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L'ART DANS LA VIE PUBLIQUE ET DANS LA VIE PRIVÉE DES GRECS

Dans les sociétés antiques, la religion est la base de toute organisation sociale. C'étaient des institutions religieuses d'un caractère général, oracles.

processions, jeux publics, qui formaient le lien des cités helléniques. 11 semble même qu'on puisse, au travers des légendes, distinguer des croyances communes aux races aryennes et sémitiques et dont la manifestation apparente est le culte des morts. Les conditions d'une seconde vie analogues à celles de la vie terrestre expliquent la forme donnée aux tombeaux et justifient le mobilier funéraire des tombes. Les vivants doivent assurer la conservation du corps du dcfunt. C'est le principe de la vie transmis, comme dit Lucrèce, ul cursores vitx lampada trcidiinl.

Aux époques anciennes, le symbole de ce principe divin, c'est le feu allumé sur l'autel à l'entrée de toute habitation; le culte du feu se rctrc^uve d'ailleurs dans toutes les religions orientales.

La constitution de la famille est la cc>nscquencc des croyances : chaque maison honore son chef dcfunt: les maisons réunies forment des tribus dont le groupement a constitué la cité. Chaque cité a ainsi pour auteur un héros légendaire, honoré par ses descendants et que la traditic'tn rattache à quelques divinités protectrices. Aussi, dés le vu' siècle, les légendes héroïques sont-elles les thèmes dccolatifs des vases, alternant avec des scènes d'offrande ou des représentations d'honneurs funèbres.

FiG. i:5. — Statiicilc de temiiK- c

terre cuite, provenant de Bcoiie

(Musée d'Athènes.)

— La Vtnu» de Milo. (Louvre.)

LART GREC

La forme humaine attribuée aux dieux s'accorde avec ces croyances, qui leur assignent la première place parmi les ancêtres. Les dieux et les mortels communiquent entre eux par des mystères qui exigent des cérémonies d'initiation, dont les rites sont tenus secrets; il ne faut pas en effet que la faveur des dieux jniisse être détournée par des étranj^crs de la famille ou de la cité.

Tout d'abord, c'est entre les mains du chef de famille que sont réunis les pouvoirs civils et religieux : le chef de famille est le roi et le grand-prêtre.

Les révolutions des cités grecques sont la conséquence des luttes entre les différents chefs de tribus qui ont abouti à la formation de petites républiques où le pouvoir fut toujours aux mains d'une oligarchie de citoyens; c'était la conséquence d'une organisation sociale qui admettait l'esclavage.

La religion, intervenant dans tous les actes de la vie, explic|uc les sacrifices consommés sur les autels pour obtenir la faveur divine, sacrifices humains aux époques de barbarie. puis offrandes danimaux ou de fruits. Les donateurs offraient aussi leur effigie. Ce sont les ex-voto de bronze trouvés à Olympie et Dodone, ou les figures de marbre pcilychromé découvertes dans les fouilles de l'Acropole.

Ce qui distingue la religion grecque des autres religions antiques, c'est le culte de la Beauté. En attribuant aux dieux ou aux héros toutes les qualités physiques et morales, en même temps que les passions humaines, la religion grecque aidait à la création de figures expressives dont la poésie déterminait les attributs, donnant à Athéna. la déesse de la sagesse et aussi celle des combats, l'égide, le cascjue. le bouclier et la lance.

Aussi, le temple grec se distinguc-t-il du temple égyptien, qui enfermait dans de hautes murailles les cérémonies du culte.

En Grèce le culte est extérieur : le temple est fait pour le peuple: c est une oeuvre d'art dont chacun jouit et les processions se développent en grande pompe au dehors, à la vue de tous.

130. — Slatucitc dt femme en terre cuile. provenant de (^iiillf. de Beofif 'Mince dAtheno '

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Il sciiihie que l'artiste grec ait re(,"u mission d'animer le type hiératique que lui transmettait l'artiste égyptien.

La religion, qui prenait une grande place dans la vie publique des Grecs, tendait toutes les facultés du citoyen vers la perfection physique et morale.

De là, ces gymnases où les jeunes gens développaient leurs muscles, se préparant aux jeux qui semblent avoir été la distraction favorite des Grecs.

Le temps qui n'était pas consacré aux exercices du corps était pris par la discussion des affaires sur la place publique, ou sous des portiques, et on s'imagine assez bien la vie animée et bruyante de cette foule aux impressions vives, écoutant volontiers les rhéteurs et les sophistes et plaçant souvent fort mal sa confiance.

Cette turbulence explique les révolutions continuelles qui livrcrent les cités grecques aux conquérants étrangers.

A l'origine, la vie familiale était simple et la maison peu luxueuse, si l'on en juge par les habitations découvertes à Athènes ou à Syracuse.

Plus tard, les moeurs orientales introduisaient dans la maison grecque un luxe qui donnait prise aux critiques de Démosthènes. L'amour du bien-être s'accrut sous les successeurs d Alexandre, et les fouilles faites à Palatitza, en Macédoine, semblent justifier l'admiration de Vitruve pour les maisons helléniques, pour les belles ordonnances de leurs portiques, pour les exédrcs établis dans les jardins, pour les salles de festins ou d'étude réunissant tout ce qui pouvait contribuer à l'agrément de la vie.

Les anciens Grecs avaient d'autres jouissances. Dès le vi' siècle, se manifestait un goût très vif pour les jeux et pour les représentations théâtrales, dont le caractère religieux est encore attesté à Athènes, au théâtre de Dionysos, par l'autel qui occupait le centre de l'orchestre, et autour duquel évoluaient les chœurs.

Les ruines des théâtres grecs sont visibles à Athènes, à Epidaure . a Argos. à Sparte. On en trouve d'autres en lonie, à Tclmessos. à Cnide. d'autres encore en Sicile, à Syracuse, à Segeste.

Pour les théâtres comme pour les temples, les sites étaient bien choisis. Au théâtre de Dionysos fig. i 24 , les spectateurs, assis sur les gradins de marbre adossés à J'Acropole. avaient en face d'eux la mer et Salamine. A Syracuse, les gradins sont aussi taillés dans le roc. et adossés à une colline faisant face à la mer.

A l'histoire du théâtre attiquc se rattachent les monuments choragiques. symboles des victoires lyriques remportées aux fêtes de Dionysos. C était généralement des trépieds de bron/c que Ion devait sur des ediculcs de marbre : tel le monument choragiqiie de Lysicratcs à Athènes, rappelant la victoire remportée par la tribu Acamantide pour les chorurs d enfants de '^35 à '?'>4. Le moiuiincnt forme de trois fiv^ures aJossées à une tij:;e d'acanthe, qui

Fiii. n8. — La Vicloirt de Simolhrait. (Louvre.

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a été découvert dans les fouilles de Delphes, était probablement aussi un monument comniémoratif supportant un trépied.

Les stades pour les courses de chars existaient dans toutes les cités, à Athènes comme à Olympie, et sans doute les beaux vases sur lesquels étaient représentées ces courses, et qui nous ont été conservés dans les tombeaux, étaient donnés en prix aux vainqueurs.

Ainsi, chaque manifestation de la vie publique concourait au développement de l'art grec.

La gloire artistique d'Athènes avait survécu à sa gloire militaire, si bien que sous Alexandre et ses successeurs, et même sous les empereurs romains, la ville s'embellissait de monuments nouveaux. C'étaient des portiques, un théâtre, c étaient même des édifices d'utilité publique, telle la tour octogonale dite la « Tour des Vents »

sur laquelle les Vents sont représentés en bas-relief et qui contenait une horloge hydraulique.

Si les artistes grecs se déplaçaient pour mettre leur talent au service des cours asiatiques, ainsi qu'en témoignent les magnifiques tombeaux de marbre décorés de bas-reliefs découverts en 1887 dans une nécropole princière de Sidon, la vie sociale avait pris en Grèce, dès le iv' siècle, un caractère d'élégance qu'on apprécie bien si l'on considère les gracieuses figures de terre cuite recueillies dans les fouilles de Tanagjra en Béotie, ou de Mvrina en Asie Mineure.

A voir ces jolies figures de femmes gracieusement drapées dans leur manteau fig. i;5 . tenant en main le miroir ou l'éventail et très savamment coiffées, on ne peut nier que l'art se soit appliqué en Grèce à tous les détails de la vie (fig. 1 2b<.

Grâce au mobilier funéraire du iv' et du iir siècles, c'est une Grèce à peine soupçonnée qui revit pour nous, Grèce sceptique et frondeuse, mais Grèce raffinée, accessible à toutes les émotions, et révélée par les objets familiers que reproduit le céramiste ou que les tombes nous restituent :

.'ttli'I J M|OUX

,8o L ART DANS LANTIQUITH

miroirs, vases à parfums, épingles, bijoux etc. Ici ce sont des joueurs d'échecs que le sculpteur a figurés; la ce sont de jolis amours aux ailes diaprées de bleu, de rose et d'or.

Il n'est pas douteux c]ue l'idéal de la sculpture grecque soit moins élevé •à partir ilu iv' siècle qu'il ne le fut dans le siècle précédent. La foi s'est affaiblie et le sculpteur, moins préoccupé de la perfection des types divins, cherche plutôt à bien rendre le caractère individuel d'une hgure dathlete ou de courtisane. Praxitèle suit bien, si l'on veut, la voie tracée par Phidias, mais son Hermès tenant Dionysos enfant, qui fut retrouvé dans les fouilles d'Olympie, est plus près que les dieux de Phidias du modèle vivant.

On peut comparer encore l'admirable buste de bronze conservé au Louvre et découvert à Bénévent, au buste d'athlète trouvé à Olympie. dont l'expression est bestiale, mais prise sur le vif. Assurément, ce qu'c^n perdait pour l'ampleur et la simplicité du style, on le gagnait pour la recherche du caractère.

Mais sous les successeurs d'Alexandre, la tradition de l'école de Phidias survivait encore, en Asie et dans les iles grecques, du iv' au m' siècles et les oeuvres égalent en beauté celles du siècle de Périclès.

C'est à Milo qu'a été découverte la Vénus recueillie au Louvre fig. i 27 . et à Samothrace qu'on a trouve une autre merveille, la Victoire ailée aux draperies flottantes enlevées par le vent, et qui se dressait sur une proue de navire (hg. i 28), probablement en souvenir d'une victoire navale de Demetrios Poliorcète.

C'est de Cnide que fut rapportée au British Muséum la statue de Déméter, l'une des plus belles oeuvres de l'art grec. C'est d'Arménie que provient la magnifique tète d'Aphrodite en bronze, aux yeux grands ouverts, que recueillit le même musée.

Plus tard, sous l'empire romain, il semble que la sculpture grecque archaïque ait séduit par la préciosité de son exécution les empereurs épris d'hellénisme. Cet archaïsme de dilettante a produit des oeuvres de goût. Telle l'Artcinis trouvée a Poinpci, telle aussi lAthéna découverte récemment à Poitiers. Ces statues sont particulièrement intéressantes, en ce qu'elles nous renseignent sur des txuvres antérieures dont elles sont probablement les répliques.

Les Grecs avaient de tout temps pratique avec maitrise le travail des métaux. Les procédés de la fonte du bronze avaient progressé en Grèce avec la statuaire, et pouvaient s'appliquer, dès le \' siècle, à de grandes figures : la découverte, à Delphes, dans les fouilles dirigées par M. Homolle, d'un <( aurige >>. ou conducteur de chars, en bronze, eh fournit la preu\e. Il est même probable que les Grecs ont pratique la fonte dite « à cire perdue ». qui permettait de donner à l'épreuve en cire toutes les délicatesses de modèle

FiG. ilo. - Miroir» pitd en bron/t (Louvre 1

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désirables, et, par l'eliinination de la cire remplacée par le bronze en fusion, d'obtenir une grande figure d'une seule pièce.

Mais les qualités particulières de l'art grec ne sont pas moins éminentes dans les objets usuels que dans les statues. Aucun peuple de l'antiquité n eut un sentiment plus juste de la décoration, subordonnant toujours la forme a la destination de l'objet et en déduisant les «i proportions », c'est-à-dire les rapports de grandeur qui lient le décor a la structure.

Une civilisation supérieure comme celle de la Grèce est intéressante dans toutes ses manifestations : l'art n'y apparaît pas comme une conséquence du luxe, mais comme une jouissance accessible à tous. Il est, au vrai sens du mot . populaire, parce c^u'il embellit toutes les oeuvres, et que i n. iii — Mon.Mi< a-tn^r les plus humbles éveillent en nous l'idée de perfection. * yricu«c. vi

Les vases de bronze conservés dans les collections du Louvre ou de la Bibliothèque Nationale sont élégants et solides, et la destination d'une anse, d'une poignée, s'accuse par la forme, par la disposition de l'attache qui fournit la solution artistique. Le décor des « patères » ou plats creux, celui des gobelets, suggèrent les mêmes observations. Quant aux objets de toilette féminine, miroirs à main en cuivre embouti, gravé et étamé, ou miroirs à pied en bronze, « cistes » ou coffrets à bijoux, etc., ce sont désœuvrés exquises, de forme séduisante et d'exécution souvent raffinée. Sur les coffrets trouvés à Preneste, le décor est gravé, mais le couvercle est muni d'une poignée formée par une oi.[ plusieurs figurines bien cambrées (fig. 129 . Un miroir est porté par une gracieuse figure de femme entourée d'amours volants, et autour du miroir se profilent en silhouette des animaux domestiques (fig. 1 "^o ■

Les Grecs ont, de tout temps, su travailler les métaux précieux. Les bijoux d'or découverts en Grèce, en Asie Mineure, et récemment en Crimée, témoignent d'une remarquable habileté dans le travail au repoussé, dans la décoration en filigranes. Une plaque d'or trouvée à Aïdin, et qui parait avoir été une agrafe de manteau, est décorée de griffons au bec crochu, assimilables pour le style aux griffons d'Olvmpic. A la plaque, sont suspendus des grelots retenus par des chainons d'or Le Louvre possède, outre cette plaque, plusieurs colliers charges de pendeloques, vases pyriformes ou fleurettes, dont les agrafes sont des tètes d'animaux. Des bracelets d'or découverts en Crimée ont, comme fermoirs, des tètes de serpents. La Bibliothèque Nationale conserve aussi quelques bijoux grecs d'un travail très délicat.

Mais c'est surtout dans la composition des monnaies et des médailles que les Grecs ont fait preuve d'une supériorité incontestée. Il suffit de citer les monnaies de Syracuse (fig. \'>\). au beau profil de femme, entouré de poissons en exergue, celles d'Acragas (Agrigente), représentant des animaux

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