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CHAPITRE XLI

L'ART ÉGYPTIEN EN NUBIE ET AU SOUDAN L'ART EN EGYPTE A L'ÉPOQUE CHRÉTIENNE

En étudiant l'art primitif de l'Egypte on a mentionné incidemm«nt la civilisation primitive de Nubie. Les recherches récentes ont montre qu'il y avait en d'abord une identité de production industrielle et, en générai, identité de civilisation entre la Haute-Egypte et la Nubie. Plus tard, tandis que les premières dynasties régnent sur la Haute Egypte, il se constitue en Nubie, sur le fond primitif, une civilisation à physionomie particulière. Les rois égyptiens faisaient de temps en temps des incursions dans ce pays habité par des noirs. Snéfrou en ramène sept mille prisonniers et deux cent mille têtes de bétail. Les foidlles de Reisner à Kerma ont révélé l'existence d'un établissement égyptien qui remonte à l'Ancien Empire.

Au Moyen Empire, les rois d'Egypte multiplient leurs expéditions dans la région du Haut Nil. Nous nous sommes occupés des forteresses établies a Semné et à Koummé, dans la région au sud de la seconde catai-acte de Ouady-Halfa. On peut citer dans la même région le temple de Bouhen.

S(nis la XVIIP dynastie le pays de Kash, comme l'appellent les inscriptions, devient vme province égyptienne gouvernée par im vice-roi. Les pharaons construisent des temples importants dans tout ce territoire nouvellement annexé. A Ouady-Halfa c'est le temple d'Aménophis II ; à Sedcinga im temple en riionncin- de la reine Tii ; à Soleb un gigantesque édifice égal au temple de Louksor, construits tous deux par Aménophis III ; à Sesebi Aménophis IV consacre vm sanctuaire au dieu Aten ; Ramscs II érige un temple encore à Napata ; etc.

A l'époque de la XXI^ dynastie, certains disent à l'avènement de Sheshonq I^r de la XXII^ dynastie, les descendants des rois

oSt LEÇONS SUR l'art ÉGYPTIEN

prêtres d'Anion de Thèbcs se retirent à Napata et fondent le royaume indépendant d'Ethiopie. La ville de Xapata est située au pied de la montagne appelée Gcbel-Barkal, un peu avant d'arriver à la quatrième cataracte. C'est de là que partit Piankhy pour conquérir l'Egypte en 730. C'est dans un des temples de Napata que Mariette découvrit la stèle qui raconte la défaite des rois égyptiens, en même temps que plusieurs stèles historiques éthiopiennes. On connaît à Napata les ruines de six temples. Il y a en outre quatre groupes de pyramides : à Zouma, Kourrou, Tangassi et Nouri. En 660, comme on l'a vu, les rois éthiopiens qui avaient fondé une dynastie en Egypte sont refoulés en Ethiopie par les Assyriens. Les stèles de Napata donnent des détails intéressants sur les rois qui régnèrent ensuite : notamment Horsiatef, (jui raconte son expédition au sud de Méroé, la construction de temples, et Nastasen, qui décrit ses campagnes et la défaite du roi de Perse, Cambyse, venu pour l'attaquer. Vers ce temps-là, la capitale politique est transportée à Méroé, tandis que Napata reste capitale religieuse. Les ruines de Méroé se trouvent près de Kabf)ûchîyé, où existent encore les ruines de plus de deux cents pyramides divisées en trois groupes.

On ne sait rien des V^ et IV^ siècles avant notre ère. Ergamène, contemporain de Ptolémée Philadelphe, élevé à la cour de ce roi, réussit à se soustraire au pouvoir tyrannique exercé jusqu'alors par les prêtres de Napata. C'est à lui que remonte l'invention des écritures alphabétiques éthiopiennes dont il existe deux types, l'hiéroglyphique et la cursive. Ergamène édifia en Nubie le temple de Dakké. Un autre roi appelé Ezekher-Amon construisit le temple de Debot près de la première cataracte, ce qui indique jusqu'où s'étendait le pouvoir des Ethiopiens. On place parfois à l'époque ptolémaïque un roi Netekamon et sa femme Amonetari, (jui auraient dédié de nombreux temples en style égyptien.

Des reines du nom de Candace occupent ensuite le trône. Sous l'une d'elles, dont les armées avaient pris d'abord Syène et Philae en 24 avant J.-C, le pays est envahi en 23 par le général romain Petronius, qui s'empare d'Ibrim et saccage Napata. Auguste ordonne l'évacuation. Néanmoins le territoire entre Syène et Maharaka est dorénavant regardé connue appartenant à l'empire romain. Sous Néron, une Candace règne à Méroé, mais il est question en même temps de quarante-cinq rois d'Ethiopie,

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Vers la lin du second siècle de notre ère, on connaît ini autre roi Netekanion, dont la l'emnic s'appelle Anionetari. Leurs monuments sont nombreux à Amara près de la seconde cataracte, à Xapata. à ^léroé et dans la région appelée île de Méroé (entre le Nil Blanc, le XilBleu et rAthara).àBenaga, Naga etMousaouwarat.

Vers le IIF siècle après J.-C. la Basse Nubie est envahie par les Blemmyes, qui viennent du désert oriental. A la suite de leurs raids fréquents Dioclétien retire les garnisons de la région au-dessus des cataractes et charge les Nobades ou Nubas, tribu belliqueuse, de défendre contre leurs attaques la frontière d'Egypte.

Au I\'6 siècle Méroé est ravagée par les Nubas, mais peu de temps après, vers 350, le roi Ai/.ena d'Abyssinic bat les Nubiens à leur tour. Méroé est définitivement détruite par Tazena, roi d'Aksoum en Abyssinie, au V^' siècle de notre ère.

Les Nubas, d'accord avec les Blemmyes, attaquent la frontière d'Egypte mais sont défaits vers 4.'jO par Maximilien, général de Tempercur Marcien. Dans la paix qu'il conclut avec eux, les Nubas et Blemmyes reçoivent la permission de venir visiter le temple de Philae et d'emporter même en certaines circonstances l'idole d'Isis.

Au ^'I'' siècle les Nubas se convertissent au christianisme. Silko, vers la seconde moitié du siècle, après avoir défait les Blemmyes fonde un nouvel état chrétien dont la capitale est fixée à Dongola, près de la troisième cataracte. Justinien ferma définitivement le temple d'Isis de Philae et transporta les idoles à Constantinoplc.

Telles sont les lignes générales de l'histoire de ces régions comme on a pu les rétaijlir par des recherches récentes. Jlais les études relatives à l'archéologie nubienne et éthiopienne sont encore à leurs débuts. Si l'on commence à déchiffrer les inscriptions, on ne peut pas dire encore qu'on les comprenne. Dans ces conditions, il est difficile de voidoir présenter des conclusions au suiet de l'histoire de l'art éthiopien. On pourrait cependant proposer eôlnmc cadre provisoire, en laissant de côté la civilisation primitive, les étapes suivantes : 1" l'art égyptien est importé tout entier par les conquérants qui construisent des monuments dont le stvle est absolument semblable à celui des

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nioiuiniciits de l'Egypte propre ; 2" les rois d'Ethiopie qui se sont rendus indépendants après la XXI*" dynastie, se considérant même comme les seuls souverains orthodoxes, construisent de grands monuments, mais dans un style altéré et alourdi. La décadence est analogue à celle que nous avons pu constater en Egypte, mais seulement à l'époque gréco-romaine, et elle dérive de l'insuffisance des artistes qui s'écartent toujours davantage des modèles, sans qu'il soit possible de raviver de temps à autre la tradition. 3" Les rois de Méroé développent au I*^"" siècle de notre ère et surtout au 11"^ siècle un art étrange, mélange de formes égyptiennes et classiques, qui dépasse en laideur et en bizarrerie tout ce que l'on peut voir en Egypte dans les périodes les plus décadentes. Les sculptures montrent des personnages obèses, à caractère nègre, surchargés d'ornements multiples. C'est dire que cette période n'est pas très intéressante. Il faut ajouter néanmoins que, dans les arts industriels, on a découvert un certain nombre de pièces curieuses, surtout en matière de céramique. Les fouilles de Nubie, principalement à Areika et Karanog, ainsi que les fouilles de Napata et de Méroé, ont révélé des séries de vases peints, dont les décors montrent un mélange, qui n'est pas désagréable, des symboles égyptiens et des ornements classiques.

Nous ne pouvons pas songer à étudier ici en détail les monuments de l'art éthiopien et nous nous bornerons à quelques exemples. Je citerai d'abord le pilier décoré de la figure du dieu Bès dvi temple de Tirhaka à Napata, où le dieu grotesque remplit le même rôle que les Osiris des piliers osiriaques égyptiens. Les nombreuses pyramides effilées des deux groupes de Napata et de Méroé sont construites en pierre. Sur une des faces s'appuie souvent un petit temple, précédé parfois d'un pylône, et on pourrait dire, en général, qu'elles se rattachent aux types traditionnels égyptiens. La différence consiste en ce que les pyramides éthiopiennes ont un angle plus aigu que les mommients du même type de l'Egypte. On n'a pas encore donné jusqu'à présent d'explication de ce fait. N'est-il pas curieux de constater que dans les signes hiéroglyphiques de l'Ancien Empire la pyramide apparaît souvent sous cette forme ?

Garstang a découvert à Méroé les ruines de plusieurs temples. Le grand temple du soleil est construit sur terrasses avec portique

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i'i la terrasse inférieure. Le dallage était l'ait en earreaux de faienee bleus et jaunes. Les murs extérieurs étaient décorés de reliefs donnant des épisodes de scènes de bataille dans un style fort mauvais. Garstang a déblayé les ruines du temple d'Amon, du temple d'Isis, du temple du dieu lion, ensuite les ruines de deux palais, de bains royaux décorés de sculptiu'es et d'ornements qui ont la prétention d'imiter des modèles classiques. Les déo-rs en faïence émaillée jouaient im assez grand rôle.

A Benaga on a signalé deux piliers composites, ornés sur les faces d'images du dieu Bès, mais surmontés de chapiteaux hatlioriques, combinaison qui n'est certainement pas très heureuse. Ce sont les ruines d'un Mammisi qui dépendait d'un temple d'Isis. Parmi les restes du temple de Naga il faut apporter une attcntifin spéciale au petit kiosque romano-égyptien, dont les lignes générales se rattachent évidcnmient aux constructions égyptiennes, par exemple au kiosque de Philae, mais dont l'ensemble, par toute une série de détails, évoque plutôt le souvenir d'une construction romaine. Le kiosque est constitué par une série de colonnes réunies par de petits murs d'entre-colonnement, mais on a surmonté ceux-ci de fenêtres à linteau plat avec série d'uraeus, ou à linteau cintré bordé d'ornements où l'on ne reconnaît pas les formes égyptiennes. Il en est de même pour les chapiteaux aux formes composites, dont on ne saurait dire exactement s'il faut en faire honneur à l'art égyptien ou à l'art romain. A Mousamiwarat on a retrouvé d'immenses ruines enchevêtrées de tempks et peut-être de palais, où l'on voit des colonnes dont les cannchues rappellent les monuments classiques, bien qu'elles aient la forme I)ulbeuse à la base et le chapiteau papyriforme des colonnes égyptiennes. On peut y voir aussi un tambom- de colonne orné de personnages sculptés en relief à fortes saillies et dont le style est aussi peu égyptien que possible.

Garstang a trouvé à Méroé, dans le temi)le du li()n, une figurine royale dont les formes générales se tiennent assez bien dans les limites de la tradition pharaonique, bien que le personnage ait le cou et la poitrine chargés d'ornements plus nombreux que les rois d'Egypte n'en portaient. Deux grandes statues d'un roi et d'une reine provenant du temple d'Isis nous permettent de sentir plus nettement dans quel sens l'art se détériore. On songe à certains fétiches africains plutôt qu'aux brillantes productions de

la sculpture royale de l'ancienne Egypte. Un groupe du Musée du Caire n'est pas beaucoup nieilleiu-. Les insignes divins posés sur la tête du dieu permettent de reconnaître immédiatement l'influence égyptienne, mais le reste est plus mauvais que tout ce que les périodes de décadence, en Egypte même, nous ont permis d'entrevoir. Tl faut arriver aux premiers siècles de l'ère cHrétieuno, dans les nécropoles nubiennes, povu* voir ce que l'art est devenu sous la main de ces manœuvres maladroits. Une statue d'âme de Karanog, i-cstaurée, serait admise sans hésitation au milieu des fétiches africains. On a appelé ces sculptures des statues d'âmes, car le sculpteur a combiné le corps de l'homme avec celui de l'oiseau. En effet, à la partie postérieure, se développaient des ailes et une queue d'oiseau, ce qui rappelle évidemment l'idée égyptienne de l'âme figurée sous la forme d'un oiseau à tête humaine.

Citons ensuite quelques spécimens de bas-reiiel's. Un support de barque de Benaga au Musée de Berlin au nom du roi \etekarnon est conçu à la manière égyptienne et les reliefs qui le décorent valent bien des seulptuies de l'épociue ptolémaïque ou romaine. Au contraire, l'altération est assez grande déjà dans une plaquette trouvée à Méroé dans le temple du lion, bien que l'cxécution même témoigne d'une certaine habileté de technique. L'habitude de surcharger les rois et les dieux d'ornements multiples se manifeste bien sur cette pièce. Un fragment de stèle royale, sorti également des fouilles de Méroé, permet de constater une dégradation de style encore infiniment plus grande. L'équilibre général de la scène est égyptien, les détails dé coiffure aussi, mais chaque trait est enlaidi, comme si un mauvais génie guidait la main du seulpteiu- pendant l'exécution de son travail. On remarquera un point curieux : le côté du siège de la déesse est décore de la figure d'un sphinx manifestement d'inspiration giTcquc. Les temples de plusieurs pyramides ont fourni enfin des bas-reliefs rovaux qui constituent le ])oint culminant dans la laideiu'. On peut en A'oir à Berlin et au British Muséum. On pourrait peut-être remarquer qu'à notre époque, quand im déeoratevu" peu instruit veut imiter, dans un but eonunercial, le style égyptien il tombe presque mécaniquement dans les mêmes travers et produit des figures étroitement apparentées n l'art des nègres de l'Ethiopie,

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mais (jui ne rappellent nullenunt les Ijons documents du vérital)le art égyptien.

Les hijtnix décon\crts par Ferlini dans la j)yramide d'vme reine d'Ethiopie et conserves à Berlin et à Munich, sont plus intéressants que beaux. A Karanog, on a trouvé des coupes en métal à décor ciselé, dont une au moins peut retenir l'attention, en ce qu'elle montre ce que les motifs dérivés de l'art égyptien étaient devenus aux premiers siècles de l'ère chrétienne sous la main des artistes africains. A ce moment, on peut dire \éritablement que l'art pharaonique est moit dans les régions du Haut Nil. à la suite d'une longue agonie.

En Egypte sa disparition est plus soudaine ; le christianisme l'a poiu" ainsi .dire supprimé d'im trait. Comment le constater, sinon en examinant rapidement quelques monuments de l'Egypte chrétienne et byzantine qui se rattachent à ce qu'on a appelé l'art copte ? On a prétendu d'abord que l'art copte était l'art chrétien d'Egypte et qu'il s'était développé sous l'inFhience de l'art romain. 11 semble que ce soit une erreur. Les études de Strzygowsky ont montré que l'art copte serait plutôt l'art hellénistique sorti de l'art grec, développé surtout en Asie Mineure, et traduit par des ou^Tiers égyptiens habitués encore à la technique et aux formes ég%ptiennes. En ce cas, le rôle joué dans cette formation par Rome et Byz.ance aurait été fort restreint.

L'art de l'Egypte chrétienne est connu principalement par les grands couvents et les églises, ensuite par un cci-tain nombre de cimetières. Nous ne pouvons songer à étudier tous les problèmes (jue soulèvent ces monuments, car cela sortirait manifestement du cadre que nous nous sommes tracé et échappe du reste à notre compétence. Nous pouvons cependant faire quelques remarques rapides sur quelques documents. En architecture on continue toujours à employer les matériaux traditionnels de l'Egypte et à les disposer suivant les habitudes locales. La brique est d'un emploi extrêmement fréquent et l'on en tire des voûtes de différentes courbes, des absides et des coupoles sur pendentifs. On peut en voir encore de bons exemples dans les ruines du ('(juvent de Saint-Siméo)!, près d'Assouan, ou encore dans les nombreuses chapelles chrétiennes d'El-Bagaouat. La pierre est plus rarement

employée. Elle sert pour les colonnes, les encadrements de portes et certains décors. De fort beaux décors d'architecture ont été trouvés d'abord à Ahnasia, puis à, El-Baouit, et dernièrement au couvent de Saint Jérémic à Saqqara. Le couvent de Saint-Jérémie a existé de la lin du V^ siècle au milieu du ÎX*^. Les meilleures sculptures datent du début du VI^ siècle et elles présentent de grandes analogies avec les décorations des églises de Justinien à Ravenne. Il faut citer particulièrement les chapiteaux, les pilastres, quelques colonnes et des {'rises. En réalité, on ne retrouve là-dedans plus rien de l'ancien art pharaonique, sinon peut-être ce goût marqué de la décoration florale. Serait-il impossible de soutenir qu'il y a un rapp(>rt de filiation entre les beaux chapiteaux composites de la basse époque et les chapiteaux floraux des couvents et églises coptes? Quand on en considère une petite série, on constate a%-ec quelle rapidité les beaux motifs s'altèrent et s'alourdissent. Les artistes égyptiens à toutes les époques ont eu besoin d'un enseignement sévère. Dès qu'on les laisse à eux-mêmes, ils font vite preuve de négligence et les modèles se déforment rapidement entre leurs mains. Souvent les frises à feuillages sont d'une très grande richesse et font songer à certains décors peints du Nouvel' Empire, tout au moins comme habileté à styliser et à grouper les éléments végétaux. Nous n'y retrouvons plus les fleurs de lotus, mais la grappe de raisin qui était déjà employée comme décor au Nouvel Empire, joue encore un rôle important dans les frises coptes. Le procédé de la peinture sur enduit, qui a été en usage à toutes les époqucs,a servi également à la décoration des églises et des chapelles. A Saint-Jérémie, à El-Baouit, à Saint-Siméon et en bien d'autres endroits, on a pu relever des restes intéressants de tableaux religieux, où l'on voit le Christ, les anges et les saints, sans qu'il soit possible de noter dans ces peintures quoi que ce soit qui rappelle l'art des pharaons.

Dans les arts industriels, les vieilles techniques se sont évidemment conservées et, dans ce domaine, il est plus facile que partout ailleurs d'établii des séries ininterrompues depuis la ha\itc antiquité jusqu'au moyen-âge. On peut citer particulièrement à cet égard des spécimens de faïence émaillée. Les recherches sur ce sujet ont permis de rattacher la céramique émaillée des Arabes aux anciennes techniques pharaoniques.

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On connaît quelques exemples de vases peints. Citons un spécimen du couvent de Saint Jérémie : il n'est pas impossible d'y retrouver la persistance de motifs anciens. Un décor en forme de palmettcs est peut-être bien, après tout, un rappel des lotus. Dans les panneaux semi-circulaires nous trouvons des oiseaux et des scènes de chasse, notamment le lion qui dcehiic un animal. Ce sont là des motifs dont nous avons vu l'emploi dans l'art décoratif ancien. Nous le retrouvons encore sur un panneau d'un meuble, en bois sculpté, trouvé à Kom-Isliqau. La disposition même du lion et de l'animal qu'il poursuit rappelle le décor de petites boîtes du Nouvel Empire.

L'étude des tapisseries et des tentures, très nombieuses, trouvées dans les nécropoles de l'Egypte chrétienne, permet de relever ainsi quelques thèmes qui ont conservé des traditions de la vieille Egypte ; mais dans l'ensemble ils sont plutôt rares. Quant à la technique même de ces tapisseries elle se rattache aux spécimens, du Nouvel Empire que nous avons eu l'occasion de mentionner. L'étude de l'altération des motifs sur les vêtements est également très caiactéristique pour montrer avec quelle rapidité les dessins se déforment en Egypte. On pourrait aisément en relever d'autres exemples dans les différentes parties de l'art décoratif, mais ce n'est plus le moment de nous y arrêter maintenant.

Reste à citer une dernière catégorie de monuments coptes : ce sont les stèles funéraires. Maspero les a classées autrefois en majorité au XI^ et même au XII<^ siècle. Strzygowsky les met avant le VIII'' ; dans le catalogue des stèles du Musée du Caire deux seulement portent les dates de G93 et de 79o après J.-C. Ces pierres, érigées sur les tomlieaux, et dont le rôle est évidemment le même que ( elui des stèles anciennes, portent des représentations en relief qui se rattachent :i quclquts grandes catégories. Le motif le plus Ircquent est la croix, la croix inscrite dans une couronne, accompagnée de palme ; la couronne et la croix sont parfois posées sur les ailes d'un oiseau, probablement un symbole de l'âme, dans lequel on pourrait retrouver le descendant dégénéré des beaux oiseaux qui planaient au plafond des temples, ou dont l'image protégeait les figm-es royales. Il est étrange de constater que par une combinaison de la croix et de la couronne, dans laquelle est inscrite une croix, on soit retombé dans le vieux symbole

de la croix ansée, signe de vie. C'est bien elle que l'on relève sur toute une série de stèles, recevant parfois des ajoutes et des enjolivures qui en altèrent le caractère. Les symboles chrétiens sont souvent placés au milieu d'un ensemble architectural, conçu comme une sorte de niche ou comme une façade d'édifice, ce qui une fois encore nous rappelle le thème des vieilles stèles en forme de niches ou de chapelles. Dans le tympan apparaissent quelquefois deux paons affrontés et séparés par un autel. D'autres fois le champ de la stèle montre une décoration florale, au milieu de laquelle sont disposés des animaux, ce qui pourrait être la copie d'un motif fréquent dans les tapisseries. Exceptionnellement on rencontre la figure humaine ; généralement elle représente un personnage, homme ou femme debout, dans la pose de l'orant. Le style de ces « bonshommes » montre assez à quel niveau l'art était tombé à cette époque et comment, des vieilles traditions, il ne reste plus rien, tandis que les formes de l'art gréco-romain étaient à leur tour dégradées autant qu'il est possible de l'imaginer.

L'ancien art pharaonique s'était montié indifférent à la disparition des dynasties indigènes, mais son existence était indissolublement unie aux cultes des anciennes divinités. Quand les idoles furent détruites, les temples abandonnés ou transformés en églises, les l'ormes artistiques, qui avaient survécu aux révolutions politiques pendant cinquante siècles, s'évanouirent pour toujours en quelques brèves années.

« L'art de l'Egypte, a dit Maspero, comme l'écriture, comme la » littérature, comme les sciences, comme la ei\ilisation courante, » faisait bloc avec la religion de l'Egypte : le coup qui les frappa » le frappa et l'abattit. Il moiu'ut tout entier, et le monde le perdit » de vue : pendant près de quinze siècles, on ne sut rien de lui, si » ce n'est que les écrivains classiques en racontaient des merveilles, )) et que de rares voyageurs en avaient aperçu quelques restes )) énormes au voisinage du Caire ou dans les déserts de la Thébaïde. » Les dessinateurs et les savants de l'expédition française l'ayant » tiré de l'oubli, il y a un peu plus de cent ans, il a reconquis dans » l'estime de la civilisation pi'ésente le rang d'où l'insouciance des » générations passées l'avait fait descendre. A dire vrai, il n'est

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pas ciifore et je crains qu'il ne soit jamais de ces arts jiour lesquels on s'ciiClamnie à première \ uc. Certaines des œuvres qu'il nous a léguées conniiandent l'admiration du moment qu'on les rencontre, et il suffit d'y jeter les yeux pour les comprendre sans plus de peine que les plus belles des Grecs et des Romains. Les mérites des autres n'éclatent pas tout d'abord : on ne les saisit qu'après une étude patiente, et l'on doit les enseigner aux gens qui n'ont pas le temps de chercber eux-mêmes à les découvrir. N'en est-il pas ainsi en littérature, et n'y a-t-il pas des poètes anciens, Pindare par exemple, dont les vers ne sont plus que le régal du très petit nombre ? Le beau y persiste comme au temps où ils lurent composés, mais le long commentaire qu'ils exigent avant de consentir à livrer leiir sens l'a voilé aux yeux de la foule. Les artistes et les lettrés, que la sculpture et la peinture égyptienne déconcertèrent à l'origine, sont revenus déjà de leur étonnement : ils éprou\eiit ;i les goûter un plaisir extrême... » (Ars Una).

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