Emploi des transformateurs à courants alternatifs
L'emploi des machines et des transformateurs à courants alternatifs fournit une solution extrêmement séduisante. A l'aide des premières, l'énergie électrique est développée sous des tensions élevées qui permettent de la transporter à des distances de plusieurs kilomètres par des câbles de faibles sections. Les transformateurs, installés à proximité des points où l'énergie est utilisée, ramènent la tension du courant dans les limites tolérées. Cette combinaison permet d'employer des conducteurs de petites sections susceptibles, dans certaines circonstances, d'être placés sur des poteaux ou sur les toits des maisons. Il en résulte alors une notable économie d'installation sur le système de distribution directe. En outre, les circuits qui alimentent les récepteurs sont complètement isolés du circuit des générateurs. Ainsi , les défauts d'isolement qui surviennent fréquemment dans les installations faites à l'intérieur
des habitations sont sans influence sur le fonctionnement général de la distribution, tandis que, dans les systèmes de distribution directs, les contacts à la terre des installations privées étendent leurs effets jusqu^à Tusine centrale. Dans le cas particulier où le défaut d^isolement produit un court-circuit dans une installation privée, le courant aura atteint momentanément une valeur très élevée dans une distribution directe, avant que le iil de sûreté qui protège le branchement ne soit fondu. L'accroissement d'intensité sera beaucoup moindre dans une distribution par transformateurs, car le courant secondaire est limité par la puissance de l'appareil de transformation.
Les transformateurs peuvent être installés chez les abonnés à la condition de mettre le circuit primaire, traversé par le courant de haute tension, hors de l'atteinte du public. Ce système permet de desservir des abonnés éparpillés dans une agglomération étendue, ainsi que le cas se présente fréquemment dans les villes de moyenne ou de faible importance. Parfois un transformateur sert pour un groupe d'habitations voisines qui se raccordent au circuit secondaire par un système de conducteurs de distribution.
On a vu, § 465, que, dans les transformateurs d'une certaine puissance, la perte d'énergie ne dépasse pas 4. ky pour cent lorsque la charge de l'appareil est supérieure à la moitié de sa puissance nominale. L'énergie dépensée dans le primaire est donc peu différente de celle recueillie dans le secondaire. D'autre part, le rapport des tensions primaires et secondaires est sensiblement constant et égal au rapport des nombres de spires des deux circuits. 11 résulte de là que , si l'énergie est fournie sous forme de courant constant au circuit inducteur, le courant sera pratiquement constant dans le circuit induit. Si c'est la différence de potentiel qui est constante aux bornes du primaire, on obtiendra sensiblement une tension constante aux bornes du secondaire, tout au moins dans de larges limites de fonctionnement. Les formules indiquées au § 461 mettent nettement ces faits en évidence.
On déduit de ce qui précède deux modes distincts de distribution par transformateurs.
495. — Transformateurs en série. — Tous les transformateurs servant à une distribution d'électricité peuvent avoir leurs bobines
primaires en un seul circuit avec un alternateur excité de manière à produire un courant constant. Dans ce système, préconisé par Gaulard, Tinitiateur de Temploi industriel des transformateurs, et appliqué aux Etats-Unis par M. Wesiinghouse pour Talimentation des lampes à arc voltaïque, les récepteurs doivent être groupés en série sur les différents circuits secondaires. Lorsqu'un des récepteurs est supprimé , grâce à un court-circuit , le courant qui traverse les autres ne varie pas. Ce système procure, comme tous les groupements en série, § 480, une économie considérable de cuivre dans les conducteurs, mais il rend tous les appareils, transformateurs et récepteurs, solidaires les uns des autres et donne un rendement faible lorsque le débit décroît.
496. — Transformateurs en dérivation. — C'est surtout en vue d'éviter cette solidarité que MM. Ganz et C*« ont préconisé l'association en dérivation des transformateurs et des récepteurs.
Dans ce système, toutes les bobines primaires sont dérivées par rapport à des conducteurs de distribution reliés aux alternateurs soit directement, soit par l'intermédiaire des fecders.
La liaison directe est utilisée lorsque la perte de charge dans les conducteurs qui unissent les transformateurs à l'usine est minime, ce qui arrive dans les distributions peu étendues et lorsque la tension primaire est élevée. On se contente alors de maintenir la différence de potentiel constante à l'usine.
Mais dans les réseaux couvrant de larges espaces, il est nécessaire d'adopter le système des feeders et de faire varier la tension initiale en vue de maintenir la différence de potentiel du réseau primaire entre deux limites écartées de i,5 à 2 pour 100 de la valeur normale.
Plusieurs générateurs peuvent être groupés en dérivation, à la condition que leurs phases aient été synchronisées d'avance, §442,
La chute de tension dans les feeders peut atteindre, aux moments de grand débit , une fraction plus ou moins importante de la tension totale , suivant le prix de la puissance motrice.
497. — Régulateur Ganz et O®. — Pour maintenir la tension constante aux raccords des feeders et du réseau , on emploie divers artifices. Voici celui qui sert à MM. Ganz et C»® dans leurs stations centrales. A l'origine d'un des feeders , reliés à la dynamo alternative par un commutateur dont on verra la description dans un autre
chapitre, est intercalé le circuit primaire M L d'un transformateur appelé égalisateur.
Le courant secondaire produit U , proportionnel au courant primaire I^ , traverse une résistance artificielle reliée aux bornes secondaires M' N et réglée de telle manière que la différence de potentiel secondaire soit précisément égale à la chute de tension dans le
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Fig. 286.
couple de feeders. Ce réglage peut se faire une fois pour toutes, attendu que la résistance des feeders est constante et que les courants secondaire et primaire de Tégalisateur sont dans un rapport constant ; la résistance artificielle est une quatrième proportionnelle entre ces courants et la résistance des feeders.
Sî Ton a soin d'opposer la force électromoirice secondaire de l'égalîsateur à celle de la dynamo , la différence de potentiel entre les points P et N correspond alors exactement à celle qui existe dans la boîte du raccord des feeders avec le réseau.
Les points P, N sont reliés à un transformateur T appelé réducteur^ parce qu'il sert à obtenir une tension secondaire assez réduite pour alimenter une lampe à incandescence témoin et un voltmètre à Taide desquels on peut juger de la constance de la tension dans le réseau. Le réducteur a, en outre, pour fonction de faire varier
DISTRIBUTION DE l'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE.
auiomatiquement Texcitation de la dynamo. Dans ce but, une dérîvaiion du courant secondaire , convenablement réglée par un rhéostat, traverse un solénoîde dont le noyau, équilibré par un ressort, supporte une coupe de mercure. Dans celle-ci plongent des fils de longueurs différentes permettant au mercure de mettre en court-circuit un nombre plus ou moins grand de résistances intercalées dans le circuit d'excitation. Lorsque la tension utile varie, le noyau se déplace et modifie les résistances de manière à amener le courant d'excitation à Tintensité voulue pour rétablir la tension normale dans le réseau.
498. — Régulateur Kapp. — M. Kapp a préconisé une autre combinaison pour assurer une tension constante aux transformateurs d'un réseau.
Fig. 287.
La différence de potentiel est maintenue invariable aux bornes des alternateurs. Pour corriger les effets de la chute de tension dans les distributeurs F, lors de Taccroissement de la charge secondaire d'un transformateur quelconque T, on ajoute à ce dernier un transformateur régulateur t dont le primaire est relié aux conducteurs F, tandis que le secondaire est formé de spires qui peuvent être intercalées en nombre variable en série avec le primaire de T, dans le but de renforcer la puissance de celui-ci. Un solénoîde S, traversé par le courant primaire de T, commande, par l'intermédiaire d'organes non figurés dans le dessin, le levier d'un manipulateur, lequel introduit automatiquement les spires destinées à accroître la tension primaire de T.
499. — Mesures de précaution. — Les précautions ordinaires doivent être prises pour éviter réchauffement des conducteurs
lors d'un court-circuit. Les feeders, les circuits primaires et les circuits secondaires des transformateurs seront protégés par des coupe-circuits fusibles Les coupe-circuits destinés à fonctionner sur les circuits soumis à de hautes tensions doivent être construits avec des soins spéciaux , car la fusion des fils de sûreté peut amener la production d'arcs voliaïques de grande longueur au sein desquels le courant persiste. M. de Ferranti emploie des fils fusibles très longs, passant dans des blocs de faïence qui éteignent Tare voltaîque de rupture.
Pour empêcher qu'un contact accidentel entre la bobine primaire et la bobine secondaire d'un transformateur ne mette à la portée du public des tensions dangereuses, on se contente généralement de séparer la première de la seconde ainsi que du noyau par un diélectrique de 8 à lo mm d'épaisseur. Quelques dispositifs supplémentaires ont été conseillés.
Voici une combinaison ingénieuse, due à M. Cardew, et destinée à éviter tout danger dans le circuit secondaire. Celui-ci est mis en communication avec un disque métallique très peu écarté d'un autre disque relié à la terre. Ce dernier porte, dans Tintervalle des deux disques, une lame mince et flexible en aluminium maintenue par une de ses extrémités. Lorsque la différence des potentiels des disques dépasse 400 à 5oo volts, l'extrémité libre de la lame est soulevée par l'attraction électrostatique et son contact amène un accroissement du courant primaire, ce qui détermine la fusion des fils de sûreté qui protègent le transformateur.
M. Elihu Thompson emploie dans le même but un autre dispositif: les extrémités du secondaire sont reliées à deux blocs métalliques sur lesquels appuient, par l'intermédiaire de feuilles minces de papier, des lames élastiques en communication avec la terre. Ces feuilles résistent à la tension secondaire normale; mais si la tension augmente par suite d'un contact avec le circuit primaire, les feuilles de papier sont aussitôt percées de trous; le secondaire est ainsi mis en court-circuit et le primaire devient le siège d'un courant qui provoque la fusion des fîk de sûreté.
Souvent on se borne à mettre un point du circuit secondaire en communication directe avec le sol, ce qui empêche la production d'une tension élevée en cas de contact avec le primaire.
M. Kent a aussi proposé de séparer les deux enroulements du
48 DISTRIBUTION DE l'kNERGIF. ÉLECTRIQUE.
transformateur par une feuille métallique qu'on divise pour éviter les courants de Foucault et qu'on met en communication avec la terre. Si le circuit primaire présente un dcfaui d'isolement, le point défectueux prend alors un poieniiel nul.
500. — Divers pro::édés d'utilisation des transformateurs en dérivation. Transformateurs isolés. — Il existe diverses manières de desservir les abonnés d'une distribution par transformateurs en dérivation.
On peut disposer un transformateur pour chaque abonné, soit dans la cave, lorsque la canalisation est souterraine, soit contre un des murs extérieurs de l'habitation ou sur un poteau voisin de la maison, lorsque la canalisation est aérienne. La ftg. 28S montre une disposition de ce genre adoptée par M. Wcsiînghousc.
Fig. 288.
Ce système permet de desservir des abonnés disséminés et très distants les uns des autres, mais, à moins d'interrompre le circuit primaire quand le secondaire est inactif ou de ne mettre les machines génératrices en marche qu'à certaines heures de la soirée et de la nuii, il ne donne, comme on l'a vu au § 468, qu'un rendement moyen de 70 à 80 pour 100 (rapport des waits-heure utiles aux watts-heure absorbés.)
SYSTÈMES INDIRECTS DE DISTRIBUTION lÉLECTRIQUÊ. 49
Cet abaissement du rendement d'appareils qui restituent en pleine charge 95 pour 100 de l'énergie fournie tient à ce que les pertes par hystérésis et par courants de Foucault restent sensiblement constantes dans le noyau, quel que soit le débit. Pour améliorer le rendement moyen, on diminue ces pertes en restreignant les dimensions du noyau, ce qui oblige à augmenter la dépense de cuivre pour obtenir le même effet utile. La diminution du flux magnétique entraîne, en effet, à accroître le nombre des spires inductrices et induites. Il s'ensuit une augmentation de la perte par effet Joule en pleine charge , mais le rendement moyen est meilleur. La quantité plus grande de cuivre augmente la chute de tension dans le circuit secondaire et oblige à recourir au système des feeders, qui permet de relever progressivement la tension primaire à mesure que le débit augmente.
M. Swinburne est allé plus loin dans cette voie, § 459. Il a adopté les transformateurs à circuit magnétique ouvert, ce qui réduit au minimum Thystérésis du noyau. Mais un autre inconvénient se produit dans ce cas. Lorsqu'un transformateur a son circuit secondaire ouvert, l'énergie dépensée dans le circuit primaire est minime, par suite du retard de phase que la self-induction détermine entre la différence de potentiel et le courant primaires.
E I L'expression de la puissance fournie est, en effet, — - — - cos (p dans
le cas de courants sinusoïdaux ou dans le cas général ArEefr lerr, le facteur k étant le coefficient de puissance du circuit. Dans un transformateur à circuit magnétique ouvert, où le nombre de spires primaires est très grand, ç est voisin de 90^ dans la marche à vide. Il en résulte que, pour produire l'énergie nécessaire à l'aimantation du noyau, I, atteint à vide une valeur élevée. Il en résulte que les pertes par effet Joule dans les primaires des transformateurs, le réseau et les alternateurs varient peu et que toutes les machines de la station centrale doivent être maintenues en marche pendant la journée entière, avec un rendement défavorable aux heures de faible charge. Cela explique des chiffres cités par M. Preece pour une distribution fonctionnant cependant avec des transformateurs à circuit magnétique fermés. La dépense de combustible à l'usine atteignait 7,2 kg par kilowatt-heure utile, 4,8 kg par kilowatt-heure produit, soit un effet utile de 6j pour 100. 2 4
5o DISTRIBUTION DE l'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE.
M. Swinburne a proposé de combattre la self-induction des circuits primaires par des condensateurs jouant le rôle de selfinductions négatives, mais le prix de ces auxiliaires paraît jusqu'à présent trop élevé et il n'y a pas encore de condensateurs dépourvus de perte par hystérésis diélectrique. L'opinion actuelle des électriciens est que les transformateurs à circuits fermés sont ceux qui donnent les meilleurs résultats lorsqu'ils sont bien calculés.
501. — Transformateurs groupés en sous-stations. — On obtient un effet utile supérieur en formant des centres de distribution secondaires, comprenant un groupe de transformateurs de grandes dimensions, dont le rendement est meilleur que celui des petits transformateurs. Ces centres de distribution sont reliés par un réseau secondaire aux abonnés habitant aux alentours. On met les transformateurs successivement en activité au fur et à mesure que la demande s'accroît, et on retire au contraire les appareils des réseaux primaire et secondaire quand la demande diminue. De cette manière chaque transformateur fonctionne dans les meilleures conditions et le rendement moyen varie entre 90 et 96 pour 100, suivant les appareils employés.
Les manœuvres précédentes peuvent se faire automatiquement.
Ces centres secondaires s'installent chez quelques-uns des abonnés, dans des caves creusées sous les trottoirs ou dans des kiosques spéciaux. Il convient de ventiler les locaux choisis afin d'éviter l'accumulation de la chaleur dégagée par les transformateurs.
Rien n'empêche d'employer un conducteur intermédiaire dans le réseau secondaire de façon à utiliser le système à trois conducteurs pour l'alimentation des récepteurs.
Dans divers réseaux existants, on craint de relier entr'eux les groupes de distributeurs alimentés par des feeders distincts , parce que les canalisations soumises à des tensions élevées sont très exposées à des accidents et qu'il suffit alors de deux contacts avec la terre pour amener un court-circuit général. C'est pourquoi on constitue souvent des réseaux partiels, sans communication entre eux , qu'on alimente par des feeders recevant le courant d'alternateurs spéciaux. Si ces réseaux partiels sont peu importants, un seul alternateur est affecté à chacun d'eux, en sorte que, si l'une des machines vient à manquer, les distributeurs correspondants sont mis hors de service.
Pour obvier à cet inconvénient, M. Swinburnc a proposé de faire usage d'une sorte de transformateur auxiliaire rf, fig. 289, portant autant de bobines qu'il y a d'alternateurs, chaque alternateur communiquant avec une bobine. Les dynamos sont ainsi couplées en quantité, sans qu'il y ait de liaison directe entre leurs circuits. Les courants traversant les bobines du iransforma-
teur ont seulement l'intensité nécessaire pour maintenir les machines en concordance. Si l'une de celles-ci, a par exemple, vient à faillir, on Tisole, et la bobine correspondante fournit Tcnergie électrique aux feeders i et 2 jusqu'à ce qu'on ait pu relier ces derniers à l'un des autres alternateurs ou à une machine de réserve.
On peut aussi relier entre eux les réseaux secondaires des sousstations par l'intermédiaire de transformateurs dont le coefficient de réduction est l'unité, ce q^ui évite les contacts directs et diminue les conséquences d'une perte à la terre.
Les transformateurs se prêtent à une foule de conbinaisons de ce genre. Au lieu de transformer l'énergie électrique aux points d'utilisation seulement, on peut aussi la transformer à l'usine productrice de manière à permettre l'emploi d'alternateurs à basse tension et à limiter l'électricité de haute tension au réseau qui relie les deux groupes de transformateurs. Cette combinaison amène encore une perte d'énergie, assez faible si l'on s'arrange de manière à faire travailler les transformateurs de l'usine sous des charges convenables. Par contre, le système a l'avantage de réduire les difficultés de construction des machines et de permettre de diminuer dans ceiJes-ci les espaces perdus par les isolants, ce qui améliore le rendement. Enfin , on évite tout danger dans la manipulation des a/ternateurs.
52 DISTRIBUTION DE L^ÉNERGIE Ï^LECTRIQtÉ.
Une combinaison semblable étant admise, on pourra, comme l'indique M. Swinburne, grouper les alternateurs en quantité sur les circuits primaires des transformateurs destinés à alimenter des feeders distincts, fig. 290. Pour modifier la tension dans le réseau, il suffit de faire varier le nombre des spires primaires intercalées dans le circuit de chaque transformateur.
M. de Ferranti fait usage, à Londres, d'une double transformation conçue dans un but différent. Les dynamos génératrices à très haute tension sont installées à environ 7 kilomètres du réseau à alimenter. Elles sont reliées à une station de transfor-
mateurs établie au centre de ce réseau. De là des conducteurs secondaires se rendent aux transformateurs d'abonnés, où une nouvelle réduction amène l'électricité à la tension voulue pour l'utilisation.
502. — Emploi des transformateurs rotatifs. — On a objecté aux courants alternatifs qu'ils ne permettent pas , jusqu'à présent, l'emploi des accumulateurs qui, dans certaines installations comme celles destinées à l'éclairage des théâtres, fournissent une réserve utile lors d'un accident dans la canalisation.
Un autre reproche est que les moteurs synchroniques à courants alternatifs sont inférieurs aux moteurs à courant continu au point de vue de la facilité du démarrage et de la conduite. Enfin les courants alternatifs ne se prêtent pas aux opérations électrochimiques. Ces raisons ont fait rechercher un système de distribution par transformateurs à courants continus. Le suivant peut être employé.
L'usine électrique comporte un certain nombre de dynamos continues à haute tension susceptibles d'être réunies en dérivation pour alimenter, à l'aide d'un réseau primaire pourvu au besoin de
feeders, une série de centres de distribution reliés aux récepteurs par des réseaux secondaires.
Dans ces postes subsidiaires se trouvent un ou plusieurs moteursgénérateurs pouvant également être associés en dérivation pour faire face à la demande de courant. Chacun de ces appareils comprend un moteur électrique relié au réseau primaire et mettant en mouvement une dynamo continue à basse tension envoyant son courant dans le réseau des récepteurs.
Généralement les deux machines, motrice et génératrice, sont fixées sur le même arbre, parfois même elles sont réunies en une seule. Dans ce cas, un inducteur unique, excité par le réseau primaire, entoure un induit dont les sections sont composées alternativement de fil fin et de gros fil. L'enroulement en fil fin est relié à un collecteur situé d'un côté de Tinduit et alimenté par le courant primaire. L'enroulement de gros fil, connecté à un second collecteur situé de l'autre côté de l'induit, engendre le courant de faible tension. Si cette dernière combinaison permet de simplifier les appareils, elle offre l'inconvénient de rapprocher les deux circuits et d'exposer ceux-ci à venir en contact, ce qui introduit dans le réseau secondaire une tension dangereuse. On remarquera que la réaction d'induit d'une telle machine est très faible par suite des effets antagonistes des deux enroulements.
Le système que nous venons d'esquisser est inférieur au système par transformateurs alternatifs au double point de vue du rendement et de l'entretien. Les transformateurs à courants continus ne dépassent guère un rendement de 80 pour 100, même avec la charge maxima, alors que, dans des conditions semblables, les bons transformateurs alternatifs procurent un rendement supérieur à 96 pour 1 00. En outre, les moteurs-générateurs sont des appareils à rotation qui exigent des soins constants , tant sous le rapport du graissage et de l'entretien des balais que sous celui de la régularisation de la vitesse et de la tension; au contraire, les transformateurs alternatifs peuvent être abandonnés sans surveillance aucune dans un local restreint.
Les transformateurs à courants continus sont appliqués par la Société pour la transmission de la force qui alimente à l'aide d'une station génératrice située à Saint-Ouen, quatre stations réceptrices placées respectivement à Asnières, à Saint-Denis et à Paris. Les
lignes primaires sont aériennes sur la plus grande partie de leur parcours. Les lignes aboutissant aux deux usines de Paris suivent le chemin de fer du Nord et comportent une section aérienne de 7,5 kilomètres.
Les machines génératrices, de la puissance de loo chevaux, sont excitées par des dynamos indépendantes à basse tension. Leurs induits développent 3 ooo volts. Les génératrices sont associées en quantité au fur et à mesure que la demande s'accroît.
Pour diminuer les étincelles de rupture lors de la suppression d'une génératrice, on fait passer son courant par un rhéostat à eau, dont les électrodes en fer sont écartées progressivement jusqu'à réduire ce courant à une valeur minime.
503. — Distribution par courants polyphasés. — Les machines à courants polyphasés ont fourni de nouvelles solutions de la transformation des courants de haute tension en courants utilisables de faible tension. On verra plus loin la description de l'appareil Schuckert, qui permet de transformer un courant diphasé en courant continu. L'énergie électrique peut être transportée sous forme de courants diphasés de haute tension convertis, par des transformateurs, dans des sous-stations, en courants de basse tension: ces derniers sont ramenés à l'état de courant continu par la machine Schuckert.
On utilise également les courants triphasés, par le moyen d'une distribution à trois conducteurs. Les récepteurs sont alors branchés en étoile ou en triangle sur les trois câbles.
Les systèmes à une, deux et trois phases, peuvent être composés au point de vue de l'économie des conducteurs. Si l'on se donne la force électromotrice maxima entre deux des conducteurs, on trouve, en appelant i le poids de cuivre exigé pour la transmission d'une puissance électrique donnée par courant continu avec une perte par effet Joule déterminée : 2 pour le poids de cuivre absorbé par une distribution à i phase , 2 pour une distribution à 2 phases avec 2 circuits complètement distincts, 2,91 dans le cas d'une distribution à 2 phases avec un fil de retour commun (3 conducteurs au lieu de 4) et i,5 pour une distribution à 3 phases.
On voit donc que l'avantage est en faveur du courant continu. Mais, dans les transmissions à longue distance, les tensions
auxquelles on est conduit obligent à recourir aux courants alternatifs pour faire usage de transformateurs.
Les courants à i phase, plus simples au point de vue de la distribution,, ont l'inconvénient de se prêter assez mal à la production de la force motrice, parce qu'on ne possède pas de bons moteurs à i phase démarrant sans charge. Les courants à 2 phases remédient à cet inconvénient tout en se prêtant également bien à la distribution, grâce à la séparation possible des deux circuits. En outre, les générateurs à 2 phases développent une énergie électrique sensiblement constante et donnent un effet utile, spécifique, plus grand que les générateurs à 1 phase, dont le débit est essentiellement variable.
Enfin^ les distributions à 3 phases réunissent les avantages de procurer un grand effet utile aux générateurs, une économie de cuivre importante et de permettre l'emploi de moteurs démarrant en charge.
Toutefois, ce système se prête moins bien que les précédents à la distribution du courant aux lampes électriques, à cause de la difficulté de régler la tension sur les trois branches du réseau. On a pris le parti, dans certains cas, de grouper toutes les lampes sur deux des conducteurs , afin de limiter le réglage de la tension à une seule branche.
En vue d'unir les avantages des systèmes à 2 et à 3 phases, M. Scott a proposé la solution suivante. L'énergie est produite par des générateurs à 2 phases. Un* transformateur spécial relève la tension et présente trois bobines secondaires induites par les deux bobines primaires, de manière à obtenir des courants triphasés. Aux postes de réception , on fait la transformation inverse, si l'on veut utiliser des courants diphasés pour l'éclairage.