L'ART GREC DU V SIÈCLE A LA CONQUETE ROMAINE
L'art attique fut bien l'art de la Grèce au \" siècle, et l'influence des maîtres athéniens s'étendit alors à la Grèce et à ses colonies.
A Athènes, on avait élevé, en dehors de l'enceinte de l'Acropole, un temple que la tradition désigne sous le nom du Theseion, et pour lequel, de nos jours, on a cherché sans preuves d'autres attributions. On peut donc croire encore que le monument fut érigé sous l'administration de Cimon. lorsque les cendres de Thcscc furent rapportées de Skyros à Athènes en 469. Ce monument, dont l'effet était très grand avant qu'on eût remblayé le sol a l'entour, fut, comme le Parthénon, construit en marbre du Pentélique : il offre, pour létude de la construction, le même intérêt, notamment pour les plafonds, dont les dalles à caissons sont encore en place fig. 1 20). La frise ne comporte de sculptures que sur les faces de l'est et de l'ouest, et les basreliefs des métopes sont aussi limités à la fai^ade orientale et à ses deux retours.
Les sujets représentés sont empruntes aux deux légendes d'Héraclès et de Thésée, que les Athéniens faisaient vivre côte à côte, absorbant adrc>itement, en leur attribuant les mêmes exploits, le héros grec par le héros attique. Quelques imperfections dans l'arrangement des soffites des plafonds, dont le tracé est parfait au Parthénon, pourraient fournir un argument a l'appui de l'antériorité du Theseion.
Vers le même temps, s'élevait en Sicile le tcniple de Scgeste fig. 121 . se dressant encore majestueusement au milieu des montagnes, et qui. demeurant inachevé, a fourni les plus précieux renseignements sur la construction des édifices grecs. C'est aussi en Sicile qu'étaient construits les temples d'Agrigente et ceux de Sélinonte. dont les sculptures, recueillies au musée de Palerme, montrent assez i'unitc de l'art grec au \' siècle. L'influence
Fio .11. B«,-rclicf entourant le fût infcricur d'une colonne provenant de 1 Ariemision dEphe«.
(Musée Brit»nnique. I ■• i..hc i>r..r. ■
L'ART GRKC
de Phidias sur la sculpture grecque affirma longtemps encore la suprématie d'Athènes, et elle se continua jusqu'au moment de la conquête de la Grèce par les Romains. Chaque jour en apporte de nouvelles preuves, les unes éclatantes, telles que la découverte du tombeau dit d'Alexandre à Sidon, les autres plus modestes, mais aussi probantes, telles que In mise au jour d un bas-relief a Eleusis, ou le déblaiement des monuments funéraires au Céramique.
Les tombeaux du Céramique étaient enfouis sous des remblais depuis le siège d'Athènes par Sylla en 86. Ce ne sont pas des sarcophages comme ceux de Sidon, mais des monuments de souvenir, stèles funéraires à couronnement très simple de palmcttes, ou dalles ornées d'un bas-relief et surmontées d'un fronton .
Dexileos, mort à Corinthe en 3q4, est représenté à cheval dans une attitude qui rappelle celle des cavaliers du Parthénon. Un autre monument nous montre Hegeso, Hlle de Proxcnos, assise et tirant d'un coffret des bijoux. Sur ini autre bas-relief, est représenté nu un jeune homme ayant à ses pieds un enfant qui pleure, et près de lui, un vieillard qui le regarde affectueusement.
La beauté idéale à laquelle tendait l'art grec excluait nécessairement une exagération de gestes qui n'apparaît que plus tard, lorsque la recherche du caractère domine dans l'art grec l'étude des belles formes.
L'art attique variait indéfiniment les thèmes décoratifs des monuments funéraires, et traitait même avec une grande liberté, le décor des édifices religieux. Ainsi le temple élevé à Phigalie, après la peste de 43o, et attribué par Pausanias à l'architecte du Parthénon, se distingue des autres temples par des points d'appui saillants à l'intérieur et terminés par des colonnes
F'O. I20. — Péristyle ouest du Theseion. Caistons de* pUfonds de
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ioniennes à chapiteaux caractéristiques. C'étaient comme les divisions de chapelles latérales où devaient s'accumuler les offrandes.
i/île sainte de Delos, où se constitua, en 477, une confédération sous la suzeraineté d'Athènes, se couvrit aussi de monuments aujourd'hui détruits et dont les fouilles de l'Ecole française nous font peu à peu connaitre les dispositions.
A Eleusis, la salle destinée à l'initiation était prise en partie dans le rocher;
l-K.. lit. Chapiteau de pilastre du temple d Apollon Did\nu-en. près de Milet Lou>re.
il devait en résulter une disposition originale que nous ne connaissons pas bien, à cause de la superposition d'un édifice romain à l'édifice grec.
Les nécessités du culte variaient les dispositions de chaque sanctuaire. A Epidaure, où les fouilles récentes ont mis au jour des chapiteaux à feuilles d'acanthe, qui accusent encore la variété des formes dans l'art ionien, le sanctuaire d'AscIepios, sorte d'iiôpital. était pourvu d'un large portique pour l'abri des malades.
Au iv' siècle, l'art grec se déplace avec la civilisation grecque; les luttes intestines des cités livrent la Grèce au conquérant macédonien. Après les victoires d'Alexandre, l'ionie, qui fut le berceau de l'art grec, en redevient le lumineux foyer. C'est surtout dans les villes de l'ancienne Carie que I art se développe au iV siècle. La paix d'Antalcidas avait laisse la Carie à la Perse sous l'autoritc d'un satrape indépendant, dont le fils. Mausole, fit d'Halicarnasse sa capitale. A sa mort, sa veuve. Artcmise. commanda à Pythios et à Satyros un tombeau magnifique forme de deux salles superposées, l'une
L ART GREC ij"
basse qui contenait le sarcophage, l'autre sorte de chapelle funéraire entourée d'un péristyle ionique que gardaient des lions et que couronnait une pyramide surmontée d'un quadrige.
Les bas-reliefs avaient encore pour thème le sujet classique, le combat des Grecs et des Amazones, et se rattachaient, comme les statues, à l'école de Phidias.
C'est à l'architecte Pythios qu'on attribue aussi le temple de Priencdont les fragments sont conservés au Louvre, et qui aurait été dédié par Alexandre vers 334.
]| aurait été le type du nouvel Artemision reconstruit à Ephèse par Demetrios et Peonios après l'incendie d'Herostratos. Suivant la disposition adoptée pour l'ancien Artemision, les colonnes ont leur hit intérieur enveloppé d'admirables bas-reliefs fig. 122.
Plus tard Peonios d' Ephèse et Daphnis de Miiet étaient chargés de reconstruire à Didyme le temple d'Apollon. C'est un monument considérable, un des derniers de style ionien, et dont la décoration semble n'avoir été achevée qu'à une époque postérieure. C'est par lui que les thèmes décoratifs orientaux, entre autres celui du griffon, ont passé dans l'architecture romaine.
Un tremblement déterre avait renversé l'édifice en 148), et c'est seulement en 1873 que Rayet et Thomas purent en explorer les ruines. Ils constatèrent sur les bases du péristyle une variété de décor rare dans l'art grec. Les dernières fouilles dirigées par MM. Pontremoli et Haussoullier ont prouve que la même variété existait pour les chapiteaux de la fai,ade principale.
Les fouilles ont précisé la disposition originale, particulière au temple oracle, du sanctuaire ou adyton, situé à cinq mètres en contre-bas du sol du péristyle. Il était précédé d'une salle » oicos ». où prenaient place les pèlerins, après avoir attendu leur tour sous les vastes galeries du double péristyle.
Des fragments de chapiteaux décorés de figures ailées que terminent des rinceaux, semblent avoir dépendu d'un édiculc abritant la statue du dieu. Le sanctuaire à ciel ouvert était orné de pilastres dont les chapiteaux originaux étaient garnis de touffes d'acanthe sur la face et terminés latéralement par des coussinets ifig. i23 . Les monuments postérieurs révèlent la décadence de l'architecture grecque. A Magnésie. Hermogenès supprime les supports intérieurs du péristyle, et la sculpture décline, s'appliquant à la repétition médiocre des types classiques.
L'art grec avait pénétré jusque dans l'Inde, mais ses qualités s'étaient affaiblies avec le sentiment national, et les artistes qui avaient abandonné leur pays pour la cour des Séleucides ou celle des Plolémées semblent n'avoir produit, à partir du 11' siècle, que des œuvres secondaires. L'une des plus importantes est l'autel élevé à Pergame. sous Eumène 11 (iqj-iSç), succédant à Attale 1" dans le royaume fondé, au m' siècle, par un lieutenant de Lysimaque.