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CHAPITRE I

LE PAYS SES ASPECTS CARACTÉRISTIQUES

L'Introduction naturelle à des leçons sur l'art égyptien, est l'étude, au moins sommaire, des conditions physiques du pays.

Sans vouloir exagérer l'influence du milieu sur les productions artistiques, il est cependant nécessaire de se rendre compte des principales particularités de la vallée du Nil, et de montrer en quoi cette région diffère essentiellement de la plupart des autres contrées.

Il n'est pas . uestion de répéter ici des pages d'un manuel de géographie physique, ou moins encore de transcrire les notices générales d'un guide du voyageur en Egypte. Mieux vaut chercher à donner une impression aussi nette que possible des divers aspects de la vallée du Nil qui, dans l'ensemble, a changé bien peu depuis l'Antiquité.

Jetons cependant un coup d'œil sur une carte de l'Egypte. A travers les grandes régions désertiques du N.-E. de l'Afrique, le Nil constitue une gigantesque oasis, excessivement allongée, que l'on peut diviser en deux parties principales : l'estuaire, en forme de triangle que l'on appelle le Delta, et le cours du fleuve, qui s'étend profondément vers l'intériein' de l'Afrique. Le Delta est appelé la Basse-Egypte ; le cours proprement dit jusqu'à la première cataracte, la Haute-Egypte.

L'Egypte est située au point de contact de trois mondes : à sa frontière nord, elle est en relation avec le bassin oriental de la Méditerranée ; à la frontière est du Delta, elle touche à l'Asie et, par le cours du fleuve, elle offre une voie de pénétration vers les régions d'Afrique.

Les frontières naturelles du nord, de l'est et de l'ouest (désert de Libye ou du Sahara) n'ont jamais pu se modifier. La frontière

du sud, au contraire, remonte de plus en plus le cours du Nil, en même temps que la puissance des rois d'Egypte s'étend à des régions plus reculées. La première cataracte, dans la région d'Assouan, constitue cependant, d'une manière générale, la frontière de l'EgjqDte propre Vers le sud. Les Pharaons de l'Ancien Empire la franchissent rarement ; ceux du Moyen Empire conquièrent la Basse-Nubie ; plus tard, la domination égyptienne s'étend à la Haute-Nubie et même au Soudan.

La description de l'Egypte a été faite souvent par les voyageurs anciens, grecs et romains, par les Arabes du IMoyen âge et par de nombreux écrivains à l'époque moderne.

Rappelons d'abord la formule frappante et brève par laquelle Hérodote définissait l'Egypte « un don du Nil ». On pourrait croire que le général arabe Amrou, qui conquit l'Egypte en 640 de notre ère, connaissait la définition d'Hérodote et qu'il en donnait le commentaire dans sa lettre au Kalife Omar : « O prince » des fidèles, peins-toi un désert aride et une campagne magni- » fique au milieu de deux montagnes : voilà l'Egypte. Toutes » ses productions et toutes ses richesses, depuis Assouan jusqu'à » Mencha, viennent d'un fleuve béni, qui coule avec majesté » au milieu du pays. Le moment de la crue et la retraite de ses » eaux sont aussi réglées par le cours du soleil et de la lune ; » il y a ime époque de l'année où toutes les sources de l'univers » viennent payer à ce roi des fleuves le tribut auquel la Providence » les a soumises envers lui. Alors, les eaux augmentent, sortent » de son lit et couvrent toute la face de l'Egypte pour y déposer » le limon productif. Il n'y a plus ùc communication d'im village » à l'autre que par le moyen des barques, aussi nombreuses que » les feuilles des palmiers. Lorsque, ensuite, arrive le moment » où ses eaux cessent d'être nécessaires à la fertilité du sol, le » fleuve docile rentre dans les bornes que le destin lui a prescrites, » pour laisser recueillir les trésors qu'il a cachés dans le sein de » la terre. Un peuple protégé du ciel, et qui, comme l'abeille, » ne semble destiné qu'à travailler pour les autres, sans profiter » lui-même du fruit de ses sueurs, ouvre légèrement la surface » de la terre et y dépose des semences que fécondera Celui qui » fait croître et mûrir les moissons. Le germe se développe, » la tige s'élève, l'épi se forme par le secours d'une rosée qui sup-

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» plée aux pluies et qui entretient riuiniidité féeonde dont le sol n est pénétré ; puis, à la plus abondante récolte succède de nouveau )i la stérilité. C'est ainsi, ô prince des fidèles, que l'Egypte offre » tour à tour l'image d'un désert poudreux, d'une plaine liquide, » d'un marécage noir et limoneux, d'une verdoyante prairie, » d'un parterre orné de fleurs et d'un guéret couvert de moissons » dorées ».

Un savant moderne, Gaston Maspero, a donné, dans sa grande Histoire; des peuples de l'Orient classique, une description précise des divers aspects du Nil. Peu de voyageurs avaient eu l'occasion de parcouri)- l'Egypte dans tous ses coins et recoins d'une manière aussi i)arfaite que Maspero. Directeur général du service des Antiquités, il avait la mission de veiller personnellement aux ruines et aux fouilles. Chaque année, il avait à cœur de faire un voyage d'inspection, qui lui donnait l'occasion de revoir toujours à nouveau les rives du flcuVe, de compléter et de contrôler ainsi les imi^ressions qu'il avait ressenties. C'est pourquoi son témoignage, particulièrement important, permet de négliger la masse des descriptions, pour ne retenir cjuc les traits jirincipaux de la sienne.

Voici d'abord comment il a caractérisé les deux parties principales de l'Egypte. Après avoir signalé les trois bouches principales du Nil, qui se jettent dans la mer, en divisant le Delta en deux secteurs à peu près égaux, Maspero s'exprime de la façon suivante : « Les trois grandes voies sont réunies par un lacis de » rivières artificielles, de canaux, de fossés, les uns naturels, » les autres creusés à main d'homme, qui s'envasent, se ferment, » se rouvrent, se déplacent sans internqjtion, se ramifient en » veines innombrables à la surface du sol, répandant partout » la vie et la fécondité. Le réseau se rétrécit et se simplifie à » mesure qu'on s'élève vers le sud, la terre noire et les cultiu'cs » s'amoindrissent, la ligne fauve du désert aj^paraît, les montagnes )) de Libye et d'Arabie se relèvent, se ra|)proclient, resserrant » de plus en plus l'horizon : au point où l'on dirait qu'elles vont » se réunir, le Delta finit et la véritable Egypte commence. C'est » une simple bande de terre végétale, tendue du nord au sud » entre deux régions de séchei'csse et de désolation, une oasis » allongée au bord du Nil, créée par lui, nourrie par lui. Deux

» rangées de hauteurs presque parallèles la pressent et se pour- » suivent sur tout sou })arcours. à la distance moyenne de 20 kilo- » mètres ».

Voici maintenant sa description des rives mêmes du fleuve : K II file d'un jet puissant et régulier, sous des berges noires » taillées droites dans le terreau d'alluvion. Des bois légers de » Jdattiers, des bouquets d'acacias et de sycomores, des carrés » d'orge ou de blé, des champs de fève ou de bersim, çà et là une » coulée dé sable que le moindre vent soulève en tourbillons, » et sur le tout, un grand silence, interrompu à peine par des )) cris d'oiseavix ou par un chant de rameurs dans une barque » qui passe... Le même paysage recommence et recommence » pendant des journées. Partout les mêmes bois alternant avec » les mêmes champs qui verdoient ou poudroient au soleil, selon » la saison : le Nil déroule du même mouvement ses méandres » semés d'îles et ses berges abruptes ; les villages succèdent aux » villages, à la fois riants et sordides sous leur couronne de feuil- » lages ».

Cette vue d'ensemble peut se préciser par l'examen de sites différents, montrant successivement les aspects les plus caractéristiques du paysage égyptien.

Regardons d'abord le cours du fleuve même et prenons-le à son entrée en Egypte, dans la région d'Assouan, près de la fameuse île de Philae. Les eaux calmes et tranquilles formaient autrefois, avant la construction du barrage d'Assouan, un encadrement merveilleux à la petite île, couverte des temples de la déesse Isis, comparée à im grand bateau sacré, naviguant au milieu d'un fleuve. Mais, ce site merveilleux a perdu la plus grande partie de son charme.

Bientôt, en aval de l'île de Philae, le mouvement des eaux se précipite en une chute de plus en plus rapide et le fleuve exécute par plusieurs chenaux, les bonds successifs que l'on a dénommés pompeusement la cataracte.

Lorsqu'on escalade un des îlots rocheux qui encombrent le cours du fleuve, l'horizon se découvre et s'étend vaste et morne. Partout l'œil ne voit que des îles et des masses granitiques entre lesquelles les eaux cherchent leur chemin. De rares palmiers animent de place en place ce paysage autrement stérile et désert.

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Bientôt cepemlant le fleuve se calme et dans la léoion de l'île d'Eléphantine. il a repris à peu près complètement sa tranquillité. A partir de cet endroit jusqu'à la mer, il déroulera ses flots paisiblement, s'étalant ou se resserrant suivant les particularités du profil de la vallée. Si, en quelques endroits, sa largeur le fait ressembler à un bras de mer, en d'autres, elle se resserre à l'instar d'un canal. Là où le Nil est peu profond, il est coupé parfois de grands l)ancs tle sable entravant la navigation ; on les tourne par un étroit chenal, qui longe l'une ou l'autre rive.

Si. à quelques endroits, le fleuve côtoie directement la montagne, qui prend même, exceptionnellement, des allures de falaise, généralement les rives sont plates et désertes, garnies çà et là par un bois de pahniers.

Tous les ans. de juin à octobre, l'inondation fait sortir le fleuve de son lit ; la jiartie de la vallée inondée et dans laquelle se dépose le limon, dont les eaux sont chargées, constitue ce qu'on pourrait appeler l'Egypte véritable, par op])osition au désert.

Voyons, en différents points de la vallée, quels sont les résultats de ce régime particulier.

Si dans la région d'Assouan on se porte à quelque distance du fleuve, dans une gorge du désert, aux ruines du couvent de St-Siniéon. et que. de là, on regarde le paysage, on saisit d'un coup un aspect extrêmement typique de l'Egypte. Dans la vallée desséchée, une coulée de sable se répand jusqu'au fleuve : sur la rive gauche du Nil, le désert est donc maître absolu. Passé le fleuve, une mince bande de terrain est occupée en majeure partie par la petite ville d'Assouan. Immédiatement au-delà, réapparaît le désert arabique, qui s'étend à perte de vue. Ici donc la vallée est réduite à extrêmement peu de chose.

A Thèbes, la plaine s'ouvre au contraire largement. Le Voyageur installé à Louksor, sur la rive di'oite, verrait devant lui le fleuve lai'ge et tranquille ; sur la rive gauche la berge, s'élevant en pente douce, est abandonnée par les eaux, de jour en jour, au moment du retrait de l'inondation. Un peu au-delà de cette partie sablonneuse peu propre à la culture, on aperçoit la bande noire des terres limoneuses, ponctuée de groupes d'arbres ; puis immédiatement après se dresse la montagne déserte.

Si le voyageur se reporte ensuite sur les premières pentes tle

cette même montagne, à l'extrémité ouest de la vallée, il voit se dérouler, dans toute son ampleur, la vaste plaine thébaine. Aux pieds, les premières pentes de la montagne, criblée d'excavations, qui sont les anciens tombeaux. De place en place, quelques groupes d'habitations arabes. A la lisière du désert, s'élèvent les ruines majestueuses du grand temple de Ramsès II, connu sous le nom de Ramesseum. Un peu vers la droite, on aperçoit les deux colosses dits de Memnon. les statues qui précédaient le temple funéraire d'Améno])his III. Un canal d'irrigation traverse la plaine en diagonale et va rejoindre le Nil, mince bande brillante, vers le fond du tableau. Au-delà du fleuve, un étroit ruban noir représente la partie cultivée sur la rive droite, puis enfin, tout à fait à l'horizon, dans lequel elles se perdent en partie, s'élèvent les montagnes du désert arabique.

Le spectacle n'est pas très différent si l'on se transporte près de la pointe du Delta, par exemple à la hauteur de la grande nécropole de Saqqarah et d'Abousir.

Le problème qui se présenta dès l'origine aux ]jopulations de l'Egypte fut d'étendre toujours, le plus possible, les bienfaits de l'inondation, de conquérir sur le désert des territoires toujours plus vastes, en empêchant que le sable ne ravît aux agriculteurs les conquêtes qu'ils devaient aux travaux d'irrigation. L'œuvre des ingénieurs modernes ne fait que continuer en ce sens les traditions des plus anciens habitants. Une conséquence mérite d'être signalée dès maintenant. Les Egyptiens, extrêmement jaloux de ne laisser se perdre aucun espace de cette terre précieuse, ont reporté au désert les édifices consacrés au culte des morts.

Après ayoir ainsi considéré le fleuve et la vallée, jetons un regard rapide sur les cultures et les agglomérations humaines.

Dans la Basse-Egypte, la plaine s'étend à l'infini. Riche des moissons les plus abondantes, mais d'un aspect extrêmement monotone, les champs succèdent aux champs, animés par quelques touffes de palmiers, parfois par un bois. De distance en distance, les villages se suivent, composés généralement d'un petit nombre d'habitations, réunis parfois par des routes ombragées d'arbres, dont le niveau dépasse à peine les cultures voisines.

Des canau : de plus en plus i-amifiés pénètrent partout, les uns assez larges, circulant paresseusement entre des plantations

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de palmiers ; les autres, plus étroits, véritables ruisseaux, se glissant à travers les villages.

Des machines hydrauliques permettent, en outre, d'élever l'eau des canaux et de la déverser sur les terres. La plus simple s'appelle le chadouf. C'est une espèce de balance à contrepoids, qui soulève un récipient plein d'eau, à la hauteur d'une rigole, dans laquelle, l'ouvrier qui manœuvre la machine, la déverse sans peine. L'invention est fort ancienne, car le chadouf est figure sur les monuments pharaoniques.

Considérons maintenant quelques paysages caractéristiques des régions cultivées de la Haute-Egy]>te. Le pittoresque village de Kafr El Haram groupe ses maisons au pied du plateau de Gizc, sur lequel s'élèvent les grandes pyramides ; au-delà s'étend la plaine, à perte de vue, montrant de-ci de-là de grandes flaques d'eau, laissées par l'inondation en retrait. Au loin, un autre \-illage se dissimule sous un groupe de palmiers.

Quand on se rend de la gare de Bédrechein à la nécropole de Saqqarah on traverse d'abord la région de Mit-Rahiné, dont les riches cultures s'étendent à perte de vue. Au pied même de la montagne désertique, le village de Saqqarah, qui a donné son nom à la région, s'étend sur les bords d'une grande mare, où s"ébattent des oies et des canards.

Le spectacle ne change pas beaucovqj dans les diverses contrées de la Moyenne-Egypte. Dans la région d'Abydos, par exemple, on parcourt, depuis le Nil jusqu'à la n)ontagne, des terres d'une merveilleuse fécondité et qui laissent voir, au moment de la récolte, l'humus qui dessèche et se fendille largement sous l'action du soleil. Cette terre de couleur foncée, tranche vivement sur le ton clair du désert et si les anciens Egyptiens ont appelé leur pays « la terre noire », ils en ont certainement choisi le caractère le plus frappant.

Le passage de la partie cultivée au désert se fait très brusquement, presque sans transition. On remarque cependant parfois de grands arbres qui s'élèvent vigoureusement en plein sable, comme une protestation contre la stérilité, mais leurs racines profondes puisent 1 humidité dans les couches d'infiltration.

Le désert se confond, en réalité, avec la montagne, ou plutôt avec les deux chames de montagnes, que sépare le cours du

fleuve. La chaîne libyque suit la rive gauche, la chaîne arabique, la droite. Vers la Basse-Egypte le désert est plat et monotone, déroulant pendant des kilomètres ses dunes de sable. Au moment des pluies ime maigre végétation dessine de véritables routes, sur lesqiielles les caravanes trouvent l'alimentation nécessaire aux bêtes de transport. Remonte-t-on vers la Haute-Egjqjte. le désert s'étale souvent en pentes douces jusqu'à l'endroit où il rencontre la montagne, qui s'élève abrupte et parfois en terrasses. La nécropole d'Abydos offre à ce point de vue un aspect très caractéristique. Pai'tout, au premier plan, le sol tourmenté, ravagé, laisse entrevoir sous le manteau de sable les ouvertures des puits, donnant accès aux chambres funéraires. L'horizon est barré par la montagne qui s'élève à quelque cent mètres au-dessus de la plaine, en grande masse, aux contours peu variés. A Thèbes, au contraire, les profils sont plus mouvementés ; les gradins successifs de la montagne sont plus découpés ; au-dessus de tout s'élève une pointe, qui fait songer à une pyramide naturelle, la « cime d'Occident », que les Anciens avaient divinisée. L'action du sable, chassé par le vent, a découpé le calcaire capricieusement, par exemple au-dessus du fameux temple de Deir-el- Bahari.

La montagne s'interrompt parfois brusquement, donnant accès à une vallée désertique : l'exemple le plus connu, sinon peut-être le plus typique, est la vallée des rois à Thèbes. Son trajet, long et sinueux, offre des coups d'œil extrêmement pittoresques, rappelant parfois les chaos de certaines vallées célèbres. En un point les anciens Egyptiens ont percé le seuil naturel d'un cirque de la montagne, où ils ont abrité les dernières demeures des grands rois du Nouvel Empire. C'est au pied de falaises abruptes, à l'extrémité d'éperons rocheux gigantesques, dans des défilés étroits. que dorment ou que dormaient de leur dernier sommeil les souverains qui avaient soumis à leur pouvoir tout le monde connu de leur temps. Dans une autre vallée, moins sauvage d'aspect, s'abritaient les tombes des reines et des princes.

Jusqu'aux environs de Gebel-Silsilé, les montagnes sont en calcaire. Ici on rencontre un banc de grès compact. Le Nil s'est ouvert un passage à travers la pierre et la vallée est réduite exactement au cours du fleuve. Les rives sont coupées actuelle-

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ment de grandes excavations, qui marquent rem))lacenient tles carrières antiques. Dans la région d'Assouan, nous avons vu le fleuve se frayer un chemin à travers les masses granitiques. Parfois les blocs roulés se pressent les uns contre les autres, comme si des Titans avaient disposé là une réserve de pierres, de dimensions diverses, où l'on viendrait choisir la matière première des monuments royaux.

Nous avons ainsi rencontré les principaux matériaux mis en œuvre dans les grandes constructions antiques : le calcaire, le grès et le granit, que les architectes ont combinés de la manière que nous verrons plus tard.

Enfin, il convient d'attirer, dès maintenant, l'attention sur un élément qui a joué un rôle fondamental dans l'architecture de l'ancienne Egypte : le limon du Nil. Les habitants l'ont trouvé partout à leur disposition. Encore humide de l'inondation, ils le ramassaient, le mélangeaient parfois à de la paille hachée pour lui donner plus de consistance ; ils le moulaient en blocs réguliers, disposés en rangs siw le sol, où les rayons du soleil leur tlonnaient rapidement imc consistance suffisante pour être employés immédiatement aux constructions.

Aujourd'hui encore, on rencontre ])arfois vers la lisière du désert une briqueterie indigène, où les rectangles d'argile sont alignés sur le sol pour être séchés ; ou bien encore sur la berge même du fleuve on peut voir, à la fois et le talus dont on a pris la matière première, et les briques qui sèchent, et les briques sèches empilées en tas. et enfin les maisons indigènes, qui ont conservé sous les mains des maçons les formes qui viennent tles âges les plus lointains.

Les Egyptiens nous ont laissé peu de traces de leurs écrits historiques. Nous savons cependant - uè, dès les plus anciennes époques, ils se préoccupaient de noter les événements importants de leur histoire ; une déesse spéciale était même mise en relation avec les annales de l'empire. Quelques fragments seulement en sont parvenus jusqu'à nous.

Le document connu sous le nom de « Pierre de Palerme », et les fragments analogues du Caire rédigés sous l'Ancien Empire, donnaient un catalogue d'années des rois avec, pour chacune d'elles, l'indication des événements les plus importants. Malheureusement, les fragments qui en ont été conservés ne constituent qu'une petite partie des documents originaux. Il faut citer ensuite une liste de rois, écrite au Nouvel Empire, connue sous le nom de « Papyrus de Turin » et qui est affreusement mutilée.

Quelques listes monumentales ont été retrouvées : deux à Abydos, une à Saqqarah, une à Karnak. Des séries de noms royaux y sont inscrites, mais en suivant des préoccupations particulières de culte, si bien que des périodes entières n'y sont représentées par aucun roi.

Manéthon de Sebennytos, prêtre égyptien, contemporain de Ptolémée I^'" et 11^, avait écrit une histoire d'Egypte, pour laquelle il avait utilisé les sources égj^ptiennes. Son œuvre est malheureusement perdue et il ne nous en reste que des fragments et des listes de souverains. Les fragments les plus importants sont dans Josèphe, Traité contre Apion. Le Tableau des Dynasties, en trois livres, s'est conservé dans les chronographes chi'étiens (Julien l'Africain, Eusèbe et George le Syncelle), malheureusement avec de graves altérations dans les noms et les dates.

Manéthon avait classé tous les rois d'Egypte en un certain nombre de dynasties, mais la notion de dynasties n'est pas très

précise. On peut cependant croire que les dynasties ont reçu le nom de la ville qui avait servi de capitale, ou de laquelle la série de rois tirait son origine.

Voici la liste de ces villes : Thinis. Memphis, Eléphantine, Héracléopolis, Thèbcs, Xoïs. Tanis. Bubaste. Sais, Meridès et Sébennytos.

Les dynasties ont reçu par conséquent les noms suivants :

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