LEÇON D'INTRODUCTION. XIII
versité de Vienne, par un médecin du nom de Barth, la première école ophtalmologique officielle, où un cours de leçons théoriques fut combiné avec une instruction clinique pratique. C'est cette première école de Vienne qui a imprimé une impulsion sérieuse à l'ophlhalmologïe, et depuis elle, des enseignements analogues se sont développés dans toutes les universités de l'Allemagne et étendus à l'étranger. Au commencement de ce siècle, Searpa donnait un grand éclat à l'enseignement de l'oculistique en Italie, et publiait un livre remarquable où, répudiant les vaines promesses et les théories spécieuses des oculistes de profession, trop peu versés, selon lui, dans les autres parties de l'art, il a tracé le tableau des principales maladies des yeux connues de son temps, et des opérations les plus utiles, les plus simples, les plus rationnelles qu'on put leur appliquer. Vers 1804, Saunders créait en Angleterre une infirmerie ophtalmologique, où l'enseignement des maladies des yeux fut régulièrement institué. Enfin, dans les premières années de ce siècle, l'Allemagne vit naître une école ophthalmologique célèbre sons l'intluence d'un oculiste dont les nombreux élèves ont porté au loin ses doctrines. L'école de Béer, en soutenant que la plupart des maladies inflammatoires de l'œil ont une origine constitutionnelle, n'était peut-être pas très-éloignée de la vérité, mais en prétendant reconnaître ce cachet spécifique à certains signes anatomiques, elle allait trop loin et tombait dans des distinctions minutieuses, futiles, qui ont aujourd'hui fait leur temps et dont on ne parle plus.
L'école de Béer a eu en France un défenseur éclairé dans M. Sichel, dont les travaux sont connus de vous tous, mais l'influence de cette école dans ce qu'elle a de fâcheux a été heureusement neutralisée par la critique judicieuse d'un de
XIV LEÇONS SUR L'EXPLORATION DE l'(EIL.
nos pins savants maîtres. Dans une série de leçons remarquables, M. Yelpeau a combattu avec succès les doctrines de l'oculiste allemand sur la possibilité de reconnaître la spécificité des maladies inflammatoires de l'œil à l'aide de certains signes analomiques. 11 ne s'agissait pas seulement alors de ruiner une symptomalologie fantastique* mais aussi d'en arrêter les conséquences pernicieuses. En effet, la thérapeutique était, dans ce cas, solidaire du diagnostic, et il fallait montrer que rien, dans les signes décrits par Béer, n'indiquait au médecin de traiter par une médication spécifique de prétendues irilis lymphatiques, des ophthalmies abdominales, etc., etc.
Grâce à ces écoles d'enseignement ophthalmologïquc répandues dans toute l'Europe, grâce aux travaux qu'elles ont engendrés et aux discussions critiques qu'elles ont fait naître, l'étude des maladies des yeux s'est enrichie de notions pratiques utiles et de descriptions exactes. Mais si vous parcourez tous les livres publiés jusqu'à une époque fort rapprochée de nous, vous serez frappés d'une chose, c'est que les oculistes et les chirurgiens se sont presque exclusivement bornés à étudier les lésions extérieures de l'œil, surtout les ophthalmies, les affeclions de l'iris et celles du cristallin. La lentille cristalline semblait être une barrière placée devant les investigations des médecins et qu'ils ne franchissaient guère, du moins sur le vivant. On ne parle presque pas alors des affections profondes de l'œil, et l'on réunit sous le nom peu compromettant A'amau* roses, une foule d'affections fort distinctes les unes des autres par leur nature, par leur pronostic et par leur traitement. Tel est le caractère des études ophtalmologiques entreprises dans la période historique que je viens de traverser rapidement avec vous, aussi quand, initié aux travaux de l'oplillialmologic mo-