CHAPITRE XL
Sculpture et arts industriels
Statues. — Les documents pour l'étude de cette péiùode sont relativement rares. Ceux qui ont été signalés n'ont pas toujours été étudiés avec suffisamment de précision, et, jusqu'à présent, nulle part on n'a cherché à les réunir d'une façon systématique. II serait par conséquent hasardeux de vouloir faire à ce sujet plus que quelques remarques générales. On peut constater pour un premier groupe de statues qu'elles sont travaillées à peu près entièrement dans la tradition des époques anciennes, sans que l'influence classique apparaisse en aucini détail. C'est le cas pour ime statue de Ptolémée Philadelphe, au Vatican. Elle représente le roi égyptien debout, en marche, avec pagne ordinaire ; la coiffure est le klaft, aux deux extrémités retombant sur les pectoraux. L'expression do la figure se relie sans difficulté à certaines têtes royales de l'époque saïte, dont nous avons signalé la rondeur et les traits peu expressifs. Quand on compare cette statue avec une autre, malheureusement anonyme, trouvée près de Marathon et conservée au Musée d'Athènes, on ne trouve, à première vue, pas de grandes différences : l'attitude est identique, tous les détails de vêtements et de coiffure sont bien dans la note pharaonique (Art, pi. 196). Cependant, il est incontestable que la statue d'Athènes, analysée de plus près, trahit des influences classiques manifestes. C'est certainement un des monuments où le sculpteur a fait passer le plus de l'esprit classique dans une statue traitée selon les données traditionnelles.
On peut classer avec les oeuvres de ce genre une tête de basalte, du Musée de Bruxelles : la coiffure est bien la double couronne égyptienne, mais le traitement de la figure s'écarte déjà d'une façon notable de la manière égyptienne, particulièrement dans la façon dont sont exécutés les yeux.
On connaît, par contre, un certain nombre de statues où la ligure a été traitée à la manière grecque sur un corps égyptien. Le l^remier exemple que l'on peut citer est une grande statue, découverte dans le sanctuaire de granit de Karnak, et dans laquelle on a voulu reconnaître Alexandre IV (Art, pi. 96). Le corps, comme ou \'ient de le dii e, est entièrement égyptien et l'observateur'n'est pas peu surpris dele voir surmonté d'une tête absolument grecque, dont les mèches de cheveux, soigneusement exécutées, dépassent le bord du klaft. On notera aussi que le cou est plus allongé que dans la plupart des statues égjqjtiennes. La draperie qui recouvre les cheveux et qui détermine par sa disposition la coilTure habituelle des rois égyptiens, a subi également quelques modifications. Généralement le pli, dans la partie qui tombe verticalement, se trouve à peu près à la hauteur du menton, tandis qu'ici il se trouve à la hauteur de l'épaule et les deux parties qui retombent sur les pectoraux ne se rattachent plus au reste de la coilïiue d'une manière aussi rationnelle. Une tête de Ptolémée VI, Philométor, trouvée dans la mer près d'Egiiie, montre également le mélange des l'ormes. Le visage est mutilé, mais il en reste assez pour reconnaître qu'il n'avait rien d'égyptien. Les boucles de la chevelure sont soigneusement marquées au-dessus du front. Sur les côtés on voit cependant des parties du klaft, mais celui-ci ne semble plus exister à la partie antérieure. La tête est surmontée d'une couronne égyptienne, d'où descend un serpent qui se di'cssait sur les mèches du front. Le Musée du Caire possède encore une bonne statue d'un Ptolémée indéterminé. Le corps est égyptien, le klaft bien agencé, mais la face est entièrement grecque.
Passons aux statues de reines. Une d'elles, au Vatican, représente d'après l'inscription, Arsinoé, sa-ur et femme de Ptolémée Philadelphe. L'œuvre rappelle immédiatement Amenardis I''<^ ou Shapenapit II du Caire : la pose est la même, ainsi que le vêtement, les détails de eoiffiu-e, etc. On notera la sécheresse de l'exécution, la longueur démesurée des jambes et la forme sphérique des seins qui se constate déjà à l'époque saïte, mais qui ne fait que s'accentuer plus tard. Tous les détails de cette statue sont manifestement égyptiens. Il en est de même pour le fragment d'un groupe gigantesque, conservé dans la collection Waroqué à Mariemont (Belgique), et qui provient d'Alexandrie. Il paraît bien qu'il s'agissait
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du groupe de Cléopâtrc et d'Antoine. On assure que c'est le seul portrait quelque peu autlientique que l'on posséderait de la laineuse reine. Ce fragment permet de constater que, jusqu'à la fin du règne des Ptolémées, certains sculpteurs avaient conscr\'é fort exactement les traditions des anciennes écoles indigènes.
C'est encore une reine que nous montre une statue du JMuséc du Caire et qui est d'iuie remarqual)lc laideur. Le détail de la couronne ne ])ermet pas d'hésiter sur l'identification. Ce monument est un premier exemple d'une transformation, due certainement à l'art gi-ee. La reine est vêtue encore d'une robe qui serre étroitement le corps et qui laisse transparaître toutes les formes, mais on a marqué les plis de l'étoffe qui n'étaient pas reproduits dans les statues plus anciennes. Il y a de plus un détail particulier. Un nœud est formé sur la poitrine, entre les deux seins, et ce udiul est devenu un signe caractéristique de la basse époque, (jue l'on appelle, peut-être pour l'avoir trouvé d'abord sur des statues d'Isis, le nœud isiaque. La reine tient dans la main gauche une fleur de lotus, emblème rare dans les sculptm-es plus anciennes, tandis que nous allons encore le i-etrouver sur quelques monuments de basse époque, par exemple sur la soi-disant Isis du Vatican. Déesse, reine ou grande dame, rien ne permet de décider la chose avec précision. La robe à plis, avec nœud isiaque, laisse transparaître toutes les formes. On notera la longueur du corps et l'étroitesse de la taille. Ce sont les mêmes formes que l'on remarque sur une statue du Musée de Bruxelles, qui est tout entière encore dans les traditions égyptiennes nuiis (|u'on doit néanmoins dater sans hésitation de l'époque grecque. L'exagération des seins est particulièrement marquée dans ce dernier exemple. La face se rattache aisément aux modèles de l'époque saïte-ptolémaïque. lh\c œuvre comme celle-ci nous montre des sculpteurs extrêmement maîtres de leur métier ; ils le connaissent à fond et ce n'est pas sur de telles pièces que l'on peut montrer la rapide décadence de l'art égyptien. La statue de reine, du Caire, que l'on vient de rencontrer, est, somme toute, peut-être de la même époque, mais elle est due à un atelier provincial ou simplement à un mauvais ouvrier. C'est le jugement qu'il convient de porter aussi sur une statue de prêtresse au Musée d'Athènes. La dame est vêtue de la robe à plis, drapée de manière à laisser voir à nu
un des seins, ce qui est un détail assez curieux. La tête est disproportionnée pour le corps et le travail ne rappelle plus en rien la manière égyptienne des bonnes époques.
Une Isis (?) de la collection Baracco à Rome nous apporte encore une œuvre d'un caractère tout dit'l'érent et dont on a rapproché un buste de femme de l'époque romaine, au Musée du Caire, bien que leur ressemblance ne soit pas frappante.
Citons à présent quelques exemples de statues privées. Deux des plus intéressantes sont au Musée de Berlin. La première n<nis montre un vieillard, dont le corps est entièrement traité à la façon traditionnelle, mais dont la tête, qui se penche légèrement sur le côté, témoigne d'une influence indubitable de l'art occidental (Art, pi. 97). Cette tête a de l'analogie avec les têtes saïtes, expressives et même tourmentées, que nous avons étudiées précédemment, mais on y a mis encore plus que dans les têtes saïtes, et la comparaison peut se faire avec les œuvres des coroplastes de Smyrne. I^a seconde statue de Berlin représente Harsinebef, qui était général des troupes du Delta et prêtre de Ncit de Sais, ce qui n'empêche que son portrait soit conçu dans une note bien peu égyptienne. Le corps est enveloppé dans les plis d'un manteau et la face a perdu à peu près toute ressemblance avec les œuvres saïtes.
Une tête du Musée de Copenhague est un exemple intéressant de la combinaison des deux influences. De face, elle n'a rien d'égyptien, mais si on la retourne ou se trouve en présence des restes d'un pilier dorsal, décoré de figures et d'inscriptions égyptiennes, d'un dessin encore très ferme. Tl est difficile de vouloir mettre une date sur tous ces monuments. Dans la catacombe de Komech-Choukafa, à Alexandrie, on a pu au contraire assigner à la fin du premier siècle après J.-C. deux statues placées dans les niches du portique de la chapelle principale. L'homme est encore très égyptien d'allure, bien que la tête soit franchement romaine. Il en est de même pour la femme, qui — chose à noter — avance la jambe droite, tandis que l'homme restait fidèle à la tradition égyptienne qui veut que l'on parte du pied gauche.
On possède aussi quelques bonnes statues d'animaux appartenant à la basse époque. Ainsi, devant la façade du temple d'Edfou, un grand faucon tient entre ses pattes un petit personnage
debout, dont la draperie est disposée eoniine une toge. Dans la cour du même temple, de\ant le pronaos, il y a aussi un grand faucon d'un travail excellent et qui n'est pas intérieur aux œuvres plus anciennes. On peut citer encore le taureau d'Adrien au Musée d'Alexandrie ; il est plutôt classique, l>ien qu'il porte encore sur les cornes les emblèmes égyptiens. Il y a également quelques figures de lions servant de gargouilles dans les temples d'PÀllou, de Dendéra. N'oublions pas de mentionner les sphinx, notamment ceux du Sérapenm de Memphis, mais leur style est lourd et maladroit.
Bas -reliefs. — Un grantl nombre de parois des temples portent des bas-reliefs qui s'échelonnent depuis Alexandre le Grand jusqu'aux empereiu's romains du second siècle.
Conuiiençons à envisager quelques exemples au point de vue de leur disposition générale. Au premier pylône de Philae, décoré par Ptolémée XIII, on voit, à la partie inférieure, de grandes figures de divinités, ainsi que le roi abattant des prisonniers. Au-dessus, des tableaux de petites dimensions donnent des scènes d'adoration et d'offrande. Au second pylône du même temple les reliefs sont de Ptolémée IX et la disposition est à peu près la même. En bas, on voit Hathor et Horus recevant les offrandes du roi, tandis qu'au-dessus réapparaissent les petits tableaux. Sur les parois extérieures du temple de Dendéra nous retrouvons encore une disposition semblable, mais cette fois il est possible d'en donner une explication logique. En effet, les grandes figures occupent un espace délimité par une ligne qui se trouve à peu près exactement au niveau des plafonds des chambres intérieures. Les petites scènes d'offrande sont alors à la partie supéi-icure de la muraille qui constitue, comme nous l'avons vu, une sorte de parapet autour des plates-foi-mes extérieures de l'édifice. On peut remarquer sur cet exemple le rôle réellement envahissant que jouent les insciùptions dans ces représentations. Les hiéroglyphes de basse époque n'ont plus le beau dessin, la régularité, la simplicité même des inscriptions plus anciennes. C'est une abondance de détails, un resseiTcment des signes qui produisent ime impression de désordre et de confusion. On serait tente de dire que, si aux époques anciennes les inscriptions expliquent les scènes, ici les images
jouent plutôt un rôle subordonné, comme des illustrations insérées dans un texte.
On chercherait en vain dans les temples ptolémaïques des représentations de sujets historiques. Les grands événements de l'histoire du monde dans lesquels l'P^gypte est parfois entraînée, ne touchent plus directement les divinités égyptiennes et il n'y a plus de raison de faire figurer sur les murs des temples les épisodes des guerres et des révolutions étrangères. Le roi grec ou l'empereur romain remplit à l'égard des dieux d'Egypte ses devoirs de successeur des pharaons, et c'est là ce qui importe avant tout. Il existe cependant, dans le couloir du temple d'Edfou, une série de tableaux qui rappellent par leur allure générale certains épisodes historiques. Il s'agit du récit détaillé et illustré des luttes mythologiques du dieu Horus d'Edfou contre ses ennemis. On a, par exemple, un bateau qui s'avance, la voile gonflée ; à l'arrière le dieu Horus enfonce sa piqvie dans le corps d'un hippopotame qui se trouve dans l'eau. A l'avant du bateau est agenouillée la déesse Isis qui tient en mains les chaînes immobilisant l'ennemi de son fils. On n'est pas peu surpris de voir sur la rive le roi, debout, qui enfonce également sa pique dans le corps de l'hippopotame. Il collabore ainsi à l'acte du dieu, vainqueur de son adversaire. Faut-il croire que c'est la représentation d'épisodes de cérémonies religieuses qui s'exécutaient à proximité du temple. Après tout, c'est possible, mais il est curieux de remarquer que l'inscription raconte les épisodes de la guerre divine, avec toutes les précisions géogrd!'phiques et chronologiques désirables.
A l'intérievu- des temples les scènes rituelles sont extraordinairement nombreuses. Citons les tableaux si bien conservés du sanctuaire de granit de Philippe à Karnak, ou des tableaux au nom de Néron au temple de Dendéra. Les scènes sont en général de petites dimensions ; elles se superposent à plusieurs rangées sui la paroi, laissant en général au visiteur une impression de monotonie. Le pi-océdé est souvent le relief ; très fréquemment aussi le relief dans le creux. Il semble que paifois des considérations d'éclairage aient fait préférer ce dernier procédé pour les parois exposées à un éclairage particulièrement vif. Dans l'exemple cité, de Néron à Dendéra, que l'on remarque de quelle manière les panneaux à inscriptions se dégagent sur la muraille à un niveau
ditïcreiit de celui des tiihleaux, ce qui n'existe pas aux époques plus anciennes. Cela tient peut-être à ce que le relief des figures est beaucoup plus accentué que précédenunent et qu'une saillie aussi puissante n'était pas possible pour les fiijs et délicats hiéroglypbes auxquels on se contentait de donner un léger relief. A la base des murailles, au lieu du lanibiis uni ou des processions de Nils, que l'on rencontre quelquefois aussi à la basse époque, on trouve souvent un orncnient floral formé de tiges de papyrus de deux espèces et de boutons de lotus disposés en un décor assez élégant. Sur la hordui-e supérieure des parois, on retrouve encore les « kakerou s mais ceux-ci sont disposés par groupes espacés, entre lesquels on a inséré des cartouches royaux, placés sous la protection d'oiseaux sacrés, les ailes étendues.
Au point de vue du style, nous remarquerons d'abord, dans un certain nombre de reliefs, un pastiche souvent fort adroit du style des époques plus anciennes. Nous avons mentionné à Karnak, au temple de Ptah notamment, des parties refaites par les Ptolémées dans le style de Thoutmcs III. On peut relever à Karnak également des imitations du style des Ramcssides. On en a signalé à Medinet-Habou. Il est certain que le dessin des figures suit de fort près les modèles anciens et qu'un examen sommaire tromperait bien des visiteurs. Quand on est averti, on remarque plus de mollesse dans l'exécution ; mais ne pourrait-on relever des défauts de ce genre dans des reliefs antiques dont la date est tout à fait indiscutable ? Quand les sculpteurs furent chargés de décorer au nom d'Alexandre le sanctuaire des barques du temple de Louksor, ils'avaient partout autour d'eux les beaux reliefs d'Aménophis III. Un peu d'application leur a permis aisément de faii'c de bons pastiches. Les figures sont élégantes, le mouvement juste et il faut être averti pour s'aviser qu'il y a un peu plus de sécheresse dans l'exécution, notamment que la tête du roi n'est pas aussi adroitement dessinée. I/examen des hiéroglyphes donne un résultat moins favorable et ici certainement on peut noter une décadence manifeste.
Nous venons de dire que certains bas-reliefs qui pastichent les œuvres anciennes, font- preuve d'un peu de mollesse. Cette tendance va rapidement s'accentuer. Si l'on regarde un bas-relief de Philippe, au sanctuaire de grnnit de Karnak, on sent déjà
dans quelle direction néfaste s'engagent les sculpteurs, probablement sous l'influence des Grecs. En même temps, ils augmentent de plus en plus la saillie donnée au relief. C'est très sensible déjà sur un fragment de Ptolémée I*''' au Musée d'Oxford. Cela ne veut pas dire cependant, qu'à l'occasion, certains sculpteurs n'aient pas su s'observer et rien n'est plus frappant à cet égard que de comparer quelques sculptures d'un même roi dans un même temple. A Kom-Ombo, il y a des séries nombreuses do reliefs de Ptolémée IX. Les uns nous montrent des figvu-es élancées, fermes, soljres d'exécution, tandis que d'autres offrent des personnages aux formes trapues, molles et gonflées. Dans un premier exemple on pourrait noter la ressemblance des formes générales de la déesse avec les statues que nous avons examinées au commencement de la leçon. La manière dont un des seins a été figuré est assez surprenante (Art, pi. 198). Dans un second relief on verra Ptolémée IX recevant des mains du dieu Horus le glaive et le signe des fêtes, scène bien connue. Le roi est accompagné de deux reines ; il est vêtu d'un grand manteau, qui certainement n'est pas dans la tradition égyptienne ; les reines ont la robe, reproduite tout à l'heure par les statues, avec le nœud sur la poitrine. La laideur — car il y a une véritable laideur dans ce tableau — ne dérivait cependant pas du manque de virtuosité du sculpteur, car il a réussi à merveille les pieds de ses figures. La faute en est bien certainement au dessinateur qui n'a pas su restej' fidèle aux principes anciens ; mais la faute en est surtout à cette exagération dans le relief qui veut faire, en quelque sorte, un compromis entre les légères silhouettes égyptiennes, à peine modelées, et le véritable bas-relief tel que les Grecs l'entendaient.
Ce serait un tort de croire qu'il y a, à ce point de vue. une décadence continue et que, de règne en règne, les reliefs se dégradent de plus en plus. Il suffirait pour se convaincre qu'il n'en est rien de se reporter à quelque distance, dans le même temple, devant un bas-relief de Ptolémée XIII, qui est d'une tenue et d'une correction infiniment supérieures. Sans vouloir dire qu'il vaille comme dessin et comme composition les tableaux religieux du Nouvel Empire, on reconnaîtra cependant qu'vm art semblable était encore susceptible de produire des chefs-d'œuvre. Ce bas-relief de Ptolémée XIII peut supporter la comparaison avec les meilleurs
reliefs de l'époque saite. Il en est de même, d'ailleurs, de certaines figures du début de l'époque impériale, bien qu'ici, en général, l'exécution tende à devenir beaucoup moins parfaite. Que l'on compare un Auguste de Dendéra avec une scène d'offrande du même souverain à une autre partie de ce temple. Le premier est bien campé, tandis que le second est beaucoup moins solide. On aura la même impression en présence de Néron. Le dieu et l'empereur manquent de fermeté et la comparaison avec les reliefs des époques plus anciennes devient de plus en plus difficile. Il est bon de signaler, en passant, que plusieurs de ces reliefs tardifs montrent des détails d'ornementation dans les vêtements ; ce qui correspond sans doute au développement d'une industrie signalée au Nouvel Empire, mais dont on trouve de nombreux exemples à l'époque chrétienne.
Avant d'abandonner les bas-reliefs, n'oublions pas de citer une figure de porteuse d'offrandes du temple de Kom-Ombo, dans des parties décorées à l'époque romaine. Le panneau est rempli autant qu'on l'a pu : la femme, qui porte sur la tête le signe hiéroglyphique signifiant « champ », tient sur ses bras une table à plusieurs étages garnie de vivres et de fleurs. A ses mains et à ses bras sont accrochés des oiseaux, des fleurs et des bourriches en paille. A ses pieds s'avance un animal gras. Du sol s'élèvent deux tiges de papyrus sur lesquelles sont placés des oiseaux qui battent des ailes. Il y a un groupe de cailles devant l'animal. Sous un des bras de la porteuse passent des tiges qui se terminent aux deux exti'émités par des fleurs, tandis qu'on a trouvé le moyen de piquer encore sur ce fond quatre figures d'oiseaux qui battent des ailes. Tout cela fait un tableau assez compliqué qui détruit presque entièrement l'impression majestueuse que font d'habitude ces processions de domaines apportant leurs tributs. Il suffirait pour s'en persuader de comparer ce relief avec des porteuses d'offrandes du tombeau de Ptah-Hetep. Rappelons que les femmes d'un bas-relief saïte montraient déjà en germe toutes les fautes qui maintenant sont absolument flagrantes.
La cataconibe de Kom-eeh-Choukafa donne aussi quelques l)ons exemples de la décadence du relief en Egypte. A l'intérieur de la chapelle principale, aux deux côtés de la porte, il y a des figiu-es de divinités qui ne sont guère égyptiennes d'aspect, à part leur
tête d'animal. Dans les niches, au-dessus de sarcopiiages, dont la décoration est entièrement classique, il y a des bas-reliei's vraiment hideux et qui porteraient à croire que les sculpteurs d'Alexandrie, à ce moment, n'avaient pas beaucoup plus de connaissances réelles de l'art égyptien que certains décorateurs modernes qui, dans des tableaux d'exposition, veulent faire à leur tour de la décoration à l'égyptienne. Dans une scène, on voit la momie couchée sur un lit funéraire, mais oii ne saurait s'empêcher de sourire en regardant ce qu'est devenu le lion qui orne la couche. Un autre panneau fait assister à l'adoration du taureau Apis. L'animal est encore passable, mais le roi qui lui offre un collier, ainsi que la divinité ailée qui protège l'animal sacré, sont de véritables caricatures. Une scène d'offrande montre encore quelque chose de plus laid, si possible. Dans un angle, on a voulu graver des signes qui ressemblent à une inscription, mais il est clair que le sculpteur ne connaissait plus un seul hiéroglyphe. Dans un tombeau voisin, on a trouvé un spécimen du traAail des peintres et certainement leurs tableaux sont encore plus ridicules que l'œuvre des sculpteurs. Autant dire que chez eux l'art égyptien n'existe plus.
Arts industriels. — On possède de nombreux objets de tous genres constituant des spécimens des différents arts industriels à l'époque gréco-romaine. I^e mélange de l'art classique et de l'art égyptien y est parfois plus marqué que dans les grands monuments. Il suffira de citer les vases en faïence émaillée, en pierre, en verre, et même en verre soufflé et parfois gravé. On connaît de nombreux morceaux de mosaïque en pâte de verre, témoignant d'une virtuosité professionnelle déconcertante ; des motifs multicolores étaient obtenus dans toute la profondeur de la pâte, avec une telle régularité, que partout où l'on découpe la pièce on retrouve le modèle parfait.
De nombreuses ligurines en terre cuite doivent être les images religieuses populaires. Elles combinent, à parties parfois égales, les éléments égyptiens et gréco-romains ; ce qui en généi'al caractérise ces petits monuments, c'est une grossièreté d'exécution qui empêche de leur faire une place plus étendue dans l'art de l'Egypte. On peut citer, an contraire, un certain nombre de figures
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de divinités en bronze, dont qnclques-unes sont parfois très remarquables. Souvent elles sont purement classiques d'inspiration it l'on s'est contenté de les « égyptianiser » par des attributs ou des coui-onnes de dimensions minuscules. Dans la bijouterie, c'est également l'influence de la Grèce qui domine.
Il reste à faire une place spéciale à une industrie spé<"ifi(juf'ment égyptienne : celle des masques de momies. Nous avons vu })récédenmient des cercueils du Nouvel Empire dont hi laec était scidptée avec une grande perfection. Pour réjiondre au même l)ut funéraire on a eu recours, à la bosse époque, à divers procédés. Sous les Ptolémées, les masques sont en général en cartonnage peint ou doré. Vers la fin de l'époque ptolémaïque, on trouve des masques en plâtre, dont plusieius sont des poi-traits d'une vérité frappante (Art, pi. 99 et Recueil, pi. 50 et 97). S'il en est qui ont gardé encore quelque chose d'égyptien dans le traitement général des formes, la plupart des meilleurs spécimens sont cependant entièrement grecs. A partir du premier siècle après J.-C. on les remplace par un portrait peint sur une planchette, fixée dans les bandelettes de la momie (Art, pi. 100 et 200). On en a trouvé surtout au Faïyoum. Les portraits Graf ont produit une véritalile sensation en Europe lors de leur découverte. Depuis, Pétrie en a trouvé d'abondants spécimens à plusieurs reprises. Mais tous ces portraits se rattachent directement à la peinture antique et ce n'est plus que comme manifestation d'un usage égyptien qu'il fallait les mentionner ici. Rapidement la décadence se fait sentir, comme on peut en juger par un portrait de momie, prot)al)lement d'époque byzantine, au Musée du Caire.