XXVII
saïte
nieudésieiiiie
sébenu\ te
I)erse
Dans le cadre ainsi constitué, il s'agissait de classer successivement les rois dont les noms se retrouvaient sur les monuments. On a été aidé dans ce travail de différentes manières : d'abord par des identifications directes entre les noms égyptiens et les noms conservés parManéthon ; ainsi Khoufou était Khéops Khafra était Khéphren, Ramcssou était Ramsès. Des documents égyptiens donnaient parfois des suites de rois, par exemple dans des généalogies. A certaines époques les rois avaient l'habitude d'associer au trône leur héritier, et les monuments qui portaient les deux noms simultanément permettaient d'établir la succession des règnes. Dans plusieurs tombeaux de l'Ancien Empire, on a trouvé des noms de domaines funéraires composés avec les noms des rois fondateurs, ce qui permettait de tirer des déductions sur le groupement et parfois la succession des rois. Il faut encore mentionner, à ce point de vue, les inscriptions biographiques racontant, par exemple, qu'un ofîficier avait fait ses premières
armes sous un roi, avait été promu sous un autre, avait reçu cei'taines distinctions sous un troisième, etc.
Ces recherches de classement des rois ont surtout occupé la génération d'historiens qui nous précède. Lein-s travaux ont permis de répartir les très nombreux noms de pharaons dans le cadre des dynasties de Manéthon.
Peut-on écrire, dès maintenant, une véritable histoire de l'Egypte, surtout pour les époques les plus anciennes ? Les informations dérivées des monuments, en dépit de leur grande abondance ont, avant tout, un caractère fortuit. « Pour un ancien » papyrus qui a été sauvé, de nombreux millions doivent avoir i> péri... Il peut sembler qu'il existe une grande abondance de » documents égyptiens, mais ils ont à couvrir un espace de temps » énorme ». (Griffith, Encyclopédie britannique, 11^ édit. s. v. Egypt., p. 41 b). Le plus souvent nous pouvons dire que tel roi a fait des constructions dans tel ou tel temple ; qu'il a entrepris une expédition militaire contre telle ou telle région voisine de l'Egypte ; qu'il en a rapporté un butin complaisamment dénombré ; puis, parfois, nous pouvons ajouter un catalogue plus ou moins long des monuments laissés par les contemporains du monarque .
On trouvera dans les histoires de Wiedemann et de Pétrie des listes fort abondantes, qui donneront une idée de la documentation qui s'accumule petit à petit autour du nom de chacun des rois, mais sans nous permettre, le plus souvent, d'apercevoir les lignes générales de l'histoire contemporaine.
La civilisation est mieux connue, grâce aux inscriptions biographiques ainsi qu'aux nombreux monuments figurés des temples et des tombeaux. On verra tout le parti qu'ont pu en tirer les historiens, en consultant les grands ouvrages classiques de Maspero, Edouard Meyer et Breasted.
Il faut citer également une source importante, mais diflicile à exploiter : les textes religieux. Ceux-ci nous apparaissent, dès l'Ancien Empire, comme le résultat écrit d'une longue tradition quasi-immuable. Ils nous dépeignent une civilisation que l'Egypte a dépassée depuis longtemps, alors qu'elle se sert encore de ces textes religieux. L'impression générale qui ressort de l'examen
de cette source est que l'Egypte des premières dynasties avait déjà devant elle un très long passé.
Sans résumer ici les grandes lignes de l'histoire de l'Egypte, que l'on trouvera dans les livres auxquels il vient d'être fait allusion, il faut cependant indiquer la valeur d'un certain nombre de termes généraux qui reviendront fréquemment au cours de ces leçons. Les savants ont groupé, en effet, les dynasties en plusieurs tranches, sous des dénominations qui varient dans le détail, suivant les auteurs.
Maspero, dans sa grande Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, s'exprime comme suit (tome I, 1895, p. 229) :
« L'histoire ancienne est divisée en trois périodes, dont chacune correspond à la suzeraineté d'une ville ou d'une principauté.
/. Période memphite. ce qu'on appelle ordinairement l'Ancien Empire, de la première à la dixième dynastie : les rois d'origine memphite dominent, pendant la ])lus grande partie de cette époque, sur l'Egypte entière.
//. Période thébaine, de la onzième à la vingtième dynastie. Elle est séparée en deux parties par l'invasion des Pasteurs (XVie dynastie).
a) Premier empire thébain (Moyen Empire) XI«-XVe dynastie.
b) Nouvel empire thébain depuis la XVII'^ jusqu'à la XX^ dynastie.
///. Période saïte. de la XXI^ à la XXX^ dynastie, coupée en deux tronçons inégaux par la conquête persane :
a) La première période saïte, de la XXI^ à la XXVI^ dynastie.
b) La seconde période saïte, de la XXVII^ à la XXX^ dynastie. Griffith, dans la onzième édition de l'Encyclopédie britannique,
parue en 1911, emploie la division suivante :
Ancien Em])ire tlyii. I à VIII
Moyen Eiuiiire IX à XVII
Nouvel Empire XVIII à XX
Les dynasties du Deltii :
Période libyenne XXI à XXIV
Dynastie éthiopienne XXV
La XXVI' dynastie.
Période perse XXVII
Les dynasties XXVIII à XXXI
. Enfin, Steindorf, dans l'édition française du Baedeker de 1914, divise les dynasties comme suit :
Les i)lus aiu'ieiiiies djunsties .... I et II
Aiicieu Empire III à XI
Movon Empire XII à XVI
Nouvel Empire XVII à XX
Période «les rois étrangers XXI à XXV
Basse éi^oque XXVI à XXX
En réalité, ces diverses classifications sont d'accord sur les grandes périodes : Ancien, Moyen, Nouvel Empire et Epoque saïte. Les différences portent sur les périodes intermédiaires. Cela résulte précisément de l'incertitude des renseignements que l'on possède sur ces époques marginales.
Disons, en résumé, qu'il y a deux périodes obscures, l'une entre l'Ancien et le Moyen Empire ; l'autre, entre le Moyen et le Nouvel Empire ; et une période confuse entre la fin du Nouvel Empire et la 26^ djTiastie. Nous constaterons que les deux premières surtout ont été des périodes de décadence artistique dans la Haute-Egypte. A l'avènement du Moyen Empire (XII^), du Nouvel Empire (XVIII^), de même que sous l'Empire saïte de la XXVI^ dynastie, les traditions de l'art des grandes époques sont successivement renouées. On se reporte chaque fois, en réalité, aux modèles qui étaient en usage dès les tem])s brillants de l'Ancien Empire, si bien que l'on pourrait dire que l'histoire de l'art égyptien est, plutôt que le tableau de l'évolution d'un art qui se perfectionne pendant des siècles pour ensuite s'atrophier et mourir, l'histoire d'une série de déviations et de décadences suivies de renaissances. C'est d'ailleurs ce qui explique l'uniformité fondamentale de l'art égyptien dans im grand nombre de ses manifestations, malgré les différences profondes qu'il y aura à constater.
Essayons, à présent, de nous faire une idée générale des monuments parvenus jusqu'à nous, et qui doivent servir de base à notre étude.
Ce que nous avons remarqué au sujet de l'histoire proprement dite, se répète au point de vue de l'histoire de l'art. Ce que nous en savons est, avant tout, fortuit ; pour certaines périodes, les documents abondent ; pour d'autres, au contraire, on n'a rien,
sans que l'on puisse légitimement conclure de cette absence de documents que les Egyptiens avaient arrêté complètement, pour des siècles, toute production artistique.
Certaines catégories d'objets d'art ont entièrement .disparu. Je me contenterai de citer l'exemple des pièces d'orfèvrerie ornementale, qui ne sont connues que par leiu's représentations sur les bas-reliefs et les peintures des temples et des tombeaux du Nouvel Empire. Les rois les offraient en présent aux divinités, ou bien encore les tributaires de rEgy]:)te venaient les déiioser devant le trône du pharaon.
D'autres séries de monuments, mentionnés d'ailleurs dans les textes, ont survécu, par hasard, en un seul spécimen. Il suffira de citer, pour le moment, la grande statue de métal du roi Pepi I^'' de la VI^ dynastie.
La division de l'Egypte en Haute et Basse-Egypte apparaît, avec toute son importance, au point de vue de la conservation des œuvres d'art. Si l'on peut dire, à peu près sans exagération, que dans le Delta tout a disparu, la Haute-Egypte, au contraire, a conservé des antiqidtés en nombre considérable. Cette différence s'explique par des raisons diverses, dont il sidfira de signaler quelques-unes.
Dans le Delta, à cause de l'éloignement des carrières, on a eu recoTU's, plus souvent, pour la construction des édifices, au bois et à la brique, réservant la pierre pour certaines parties principales, comme la façade, ou même les encadrements de portes. Les grandes agglomérations urbaines de la Basse-Egypte, plus rapprochées les imes des autres, ont amené le pillage plus systématique des ruines, pour en emporter toutes les pierres utilisables. Le sol plus humide du Delta, a consommé la plupart des objets qui lui avaient été confiés, alors que le désert de la Haute- Egypte était à même de les conserver à peu près intacts. Mais dans la Haute-Egypte comme dans la Basse, les causes de destruction, de disparition, n'ont pas manqué. Même à des époques toutes récentes, les sites antiques ont été exploités comme carrières. Le temple d'Aménophis III, à Eléphantine, qui fut l'objet de l'admiration des savants de l'expédition de Napoléon, a été entièrement démoli quelques années plus tard. Les voyageurs de la première moitié du dix-neuvième siècle ont relevé et publié
dans leurs récits de voyage, des ruines parfois importantes qui, aujourd'hui, ont complètement disparu.
Quand on songe aux nombreuses guerres et révolutions qui dévastèrent l'Egypte (rien que sous les dernières dynasties, l'Egypte a subi au moins deux invasions éthiopiennes, deux invasions assyriennes et deux invasions perses), quand on se rappelle les destructions systématiques des chrétiens qui brisaient les idoles et les temples des faux dieux, des Arabes qui mutilaient les figures humaines, sans parler même des dégâts causés par les vieux fouilleurs. on est surpris, en réalité, qu'il soit resté encore tant de monuments égyptiens... et comme si la destruction par les hommes n'avait pas été jugée suffisante, les animavix s'y sont mis également, car on a signalé l'influence dévastatrice de véritables invasions de fourmis blanches, qui ont ravagé les nécropoles antiques.
Il ne sera pas inutile d'établir dès maintenant une sorte de bilan des groupes typiques de monuments qui doivent nous occuper, en choisissant des exemples caractéristiques pour les divers genres, aux diverses époques.
Un monument de la première dynastie, au nom du roi Narmer (que l'on semble vouloir identifier à Menés, le premier roi qui ait réuni sous son seei)tre les deux Egyptes). est connu sous le nom de Palette de Narmer (Débuts, fig. 167 et 168). Elle nous montre, entre autres scènes, une figure du roi. abattant de sa massue un ennemi vaincu. Le groupement général est fixé dès ce moment et nous retrouverons le même thème, à peu près sans modification, à travers toute l'histoire égyptienne. La même palette, par une représentation d'une fête rituelle, nous permet de constater, dès le début, la complexité des motifs afjordés par l'art de cette époque. La stèle, dite du roi Serpent, au musée du Louvre (Ai"t, pi. 101), nous montre la maîtrise dans l'exécution. Le faucon, qui surmonte le nom royal, est fait avec une maestria incomparable : on se demande combien il a fallu d'études d'après nature avant de saisir, avec autant de perfection, les formes caractéristiques de l'oiseau et arriver à les simplifier avec une sûreté telle que les âges postérieurs n'ont plus éprouvé le besoin de rien changer aux contours qui avaient été ainsi fixés.
Si nous regardons maintenant les reliefs en bois de Hesi, au
Musée du Caire (Art. pi. 28 et 126), qui datent de la fin de la III^ dynastie, nous y trouvons, d'une manière parfaite, l'emploi des conventions fondamentales du dessin de la figure humaine en Egypte. C'est ainsi que les documents, rares encore, .des premières dynasties, révèlent un art entièrement dévelopjié et dont l'exécution surprend par sa perfection.
Les grandes nécropoles, qui se succèdent sur le plateau du désert libyque depuis Gizé jusqu'à Meidoum (à proximité de l'entrée de l'oasis de Fayoum), ont conservé des séries importantes de monuments architecturaux : tombeaux royaux, le plus souvent sous formes de pyramides ; temples funéraires des rois, s'appuyant sur les pyramides elles-mêmes ; sépultures des grands ])ersonnages, du type appelé par les ai'chéologues « mastaba ».
Citons quelques exemples :
La reconstruction du temple et de la pyramide de Khéphren, dans im ouvrage de Hôlschcr. nous donne une vue d'ensemble de la nécropole de Khéops et de Khéphren. Dans le fond, les grandes masses des pyramides elles-mêmes recouvrent le caveau sépulci'al des rois ; sur la face est. s'appuie le temple funéraire, réuni par un long couloir à une sorte de vestibule qui se trouve dans la vallée, au pied du plateau. Les nombreux mastabas sont groupés à l'entour des pyramides ou même à proximité du vestibule dans la vallée.
La même disposition générale se retrouvera pour les temples des pyramides d'Abousir (Art. pi. 103), où nous verrons employées par les architectes de la V* dynastie, toutes les formes fondamentales de l'architecture ég\'ptienne des âges suivants, particulièrement les colonnes florales qui sont un des éléments des plus typiques de cette architecture (Art. pi. 8. 9 et 104).
Les mastabas, grands massifs rectangulaires, nous apparaîtront aussi comme des complexes architecturaux, contenant en germe les parties fondamentales de tous les édifices religieux de l'Egypte (Art. pi. 105). Les murs des salles intérieures sont couverts de bas-reliefs et de peintures (Art. pi. 106) ; dans des niches (Art. pi. 26) ou dans des l'éduits cachés dans la muraille, on a trouvé de nombreuses statues qui permettent d'étudier la sculpture en rondebosse. Citons trois exemples : le premier est un masque en diorite du Musée de Leipzig, reproduisant les traits
de Khéphren. Détaché d'une statue, ce fragment gagne peut-être encore en beauté et en intensité de vie. dégagé qu'il nous apparaît des particularités strictement égyptiennes, qui parfois contrarient notre œil.
Citons ensuite l'impressionnante statue en cuivre de Pepi I^"" (Art. pi. 109). mentionnée plus haut ; elle témoigne d'une science extrêmement avancée dans le rendu des formes anatomiques. II y a une incontestable maîtrise dans le travail du métal. La matière même dont la statue est faite a permis au sculpteur de dégager entièrement les bras et les jambes du personnage, sans devoir recourir à aucun des trucs constructifs que nous relèverons sur les statues de pierre.
Les deux statues de Rahotep et de Nofrit, trouvées à Meidoum (Art. pi. 18), complètent l'image que nous pouvons nous faire déjà de la perfectionde la sculpture égyptiennede l'Ancien Empire. Si les âges postérieurs ont produit des œuvres peut-être plus élégantes, ils n'ont jamais réussi à dépasser l'Ancien Empire en vérité et en naturel. Nous avons ainsi, pour cette époque, un groupe de monuments suffisamment nombreux et varié, pour arriver à nous faire une idée de l'épanouissement de l'art.
Subitement tout paraît sombrer et disparaître et les quelques monuments qui ont survécu de la période entre l'Ancien et le Moyen Empire, sont de nature à faire croire que nous assistons à une catastrophe irrémédiable. Un simple coup d'œil sur ime stèle de Dendéra. de la fin de l'Ancien Empire, montre dans quel abîme de laideur et de grossièreté l'art égj^ptien paraît avoir sombré, tout au moins en Haute-Egypte. Si l'on n'avait pas des indications précises de dates, on aurait peine à s'imaginer que le relief de Dendéra n'est pas de plusieurs siècles antérieur aux admirables statues de l'Ancien Empire. Que l'on ne s'imagine pas qu'il s'agit simplement de l'inexpérience d'un manœuvre de trente-sixième ordre, à qui un pauvre sire a commandé un basrelief funéraire dans une ville de province. Des monuments royaux de la XI<= dynastie ne produisent pas une impression beaucoup meilleure. Que l'on remarque, par exemple, les fragments d'un roi Mentouhotep à Gebelein : le thème qui reproduit la scène de la palette de Narmer est traité d'une marière sèche et anguleuse, sans aucune vie (Art. pi. 140).
Il suffira de bien peu de temps pour que les rois de la XII« dynastie aient l'enoiié absolument les traditions de l'Aneien Empire. Les bas-reliefs de Sésostris I^r, à Koptos aussi bien qu'à Karnak (Art. pi. 43 et 44), nous montrent, à nouveau, dans leur dessin et dans leur exécution, la perfection des œuvres de PAncien Empire.
On connaît peu de grands monuments architecturaux du Moyen Empire. Beaucoup de temples sont tombés en ruine au cours des âges, ont été restaurés (ce qui souvent veut dire rebâtis) ou agrandis par les rois du Nouvel Empire. Nous étudierons cependant un grand temple funéraire de la XI^ dynastie à Deir-el-Bahari, dont les ruines ont fourni les éléments nécessaires à une reconstitution capable de donner une bonne idée du savoir-faire des architectes.
Au Moyen Empire, nous aiu'ons en outre l'occasion de relever un certain nombre d'intéressants documents : les tombes des nomarqvies ou chefs de provinces, dans la Haute-Egypte. Les plus remarquables sont celles de Béni-Hasan. La façade du tombeau du Chnoum-hotep II est justement célèbre par ses piliers dits protodoriques (Art. pi. 31). Elle montre un exemple de beauté, de simplicité architecturales, que seuls les architectes grecs réussiront à dépasser bien des siècles plus tard. Les parois des mêmes tombeaux nous permettront d'examiner d'intéressantes séries de reliefs et de peintures (Art. pi. 47).
Deux découvertes heureuses de coffrets s'enfermant des t)ijoux royaux, à Dahchour et à Illahoun, apporteront une contribution bienvenue à l'étude des arts industriels (Ait. pi. 49 et 50).
De la période Hycsos rien n'existe, sinon quelques scarabées ayant servi de sceaux.
Le Nouvel Empire verra une reprise nouvelle de toutes les traditions anciennes. L'architecture fleurira alors majestueuse dans les temples des dieux et les temples funéraires. Thèbes et Abydos, pour ne nommer que les localités les plus importantes, fourniront une ample matière d'étude. Il suffira de citer ici quelques exemples : la colonnade d'allure classique du grand temple de la reine Hatshepsout à Deir-el-Bahari (Art. pi. 52 et 147), est certainement une des œuvres les plus surprenantes que l'architecture égyptienne nous ait laissée. Seule, la gorge qui couronne l'enta-
blenieut vient nous avertir que nous ne sunniies pas devant une création de l'arehitecture classsique ; les bas-reliefs et les inscriptions sont cependant une preuve irréfutable qu'aucune influence classique n"a pu s'exercer là, et que les architectes constructeurs de Deir-el-13ahari vivaient plus de mille ans avant les débuts de Farehitectiu-e grecque.
Louksor est un nom célèbre dans l'histoire de l'art ; on y trouve les gigantesques édifices auxquels les plus grands rois de la XVIII'' et de la XIX'' dynastie consacrèrent une partie de leur activité de bâtisseurs (Art. pi. 57).
Mais c'est à Karnak que le goût du colossal se manifestera dans toute son ampleur. La salle hj'postyle, si grande qu'elle pourrait contenir toute l'église Notre-Dame de Paris, a son plafond supporté par 134 colonnes, dont les plus élevées sont aussi grosses que la colonne Vendôme (Art. pi. 58 et 59).
A Abousimbel, le fameux temple, entièrement creusé dans le rocher, avec ses colosses de 20 mètres de hauteur, est le digne pendant arcliitectural de Karnak (Art. pi. 154).
Pendant la XX^ dynastie, l'ensemble considérable de Médinet Habou, élevé à la gloire de Ramsès III. permettra de constater que les grandes traditions sont encore vivaces.
Les multiples tombeaux du Nouvel Empire à Thèbes, à Tell-el- Amarna, donneront des exemples de l'emploi de toute une série de types architecturaux intéressants. Dans certains cas, l'action préservatrice du sable s'est si bien exercée, qu'on a retrouvé les édifices, à peu de chose près, dans l'état où les Egyptiens les avaient laissés ; telle, par exemple, la travée centrale du ton\beau de Ay à Tell-el-Amarna.
Les temples aussi bien que les tombeaux ont fom-ni une infinité de statues, royales ou privées, de toutes dimensions, depuis les colosses jusqu'aux minces figurines, en toutes matières également et elles se présentent avec une variété de groupements et d'attitudes faite pour surprendre.
Il suflflra de citer dès à présent un des chefs-d'œuvre de la sculpture de la XVIIP d>niastie : la statue de Tiioutmès III de Karnak (Art. p!. 63 et 158), ou encore la statue de Ramsès II, présentant une table d'offrandes, une des œuvres les plus vivantes et des plus souples à la fois tle l'art égyptien.
La cour de Ramsès II. à Louksor. avec ses grandes statues disposées à profusion sous les portiques. ])rouve que, malgré des difficultés techniques, les rois ne reculaient pas devant l'emploi abondant des colosses.
A titre de spécimen de statue privée, je citerai un joli groupe du Musée du Caire, représentant deux personnages, l'homme et la femme : Zai et Nai de la XIX^ dynastie. C'est une pièce élégante et fine, ui peut servir de type à toute une catégorie nombreuse de sculptures (Art. pi. 69).
Au milieu du Nouvel Empire, à la fin de la XVIIIe dynastie, nous aurons à faire une place particulière aux monuments qui se rattachent au nom d'Aménophis IV. Ce pharaon étrange, réformateur religieux et politique, a marqué de son empreinte les œuvres artistiques de son temps (Art. pi. 64). Un simple coup d'œil sur une des pièces les plus exquises de la série, le masque de la reine, au Musée de Berlin, révèle à l'observateur non prévenu un aspect de l'art égyptien très différent de tout ce que l'on rattache d'ordinaire à ce mot.
Comme on peut l'imaginer aisément, les parois des temples et des tombeaux du Nouvel Empire ont fourni une quantité véritablement fantastique de bas-reliefs, de peintures et de dessins. Citons seulement une esquisse du tombeau de Ramose à Thèbes. Le dessinateur a marqué dans im groupe les traits caractéristiques des races voisines de l'Egypte, avec une netteté et une précision où l'œil le plus critique trouverait difficilement à reprendre.
La richesse de l'Egypte à cette époque n'a pas manqué de donner un grand épanouissement aux arts industriels ; aussi les tombeaux nous ont-ils conservé bon nombre de pièces de premier ordre, spécialement des meubles (Art. pi. 78. 180. 181 et 182). Le bibelot d'art est connu, pour le Nouvel Empire, d'une manière plus riche qu'à toute autre époque. Peut-on imaginer objet plus artistique dans sa composition, que le récipient à fard du Musée de Liverpool, conçu comme une statuette d'esclave, portant péniblement sur l'épaule un grand vase (Art. pi. 80). Le même motif a été employé avec les modifications nécessaires dans une des élégantes cuillers à fard en bois, du Musée du Louvre (Art. pi. 79).
Après cette période d'extrême abondance du Nouvel Empire,
nous nous trouvons à ]icu i)rès dépourvus de documents pour les quelques siècles suivants. Des dynasties XXI<' à XXI V*". il reste peu de chose en architecture ; en sculpture, la découx'crte d'une cachette à Karnak a donné des séries nombreuses de statues des membres des grandes familles sacerdotales. Les œuvres sont intéressantes mais sans présenter, cependant, rien dv caracté ristique.
De la XXVe dynastie éthiopienne, nous étudierons quelques statues, par exemple celles de Mentouemhet, prince de Thèbes à l'époque de l'invasion assyrienne (Art. pi. 83).
De l'empire saite (XXVI^ dynastie et suivantes), jn-esque rien ne s'est conservé. Quelques statues et reliefs suffisent néanmoins à constater la renaissance et démontrent que, de nouveau, les Egyptiens se sont inspirés des modèles plus anciens. En architecture, un édifice : le kiosque de Nectanebo. dans l'île de Philae. sert d'introduction à la série nombreuse des monuments grécoromains. En effet, les Ptoléméc. puis les empereurs, ont construit, dans les différentes villes de l'Egypte, des édifices importants, qui seraient de nature à faire illusion sur la vitalité que possédait à cette époque l'ancien art pharaonique. Il suffira de citer maintenant les noms généralement fameux de Philae (Art. pi. 91, 92 et 93) d'Edfou (Art. pi. 94, 192 à 194) et de Dendéra (Art. pi. 95). Nous y trouverons des édifices à i)eu près intacts dans plusieurs de leurs parties, et ilont l'étude permet de reconstruire, en esprit, les grandes ruines des époques antérieures. Quand on se promène dans le chemin de ronde du temple d'Edfou, ou quand on circule entre les colonnes de la salle hypostyle de Dendéra. il ne faut pour ainsi dire aucun effort pour s'imaginer que le temps est resté immobile depuis des milliers d'années ; on serait à peine surpris, si des prêtres égyptiens, vêtus de blanc et la tête rase, sortaient à l'improviste de l'un ou l'autre appartement.
Les bas-reliefs se sont, naturellement, multipliés à l'infini, nous montrant les tlynastes grecs ou les empereurs romains s'ingéniant au mieux à ressembler aux pharaons, leiu's lointains prédécesseurs. L'exécution n'a malheureusement pas été à la hauteur des intentions et la sculpture en relief décèle, à rencontre de l'architecture, la décadence imminente dans laquelle sombrera définitivement l'art égyptien (Art. pi. 98 et 198).
Tel est le tableau généi'al des groupes de documents égyptiens qui serviront de base à notre étude.
Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas parlé de dates.
Il est temps de dire quelques mots de la question conipliquée de la chronologie égyptienne.
Les années étaient comptées d'après le règne des rois, et pour rétablir des dates, il faudrait donc, théoriquement, que nous ayons le catalogue complet des souverains, avec l'indication de l'année la plus élevée de leur règne. Tel n'est évidemment jjas le cas.
On a la ressource de consulter les synchronismes de l'histoire égyptienne avec celle des peuples voisins : grecs, perses, babyloniens, assyriens; puis les données bibliques. C'est ainsi que l'on constate que Psanmiétique I^""^ de la XXVI^ dynastie, monta sur le trône vers 663 ; que Sheshonq I*"" (Sisac), de la XXII^ dynastie, pilla le temple de Jérusalem sous le règne de Roboam, en 928 ; qu'Aménophis IV, de la XVIII^ dynastie, était contemporain du roi Bournabouriash II de Babylonc, qui régna vers 1400.
Quelquefois, des textes égyptiens ont fourni des dates astronomiques calculées sur le lever de Sirius (Sothis). Ces dates astronomiques sont fondées sur le fait suivant : théoriquement, le premier jour du premier mois de l'inondation, c'est-à-dire le commencement de l'inondation, coïncidait avec le lever de Sirius, ce qui, à Memphis, avait lieu le 19 juillet. Mais l'année égyptienne ordinaire, de douze mois de trente jours plus cinq jours supplémentaires dits Epagomènes, se trouvait être plus courte d'un quart de jour que l'année astronomique. Il y avait donc tous les quatre ans un jour de différence et le lever de Sirius tombait un jour plus tôt que quatre ans auparavant. Il fallait attendre 1460 années pour que la coïncidence se renouvelât. En d'autres tei'mes, 1460 années astronomiques égalent 1461 années civiles.
Ptolémée II Evergète. par le décret de Cauope, ordonna d'introduire un jour supplémentaire tous les quatre ans ; mais la réforme ne fut suivie qu'à partir d'Auguste, qui imposa l'année julienne.
Quand un roi d'Egypte dit, dans une inscription, que tel jour
de tel mois s'est produit le lever de Siriiis. il est possible de calculer par la différence entre cette date et le déljut de Tannée, à quel moment du cycle astronomique l'inscription a été rédigée. De la sorte on a déduit, d'une date du papyrus Ebers,que la neuvième année d'Aménophis !«'', de la XYIIP dynastie, devait tomber entre 1550 et 1546 avant J.-C. Une inscription d'Eléphantine prouve qu'une année non déterminée de Thoutmès III, de la XVIIIe dynastie, tombe entre 1474 et 1470. De même il résulte, d'une indication d'un papyrus de Kahoun, que la septième année de Sésostris III. de la XII^ dynastie, tomberait entre 1882 et 1878.
Mais ici on se heurte à une ditticulté qui, dans l'état actuel des connaissances, paraît insurmontable : il y a une opposition irréductible entre les dates astronomiques de la XVIIP dynastie et de la XII^ dynastie d'une part, et les monuments royaux qui doivent se placer entre les deux dates, d'autre part. En effet, si la XIP dynastie finit vers 1790 et si la XVIIP commence vers 1570, l'espace entre les deux ne serait que de 220 ans. Or, on connaît déjà plus de cent rois cités par les monuments et les papyrus ; de nouveaux noms ont surgi récemment encore et d'après les débris du papyrus de Turin, on peut croire qu'il y eut dans cet espace de temps 160 à 200 rois. (Griffith. Encycloj^édie britannique, p. 79).
On a proposé pour résoudre la difticidté d'ajouter une période sothiaque de plus et d'additionner. ]>ar conséquent, 1460 années à la date 1790, ce qui placerait la fin de la XII^ dynastie à 3250 avant J.-C. Ce système ramène le Moyen Empire aux environs de la date qui avait été admise généralement jusqu'au moment où, par siùte de la découverte du papyrus de Kahoun, certains avaient voulu rajeunir à outrance la chronologie des anciennes époques égyptiennes.
Un court tableau donne les dates proposées pour plusieurs dynasties par Meyer, en 1904-08 ; Sethe, en 1905 ; Breasted, en 1906 ; Pétrie, en 1906 et Borchardt, en 1917. Dans la dernière colonne sont placées les dates approximatives qui serviront pratiquement de repère dans ces leçons.
Meyer
Sethe
Breasted
Pétrie
Borchardt
vers 5ooo
vers 4000 Ancien Empire
vers 3ooo
Moyen Empire
vers i5oo Nouvel Empire
vers 1000