TROUBLES VISUELS DUS A UN DÉFAUT DE CONVERGENCE DES AXES OPTIQUES
Vous savez, messieurs, que, lorsque dans la vision binoculaire, les yeux sont dirigés vers l'infini, les axes optiques sont à peu près parallèles, et que ces axes convergent de plus en plus l'un vers l'autre à mesure que les yeux se dirigent vers des objets de plus en plus rapprochés. Il n'y a pas, comme je vous l'ai déjà dit, une dépendance absolue entre la convergence des axes optiques et le pouvoir d'accommodation pour les objets rapprochés, mais ces deux actes sont liés l'un à l'autre par des liens très-étroits,
et Ton doit tenir compte de cette condition physiologique dans l'examen des troubles de l'accommodation. Je me propose de vous entretenir maintenant des altérations de la vue qui résultent d'un défaut d'harmonie dans les rapports réciproques des deux axes optiques soit, 1° par atonie du muscle droit interne, soil 2° par un défaut d'action du droit externe ou une contraction exagérée du droit interne.
Les troubles de la vision dus au défaut de convergence des axes optiques sont d'autant plus prononcés que la vision s'opère sur des objets plus rapprochés, et ce fait est une conséquence naturelle du rôle des axes optiques dans l'accommodation. Il y a deux sortes de troubles qui surviennent dans ces conditions, et je vais essayer d'en faire devant vous une analyse physiologique assez complète, pour que vous puissiez les rattacher aux lois générales que je vous ai exposées sur l'accommodation de l'œil. Ces troubles sont une fatigue oculaire qui va, plus ou moins rapidement, jusqu'à l'impossibilité de lire, et surtout une diplopie, accident des plus pénibles, et qui tourmente toujours beaucoup les malades. Cette fatigue oculaire, qu'on désigne encore par le mot à'asthénopie, peut exister seule ou se compliquer de diplopie.
Les malades chez lesquels les axes optiques ne convergent plus régulièrement racontent qu'ils ont la vue bonne, qu'ils peuvent voir des objets situés au loin, mais que lorsqu'ils fixent des objets rapprochés, comme dans la lecture et l'écriture, ils éprouvent de la fatigue, de la tension dans l'œil, et, enfin, sont obligés de renoncer à leur lecture, soit parce que la douleur devient intolérable,' soit parce que la vue est troublée.
Certains malades peuvent, en se reposant quelques instants, recommencer cette lecture, mais ils sont de nouveau obligés de l'interrompre, et c'est en fragmentant souvent leur travail qu'ils peuvent le continuer. Chez d'autres, la fatigue se montre au début du travail seulement et disparaît au bout d'un certain temps. Mais, chose remarquable, ces mêmes individus pourront fixer longtemps des objets rapprochés, sans fatigue et sans que la vision soit troublée, s'ils ferment un œil. Nous avons observé un cas de cette nature chez un homme de lettres, qui travaille plu-
286 LEÇONS Sl'R l'exploration de l'œil.
sieurs heures consécutives en mettant un bandeau alternativement sur l'un des yeux, tandis que la vision binoculaire des objets rapprochés est chez lui suivie, au bout de quelques instants, de fatigue, de tension du globe oculaire, et même, s'il persisle à fixer les objets rapprochés, de trouble dans les idées.
Cette espèce d'asthénopie est due à une insuffisance d'action du muscle droit interne; elle peut exister d'abord sans vision double, parce qu'alors le muscle droit interne se contracte le plus possible et se fatigue, afin d'empêcher une déviation du globe suffisante pour amener de la diplopie. Mais, dans ce cas, si l'on observe avec attention le malade, on peut être témoin de ces efforts de contraction du muscle droit interne.
Les malades chez lesquels existe celte fatigue oculaire sont, en général, des myopes. Pour bien nous rendre compte de ce qui se passe dans ce cas, nous nous informerons du point le plus éloigné et du point le plus rapproché de la vue distincte. Supposons qu'un myope, atteint de cette fatigue oculaire, ait son point le plus éloigné de la vision distincte à 12 pouces, et qu'il lise à h pouces, nous le ferons regarder à cette dernière distance un objet, le bout du doigt par exemple, et en même temps qu'il le regardera, nous examinerons la position relative de ses yeux. Tout d'abord, les axes optiques convergeront régulièrement vers le point fixé , puis , au bout de quelques instants, un des axes optiques se déviera un peu et sera porté en dehors; mais bientôt il sera ramené en dedans. Ces oscillations d'un œil continuent ainsi quelque temps, jusqu'au moment où les efforts musculaires deviennent insuffisants pour produire régulièrement cette convergence, et alors la vision devient tout à fait confuse.
Cette lutte du muscle droit interne, cause de la fatigue oculaire, a pour but de supprimer la diplopie. Aussi quand on vient, en faisant toujours fixer le même objet, à couvrir avec la main l'œil qui ne se dévie pas en dehors, la déviation de l'autre œil se manifeste bien plus rapidement, puisque cet œil n'a point de diplopie à corriger, et que son muscle droit interne n'a plus de raison de se contracter énergiquement.
En résumé, vous devrez d'abord examiner avec soin ces rapporls
réciproques des axes optiques chez les individus qui se plaindront d'asthénopie, parce que l'irrégularité dans la convergence de ces axes est souvent très-peu marquée, et qu'il ne faut pas, dans ce cas, compter sur un strabisme évident.
Cette sorte d'asthénopie peut être confondue tout d'abord avec celle qu'amène un spasme, un effort exagéré de contraction du muscle ciliaire, mais nous avons quelques moyens de séparer ces deux affections l'une de l'autre.
ÎNous avons dit, en parlant du spasme du muscle ciliaire, qu'on peut faire cesser les troubles qui en résultent en éteignant l'action de ce muscle par l'interposition d'un verre convexe entre l'œil et les objets. Or, nous avons dans ce fait un caractère différentiel des deux affections, car les verres convexes, dans le cas d'asthénopie par défaut d'action du droit interne, loin de faire cesser les troubles, les augmentent en rendant les rayons lumineux plus convergents ; l'image s'extériore alors à une distance de l'œil moindre que celle de l'objet, et cela nécessite une convergence des axes plus prononcée. Les verres concaves, au contraire, produiraient du soulagement dans l'asthénopie due à un défaut diction du muscle droit interne, puisqu'en permettant à l'image de s'extériorer plus loin, ils diminueraient la convergence des axes optiques et dégageraient d'autant les efforts d'action du muscle devenu plus faible. Enfin, dans cette asthénopie, la vision monooculaire est normale, et les troubles ne se manifestent que dans la vision binoculaire, tandis qu'ils se montrent dans les deux yeux séparément, lorsqu'il y a spasme du muscle ciliaire et qu'on ne place pas un verre convexe au-devant de l'œil.
Je viens de vous montrer que la contraction insuffisante du muscle droit interne amenait une fatigue oculaire souvent des plus prononcées sans diplopie. Cette absence de diplopie peut s'expliquer de différentes façons. Dans certains cas, la diplopie existe en réalité, mais n'est pas apparente; les deux images sont alors très-rapprochées l'une de l'autre; elles se confondent et l'objet, sans paraître double, semble augmenté de volume et mal limité sur ses bords. Mais, dans d'autres cas, c'est le cerveau qui se charge de supprimer l'image double dès qu'elle paraît, et
cette suppression cérébrale de l'image se fait, en général, aux dépens delà vitalité fonctionnelle de l'œil. Je ne parle pas ici des cas où la diplopie est supprimée par l'occlusion des paupières du côté de l'œil dévié.
Mais à côté de ces cas où la diplopie n'est pas apparente, il faut placer ceux où elle est des plus nettes.
Dans la vision normale, les axes optiques convergent vers le même point et les images se font sur des points identiques de la rétine. Il n'en est plus de même lorsque les axes optiques ne convergent pas régulièrement ; les images se forment alors sur des points non identiques de la rétine, et il y a deux images pour un seul objet,
FiG. 67. — Strabisme convergent de l'œil droit. — Diplopie directe.
Ladiplopie, considérée d'une façon générale, peut être monooculaire ou binoculaire, mais nous ne nous occuperons ici que de la diplopie binoculaire, trouble dû au défaut de convergence des axes optiques et classé parmi les troubles de l'accommodation de l'œil.
La diplopie binoculaire peut être directe ou croisée. La diplopie binoculaire est directe lorsque l'image supplémentaire se produit du côté de Fœil qui donne lieu à la diplopie. Ainsi (fig. 67), soit un point b placé devant un individu dont l'œil gauche normal aura pour axe ab, tandis que l'œil droit affecté de strabisme convergent aura pour axe cd . Le point b impressionnera les deux rétines, mais en des points non identiques, en a pour l'œil gauche et en e pour l'œil droit. L'œil gauche rapportera la sensation lumineuse en b> mais l'œil droit la rapportera en un point d'une ligne passant par le point e et le centre optique de l'œil o, point situé à une distance du point e égale à la distance be, c'est-à-dire en /. On aura donc en /une image supplémentaire située du même côté que l'œil droit qui lui a donné naissance, et dans ce cas la diplopie sera directe.
FiG. 08. — Strabisme divergent de l'œil droit. — Diplopie^croisee.
La diplopie binoculaire est croisée lorsque l'image supplémentaire est située du côté opposé à l'œil qui lui donne naissance. Ainsi, dans la ligure 68, les axes des yeux étant ab pour l'œil
FOLLI.N. 19
gauche normal et de pour l'œil droit atteint de strabisme divergent, un point lumineux situé en b impressionnera la rétine à gauche en « et à droite en e. Pour l'œil gauche la sensation lumineuse sera rapportée en b, mais pour l'œil droit, sur le trajet d'une ligne passant par le pointe et le centre optique o de l'œil, et à une distance du point e égale à la distance eb. On aura alors en / une image supplémentaire située du côté opposé à l'œil droit qui lui a donné naissance, et la diplopie sera croisée.
En résumé, la diplopie directe est le résultat d'un strabisme convergent qui amène en dedans de la tache jaune l'image de l'objet fixé par l'œil dévié, et la diplopie croisée résulte d'un strabisme divergent qui amène, au contraire, en dehors de la tache jaune, l'image de l'objet fixé par l'œil strabique.
Ce queje viens de vous dire pour la diplopie produite par un strabisme divergent ou un strabisme convergent, s'applique aussi à la diplopie causée par un strabisme supérieur ou un strabisme inférieur. Ainsi, dans le strabisme supérieur l'image fausse se fait au-dessous de l'image vraie, parce que l'impression se produit sur la partie supérieure de la rétine, et dans le strabisme inférieur l'image supplémentaire est au-dessus de l'image normale, parce que l'impression a lieu sur un point de la partie inférieure de la rétine.
Enfin, messieurs, en constatant la position relative des images, vous devrez encore vous assurer si elles sont sur le même plan. Quelquefois l'image supplémentaire est plus éloignée de l'œil que l'image normale, et cela paraît dépendre d'une rétraction inégale des deux globes oculaires dans les orbites.
La diplopie binoculaire, directe ou croisée, n'est pas toujours le résultat spontané d'un défaut de convergence des axes optiques. On peut la produire artificiellement à l'aide de verres prismatiques placés au-devant de l'un des yeux. Ces verres vous permettent ainsi de vérifier expérimentalement ce que je viens de vous dire*, car suivant qu'on placera le prisme au-devant de l'œil, la base tournée du côté du nez ou du côté de la tempe, on produira la diplopie directe ou la diplopie croisée. Si nous plaçons (fig. 69) un point lumineux a> une bougie par exemple,
devant deux yeux normaux dont les axes convergent régulièrement, ce point a impressionnera leurs rétines en deux points identiques b et c. Mais si au-devant de l'œil droit nous mettons un prisme à base tournée en dedans, le rayon lumineux ac subira une déviation du côté de la base difprisme et viendra impressionner en e la rétine droite qui rapportera la sensation lumineuse sur le trajet d'une ligne passant par le point e et le centre optique o de l'œil, c'est-à-dire en d. Nous aurons en ce point une image supplémentaire, tandis que l'image normale sera perçue par l'œil gauche en a, et nous produirons ainsi la diplopie directe, l'image d supplémentaire étant du côté de l'œil droit qui lui a donné
Fie GO — Diplopie directe produite par un prisme placé la hase en dedans devant un œil pendant la vision binoculaire.
naissance. L'application d'un prisme à base tournée en dedans, au-devant de l'un des yeux, dans les conditions de la vision normale, détermine donc la diplopie directe lorsque les axes optiques convergent régulièrement.
292 LEÇONS SUR L'EXl'LOIlATlOiN DE L'ŒIL.
Plaçons maintenant (fig. 70) au-devant de l'œil droit et sur le trajet du rayon lumineux ac un prisme ayant sa base tournée en dehors, ce rayon, dévié du côté de la base du prisme, impressionnera la rétine en e et non en c. Si alors nous menons une ligne passant par le point e et le centre optique de l'œil, c'est sur cette ligne, au point d par exemple, que la rétine rapportera la sensation lumineuse perçue en e. Dans ce cas, l'image supplémentaire sera produite par l'œil droit et située à gauche; il y aura diplopie croisée. Un prisme placé au-devant de l'un des yeux, sa base tournée en dehors, produit donc la diplopie croisée lorsque la convergence des deux axes optiques est régulière.
Mais cette diplopie obtenue à l'aide des prismes peut être corrigée par la contraction des muscles droits, externe ou interne, suivant que la diplopie est directe ou croisée. Ainsi, dans la figure 69, représentant une diplopie directe, si le muscle droit externe du côté droit se contracte énergiquement, il produira une déviation des axes optiques, Taxe de l'œil gauche ne sera plus ac, et le rayon réfraclé n'impressionnera plus la rétine en e, mais en un point d'autant plus rapproché du point c que la contraction du muscle droit externe sera plus énergique. Si cette contraction est telle que le rayon réfracté vienne frapper la rétine en c, alors la vision sera unique, le point c étant identique avec le point b de la rétine de l'œil gauche. La correction de la diplopie ne se fait alors qu'aux dépens d'un strabisme divergent, provoqué par le besoin de faire cesser la diplopie.
Dans la figure 70, au contraire, où le prisme à base tournée en dehors produit la diplopie croisée, la contraction du muscle droit interne pourra faire cesser la diplopie en produisant dans les axes optiques un défaut de convergence tel, que le rayon réfracté impressionne la rétine en c au lieu de l'impressionner en e, ainsi que cela a lieu lorsque celle convergence des axes optiques est régulière. La nécessité de fusionner les doubles images a créé dans ce cas un strabisme convergent. Ce fusionnement se fait plus facilement dans le second cas que dans le premier, car le muscle droit interne peut, par sa contraction, corriger une diplopie produite par un prisme de 14 degrés, tandis que le muscle
droit externe ne pourrait guère, par sa contraction, corriger une diplopie produite par un prisme de plus de 5 à 6 degrés.
FiG. 70. — Diplopie croisée produite par un prisme placé la base en dehors
au-devant d'un œil pendant la vision binoculaire.
Le malade atteint de diplopie peut, en général, bien distinguer l'une de l'autre les deux images, car elles diffèrent par l'intensité de leur coloration : l'image principale est très-colorée, tandis que l'image supplémentaire est pâle. La faible intensité de l'image supplémentaire résulte d'une impression sur des points de la rétine situés à la périphérie de celte membrane. Nous savons en effet que les différentes parties de la rétine ont une sensibilité d'autant moindre qu'on s'éloigne davantage de la tache jaune. Dans quelques cas, la diplopie est fugace, rapidement corrigée, et la distinction des deux images n'est pas nette. On peut alors, pour mieux percevoir l'image fausse, placer devant l'œil non dévié un verre rouge qui onlève à l'image principale une
29£ LEÇONS SUR L'EXPLORATION DE l'(EIL.
partie de son éclat et lui donne une coloration rougeâtre qui ne permet pas delà confondre avec l'image supplémentaire. On doit avoir, dans ce but, quelques lames de verre coloré de teintes diverses afin de pouvoir répéter ces expériences.
11 est tout à fait urgent de décider quelle est l'espèce de diplopie, et de rechercher si elle se rattache à un strabisme divergent dû à une atonie du muscle droit interne, ou à un strabisme convergent produit, soit par une paralysie du muscle droit externe, soit par une contraction exagérée et permanente du droit interne, comme dans l'hypermétropie. Vous pourrez quelquefois soupçonner que certains cas de diplopie sont produits par une contraction exagérée du muscle droit interne si la vision mono- oculaire n'est pas normale. Le malade éprouve alors des troubles visuels même si l'œil sain est fermé, et vous constaterez facilement la chose en l'engageant à faire quelques pas lorsque cet œil sain est couvert d'un bandeau. Bientôt ces troubles visuels augmentent, la marche devient difficile, et, si l'on veut continuer l'expérience, l'individu tombe à terre, comme frappé de vertige. Il est assez difficile d'expliquer ces phénomènes singuliers; toutefois on peut supposer que dans ce cas un certain trouble de l'accommodation, comme le spasme du muscle ciliaire, vient s'ajouter à la contracture du muscle droit interne. La contraction du muscle ciliaire est en effet intimement liée à celle du muscle droit interne, et, à l'état normal, toutes deux s'accomplissent simultanément dans la vision des objets rapprochés. Admettant donc que la contracture du muscle droit interne est compliquée de spasme du muscle ciliaire, on peut comprendre que le sujet se servant de l'œil malade seulement, la vision des objets éloignés soit confuse, et que celte confusion donne lieu au vertige qui se produit alors dans la marche. Du reste, après avoir constaté l'existence de ces troubles dans la vision monoculaire, lorsque le malade marche, vous pourrez les atténuer ou les effacer complètement par un artifice assez simple, c'est en engageant l'individu à diriger fortement son œil en dehors. La contraction du muscle droit interne diminue alors et sans doute avec elle celle du muscle ciliaire.
C'est après l'analyse souvent difficile de ces différentes sortes de diplopie qu'on pourra instituer un traitement rationnel, et la thérapeutique de cette affection est si bien liée au diagnostic, que je dois vous dire ici quelques mots du traitement à suivre en ce cas.
Il y a d'abord des moyens palliatifs qu'on doit employer dans l'asthénopie ou la diplopie par défaut de convergence des axes optiques, et ces moyens consistent dans l'emploi de verres concaves ou de verres prismatiques.
Les verres concaves pourront souvent rendre de très-grands services par suite de la divergence plus grande qu'ils impriment aux rayons lumineux. L'image modifiée par les verres concaves, s'extériorant alors plus loin du globe oculaire, n'oblige pas à une convergence aussi grande des axes optiques et, partant, à une contraction aussi forte de la pari du muscle droit interne ; aussi les troubles de la vision peuvent par ce moyen diminuer ou même s'effacer. Les verres concaves remédient alors aux troubles de l'accommodation dont je vous entretiens, comme aussi aux troubles de la réfraction dus à un allongement de l'axe optique ou à un indice de réfraction trop fort des milieux de l'œil. Toutefois je dois ajouter que, quand on emploie des verres concaves à titre palliatif, on voit le muscle droit interne devenir de plus en plus faible.
Nous avons vu que les verres prismatiques produisent la diplopie dans l'œil normal, eh bien ! messieurs, cette propriété peut être utilisée dans le traitement palliatif de la diplopie. Si, en effet, on applique au-devant d'un œil strabique un verre prismatique d'un degré convenable, on conçoit que le rayon lumineux dévié après sa réfraction pourra venir impressionner la rétine de cet œil en un point identique avec celui de la rétine du côté opposé, qui reçoit aussi un rayon émané du foyer lumineux. De plus, nous savons, d'une pari, que dans l'atonie du muscle droit interne la diplopie est croisée, et, de l'autre, qu'un prisme placé au-devant de l'œil, sa base tournée en dedans, produit la diplopie directe. Il en résulte que, dans la diplopie qui nous occupe, les verres prismatiques à base tournée en dedans tendront à fusionner les deux images et à les faire se confondre en une seule; on pourra donc
prescrire au malade l'usage de verres prismatiques dont on arrivera par le tâtonnement à déterminer le degré.
On peut aussi essayer de guérir radicalement par les verres prismatiques l'atonie du muscle droit interne, avant d'avoir recours à une opération, la section du muscle droit externe. Mais alors on ne doit employer les verres prismatiques que dans le cas où les troubles de la vision sont peu anciens et dus à un affaiblissement progressif du muscle droit interne. Dans ce mode de traitement, on se propose d'exagérer la diplopie afin d'amener le sujet à contracter énergiquement son muscle droit interne pour effacer cette diplopie toujours gênante. On place alors au-devant de l'œil un prisme à base tournée en dehors. Nous savons que dans cette position, le prisme produira la diplopie croisée et par conséquent exagérera le trouble visuel ; or, le malade s'efforce instinctivement de corriger cette diplopie et contracte son muscle droit interne. On fera faire au malade des exercices journaliers de lecture avec des prismes faibles au début, et, peu à peu, sous l'influence de cette gymnastique oculaire, le muscle pourra reprendre de la vigueur et le trouble de la vision disparaître complètement. En dehors des exercices à l'aide de verres prismatiques, on peut conseiller l'usage de verres concaves. Mais celte gymnastique oculaire demande une grande patience de la part des malades; en outre, elle ne peut être mise en pratique que par des individus intelligents, et, en tout cas, elle doit être longtemps continuée.
La section du muscle droit externe pour corriger cette diplopie est une opération qu'on fait rarement en France dans ce cas; mais M. de Graefe lui a donné une véritable valeur à l'aide des indications que fournissent les verres prismatiques, et il l'a réintroduite heureusement dans la pratique. Il détermine par divers essais les forces relatives des muscles droit interne et droit externe pour que ce dernier ne s'oppose pas trop à la convergence des axes optiques; il mesure le degré du prisme nécessaire pour rendre la vision unique; puis, pratiquant la section du muscle droit externe, prés de son insertion scléroticale, il en fait la suture a une distnneo <]c cette insertion, proportionnée
au degré du prisme nécessaire pour corriger les troubles de la vision. Voilà le principe de ces nouveaux essais de strabotomie, mais je n'ai point à m'occuper ici de cette importante question chirurgicale, et je termine là ce que j'ai à vous dire des troubles visuels dus à un défaut d'action ou à une action exagérée des muscles droits internes.
Me voici, messieurs, arrivé à la fin de la tache que je m'étais imposée, et cette leçon sera la dernière de celles que j'ai cru devoir consacrer à l'exposition théorique des principales méthodes d'exploration de l'œil malade.
Permettez-moi, avant de nous séparer, de vous rappeler en deux mots le caractère de ces leçons. Elles n'ont point eu pour but de vous faire connaître dans leurs plus complets détails les méthodes d'exploration dont le médecin peut se servir pour le diagnostic des maladies des yeux, mais de vous en exposer le caractère général, dans son expression la plus simple, et avec la conviction que toute méthode doit être facile pour être d'un usage commun.
J'ai appelé votre attention sur quatre méthodes principales, en laissant à votre esprit le soin de rechercher et d'étudier les faits particuliers qui si rattachent. Ces faits particuliers ne vous manqueront pas dans les services hospitaliers que vous suivez, et là vous trouverez souvent à faire l'application des données générales qui ont servi de texte à ces leçons. Le travail isolé, réfléchi, que vous entreprendrez alors, sera, je l'espère, des plus profitables pour vous, et la provocation à ce travail n'est pas un des moindres avantages de tout enseignement nouveau qui, une fois achevé, éveille la curiosité scientifique et sollicite l'examen.
Accommodation de l'œil 201
— négative 231
Phénomènes de 1*— 212
Ligne 208
Point 208
Étendue 204
Mécanisme 223
Troubles 286
Preuves (expérience de Scheiner) 202
Amaurose 97
— albuminuriquc 120
— avec excavation de la papille du nerf optique 127
Angle visuel 1 52
Antimydriatiques 22
Arbre vasculaire de Purkinje 168
Asthénopie ... 284
Astigmatisme 259
Emploi des verres cylindriques dans Y — 265
Auto-ophthalmoscope de Coccius 68
Axes optiques (convergence des) 213
Troubles visuels dus au défaut de convergence des — 283
Cataracte 88
Cercles de diffusion 195
Champ visuel 1 56
Rétrécissement du — 159
Choroïde (disposition anatomique de la) 81
Exploration 82
Tubercules 114
Dégénérescence colloïde 114
Choroïdite 99
— alrophique 105
— congestive 101
Choroïdite exsudalive i 02
Classification des yeux suivant leur pouvoir réfringent 1 99
Collyres secs 20
Congestion rétinienne \ \ 6
Cornée (exploration de la) 8
Miroitement 13
Conicité pellucide 9
Corps vitré (ramollissement du) 92
Exsudats 92
Corpuscules flottants 93
Épanchement sanguin 94
Cysticerques 96
Couleurs (perception des) 176
Cristallin (lésions du) 88
Cysticerques sous-rétiniens 136
Daltonisme 177
Diplopie ' 287
Emploi des verres prismatiques dans la — 294
Échelle des pupilles 4 7
Échelle typographique 151
Éclairage latéral de l'œil 27
— direct par la projection d'images lumineuses 35
— par les cercles de diffusion 38
— par les miroirs concaves 42
— par les miroirs convexes associés à une lentille biconvexe. 43
— par les miroirs plans associés à une lentille biconvexe. . . 44
— du mode d' — dans l'examen ophthalmoscopique habituel 57
Examen ophthalmoscopique. — Position de l'observateur et de l'observé. 61
— — par le procédé de l'image renversée 45, 52
— — par le procédé de l'image droite 47, 52
— de l'œil, le cristallin fonctionnant comme loupe 48
— fonctionnel ou subjectif de l'œil 1 50
Exploration de l'œil (division des méthodes d') 2
— des parties extérieures de l'appareil de la vision 3
Glaucome 1 38
Disposition des vaisseaux rétiniens dans le — 143
Nature du — 145
TABLE ALPHABÉTIQUE oOl
Helminthes dans l'œil humain 1 37
Hémiopie 162
Hémorrhagie du corps vitré 94
— chc-roïdienne 112
- — rétinienne 121
Hypermétropie 250
— facultative 252
— latente 252
— (moyens de reconnaître le degré de T) 254
— (correction de F) 256
Iris (coloration de L') 14
Propriétés physiologiques 17
Images cornéenne et cristallines de Purkinje 211
Changements des — dans l'accommodation de l'œil 219
Lentilles concaves • 247
— convexes 32
— cylindriques 265
— prismatiques 294
Marche des rayons lumineux dans les — . . . . 189
Construction d'une image produite par les — 1 90
Loupe simple 11
— de Briïcke 12
Lumière (appareil pour modiiier la — dans l'examen ophthalmoscopiquc). 60
Composition de la — 57
Lunellcs 217
iMicrométiic ,.,.*..,......... oo
Miroirs convexes \o
Mouches volantes 92
Muscle ciliaire (description du) 226
Action 225
Paralysie .... 278
Spasme 281
Muscle (Toit interne (atonie ou paralysie du) 28 i
Contraction exagérée. 284
Muscle droit externe (défaut d'action du) 284
Mydriatiques 4 7
Mydriase 269
Myopie 235
Conditions anatomiques et causes de la — 235
Variétés 238
Diagnostic 241
— à distance 239
Correction 246
Myosis 269
Œil (accommodation de f ) 201
Coloration du fond de l'œil 82
Marche des rayons lumineux dans I1 — 32
Réfraction 184
Miroitement 28
— normal ou emmétrope , 199
— myope 200
— hypermétrope 200
— schématique de Listing 1 87
Ophlhalmologie (coup d'œil sur l'histoire de 1') i
Ophthalmomètre de Cramer 216
— d'Helmholtz 221
Ophthalmo-microscope 55
Ophthalmoscope binoculaire . 64
— fixe de MM. Follin et Nachet 53
— mobile, à miroir concave 4 9
— de Coccius 50
— de M. Helmholtz 37
— à prismes réflecteurs 51
Optomètres 207
Orthoscopc 23
Papier atropine 20
Papille du nerf optique (atrophie de la) 1 25
Excavation 1 27, 142
Exploration 71
llypérémie 116
Paupières (exploration des) 4
Pigment cboroïdien 83
Macération du — 104
Pigmentation rétinienne 124
Phosphèncs 172
Origine du grand et petit phosphènc. .. 174
— d'accommodation 1 76
Photographie ophthalmoscopique 56
Points cardinaux optiques 186
Pouls artériel rétinien 77
— veineux rétinien 76
Presbyopie (troubles dus à la) 27 1
Altération du cristallin dans la — 274
Formule pour exprimer le degré de la presbyopie 276
Emploi des verres biconvexes dans la — 2 07
Pupilles (échelle des) 17
Coloration 16, 33
Punctum cajcum (expérience de Mario! te) 1 59
Réfraction des milieux ù surfaces parallèles I S 8
— des milieux à surfaces obliques 188
— de l'œil 184
Troubles de la — 234
Rétine (anémie de la) .... 123
Atrophie 125
Congestion 116
Construction d'une image sur la — 192
Développement de fibres nerveuses à moelle dans la — 12 8
Décollement 133
Encéphaloïde 135
Excitabilité 171
Exploration 71
Hémori hagic 121
Hypérémie H 6
Ossification * 103
Tumeurs 138
Oblitération de l'artère centrale de la — 123
Rétinite 117
— albuminuriquc 1 20
— congeslive "118
— exsudative 119
— pigmentairc 124
— apoplecliquc 121
304 TADLE ALPHABÉTIQUE.
Scléro-choroïdite 105
Sclérotique (exploration de la) 13
Transparence de la — et expérience de Volkman 13
Speclre aqueux 02
— globulaire isolé 92
— perlé 92
— muco-lacrymal 164
Staphylôme de la sclérotique 106
Strabisme hypermétropique 254
Synchysis 9 i
Tache jaune (exploration de la) 80
Troubles visuels de la réfraction 234
— de l'accommodation 268
Tumeurs sous-rétiniennes 138
Vaisseaux rétiniens (exploration des) 7o
Battement spontané des — 14 2
Image des — (expérience de Purkinje) 168
Vaisseaux de la choroïde 82
Vision distincte (conditions de la) 180
Limites de la — 232
— excentrique dans le strabisme 4 58
Acuité de la — 4 51
Verres de lunettes 247
t-'lN DE LA TADLE ALPHABÉTIQUE;