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derae, on parcourt les livres publiés jusques il y a une dizaine d'années, on est frappé des immenses lacunes que ces ouvrages renferment. D'ailleurs, durant cette période, qu'on pourrait presque appeler empirique, de l'oplithalmologie, le médecin ne dispose que d'un nombre tort reslreint de procédés d'observation pour le diagnostic des maladies des yeux, car le plus souvent on se borne à examiner tour à tour, à l'œil nu et quelquefois avec la loupe, les parties extérieures de l'organe malade et la surface antérieure du cristallin. On employait, mais rarement, la lumière artificielle pour constater des altérations superficielles de la cornée, et, en l'absence d'une exploration directe de la rétine, on était heureux de trouver dans le développement de ces sensations lumineuses connues sous le nom de phosphènes, un moyen d'apprécier le degré de la sensibilité rétinienne.
Une ère nouvelle, messieurs, commence en ophthalmologie avec la découverte de l'ophthalmoscope. C'est qu'un grand problème vient d'être résolu, et sa solution a levé d'un seul coup tous les obstacles qui s'opposaient à l'examen des milieux profonds de l'œil. Avant les travaux du professeur Helmholtz, quelques physiologistes s'étaient bien demandé pourquoi la pupille restait noire lorsqu'on approchait de l'œil un corps lumineux, mais on n'était point arrivé, du moins d'une façon satisfaisante, à donner le moyen d'éclairer facilement le fond de l'œil; et, chose qui vous étonnera peut-être, c'est que la préoccupation d'arriver à ce magnifique résultat n'apparaît point dans les livres des oculistes et des chirurgiens ; ce sont des physiologistes qui cherchent avec le plus d'ardeur à résoudre cette question si intéressante, et c'est à l'un des plus éminents d'entre eux, à M. Helmholtz, aujourd'hui professeur à l'université
XVI LEÇONS SUR l'exI'LORÂTION DE L'ŒIL.
d'Heidelberg, que la pratique est redevable de eetle découverte. A partir de ce moment, le médecin n'est plus réduit à cacher son ignorance derrière une facétie, en déclarant que dans les lésions du tond de l'œil il n'y voit pas plus clair que le malade. On a mis entre ses mains une méthode d'exploration qui lui permet d'examiner dans ses plus fins détails la surface de la rétine, la choroïde sous-jacente, le corps vitré, la papille du nerf optique ; cl de ce nouveau mode d'investigation est née une série de remarquables travaux qui ont changé la face de l'ophthalmologie moderne, et donné à celte branche de la chirurgie un caractère scientifique qu'elle ne perdra jamais.
C'est à la découverte du professeur Helmhollz et à l'application de l'ophtlialmoscope au diagnostic des maladies de l'œil que nous devons d'avoir pu distinguer les maladies qu'on réunissait sous le titre assez obscur d'amaurose, de les avoir séparées les unes des autres et classées d'après le siège du mal et la nature de l'affection, enfin d'avoir pu instituer un pronostic exact et un traitement rationnel. Il me sera facile de vous montrer plus tard les merveilleuses applications de l'ophtlialmoscope au diagnostic des maladies des yeux, et j'ai la conviction d'amener chacun de vous à manier avec facilité cet instrument, dont la découverte peut sans crainte réclamer sa place à coté des plus beaux moyens d'exploration physique des organes.
Les recherches entreprises avec l'ophlhalmoscope appelèrent de nouveau l'attention de quelques médecins sur les conditions dioptriques de l'œil, et sur l'influence qu'une certaine altération dans ces conditions doit exercer sur la vision. En effet, l'œil peut être considéré comme un ensemble de milieux réfringents, qui possèdent un indice de réfraction variable et ont pour but d'amener sur un écran, qui est la rétine, l'image des objets exté-
LEÇON D'INTRODUCTION. XVM
rieurs. Or, l'indice de réfraelion de ces milieux peut varier pomme la position de l'écran par rapport au loyer des milieux réfringents, et le médecin est alors appelé à constater des troubles de la réfraction, troubles dont la fréquence est très-grande. Quelques mots suffiront à vous faire bien comprendre l'importance de ces troubles fonctionnels et la nécessité de posséder de bonnes méthodes d'exploration pour en constater l'existence. En effet, l'œil, examiné au point de vue de la réfraction de ses milieux, se présente sous trois formes principales, que le professeur Donders a étudiées avec tout le soin qu'il apporte à ces délicates recherches. Il y a, messieurs, un œil normal, un œil type, qui possède la propriété de ramener en un foyer sur la surface antérieure de la rétine les rayons lumineux parallèles qui nous arrivent de l'infini, des étoiles par exemple, mais il est bien plus fréquent de rencontrer des yeux disposés de façon que ces mêmes rayons parallèles, venant de l'infini, Dissent, leur foyer en avant de la rétine : l'œil est alors dans cet état qu'on désigne sous le nom de myopie, et l'on peut dire, sans crainte d'être contredit, que les très-faibles degrés de myopie sont d'une fréquence extrême. Enfin, on rencontre chez des hommes jeunes, en dehors des altérations séniles qui ont lieu dans l'œil, une conformation du globe qui laisse le foyer des rayons parallèles se faire en arrière de la rétine, et c'est là une lésion qu'on a désignée sous le nom ^hypermétropie. Voilà des indications très-sommaires sur un ensemble de troubles fonctionnels très-fréquents, mais elles ont pour but de vous indiquer rapidement tout un groupe de lésions morbides aujourd'hui bien étudiées. Je reviendrai avec de plus grands détails sur ce sujet difficile, car je veux vous initier aux méthodes d'observation physico-mathématique que nous pos-
-('■lions, pour déterminer exactement à laquelle des (rois formes dont je viens de parler, répond un œil donné. Vous saisirez tout de suite toute l'importance pratique de ces études, quand je vous dirai que des malades, atteints d'une simple hypermétropie et que des verres appropriés soulagent très-bien, ont subi naguère, subissent même encore quelquefois entre des mains peu expérimentées toutes les tortures du rigoureux traitement auquel on condamne les malheureux frappés d'amauroses cérébrales.
.Mais l'œil n'est pas seulement un appareil dioptrique analogue aux systèmes de lentilles que nous trouvons dans les cabinets de physique, il possède le merveilleux pouvoir de -'adapter à la vision d'objets situés à des distances très-différentes, et de distinguer avec netteté des étoiles situées à l'infini, et des objets à peine éloignés de l'œil de quelques pouces. On a beaucoup discuté sur la cause de ce pouvoir d'accommodation, mais aujourd'hui la science semble fixée sur ce point, grâce aux travaux d'un homme dont le nom vous est déjà connu, le professeur Helmholtz, et d'un physiologiste hollandais, M. Cramer. Mesurant, chacun de leur côté, et sans connaître réciproquement leurs travaux, les surfaces de la cornée et du cristallin dans la vision de près et dans la vision de loin, ces physiologistes habiles sont, arrivés à constater que l'accommodation de l'œil se faisait surtout par un changement dans les courbures du cristallin : le cristallin, disposé normalement pour voir tles objets situés à une grande distance, éprouve une augmentation forte dans la courbure de sa face antérieure, légère dans celle de sa face postérieure, lorsque l'œil veut distinguer des objets rapprochés de nous. Vous savez, messieurs, qu'avec les lentilles à très-court foyer comme le cristallin, on