance toxique ou médicamenteuse, il est difficile, pour le moins, de prouver que c est par action directe sur les vaisseaux, lorsque cette substance modifie aussi les mouvements du cœur ; car, ainsi que je viens de le dire, les vaisseaux peuvent se resserrer, dans ce cas, par action réflexe, due à cette modification même des mouvements cardiaques.

Si une substance toxique diminue l'énergie des contrac* tions du cœur, si les mouvements des ventricules tendent à s'arrêter, comme dans les cas d'expériences sur l'action

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des poisons, dits poisons du cœur^ les vaisseaux périphériques pourront se resserrer, non-seulement parce que la tension sanguine s'y abaissera progressivement et que le tonus vasculaire déterminera une constriction de ces canaux, mais encore parce que des stimulations, parties du cœur et conduites à Taxe bulbo-spinal par les nerfs cardiaques centripètes, pourront, par action réflexe, provoquer une augmentation de Texcitation tonique de la tunique contractile des artérioles et des veinules.

Les difficultés seront les mêmes, ou à peu près, si Ton observe une dilatation des vaisseaux, en même temps qu'un redoublement d'énergie du cœur, sous Tinfluence d'une cause morbide ou expérimentale quelconque.

Il sera, au contraire, plus facile, en général, de reooiH nattre que l'action de telle ou telle substance, de telle ou telle condition pathogénétique, porte primitivement sur le cœur. Cependant il faut bien savoir que, dans certains cas, il est possible que la modification des mouvements du cûeur soit secondaire, consécutive à une action exercée d'abord sur les vaisseaux. L'influence du froid sur les vaisseaux cutanés, par exemple, peut modifier les contractions car* diaques d'une façon indirecte en partie, et nous avons vu qu'il en est ainsi des excitations vives portant sur les nerfs sensitifs. Les vaisseaux se resserrent, la tension artérielle augmente et les mouvements du cœur deviennent secoo« dairement plus énergiques et plus fréquents.

Je ne veux pas m'étendre davantage sur ces coosidéritions : nous nous éloignerions ainsi par trop du sujet adud de nos études. Je reviens à ce sujet pour vous parler de l'influence de l'appareil vaso-moteur sur la pression du sang dans les vaisseaux. Je vous ai déjà dit quelques mots

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