LART ASSYRIEN
D'après les inscriptions, il semble que la Chaldéc ait été à deux reprises conquise par les rois d'Elam, que Sargon 1" aurait chassés une première fois tandis que l'Assyrie aurait été indépendante au temps où Babylone était vassale des pharaons thébains. L'importance de l'art assyrien a été révélée par les fouilles qui ont été faites pendant le siècle dernier, fouilles anglaises des monticules de Koyoundjik et de Ninmnid, fouilles françaises de Khorsabad, et bien que l'art de l'Assyrie soit très voisin de celui de la Chaldée, l'existence de matériaux calcaires, et notamment d'albâtre, a modifié sensiblement les aspects décoratifs des palais dans les deux pays. Le décor obtenu par le moulage de briques revêtues d'émail a fait place en Assyrie à la sculpture des bas-reliefs.
Avant de les étudier, il importe de rappeler brièvement les différentes époques de la civilisation en Assyrie. La soumission de la Chaldée aux rois assyriens parait être antérieure au x' siècle. Sur les bas-reliefs de Kalakh <( Nimroud » , sont représentés les triomphes ou les chasses d'Assournazirabal (885-8C-)o), qui étendit l'empire assyrien du golfe persique au Liban. Au viii' siècle, Tigiatphalazar 111 conquit la Judée avec une partie de la Syrie, et pénétra jusqu'à l'Indus. 11 n'est pas douteux que dès cette époque et même antérieurement les populations de Ilnde et celles de la vallée de l'Euphrate aient été en contact.
A la fin du vin' siècle, Sargon 11 » Sharoukin », général de Salmanazar IV, devint le chef d'une nouvelle dynastie; il établit sa résidence à Khorsabad » Dour Sharoukin ». Son fils Sennachérib, après le sac de Babylone, éleva un palais à Ninive. C'est celui que Layard a retrouve au sud de Koyoundjik.
L'empire assyrien s'agrandit encore sous Assarhaddon et son fils Assourbanabal (bCij-tiîS), qui fit la conquête de l'Arabie, envahit l'Egypte, entra en Susiane et reçut l'hommage de Gygès, roi de Lydie. Les palais d'Assarhaddon et d'Assourbanipal sont sur le périmètre de l'enceinte de l'antique Ninive.
Les palais restèrent inachevés ; l'invasion des Scythes et des Mèdes avait interrompu les travaux, et l'alliance de Nabopolassar. gouverneur de Babylone, avec Cyaxare, avait décide du sort du dernier roi Sarakos « Sinhari<hkoun n, qui mit le feu à son palais pour ne pas se rendre au vainqueur (t>o8). Sous Nabuchc^donosor, fils de Nabopolassar. Babvionc se releva pour un temps, jusqu'à l'asservissement du second empire babvionien par Cyrus ; la
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ville, démantelée par Darius et pillée par Xerxes, fut abandonnée. La capitale fut transférée plus tard à Seleucie, puisa Ctésiphon. enfin a Bagdad.
Le caractère particulier de la statuaire en Assyrie révèle le fanatisme religieux d'une race de conquérants dont les mceurs sanguinaires contrastent avec les mceurs pacifiques des anciens Egyptiens. Au lieu des scènes de la vie des champs ou des tableaux d'offrandes, les bas-reliefs ne montrent que villes assiégées, ennemis décapités, convois de prisonniers (fig. 53). rois aux prises avec les bêtes fauves ou écrasant les vaincus sous les roues des chars de guerre- La prcniicrc pl:icc npparticnt toujours nu roi, et après lui aux officiers royauv.
Fia. bo. — Chas» au lion. Baj-rclicf du pal<iis il A»>ourhjn4hal. (Mu><c Britannique.)
Mais l'art assyrien, moins étroitement attaché aux traditions religieuses, a cte peut-être plus loin que l'art égyptien dans l'observation consciente de la nature et dans la recherche du caractère
Chez aucun peuple, l'expression de douleur d'un animal blessé n a cte plus fidèlement et plus tragiquement rendue. Le cheval richement harnaché, et représenté soit au galop, soit au pas. est dessiné avec une justesse qui témoigne d'une observation scrupuleuse des différentes phases du mouvement (fig. 54). Comme en Egypte, la peinture, ou plutôt l'enluminure, appliquée au harnachement, rend compte de I ornementation du cuir et ajoute a l'effet du bas-relief.
En Assyrie, comme en Chaldée, c'est le palais qui est le monument principal ; c'est dans son enceinte qu'est compris le temple, et c est sur les murs des grandes salles d'apparat que se développent les bas-reliefs sculptes en Lhonneur du prince.
Le palais de Sargon. à Khorsabad. mis au jour par les fouilles de Botta.
l.AIM IJANS L AN riQUI IH
consul de France a Mossoul, et de Place, a révèle les dispositions essentielles de la demeure d'un roi assyrien ; elles s'accordent avec les descriptions d'Hérodote. Le palais était relié par des terrasses au mur d'enceinte. Suivant l'usage asiatique, il comprenait les salles de réception, les appartements privés et les dépendances, répartis dans des quartiers distincts. L'architecte Félix Thomas, qui en a fait le relevé, a pu par les objets recueillis dans les fouilles, et par la décoration des salles, déterminer les trois grandes divisions du palais. Les collines voisines de Kalakh sont assez riches en matériaux calcaires : 1 albâtre a été la matière préférée pour les revêtements des murs. C'est en
Fjg. bi. - Chasse au cheval sauvage. B.is relief assyrien, i Musée Brilanniquc. I
albâtre que sont sculptés les colosses à tctc humaine et a corps de taureau qui sont conservés au Louvre (Hg. 55), et qui ornaient lc> piédroits des portes du palais de Sargon.
Mais la pierre, qui remplaçait la terre cuite pour les revêtements, n a pas été employée pour la construction des murs; on lui préférait la brique de terre séchée. aisément utilisable pour les énormes tertres sur lesquels s élevaient les palais. Un tel mode de construction nécessitait des murs épais, et là, comme en Chaldee, la pénurie des bois de construction ne permettait guère d'autre mode de couverture que la voûte. Elle est constamment figurée sur les bas-reliefs, et elle a généralement la forme elliptique qui convenait bien à l'emploi de petits matériaux poses en encorbellements, ou montés à faible inclinaison des lits, sans cintrage. C'est le principe qui semble avoir été appliqué constamment dans la \ allée de l'Euphrate. et dont dérive directement la voûte persane à couronnement conique. Un type intermédiaire.
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celui des voûtes de la grande salle au palais parthe de Ctesiphon. est une application de la voûte elliptique.
M. Thomas signale a Khorsabad l'emploi de voûtes en plein cintre pour les passages des portes qui donnaient accès aux salles de réception et dont les taureaux ailés formaient les piédroits. Il signale aussi l'emploi de la terre émaillée pour les archivoltes et pour les parois des murs dans les cours et pièces contiguës. Là comme au palais de Lagash. les appartements privés n'étaient accessibles que par d'étroites galeries. Suivant M. Thomas, la cour
FiG. bi. — Lion frappe à mort. BiS-rclicf Jssyritn. (MinfC Britannique.)
intérieure était décorée par un revêtement de briques émaillées formant un soubassement à des contreforts de forme cylindrique.
Les autres palais assyriens n'ont pas donné lieu à une exploration complète comme celui de Khorsabad. Mais les fouilles faites dans les ruines des palais d'Assournazirbal à Nimroud, de Scnnacherib et d'Assourbanabal à Koyoundjik. ont restitué des bas-reliefs d'un art plus raffiné encore que celui révélé parles découvertesde Khorsabad.
Ces palais étaient liés à des enceintes très développées et défendues par des tours. Leur épaisseur était telle que des chars de guerre pouvaient circuler sur les remparts. Les portes percées dans ces enceintes et protégées par des ouvrages avancés, formaient des entrées monumentales comprenant une cour et plusieurs passages voûtés.
Les Assyriens étaient passes maîtres dans l'art de l'attaque et de la défense des places. Ils connaissaient l'usage du bélier, il est figuré sur une frise du palais de Tiglathphalazar 111. celle ou sont représentés des captifs
7î LAHI DANS LANIJQUIIh
empalés sous les yeux des assiégés (fig. 5fa). Sur un autre bas-relief, les assiégeants semblent occupés à creuser une mine. L'épaisseur des murailles devait donc être assez forte pour recevoir sans grands dommages le choc du bélier et pour s'opposer aux cheminements souterrains. Il fallait en outre défendre par un llanciucmcnt le pied des murailles, et c'est dans ce but qu'étaient établies les tours rectangulaires dont l'écartement correspondait à la portée des traits.
Fie. b3. Lionni; blcssi-c. Bas-r<li«t assyrien. (Musée Briunniquc. |
Les murailles étaient couronnées d'archères ou de créneaux, et on ne peut douter que l'attaque et la défense aient donné lieu à des ouvrages provisoires complétant les ouvrages permanents. Ce sont des tours de bois revêtues de clayonnages qui facilitaient l'attaque, ou des boucliers d'osier protégeant les assaillants.
Sur les bas-reliefs de combats, sont représentés les chars de guerre portant deux ou quatre combattants (fig. 5-). L'état de guerre qui semble avoir été permanent en Assyrie explique les sujets familiers aux artistes assyriens. C'est par des exercices violents, par la chasse aux lions, que l'Assyrien se préparait au rude labeur de la guerre: et ce sont les scènes de chasse, mettant toujours le roi aux prises avec les fauves, qui alternent avec les scènes de guerre sur les revêtements sculptés des palais. Sur un bas-relief, le roi est représente accomplissant un rite d'offrande et faisant une libation sur les tètes de quatre lions étendue morts à ses pieds (Hg. S8).
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Comme l'Arabe, l'Assyrien se protégeait contre les intempéries par des étoffes de laine; ces étoffes semblent chargées de lourdes broderies. Le sculpteur assyrien n'a donc pas, comme le sculpteur grec, un idéal de beauté dont la figure humaine lui fournit les éléments. Ses personnages sont presque toujours drapés, et si le geste est juste, l'étude de la forme sous la draperie n'est pas poussée très loin.
H semble au contraire que l'étude de l'animal vivant ait passionné le sculpteur. Il en saisit les caractères par l'observation la plus attentive, et les rend avec une fidélité surprenante.
L'homme est bien observé sans doute, car la saillie des muscles
S.uil ,U porK-
.tA..sourbjnabjl. L.
fortement accusée révèle, maigre la draperie, la vigueur des corps, mais ce que l'artiste a surtout voulu rendre, c'est l'homme en action, entraîné par le galop du cheval, décochant une flèche à une bète poursuivie (hg. 5cf). frappant de la lance un lion rugissant (fig. Cio) ou prenant part à un combat acharné.
L'art assyrien semble avoir atteint son apogée sous le règne d'Assourbanabal. Les bas-reliefs recueillis dans les fouilles de son palais ont fourni au Musée Britannique des oeuvres d'une importance exceptionnelle. C'est une chasse au cheval sauvage t^ui fournit a l'artiste l'occasion d'étudier et de rendre les mouvements de la bétc fuyant au galop, poursuivie par les chiens, ou blessée par une flèche et se roulant à terre (fig. b\). C'est un lion blessé, accroupi comme pour résister à la douleur, tandis que le sang coule à flots de sa gueule (fig. 62). C'est surtout une lionne traînant avec un rugissement de douleur ses membres brisés; l'oeuvre est certainement l'une des plus belles de la statuaire (fig. 63).
Dans toutes les scènes de chasse, l'attitude des bètes poursuivies atteste
LART DANS LANTIQUlTr.
la même science de l'anatomie, la même observation sincère de la nature, la même justesse d'expression.
Le sculpteur assyrien est peut-être celui qui a le mieux étudié le cheval. Il l'a représenté dans toutes les attitudes : au repos, en marche, lancé au galop à la poursuite des fauves, monté par un cavalier, tenu à la main ou attelé à un char ; et jamais on ne relève sur les bas-reliefs les erreurs que l'on a parfois commises dans les statues équestres, faute
^^^^^ d'observation suffi-
^^T^ j^^|H Les Assyriens,
tout au moins les princes assyriens , avaient le goût du luxe, ainsi qu'en témoigne la richesse des étoffes ou du harnachement des chevaux. et le sculpteur a représenté avec perfection la décoration du tissu ou du cuir.
Le décor floral
Lion >.^- liron/v .issyricn. i Louvre...
est très voisin de Le lotus, la palmette. la tresse en sont les éléments principaux. Ils sont interprétés par les reliefs de la sculpture aussi bien que par la coloration des émaux. Les seuils en albâtre des portes sont traités comme des broderies ; on y reconnait la crapaudine destinée à recevoir le pivot de bronze sur lequel s'appuyait le vantail de bois. Le vantail était doublé de bandes de métal décorées d'ornements en relief. On a retrouvé des fragments de ces revêtements métalliques à Balawat, près de Mossoul. Un des seuils du palais d'Assourbanabal est conservé au Louvre (hg. t>4). On y voit au centre un semis d'étoiles ou de fleurs à six pctales formées par l'intersection de cercles alternes ; à l'entour est une bande de rosaces qu'encadre une large bordure de boutons et de fleurs de lotus. Des bordures identiques ont été relevées sur des peintures de tombes thébaines de la XIX' dynastie.
Le décor de panneaux d'ivoire conservés au Musée Britannique est bien assyrien. On y remarque des génies ailés, coiffes de la tiare, entourés de tresses et de rosaces; c'est probablement a des Egyptiens ou à des Phéniciens qu'on peut attribuer des tablettes recueillies à Nimroud. où l'on reconnait dans le costume de deux femmes assises, sur le cartouche central, dans les
celui de l'Egypte.
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sceptres que tiennent les figures, dans les croix ansées placées sous les sièges, les attributs déjà rencontrés en Egypte.
C'est peut-être aussi à la Phénicie, fidèle imitatrice de I Egypte, quon pourrait faire honneur d'une plaquette d'ivoire sur laquelle deux sphinx adossés forment le centre d'une décoration curviligne que supporte un chapiteau à doubles volutes.
Les Assyriens ont pratiqué avec autant d'habileté que les Chaldéens la fonte du bronze : le lion accroupi et muni d'un anneau qui provient des fouilles du palais de Sargon à Khorsabad con^^erve dans le métal l'cncrgic du fauve rugissant (fig. 65).
Si l'art de la Chaldée et de l'Assyrie a fait quelques emprunts à l'art égyptien, ce fut certainement un art créateur. Dans un pays où la pierre était rare, l'artiste a dû façonner ses n^atériaux et in agir.er. f:cur les mettre en oeuvre, un système particulier, la voûte, qui a déterminé les formes caractéristiques de l'architecture dans la région occidentale de l'Asie. Les coupoles assyriennes ont ceriainement inspiré les voûtes des palais de Firouz-Abad et de Sarvistan, et l'on peut croire que les artistes byzantins ont appliqué aux coupoles sur pendentifs des méthodes de constructions pratiquées anciennement dans la vallée de l'Euphrate.
Sans doute l'art de l'Assyrie est moins intime, et par cela même moins captivant que l'art égyptien; mais il a été peut-être plus loin que lui dans l'observation de la nature, et il a réalisé, par la couleur, un système de décoration approprié à la matière dont il disposait.