LEÇON D'INTRODUCTION. IX
» les poils funestes aux yeux; c'est Eros qui efface les cicatrices, » honteux stigmates de l'esclavage; c'est Hermès qui est le » Podalire des gens affectés de hernies; enfin, — chose incon- » nue de nos jours, — c'est Fflnnius qui a la spécialité non point » de couper, mais de relever la luette tombante. » Le médecin qui parle dans l'épigrammc de Martial, et qui est fatigué d'aller trois et quatre fois par jour visiter sur l'Aventin un malade exigeant, demande à grands cris un spécialiste qui guérirait les gens éreintés de fatigue.
Les oculistes romains n'ont laissé aucune trace sérieuse de leur passage dans la pratique, cependant les noms d'un certain nombre d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous, soit par des citations, soit par des inscriptions laissées sur des collyres. Vous trouverez dans quelques collections archéologiques, et en particulier au Cabinet des médailles, de petites pierres gravées qui ont appartenu aux oculistes romains, et qu'on connaît sous le nom de cachets des oculistes. Ces pierres ont exercé la sagacité des antiquaires et de quelques médecins, et l'on est arrivé à trouver que leurs inscriptions indiquaient à la fois le nom d'un certain collyre, celui de l'inventeur de la drogue, et l'espèce de maladie pour laquelle le médicament convenait. Ces oculistes vendaient aussi de petits pinceaux pour l'application de leurs médicaments, et imprimaient, avec de la cire ou quelque autre matière, sur les collyres qui étaient des pâtes sèches, l'inscription qui se trouvait sur la pierre gravée. On a même découvert sur les quatre faces d'une de ces pierres une inscription qui variait à chaque face, de façon que ce cachet servait d'estampille à quatre collyres différents; il était ainsi conçu :
Tiberii Julii clari ad i/it/njti<iit, ad iiculi caligines, etc.
Quelquefois ou trouvait sur ces cachets les épithèthes les plus flatteuses à l'endroit de ces collyres, et le collyre isothéon était sans doute quelque chose d'aussi communément employé que ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de pierre divine.
C'est par la lecture de ces inscriptions que nous sommes arrivés à connaître les noms d'un certain nombre de ces oculistes romains; c'est, du reste, par les mêmes procédés que nous sommes parvenus à dresser la longue liste des potiers romains, qui imprimaient aussi leurs noms sur leurs œuvres.
Plus préoccupés d'estampiller leurs collyres que de faire une étude sérieuse des maladies des yeux, ces oculistes n'ont enrichi la science d'aucune notion utile, et se sont perdus dans une polypharmacie ridicule.
Les Arabes et les arabistes n'ont ajouté que peu de chose à nos connaissances en ophthalmologie; cependant, les opéralions pratiquées sur les yeux semblaient mieux convenir à la chirurgie timide des Arabes que les autres opérations, parce qu'elles n'entraînent pas d'effusion de sang. La médecine oculaire du moyen âge s'inspira d'extraits des auteurs arabes, copistes eux-mêmes des Grecs, inspirations souvent maladroites, mêlées aux plus ridicules superstitions; ainsi l'un des oculistes du moyen âge ne craint pas d'écrire que le moyen le plus infaillible pour se préserver de tous les maux d'yeux, c'est de porter sur soi des yeux de loup,
" Les efforts de A. Paré et de Guillemeau, son élève, pour apporter un certain soin dans la description des maladies des yeux, n'empêchèrent pas l'oculistique de retomber bientôt dans une ignorance grossière, au milieu de pratiques ridicules et de formules surannées. Mais, au xvme siècle, cette branche de la