‹ Leçons sur l'exploration de l'oeilChapitre 7 sur 24 · LEÇON D'INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

LEÇON D'INTRODUCTION. XI

chirurgie prit un certain essor pratique auquel nous devons des travaux estimables qui font presque oublier le charlatanisme de quelques oculistes célèbres. C'est en effet la période des oculistes de profession qui parcourent l'Europe, parfois la trompette à la main, ou bien en se faisant annoncer par des écrits où la louange ne connaît plus de bornes. Nous trouvons en tête de ces oculistes ambulants le fameux Woolhouse, dont la préface de l'ouvrage contient cette phrase outrecuidante : « Quis autem nescit Woolhusium ab adolescenlia sua » tôt mille cataraclas et glaucomata depressisse ? Ac proinde » ipsum Ophthalmiatrorum Europœ Principem esse. » C'est aussi ce chevalier Taylor , que son habileté et son élégant charlatanisme ont rendu célèbre en Angleterre et dans toute l'Europe qu'il parcourut pendant trente ans. Sa renommée se justifiait par de nombreux succès dans l'opération de la cataracte. Il vint se fixer et mourir <à Paris, et quelques années avant sa mort, il publia à Londres ses mémoires, sous ce titre peu médical : Histoire des voyages et des aventures du chevalier Taylor, oculiste pontifical, impérial et royal.

Ces oculistes ambulants bornaient toute leur science à bien abattre la cataracte. 11 y a peu de choses à prendre dans leurs tristes écrits, cependant nous avons conservé, du moins pour la cataracte, une habitude de leur pratique. Ils soutenaient que le printemps et l'automne étaient les saisons les plus convenables pour opérer la cataracte, et beaucoup de chirurgiens se soumettent encore aujourd'hui à cette tradition. Cependant un chirurgien anglais, Duddel, qui écrivait àl'époque du chevalier Taylor, un petit livre sur les maladies des yeux, avait deviné que l'origine de cette coutume pourrait bien s'expliquer par cette circonstance, c'est que le printemps et l'automne, égale-

ment éloignés des froids rigoureux et des grandes chaleurs, sont les deux saisons qui conviennent le mieux à l'agrément des oculistes voyageurs.

Cependant, à côté de ces charlatans qui ont rempli l'Europe de leurs prouesses, il est consolant de trouver des chirurgiens qui ont attaché leur nom à des travaux sérieux qu'on lit encore aujourd'hui avec profit. Maître Jean (1703), au commencement du xvuic siècle, découvre un des premiers le véritable siège de la cataracte; Saint-Yves (1722), quelques années plus tard, publie son Traité des maladies des yeux, où l'emploi (tu nitrate d'argent est pour la première fois indiqué dans la thérapeutique oculaire, et où l'on trouve aussi des notions intéressantes sur les tumeurs enkystées de la fosse orbitaire; Anel invente sa méthode de traiter la fistule lacrymale par le cathétérisme et l'injection des conduits lacrymaux (1713-1717). Janin écrit ses Mémoires et observations sur l'œil et les maladies qui affectent cet organe, ouvrage remarquable pour l'époque où il a paru, et qui assure à l'auteur une place distinguée dans la littérature ophthalmologique (1772). J. L. Petit publie (1732-17/i/i), sur la fistule lacrymale, les mémoires célèbres que vous connaissez; enfin, Daviel (1746) pratique pour la première fois l'opération de la cataracte par extraction, mais il a le tort d'annoncer au public dans un journal, le Mercure de France, qu'il est fixé pour toujours à Paris, et de donner son adresse. Toutefois celle annonce peu médicale est encore en usage de nos jours chez quelques oculistes de profession.

En même temps que la pratique des maladies extérieures de l'œil se perfectionne, l'anatomie de cet organe s'enrichit de planches magnifiques dues à l'habileté de Zinn.

Mais vers la fin duxvnie siècle, en 1773, fut fondée à l'uni-

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