‹ Leçons sur l'exploration de l'ilChapitre 5 sur 18 · LEÇON D'INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

LEÇON D'INTRODUCTION. VII

imaginaire, demandant au dieu si c'est en long ou en large qu'il doit marcher dans le temple.

« Dans ces jours un certain Gaïus, qui était aveugle, apprit » de l'oracle qu'il devait se rendre au temple, y adresser ses » prières, puis traverser le temple de droite à gauche, mettre » ses cinq doigts sur l'autel, lever la main et la placer sur les » yeux. 11 recouvra aussitôt la vue en présence et aux acclama- » tions du peuple. »

Une autre inscription fournit des renseignements plus médicaux, et si vous cherchiez bien au fond de quelque province, peut-être même au centre de Paris, trouveriez -vous chez quelque oculiste de bas étage, des formules analogues pour guérir les maladies des yeux. Cette inscription raconte que « le dieu de la santé ordonna à un soldat aveugle nommé » Valerius Aper, de mêler le sang d'un coq blanc avec du miel, «de s'en faire un collyre, et de s'en frotter l'œil pendant » trois jours. Le malade recouvra la vue et rendit publiquement » grâce au dieu. »

C'est en Grèce que cette oculistique sacerdotale a fait ses plus beaux exploits, et il est facile d'imaginer à quelles supercheries avaient recours les prêtres qui traitaient ces malades. Aristophane nous a laissé, dans un passage de son Plutus, tout un tableau qui montre bien la façon dont les choses se passaient alors.

Mais la confiance au pouvoir médical des dieux était si grande, qu'on traitait aussi dans les temples les animaux atteints d'affections des yeux. A ce propos, Elien, dans son Histoire des animaux, rapporte qu'un écuyer habile, nommé Lsenus, ayant un excellent cheval qui avait perdu un œil par une blessure, le mena dans le temple de Sérapis, et pria ce dieu de lui rendre

son œil. Sérapis lui ordonna de ne point faire usage de substances liquides sur l'œil malade, mais d'y appliquer des corps chauds, et de le faire en plein midi et autour du temple. Ces ordres furent suivis et le malade guérit.

Du reste, c'était là une médecine assez fructueuse pour les prêtres qui l'exerçaient, et les plus célèbres oculistes de nos jours n'ont peut-être jamais été aussi bien traités par leurs clients que les prêtres du temple d'EscuIape par ceCilicien dont parle Philostrate 'dans la vie du philosophe Apollonius de Tyane. Ce riche consultant venait prier le dieu de lui rendre un œil qui avait été crevé; il amenait avec lui une multitude d'animaux pour servir de victimes, plus deux vases d'or ornés de pierres des Indes très-précieuses, et il promettait de redoubler encore ses dons et ses sacrifices si le dieu lui rendait la vue.

Voilà, messieurs, le tableau de l'oculistique populaire chez les Égyptiens et les Grecs; c'est une médecine grossière, empirique, dont on n'a pu tirer aucun profit.

Quelques médecins d'Alexandrie fixèrent plus sérieusement leur attention sur l'étude des maladies des yeux, et les livres de Celse et de Galien sont un reflet éloigné de ces études. Il y a dans ces ouvrages des descriptions exactes de quelques maladies extérieures de l'œil, comme le ptérygion , le symblépharon, la fistule lacrymale, etc.; la cataracte même n'y est pas oubliée.

Mais bientôt nous arrivons à une des plus tristes époques de l'empirisme médical ; c'est d'Auguste à Domitien que les oculistes et les spécialistes de toutes sortes se multiplient à Rome. Martial, dans une de ses épigrammes, nous en a laissé la plaisante énumération : « C'est Cascellius, dit-il, qui enlève et même «remplace une dent malade; c'est l'oculiste Higinus qui brûle

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