LIGNES TÉLÉPHONIQUES
une fonction sinusoïdale du temps. On est donc fondé à leur appliquer les résultats trouvés pour les courants périodiques.
Si Ton se reporto à ces résultats, on voit que la self-induction du circuit tend à provoquer une diminution et un retard de phase de rintensiié du courant d'autant plus grands que la fréquence de celui-ci est plus considérable. Il s'ensuit que les sons aigus sont relativement plus affaiblis que les sons graves. En outre, ils tendent à retarder davantage , ce qui , dans le mélange de sons fondamentaux et de sons harmoniques que présente la parole, amène une déformation du timbre.
Il conviendra donc de diminuer autant que possible la selfinduction des circuits, en évitant tout électro-aimant inutile et en employant sur les lignes des conducteurs non magnétiques.
La limite de la portée de la voix a été trouvée de 5oo km avec des lignes en til de fer , tandis qu'on a pu correspondre à 3 000 km par des lîls de bronze.
M. Massin a trouvé ^ = 0,0129 quadrant par km pour 2 rils de fer, de 3 mm de diamètre, distants de 40 cm et 41, = 0,0025 pour des fils de bronze de 2,5 mm et de même écartement, soit le i/5« de la self-induction du fer.
Les lettres contenant des harmoniques très aiguës , les sifflantes jr, c, :[ par exemple, sont naturellement les plus déformées et sont difficiles à distinguer sur les lignes étendues.
On a songé à corriger les effets de la self-induction par un condensateur intercalé en série dans la ligne. On a vu, en effet, § 1 99, qu'une capacité joue le rôle d'un coefficient de self- induction négatif et tend à provoquer une avance de phase du courant. Lorsque la condition a^c^^ = i est remplie, la neutralisation des effets est parfaite ; mais il est à noter que cela ne subsiste que pour des sons d'une certaine hauteur.
On remarquera que la capacité des bobines dont les spires exercent des effets condensants les unes sur les autres est en série avec la ligne.
La capacité des lignes agissant comme un condensateur en dérivation exercera un effet absorbant très préjudiciable. Sur Us lignes aériennes, dont la capacité est faible (0,01 microfarad par km environ), cet etîet ne se fait sentir que sur les réseaux étendus ,
mais , avec les câbles souterrains et sous-marins , on arrive rapidement à la limite de la portée de la voix. Ce fait résulte de ce que les ondes électriques sont absorbées par le câble et se fondent les unes dans les autres. Nous avons vu , à propos de la transmission des signaux télégraphiques, que les ondulations de Pintensité du courant à Tarrivée sont d'autant moins prononcées que les signaux sont transmis plus rapidement. Or, les courants téléphoniques se succèdent à des intervalles de temps extrêmement courts. L'effet est surtout marqué pour les sons élevés et les harmoniques qui comportent un grand nombre de vibrations.
L'examen de la question par le calcul présente une grande complexité et, en Tabsence de résultats théoriques précis, on est obligé jusqu'à présent de recourir à des indications empiriques pour la détermination des meilleures conditions à remplir.
On a vu précédemment que la vitesse limite de propagation des signaux dépend du produit de la capacité par la résistance du câble.
M. Preece a fait des expériences pour déterminer l'influence du produit CR (microfarads-ohms) sur les communications
téléphoniques. Il a reconnu que, pour C R 10 000, la conversation est satisfaisante sur les circuits en fil de cuivre et, pour les circuits en fil de fer , lorsque CR 5 000.
Indépendamment de la self-induction et de la capacité des circuits, divers éléments apportent des troubles ou causent des affaiblissements dans la transmission.
Les joints défectueux des lignes aériennes vibrant sous l'action du vent font l'effet de contacts microphoniques pour les courants telluriques qui traversent les conducteurs et occasionnent dans les récepteurs un bruit de friture caractéristique.
Ce bruit est augmenté par des causes assez nombreuses : les oscillations des fils ballotés par le vent dans le champ magnétique terrestre, d'où naissent des courants d'induction, particulièrement accentués avec les fils de fer qui concentrent les lignes de force; les courants produits par les décharges atmosphériques ou par les orages magnétiques; enfin, les actions chimiques s'exerçant au contact des plaques de terre et du sol.
LIGNES TELEPHONIQUES. 849
Les courants dérivés provenant des lignes télégraphiques ou autres situées dans le voisinage occasionnent également des perturbations. Si, par exemple, le retour se fait par le sol et si une prise de terre télégraphique est voisine de la prise de terre téléphonique, un courant dérivé passera sur la ligne téléphonique et, par suite de la sensibilité des récepteurs , sera accusé par ceux-ci.
Des communications peuvent s'établir, surtout en temps humides, entre les différents fils d'une même ligne, à travers les isolateurs.. Les courants dérivés qui en résultent acquièrent, sur les lignes longues ou imparfaitement isolées, une intensité suffisante pour agir sur les téléphones. On évite cet inconvénient en employant des isolateurs à double cloche et en reliant entr'eux et à la terre, par un fil de fer qui contourne le poteau, les supports métalliques des isolateurs. De la sorte , le courant électrique qui franchit un isolateur se rend directement dans le sol et non sur les fils voisins. Le conducteur en fer, qu'on a soin de prolonger au dessus du poteau , sert en même temps de paratonnerre pour celui-ci.
Enfin, une dernière cause de trouble, et non la moins grave, est ïinductîon d'un fil sur l'autre. Lorsque sur un conducteur parallèle à un fil téléphonique l'on envoie un courant, il se produit deux effets distincts sur la ligne téléphonique :
i® Un courant de charge statique parcourt la ligne en entrant dans cette dernière par les deux extrémités.
2*5 Un courant d'induction mutuelle de sens opposé à celui du courant inducteur traverse la ligne téléphonique. Par suite de la sensibilité des récepteurs, ces courants induits permettent d'entendre sur une ligne ce qui se dit sur une autre ligne , même lorsque celle-ci est parallèle à la première sur une distance assez courte. Si la distance est considérable, on peut entendre la parole transmise aussi bien que sur la ligne directe.
Pour remédier à l'induction mutuelle, un premier moyen a été proposé par M. Hughes. Il consiste à terminer les différents fils aboutissant à un poste par des bobines plates , disposées de telle sorte qu'en agissant par influence les unes sur les autres elles tendent à donner naissance à des courants induits de sens contraires à ceux qui se produisent sur les lignes.
35o TÉLÉPHONIE.
Ce procédé anti-inducteur peut être efficace dans le cas de deux fils. En réglant convenablement récartemcnt des bobines placées aux extrémités , on annule Tinduction réciproque des deux lignes. Mais lorsque le nombre de fils augmente, le moyen réussit moins bien, car il devient de plus en plus difficile de disposer les bobines de façon à ce que Tune quelconque d'entr'elles se trouve dans une position convenable relativement à tomes les autres.
La solution la plus satisfaisante consiste à ne pas employer la terre pour le retour des courants téléphoniques, mais à faire usage de circuits entièrement métalliques. On évite de la sone les dérivations provenant des prises de terre voisines et les courants de charge électrostatique , ainsi que les bruits de friture occasionnés par les courants telluriques et autres.
Les deux fils constituant une ligne téléphonique doivent cire placés dans les mêmes conditions relativement aux lignes voisines, de telle sorte que les forces électromotrices d'induction qui y naissent se détruisent dans le circuit. Dans les câbles formés de fils isolés, les deux conducteurs composant un circuit sont tordus Tun sur Tautre. Dans les lignes aériennes, constituées par des fils nus, le procédé est plus difficile à appliquer. Les fils sont changés de place sur les poteaux de manière à être également influencés par les fils voisins.
Malgré la dépense supplémentaire , les avantages du circuit métallique sont tels, que ce dernier a été vivement recommande par le Congrès des Electriciens de 1889.
680. — Lignes aériennes. — Les lignes téléphoniques urbaines se composent de fils, de i,25 à 1,4 mm de diamètre, en bronze ayant 3o à 40 pour 100 de la conductibilité du cuivre pur. Ces fils sont posés, avec les soins indiqués au § 523 , sur des isolateurs à double cloche supportés en général par des chevalets métalliques appuyés sur les toits des maisons.
Dans les lignes interurbaines degrandelongueur, les fils de bronze ont de 2,5 à 3 mm de diamètre. Sur ces lignes, les fils téléphoniques sont généralement voisins d'autres fils et il est indispensable, pour les raisons signalées au paragraphe précédent, d'adopter
LIGNES TELEPHONIQUES.
des circuits métalliques complets, formés de deux conducteurs semblablcment disposés par rapport aux fils voisins pour annuler l'induction mutuelle.
Dans le dispositif de la fig. 435 , on voit un croisement de deux
Fig. 435.
fils au moyen de quatre isolateurs. Le brin supérieur et postérieur devient inférieur et antérieur. En répétant ces croisements, on obtient le même résultat que par les fils isolés tordus. On se borne au nombre de croisements strictement nécessaire. Dans un faisceau de fils invariable , il suffit d'un seul croisement des deux fils téléphoniques au milieu du parcours. Si le nombre des conducteurs influençants varie, il faut multiplier les croisements de manière que chaque fil inducteur agisse également sur les deux fils téléphoniques.
Dans les faisceaux urbains comprenant un grand nombre de fils téléphoniques aériens, on ne croise pas d'ordinaire les deux fils d'un circuit, parce que la réaction mutuelle des courants induits fait équilibre à l'action du courant inducteur.
681. — Câbles téléphoniques. — Afin de supprimer les énormes faisceaux de fils aériens dans les grandes villes, on a réuni les conducteurs sous forme de câbles comprenant 25 à 100 circuits. Ces cables, composés de conducteurs en cuivre de 0,7 à 0,9 mm de diamètre, peuvent être aériens ou souterrains. Les premiers sont soutenus de distance en distance par un fil métallique résistant. Dans les villes qui ne disposent pas d'un réseau d'égouts à grande section , les câbles souterrains sont habituellement tirés dans des conduites métalliques.
L'isolant employé dans les câbles est généralement le coton ou le Jute imprégné de paraffine ou d'un composé équivalent de faible capacité spécifique. L'imperméabilité est assurée par un tuyau de plomb.
Pour combattre Tinduction mutuelle et le courant de charge dans le cas de circuits à retour par la terre, M. Paterson dispose un gros fil de cuivre de 3 mm de diamètre dans Taxe du faisceau de conducteurs. Les courants induits et les courants de charge provoqués dans ce conducteur central par un fil téléphonique équilibrent en partie Teffet de ce dernier sur les fils voisins.
MM. Felten et Guilleaume, ainsi que MM. Siemens et Halskc, combattent les effets signalés en enroulant autour de chaque fil isolé une mince feuille métallique qui exerce une influence analogue à celle du fil précédent. La chemise extérieure de plomb concourt au même résultat.
Mais ces moyens augmentent la capacité des conducteurs , laquelle constitue le grand ennemi des cables, § 679. Cette capacité atteint dans les câbles Felten 2,4 microfarads par kilomètre.
La solution la plus favorable consiste à employer des circuits métalliques formés de deux fils tordus, les couples de fils étant ensuite câblés. On évite ainsi complètement l'induction mutuelle et la capacité est réduite. En vue.de diminuer cette dernière, on cherche depuis quelques années à utiliser pour les câbles téléphoniques des enveloppes isolantes poreuses contenant autant d'air que possible, l'air ayant une capacité spécifique très inférieure à celles des diélectriques solides, § 93.
Dans cet ordre d'idées, la Metropolitan Téléphone C<>, de New- York, emploie des conducteurs revêtus de pâte de papier séchée et consolidée par une couverture de coton. Cet isolant étant peu coûteux peut s'appliquer sous une forte épaisseur. Les doubles fils sont câblés entr'eux et le faisceau est protégé par une enveloppe de plomb. Les extrémités du câble sont soigneusement paraffinées pour éviter les rentrées d'humidité. Un tel conducteur double n'a guère qu'une capacité de 0,07 microfarad par km. L'isolement atteint 160 mégohms par km, ce qui est très suffisant.
Le câble Fortin-Hermann, § 542, a été imaginé en vue de la téléphonie; il présente également une capacité faible.
On a effectué des transmissions téléphoniques par les câbles sous-
marins, où l'isolant employé est la gutta-percha. C'est ainsi qu'une ligne téléphonique posée entre Buenos-Ayres et Montevideo comporte 45 km de câble, à la traversée du Rio de la Plata.
Les lignes téléphoniques de Paris à Londres comprennent la section sous-marine Calais-Douvres (37,5 km). Dans cette partie, elles sont formées de quatre conducteurs tordus deux à deux de manière à constituer deux circuits téléphoniques. On a calculé les lignes de telle sorte que le produit CR ne dépasse pas jSoo. La capacité et la résistance des sections aériennes étant connues, le problème était ramené à déterminer le diamètre minimum de Tâme du câble.
Soient c la capacité des lignes aériennes, r leur résistance, C la capacité du conducteur sous-marin, R sa résistance, X le diamètre du diélectrique, x celui du conducteur enveloppé.
On a les relations
75oo = (c + C)(r + R) (i)
loge --
Une 4c relation entre C, R, X et x est donnée par la condition
— — =z o correspondant au minimum de X. Le calcul définitif a conduit à
X = 9,6 mm X =: 2,35 mm.
Les âmes isolées à la gutta-percha sont abritées par un matelas de jute tanné et revêtues d'une armature en fils de fer de 7 mm de diamètre.
TELEGRAPHIE ET TELEPHONIE SIMULTANEES.
682. — Procédé Van Rysselberghe. — M. Van Rysselberghe a trouvé un moyen ingénieux d'affecicr les lignes télégraphiques existantes à la correspondance téléphonique ou inversement les lignes téléphoniques au trafic télégraphique.
Sur une ligne télégraphique aérienne un courant de signal s'établit presque instantanément. Un tel courant agissant, soit directement, soit par induction, sur un téléphone déplace vivement le diaphragme récepteur et produit un bruit sec qui se répète au moment où le courant est interrompu. M. Van Rysselberghe a empêché la production du son , en augmentant considérablement la durée des
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Fig. 436.
périodes d'établissement et de cessation des courants télégraphiques. Pour y arriver, il reliait, dans ses premiers essais, la ligne télégraphique à Tune des armatures d'un condensateur C dont l'autre armature était à la terre, fig. 436. Sur le conseil de l'auteur, il adjoignit à ce condensateur des électro-aimants qu'il appela ^jduateurs et disposa en S et s.
Voici l'effet de ces appareils. Lorsqu'on abaisse le manipulateur du poste télégraphique, le courant rencontre la résistance apparente des deux graduateurs qui s'aimantent aux dépens de l'énergie fournie par la pile. En outre, une partie de cette énergie est absorbée par le diélectrique du condensateur. Ces diverses causes ne permettent au courant que de s'établir lentement, de sorte qu'un téléphone intercalé dans la ligne a son diaphragme graduellement attiré et n'émet qu'une onde grave imperceptible.
Lorsqu'on relève la clef, le courant ne cesse pas brusquement; la décharge du condensateur et l'extra-courant du graduateur S prolongent le courant, de manière à annuler à peu près complètement son action téléphonique.
Pour arriver à de bons résultats , on donne au condensateur C une capacité de 2 microfarads. Les électro-aimants graduateurs sont formés d'un noyau revêtu d'une bobine de 5oo ohms entourée
TELEGRAPHIE ET TÉlÉPHONIE SIMULTANÉES. 355
d'un tube en fer; le circuit magnétique est fermé par deux plaques du môme métal. La self-induction est de 6 quadrants.
Les courants téléphoniques ne gênent pas le télégraphe ; on ne peut cependant pas intercaler les téléphones dans une ligne télégraphique , car celle-ci présente, par le fait des électro-aimants qu'elle renferme, un grand coefficient de self-induction qui serait une cause d'affaiblissement considérable de la parole transmise. On ne peut davantage les placer directement en dérivation sur les postes télégraphiques, car la plus grande partie du courant émis par le manipulateur d'une station se rendrait à la terre par le téléphone voisin. M. Van Rysselberghe tourne la difficulté en coupant la communication de chaque poste téléphonique avec la ligne par un condensateur r, dit sépa7^atew\ qui n'empôche pas la transmission des courants alternatifs.
Supposons qu'on parle au téléphone t. Le courant ondulatoire émis trouve deux chemins : d'une part la ligne, d'autre part les installations télégraphiques voisines dont le coefficient de selfinduction lui oppose une résistance apparente énorme. Aussi presque tout le courant suit la ligne ; l'expérience prouve que la dérivation à travers les appareils télégraphiques ne nuit pas d'une façon sensible à la communication téléphonique. Pour une raison semblable, les courants variables qui arrivent à l'extrémité de la ligne traversent pour la plus grande partie le condensateur et le poste téléphonique.
683. — Cas de plusieurs lignes téléphoniques. — Les connexions de la fig. 436 permettent de correspondre simultanément par télégraphe et par téléphone sur un même fil , si même ce dernier est voisin d'autres fils télégraphiques , à condition , bien entendu , que tous les fils soient pourvus d'appareils graduateurs ; sinon l'influence de l'induction mutuelle entre la ligne à double service et les courants télégraphiques non gradués empêcherait la conversation. On ne pourrait, par ce dispositif, utiliser pour la téléphonie deux fils télégraphiques voisins , car il y aurait induction téléphonique entre les fils et Ton entendrait sur une ligne tout ce qui se dirait sur l'autre. Pour éviter cette induction, il est absolument nécessaire de faire usage du double fil, c'est à dire
TéLÉPHONIE.
d*einploycr deux fils télégraphiques pour former un circuit téléphonique ; encore faut-il que les accouplements soient faits d*une manière judicieuse et que les fils d'un même circuit soient croisés en des points convenables.
C'est ainsi qu'en Belgique l'on a utilisé les fils télégraphiques directs, § 641, pour la téléphonie interurbaine entre les bureaux principaux, en échelonnant des croisements analogues à celui de la fig. 435. Au besoin les fils omnibus sont utilisés également, en
Fig. 437.
intercalant entre les tronçons aboutissant aux postes intermédiaires des condensateurs de o,5 microfarad, appelés connecteurs. Ces tronçons sont croisés dans les bureaux où ils pénètrent, afin d'éviter les croisements spéciaux sur les poteaux.
Si l'on doit faire communiquer deux abonnés de réseaux urbains différents , deux cas peuvent se présenter.
1° Les abonnés sont raccordés aux bureaux centraux téléphoniques par un double fil. Dans ce cas, on connecte ces fils avec des conducteurs auxiliaires reliant les bureaux téléphoniques aux bureaux télégraphiques et Ton complète le circuit à l'aide de deux fils télégraphiques par l'interposition de condensateurs séparateurs , comme il a été décrit ci-dessus. Ce dispositif fournil d'excellentes communications , surtout si les lignes télégraphiques sont aériennes et en fil de bronze.
2^ Dans beaucoup de réseaux urbains, les abonnés sont reliés aux bureaux téléphoniques centraux par un seul fil. Le problème devient alors plus compliqué.
La Hg. 437 montre le principe de la solution suggérée par M.Bennet, dans laquelle on utilise la bobine d'induction pour passer de la ligne simple à la ligne double.
M et N sont des fils télégraphiques ; C et c des condensateurs séparateurs installés au poste télégraphique B ; une bobine d'induction é, appelée translateur phonique ^ est placée dans le bureau téléphonique central A. Le lil primaire de cette bobine peut être relié au poste téléphonique transmetteur par la ligne L ; le til secondaire est connecté aux condensateurs séparateurs par rimermédiaire des conducteurs auxiliaires qui unissent le bureau central téléphonique au bureau télégraphique. Les bobines secondaires comprennent un appareil a, appelé relais phonique^ dont un point communique avec la terre. Grâce à cette liaison avec le sol, les courants télégraphiques émis sur Tun des fils ne peuvent pas influencer, par induction électrostatique, les séparateurs de l'autre til et ainsi provoquer de faux signaux sur celui-ci.
Lorsque plusieurs translateurs sont voisins les uns des autres, on les aligne en plaçant les noyaux alternativement debout et couchés , afin qu'ils ne s'influencent pas les uns les autres.
Les courants téléphoniques ondulatoires produits sur la ligne L provoquent des courants induits dans l'enroulement secondaire de b. Ces courants induits parcourent le circuit à double fil et, par l'intermédiaire du translateur delà ville raccordée, agissent sur le téléphone du poste récepteur correspondant.
Les translateurs sont constitués par des bobines enroulées sur des noyaux en fer, en forme de tubes fendus de 7,8 cm de longueur, I cm de diamètre et i,5 mm d'épaisseur. La bobine primaire présente 20 couches de fil de o,23 mm et de 80 ohms de résistance. L'enroulement secondaire possède également 20 couches de fil de 0,1 6 mm ayant 3oo ohms.
L'introduction des deux translateurs dans les communications téléphoniques amène un affaiblissement considérable de la parole. On estime à jS pour 100 la réduction de ce chef de la portée de la voix ; aussi, l'emploi du double fil dans les réseaux téléphoniques urbains constitue-t-il à ce point de vue une amélioration notable.
TELEPHONIE.
684. — Relais phonique. — Les appareils averiisseiirs entre les bureaux téléphoniques des villes correspondantes ne peuvent être des sonneries ordinaires qui exigent des courants assez intenses pour influencer, à travers les condensateurs séparateurs, les communications télégraphiques. Voici le principe du système d'appel adopté. Le bureau appelant A envoie sur la ligne, au moyen d'une bobine de Ruhmkorff V, appelée vibrateur, dont le primaire a 0,2 ohm et le secondaire 1000 ohms, des couranis alternatifs à courte période qui n'agissent pas sur les appareils télégraphiques. Ces couranis passent dans l'appel phonique a du poste correspondant.
frS
F'ig. 438.
L'appel comprend un grand téléphone électromagnétique sur le diaphragme d duquel appuie un levier a mobile autour d'un axe supérieur. Un contrepoids réglable permet de graduer la pression du levier. Ce dernier et le diaphragme sont reliés à une pile mise ainsi en court-circuit. Lorsque les courants ondulatoires du vibrateur parcourent la bobine du téléphone, dont la résistance mesure 100 ohms, les vibrations du diaphragme rendent le contact de celui-ci avec le levier défectueux, et une sonnerie dérivée sur la pile entre en mouvement. On peut aussi intercaler en dérivation un annonciateur, § 677, dont la chute indique Tappel.
685. — Application du S3rstème. — Le système Van Rysselberghe
peut être appliqué de deux manières différentes:
10 II est possible d'affecter à la téléphonie des lignes télégra-
TELEGRAPHIE ET TELEPHONIE SIMULTANEES.
phiques existantes en graduant les courants sur ces lignes et sur les lignes télégraphiques voisines ; c'est le cas en Belgique, où, comme on Ta vu, J^ 646, les dépêches sont, en général, transmises directement de leur point d'origine au poste de destination. Il a donc fallu munir tous les postes du pays d'appareils graduateurs, ce qui, d'une part, apporte une certaine complication dans les installations des postes, multiplie les dérangements et rend leur recherche difficile, et, d'autre part, oblige à renforcer les piles de travail par suite des résistances supplémentaires que les courants ont à vaincre ; le nombre d'éléments en service a été à peu près doublé en Belgique.
2° Ces raisons ont décidé plusieurs Etats à faire des lignes téléphoniques spéciales en fils doubles , munies de croisements en nombre suffisant pour n'avoir rien à redouter des courants télégraphiques voisins.
Chacun des fils de ces circuits spéciaux peut être utilisé pour une communication télégraphique par le système Van Rysselberghe. Tel est le cas des lignes Paris-Bruxelles, Paris-Marseille, Buenos- Ayres-Montevideo.
L'augmentation de la durée de la période variable occasionnée par les graduateurs ne diminue pas le rendement des appareils Morse et Hughes , mais on conçoit aisément qu'elle peut affecter des appareils plus rapides.
686. — Système Pierre Picard. — Le système suivant, employé en France, permet d'utiliser pour une communication télégraphiqiie les deux fils formant un circuit téléphonique.
Fig. 439.
Au lieu de relier directement le poste téléphonique aux lignes L, / on intercale un translateur à 4 bobines égales i, 2, 3, 4, enroulées dans le môme sens sur un noyau unique, et connectées, comme l'indique la fig. 439 , i et 2 avec le manipulateur , 3 et 4 avec le téléphone.
On voit que le courant télégraphique se bifurque suivant deux dérivations qui exercent des effets inducteurs égaux et inverses sur le circuit du téléphone. Par contre, les bobines 3 et 4 exercent des effets concourants sur les deux conducteurs de la ligne.
Ce système présente , par rapport au précédent , Tinfériorilé de ne fournir qu'une seule communication télégraphique pour deux fils et de réduire l'intensité des courants téléphoniques par Temploi d'une double transformation.
BUREAUX CENTRAUX
687. — Bureau central. — Un réseau téléphonique comprend un certain nombre de postes téléphoniques reliés à des lignes convergeant vers un bureau central où elles peuvent être connectées deux à deux. Les administrations téléphoniques n'installent qu'un seul bureau dans une ville, sauf dans quelques agglomérations très étendues , où le réseau est parfois divisé en sections desservies chacune par un bureau spécial. Ces bureaux secondaires sont réunis entr'eux et à un bureau principal, au nnoyen d'un certain nombre de fils directs. Par cette disposition, le développement des conducteurs est beaucoup moindre que dans le cas d'un bureau unique. En revanche , en multipliant les bureaux secondaires , on augmente le nombre des manœuvres nécessaires pour relier deux abonnés n'appartenant pas à la même section, ce qui donne lieu à un retard dans les communications et à un accroissement des frais de main-d'œuvre. Aussi le second système n'est recommandable que pour les abonnés groupés dans diverses localités suburbaines.
Lorsque le réseau est aérien, le bureau central se trouve à l'un des étages supérieurs du bâtiment affecté au service. Le toit reçoit une grande charpente métallique en forme de tour , de laquelle partent les divers faisceaux de fils qui rayonnent vers les abonnés. Les
BUREAUX CENTRAUX. 36 1
conducteurs sont prolongés par des câbles téléphoniques descendant à un premier commutateur à broches, où aboutissent également les cables venant du bureau central. Ce commutateur permet d'interrompre, à un moment donné, un fil d'abonné pour ressayer ou faire diverses transpositions exigées par le service. Il comporte des parafoudres ainsi que dos commutateurs servant à mettre toutes les lignes à la terre en temps d'orage.
Dans le cas d'un réseau souterrain, le commutateur en question se trouve dans la cave où débouchent les câbles et le bureau central est au rez-de-chaussée.
688. — Système des commutateurs suisses. — Les systèmes d'installation et d'organisation des bureaux centraux qui ont été appliqués sont assez nombreux. A l'origine, tous les réseaux étaient à fils simples et les communications s'établissaient au moyen de commutateurs suisses, § 644.
Voici la description de ce système qui tend à disparaître.
Sur les murs de la salle des communications sont établis un certain nombre de commutateurs suisses, desservis chacun par un employé. Aux barres verticales aboutissent, après avoir traversé des annonciateurs, les fils des abonnés. Sur chaque lame verticale se trouve une fiche permettant de relier la lame avec l'une quelconque des lames horizontales. Une de celles-ci communique avec la terre; c'est sur elle que, normalement, sont placées toutes les fiches ; une deuxième est reliée à une magnéto Siemens au moyen de laquelle l'employé envoie les courants d'appel vers les abonnés; une troisième, à un poste téléphonique servant à l'employé. Les autres lames sont isolées et permettent de relier entr'elles les lignes aboutissant au bureau. Pour que deux abonnés quelconques puissent être mis en communication, un certain nombre de lames de chaque commutateur sont prolongées jusqu'aux autres commutateurs ; ces lames reçoivent la même couleur et portent le même numéro dans les deux commutateurs qu'elles mettent en relation, afin d'éviter autant que possible les erreurs.
Ces dispositions étant comprises , supposons qu'un abonné A veuille correspondre avec un abonné B. Il envoie sur la ligne un courant d'appel qui dégage son annonciateur au bureau central. L'employé du commutateur met la fiche de A sur la lame reliée au
TéLéPHONIE.
téléphone de service et demande avec qui A veut communiquer. La réponse entendue, l'employé avertit l'abonné B, en meitantia fiche de cet abonné sur la lame de la magnéto , ou bien le fait appeler par un autre employé si B ne relève pas du commutateur qu'il dessert. Lorsque B a répondu , les broches des deux abonnés sont placées sur une même barre horizontale isolée et la conversation peut commencer, en même temps que l'employé relève les plaques des annonciateurs. Lorsque la communication est terminée, A et B sonnent, les annonciateurs basculent et l'employé replace les broches sur la barre de terre.
Les commutateurs suisses sont très encombrants. Le maintien des annonciateurs dans le circuit téléphonique réduit sensiblement la puissance de la voix. On les* a remplaces par des commutateurs dits à springjacks.
689. — Spring jack. — Chaque circuit, que nous supposerons à deux fils L, /, communique avec un élément de commutateur appelé spring jack ou simplement jac/r. Celui-ci se compose d'une lame élastique r, reliée à Tun des fils de ligne / et appuyant normalement sur un buttoir^ qui communique avec la bobine de Tannondateur de Tabonné. L'autre fil L est également attaché à cet
'///y^y^////yy///////A
Fig. 440.
annonciateur, ainsi qu'à la garniture métallique d'un orifice e. En poussant dans cet orifice la fiche F, le bouton O qui termine celleci soulève la lame r et met le fil / en communication avec l'un des conducteurs d'un cordon souple C. L'autre conducteur, relié au corps de la fiche isolé du bouton , est mis en relation avec la garniture d'entrée du jack et partant avec le second fil L.
BUREAUX CENTRAUX
690. — Tableau standard pour doubles fils. — Les jacks et leurs annonciateurs sont groupés au nombre de 100 sur des panneaux verticaux accolés. Un certain nombre de doubles fiches sont affectées au raccordement de ces jacks et reliées à des commutateurs disposes sur le tableau et représentés dans la fig. 441.
Lorsqu'un des abonnés, A, du tableau appelle, l'employé qui voit la chute de Tannoncîateur introduit une fiche V dans le jack correspondant et se met en relation avec l'appelant en manœuvrant un excentrique E qui déplace deux ressorts M, m. Par Tintermédiaire du cordon souple de F, Tagent relie ainsi A à son poste téléphonique T. Il saisit ensuite une seconde fiche /", reliée à la première, et renfonce dans le jack de l'abonné appelé B. Il appuie sur le bouton d'appel c et envoie sur le circuit de B le courant d'une
Mï
y^jjit^
-axaxè)}
Skww/vt"
ïg- 441
magnéto G. Quand B a répondu, l'excentrique E est séparé des lames M, w, et les circuits de A et de B demeurent directement réunis. On laisse ainsi en dérivation un annonciateur A, dit de fin de communication, que les courants de magnéto envoyés par A et B après la conversation font déclencher. On évite de la sorte de
mettre la résistance de Tannonciateur en circuit. Chaque tableau porte lo doubles fiches avec les clefs correspondantes, ce qui suffit pour loo jacks.
Si le nombre des abonnés dépasse loo, on accole des tableaux semblables raccordés cntr'eux par des jacks et des fils de service. Lorsqu'une communication est demandée entre des abonnés raccordés à des tableaux différents, remployé du tableau de l'abonné appelant doit interpeler remployé du tableau de l'abonné appelé pour demander de faire la liaison par l'intermédiaire d'un des jacks de service.
Quand le nombre des abonnés dépasse 1200 a i5oo, ces appels sont très fréquents , donnent lieu à des manœuvres assez complexes et augmentent les chances de fausses communications.
691. — Tableaux multiples. — Les tableaux multiples, imaginés par MM. Hoskins et Wilson et installés dans les bureaux très chargés, permettent à un seul employé de relier deux abonnés quelconques, quel que soit le nombre des circuits. On réduit ainsi de moitié le personnel des bureaux et le temps pris par rétablissement d'une communication.
Nous examinerons le cas d'un réseau à fils simples, pour ne pas compliquer les diagrammes.
Chaque ligne d'abonné possède un jack sur chacun des tableaux. Ainsi, la ligne L, fig. 442, passe successivement par une série de jacks 1,2, 3, 4, dits jacks généraux^ reliés entr'eux, puis revient à un dernier jack 5, dit individuel, fixé à la partie inférieur de l'un des tableaux.
S'il y a loooo lignes d'abonnés aboutissant au bureau et 100 abonnés par tableau, il y aura donc sur chaque tableau loooo jacks généraux et 100 jacks individuels. Ceux-ci sont pourvus d'annonciateurs a. 'Les jacks généraux sont nécessairement très petits pour ne pas rendre le tableau encombrant : 20 jacks n'occupent qu'une surface de 29 cm sur 1,8 cm.
Lorsqu'un abonné A de l'un des tableaux appelle, son annonciateur tombe. L'employé pousse dans le jack individuel correspondant une fiche F, qui, dans le cas du simple fil, est massive et appuie au repos sur une tablette métallique t reliée à la terre. La fiche se met en contact avec le ressort du jack, en l'écartant de son buttoir. En
BUREAUX CENTRAUX
tournant Texcentrique, on met la ligne en communication par M et m avec le poste téléphonique local T. Après avoir écouté l'abonné appelant, l'employé pousse la fiche/dans le jack général